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TA PAROLE EST LA VERITE  (Jean 17.17)
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Un Gagneur d'Âmes:
CÉSAR MALAN

PREMIÈRE PARTIE: CÉSAR MALAN ET L'EGLISE DU TÉMOIGNAGE

CHAPITRE IV
LA CHAPELLE DU TÉMOIGNAGE ET LE BOURG-DE-FOUR

 

Ce fut le 19 mars 1820 que l'on commença à creuser les fondements de la chapelle dans le jardin du Pré-l'Évêque.

Parmi les ouvriers, se trouvait le futur évangéliste Félix Neff, alors soldat de la garnison de Genève, qui employait ses jours de liberté à divers travaux chez les particuliers. C'est lui qui, aux premiers coups de pioche, découvrit dans la terre une petite pièce de cuivre qu'ornait l'image d'un semeur avec cette devise : « E jactura lucrum. »

Neff l'apporta à Malan qui ne put s'empêcher aussitôt de penser au mot du psalmiste qui promet une moisson triomphante à celui qui sème avec larmes. Il se souvint aussi de la médaille que Francke avait trouvée lorsqu'il jetait les fondements de son Orphelinat de Halle.

Appels à la confiance dans l'aide divine : « Lorsque je commençais le travail, j'avais 250 francs, don d'un frère d'Irlande... Le même jour où fut trouvée la médaille, des frères de Wurtemberg m'envoyaient 30 louis d'or. »

Ne dépendre que de Dieu
En juin, les secours avaient été si rares que, sur les instances de sa femme, C. Malan se décidait enfin à vendre sa maison pour subvenir aux frais de construction. « Dans toute cette affaire, j'appris à ne dépendre que de Dieu seul. » Certain jour où il devait faire un paiement à l'architecte, il reçut trois lettres par le même courrier. Il se hâta d'en ouvrir deux dont l'écriture rappelait des amis sur qui il croyait pouvoir compter. Mais il n'y trouva que désapprobations et blâmes. Sa femme désira savoir ce que renfermait la troisième lettre : c'était un envoi de 2.500 francs, avec des paroles d'encouragement, d'une personne tout à fait inconnue. D'autres dons semblables lui évitèrent heureusement d'avoir à se dépouiller de son patrimoine et, six mois après le premier coup de pioche, la chapelle fut édifiée et totalement payée. « On eût pu, à juste titre, l'appeler Philadelphie. On la nomma « la Chapelle du Témoignage ».

Malan ne voulait, d'une part, « prêcher que le témoignage que Dieu a rendu de son Fils » et, d'autre part, il voulait que cette Chapelle servît « de témoignage public contre le clergé qui l'avait destitué et rejeté à cause de la doctrine évangélique ».

Voici le texte du parchemin qu'il plaça sous la pierre de l'angle, dans une boîte de plomb et que son fils en retira lors de la démolition de la chapelle en 1864 :

Le parchemin de consécration
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! »
« Éternel ! mon Dieu et mon Sauveur ! Mon coeur est plein de joie à cause de la bénédiction que tu accordes à ton serviteur, en lui permettant de construire cette Église, sur laquelle j'implore ta victorieuse grâce, par les mérites de ton Fils bien-aimé Jésus-Christ, mon Rédempteur et mon Maître !
« O Seigneur ! que, selon Ta promesse, Ton nom soit là ! Amen !
« L'Eglise de Genève est désolée : on n'entend plus l'Évangile au milieu de nous que rarement. Une détestable hérésie tue les âmes. Christ n'est plus adoré comme étant Dieu béni éternellement manifesté en chair, et ses mérites sont assimilés à ceux de la créature.
« Le Seigneur a suscité dans) notre ville, depuis quelques années, des prédicateurs de la Vérité qui se sont séparés de l'Église nationale.
« Miséricorde m'a été aussi faite : j'ai été destitué d'un emploi public au Collège, et éloigné des chaires de ce pays, pour avoir été fidèle au Ministère qui m'a été conféré par les hommes en 1810, et par le Seigneur en 1817.
Sans être séparé de l'Eglise, je prêche dans ce jardin depuis un an et demi, dans une petite chapelle. Celle-ci, que le concours du peuple rend nécessaire, verra la gloire de Dieu, car c'est ici son oeuvre. La doctrine qui se prêche est l'Évangile reconnu dans la Confession de foi des Eglise suisses.
« Des chrétiens d'Allemagne (Stuttgart, Léonberg, Metzingen), d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, de France, d'Amérique et de Suisse, ont fourni à la dépense de cette maison.
« Cette pierre de l'angle, que je prie le Seigneur d'appuyer spirituellement sur la Pierre rejetée par les Conducteurs, a été posée par moi et ma maison, à la gloire de la Très Sainte Trinité. Le vendredi 28 avril 1820.
César Malan, Ministre de l'Eglise de Genève. »

8 octobre 1820, Inauguration de la Chapelle
Le 7 octobre 1820, Malan parla pour la dernière fois dans la petite salle du jardin et le 8 octobre, il inaugura la nouvelle chapelle. Huit cents personnes environ assistaient à cette cérémonie qui eut lieu à 2 heures de l'après-midi, sous la protection des gendarmes postés sur la route et à la porte de la maison « pour empêcher tout désordre ».

Après la lecture de la Confession de foi et des Commandements, le chant d'un cantique et la prière, Malan exposa son but à l'Assemblée. Il prit pour texte la parole de Salomon (I Rois 8 : 57-58) lors de la dédicace du temple : « Que l'Éternel notre Dieu soit avec nous comme Il a été avec nos pères. « Affirmant publiquement et irrévocablement l'exercice de son ministère de prédicateur en dehors des habitudes traditionnelles de l'Eglise nationale, Malan protestait pourtant qu'il n'avait d'autre but que de créer un asile où fût annoncée la pure vérité de l'Évangile telle que l'avaient confessée les pères, dont il rappela en quelques mots la foi et les moeurs.

Déclaration de fidélité à l'Eglise de Genève
En janvier 1821, Malan confirma ces dispositions en publiant sa «Déclaration de fidélité à l'Eglise de Genève » où il repoussait les reproches d'avoir créé une dissidence.
Vu mon serment, ceci ne tendrait pas à moins qu'à me charger d'un parjure. » - « Je proteste devant Dieu que je n'ai été dirigé que par le désir de remplir mon devoir vis-à-vis de mes compatriotes : celui d'exercer purement au milieu d'eux le ministère évangélique et de garder, pour ma part et selon ma force, le précieux dépôt de la sainte doctrine du salut ! »

À ses propres yeux, sa séparation de l'Église nationale de Genève était un malheur et un mal. Tous ses écrits de l'époque montrent qu'il ne s'y résolut que pour obéir à la voix de sa conscience et dans le seul intérêt de cette doctrine évangélique dont « la pureté » passait, à ses yeux, avant toute autre considération de sentiment, d'unité extérieure et de tradition. Lorsque, 3 ans après la fondation de sa chapelle, il se vit forcé, pour pouvoir continuer à prêcher dans son pays, de se retirer lui-même de l'Eglise de Genève, il eut soin d'ajouter que c'était de l'Église telle qu'elle était alors » et qu'en définitive, il souffrit plutôt pour avoir voulu demeurer fidèle à l'Église des pères ».

C'est uniquement à la libre expression de sa foi, et non à des convictions ecclésiastiques, qu'il' sacrifia les liens qui le rattachaient, lui et sa famille, à l'Eglise de son pays. Ce n'est pas comme pasteur, comme conducteur d'Eglise, niais bien comme « ministre », c'est-à-dire comme simple prédicateur qu'il commença à agir indépendamment de l'Église où il était né, et qu'il se vit plus tard contraint de la quitter tout à fait.

Un calviniste qui s'ignore
On a accusé Malan d'avoir voulu rétablir à Genève l'ancienne Église théocratique de Calvin. Sans doute, la pensée religieuse de Malan reflète-t-elle quelque tendance théocratique. Mais là n'est pas l'origine de sa sortie de l'Eglise; non plus, d'ailleurs, qu'un désir de copier Calvin, ce qui lui fut reproché par certains adversaires. Ce n'est, en effet, que longtemps après que les chaires eurent été fermées à sa prédication, qu'il eut connaissance de ce qu'avaient été et la doctrine et les institutions de l'ancienne Eglise de Genève. Et lorsqu'il formula sa doctrine, si proche dans ses traits essentiels, de celle du grand Réformateur, il n'avait même pas lu les écrits de Calvin.

L'oeuvre ecclésiastique de Malan, loin d'avoir été le but et la cause déterminante de sa séparation, n'est venue que par contrainte extérieure s'ajouter à son oeuvre essentielle de « témoin de la vérité dans Genève ». Il n'aspirait pas au titre de novateur; dans ses requêtes aux magistrats, il soutenait même que le clergé qui dirigeait alors l'Eglise de Genève n'avait aucun droit à l'exercice du pouvoir dont il disposait, et cela précisément à cause du caractère « novateur » des doctrines qu'il avait peu à peu et subrepticement introduites dans le Catéchisme et les règlements de cette Église. Mais il n'abandonnait pas l'espoir de le voir revenir à la foi de ses fondateurs.
Dresser une église contre une autre était loin de ses plans : comment expliquer alors qu'il continuât, jusqu'après la fondation de sa chapelle à communier avec les siens dans les temples de l'Eglise Nationale et à y présenter ses enfants au baptême ?
On peut dire que, dans son ensemble, l'oeuvre de César Malan fut une oeuvre de confession et de témoignage de la foi.

Malan et la dissidence
À l'égard des mouvements de dissidence, Malan avait adopté la même position de dé préoccupation ecclésiastique qu'il avait manifestée à l'endroit de l'Eglise officielle.

En juillet 1820, tandis qu'on bâtissait la chapelle, il avait décliné l'offre, transmise par Empeytaz, de se joindre à « la petite Église ». Il avait répondu «qu'ils ne suivaient pas entièrement le même chemin, et que, pour lui, il se croyait appelé à une oeuvre qui n'était pas précisément la leur ». En effet, pour Empeytaz et ses amis, la grande affaire était beaucoup plus la recherche d'une « intimité fraternelle que celle de l'exactitude de la formule dogmatique. Hors les grands faits du salut par grâce, on était chez eux très peu fixé, ce qui était, aux yeux de César Malan, un défaut capital.

Dogmatisme et sentimentalisme
Les dissidents reprochaient bientôt à Malan « l'isolement où le mettait son dogmatisme » et Malan n'hésitait pas à leur dire « qu'il n'aimait pas leur christianisme de sensation ».

Malan n'a jamais fait de place, dans sa religion, à ce christianisme de sensation, plus communément dénommé « piétisme », dans lequel la dévotion va moins à l'objet vivant de la foi qu'à la jouissance qu'il procure. Pour Malan, il y avait là une recherche de soi, une faiblesse qui répugnaient à la dignité virile de son caractère. Chez lui, le souci de l'obéissance active et empressée à la volonté clairement définie d'un Dieu adoré, toujours vivant et présent, l'emportait sur la culture énervante de ses propres sentiments.

Malan et le Réveil au canton de Vaud
Cela ne l'empêcha point d'ailleurs de manifester une ardente sympathie chrétienne à ces Églises séparées que la persécution fit bientôt surgir dans le canton de Vaud. Non seulement il se rapprochait et des jeunes ministres qui représentaient alors le Réveil vaudois et des pasteurs du Bourg du Four, mais il cherchait à leur rendre service, soit en prenant publiquement leur parti, soit en les faisant participer aux secours pécuniaires qui lui parvenaient pour son oeuvre à lui. Dans une note manuscrite du 6 septembre 1821, on lit : « Le Seigneur m'a mis au coeur de donner ce jour, pour la première fois, une chaire à Empeytaz, qui y prêchera, s'il plaît à Dieu, ce soir. Je regarde cela comme un grand pas vers le mieux. » Puis, après avoir dit que l'on avait remarqué, le dimanche précédent, sa présence dans un temple de l'Eglise nationale où il avait communié, il dit que cela appuie, par le bon côté de tolérance et d'amour, tout ce que je fais pour nos frères séparés ».

Besoin d'une discipline
Cependant, les circonstances elles-mêmes amenèrent Malan à préciser davantage son point de vue sur le plan ecclésiastique. Une conversation avec un pasteur dissident anglais, l'amena à la conviction qu'il devait introduire « une discipline » dans ce qui n'avait été, jusque-là, qu'une « congrégation d'auditeurs ». Il hésita pourtant longtemps.

Une nuit, ne dormant pas, je m'étais assis sur mon lit, et là, j'avais fait, avec serment, l'offre de tout mon être à Christ, le conjurant de me prendre à lui et de briser tout lien qui me retenait encore loin d'une totale obéissance... Le lendemain, à la promenade et lisant dans l'Ecriture, j'ai demandé au Seigneur de m'indiquer, par la lecture que j'allais faire, sa volonté à mon égard... Après cette lecture, mille sentiments se sont précipités dans mon âme; un seul a dominé avec puissance et avec paix, savoir qu'il faut que je prenne soin des âmes qui sont engendrées par la Parole de Dieu que je prêche, en établissant une discipline. (Discipline pour la réception des membres de la communauté).

Premier pas vers une Eglise indépendante
Depuis ce moment et ce pas en avant, j'ai eu un joyeux repos d'esprit et une grande liberté de parole... » C'était, sans qu'il l'aperçût, le premier pas vers la formation d'une Eglise indépendante. Trois ans plus tard, à la rupture des liens officiels avec l'Eglise de Genève, il se trouva, grâce à ce premier pas, à la tête d'une communauté dissidente constituée.

À ce moment (1824), quelqu'un qui lui tenait de très près (sans doute sa femme), fit tous ses efforts pour le détourner d'une voie où il paraissait s'engager à fond. Elle lui représenta que la position de conducteur d'un troupeau n'était pas, vu son caractère très indépendant et ses habitudes d'initiative, ce à quoi il lui semblait appelé. « Il y serait, lui disait-elle, comme un aigle en cage, occupant à lui seul toute la place, rendant ses pouvoirs inutiles et finissant par se blesser lui-même. »

Faits et théories
Mais Malan ne fut pas convaincu et il considéra définitivement comme un devoir d'établir cette communauté. Contradiction chez cet homme si décidé et si clairvoyant ?.., Non ; son cas relève de la psychologie des hommes de Réveil chez lesquels bien souvent les faits engendrent les théories plus que les théories ne suscitent les faits. Mais devant certaines situations imprévues, nées du Réveil, ils se voient contraints de les sanctionner, de les muer en institutions, et cela les entraîne plus loin qu'ils n'auraient voulu, loin surtout de leurs propres théories. C'est une loi d'ici-bas que tout principe doit, sous peine de disparition, s'incarner tôt ou tard dans une réalité. Protester contre un état de choses au nom de certains principes supérieurs, expose presque infailliblement à remplacer la réalité combattue par une autre considérée meilleure. On quitte le « revivalisme » pour s'engager sur le plan de la « réformation ».

Or, n'est pas réformateur qui veut ou s'y essaye !... Malan entreprenait, à cette époque, une tâche qui, de l'aveu même de son propre fils, le dépassait. Rebelle à l'imitation, pensant que le Saint-Esprit développait ses cadres d'action, les églises historiques, selon les nécessités des époques, il regimbait à la conception « puritaine » d'un décalque littéral des Églises apostoliques.

Ce qui manquait à Malan
Replié sur un petit troupeau, une communauté isolée, il ne pouvait songer à y appliquer le système « presbytérien » qui avait ses préférences,
D'autre part, César Malan manquait de deux dons essentiels à la tâche de fondateur d'église : la culture historique et le sens pastoral. Les études ne l'avaient en effet, de son propre aveu, aucunement préparé à une connaissance approfondie du passé historique de l'Eglise de Genève et du long et laborieux processus de l'Église chrétienne à travers les âges. Quant au sens pastoral, laissons parler le fils de César Malan :

« Disons-le ouvertement ! Non seulement la tâche de pasteur n'était pas la sienne, mais celle qui lui était réellement imposée était tout autre, et même tout autrement importante. Nature de témoin, de confesseur et d'apôtre, on a aussi le droit de dire de lui ce que le plus grand des apôtres » n'hésitait pas à dire de lui-même qu'il n'était pas envoyé pour baptiser, niais pour annoncer l'Évangile. Si Malan a été pour son petit troupeau un cher et vénéré pasteur, si sa pensée survit encore, à cette heure, dans le souvenir ému des membres de son Eglise qui lui survivent, il n'en est pas moins vrai que son oeuvre était, avant tout et essentiellement, une oeuvre de témoignage personnel, et que sa chapelle, après avoir été fondée par lui uniquement et en vue de cette oeuvre-là, devait bien finir avec lui.

« La tâche du pasteur diffère de celle du missionnaire en ceci, que, tandis que ce dernier n'a affaire qu'avec des vérités éternelles et des faits absolus, le premier est encore amené à compter constamment avec des faits toujours nouveaux, en sorte qu'il doit être capable de se prêter, sans infidélité, aux mille accommodations que nécessitent ces faits-là. Ce n'était pas là le don de César Malan. Prenant tout au sérieux; attribuant chaque erreur, non pas à sa source accidentelle et prochaine, mais aux principes absolus auxquels son esprit pénétrant ne manquait jamais de la rapporter tout de suite, on pouvait craindre qu'il ne courût le risque de voir un crime dans chaque légèreté, une hérésie dans chaque ignorance, une rébellion calculée contre l'autorité qui revient au ministère de la parole, dans chaque protestation contre ses convictions personnelles. »

PORTRAIT DE MALAN A 20 ANS

Malan évangéliste
Évangéliste dans le plein sens du terme, missionnaire de l'intérieur, telle nous apparaît la vraie vocation de César Malan. Il ne pouvait qu'être à l'étroit dans la tâche plus minutieuse et plus lente du pasteur.

Cependant, il s'appliqua à cette tâche, pendant toute sa vie, avec la persévérance la plus consciencieuse. On a de lui un Registre qu'il a tenu « pour son propre usage », depuis 1825 jusqu'en novembre 1863 (date de sa dernière prédication), et qu'il avait intitulé : « Transactions du troupeau et de la diaconie de l'Eglise ». On y trouve marquées les réceptions de catéchumènes, - les admissions et les sorties, ou parfois aussi les exclusions, des membres, - les baptêmes, - les mariages célébrés par lui dans la chapelle.

Le registre de l'Eglise
Ce registre est écrit en entier de sa main, et surtout avant 1830, dimanche après dimanche. Jusqu'à cette date, c'était le compte-rendu des délibérations d'une communauté qui se régit elle-même sous la présidence de son pasteur; depuis cette époque, ce sont les notes personnelles d'un directeur d'Eglise. Sur la première page, en date de février 1825, on trouve cette demande, « question à laquelle doit répondre par écrit toute personne qui demande à être admise dans l'Eglise du Témoignage » « Voyez-vous, par la Parole de Dieu, que vous devez quitter, absolument et sans réserve, l'Eglise de la multitude, et le faites-vous ? »
Cette Église représenta cependant, dans la sphère de la dissidence déclarée, la plus grande largeur d'idées.

Une Eglise vivante
Constamment paisible en elle-même, éloignée par la clarté absolue et la supériorité d'esprit de son conducteur des divisions intestines qui affligeaient d'autres troupeaux, elle joignait à une vie bien personnelle la pratique persévérante de vertus actives. Bien que de composition sociale modeste, elle rassemblait pour telle ou telle oeuvre de charité ou d'évangélisation des dons qui surpassaient toujours l'attente de César Malan. Prenant un soin spécial de ses indigents, elle participait à l'oeuvre des écoles et à celle de l'évangélisation sans négliger de manifester, dans la vie privée de ses membres, l'expression de sa sympathie ou l'aide de ses prières. C'était une grande famille religieuse, dont tous les membres se connaissaient personnellement, et se rencontraient chaque dimanche dans le tranquille et beau jardin et à la chapelle de leur pasteur et ami.

Une Eglise personelle
Comme d'autres congrégations isolées du premier Réveil, elle a été essentiellement une Église « personnelle », en ce sens que son origine et son existence demeurent liées à une personnalité spéciale.

Une Eglise collaboratrice
Il ne faut pas conclure de là que cette communauté ait manqué de vie propre. Son pasteur avait soin de l'associer à tous les travaux de son ministère. Il lui demandait l'aide de ses prières lorsqu'il partait pour ses voyages de mission ; il lui racontait, à son retour, ce qu'il croyait propre à l'édifier; il lui faisait part des joies ou des deuils de ceux de ses membres qui le désiraient; ou même encore, avec sa simplicité et sa bonhomie coutumières, il sollicitait, du haut de la chaire, ses prières pour tel ou tel événement dans sa propre famille. Il l'invitait à assister soit aux baptêmes et mariages qu'il devait célébrer; soit à la réception des jeunes gens qui étaient toujours appelés à confesser publiquement leur foi dans la chapelle, Non content de saisir chaque occasion pour la pousser à agir par elle-même, il lui fit, adopter à cet égard quelques principes formels. C'était l'assemblée qui nommait ses diacres et qui, en fin d'année, recevait d'eux un rapport contresigné par le pasteur. C'était elle qui votait ses règlements, admettait ou excluait ses membres. C'était elle qui envoyait des évangélistes, désignait son « Comité de mission intérieure », et, à telle occasion, mettait aussi à part des jours de jeûne et d'humiliation et des jours d'actions de grâce.

Indépendamment de l'auditoire ordinaire, la chapelle était constamment visitée par de nombreux étrangers : c'était souvent une véritable affluence. Il arrivait parfois que Malan, après avoir prêché en français, résumât son discours en langue étrangère, en anglais maintes fois. Bien souvent, à la descente de la chaire, il était attendu par un grand nombre de personnes et toute sa journée était ainsi absorbée par la prédication de l'Évangile, en public ou en particulier

Ainsi se révèle, dans les pages du Registre mentionné, cette vie d'Eglise si étroitement mêlée à la vie de son conducteur, autant par la simple influence de l'un que par la libre acceptation de l'autre.
Mais la paix n'est pas d'ici-bas, même dans les Églises où l'on croit toucher de plus près l'idéal. C'est du côté de l'Église séparée du Bourg-de-Four qu'allaient venir les nuages qui assombriraient le ciel heureux de l'Eglise du Témoignage.

Les nuages de l'Eglise du Bourg-de-Four
D'une part, l'Eglise du Bourg-de-Four était travaillée par un esprit « d'individualisme religieux » parfois très bruyant. D'autre part, elle se souciait peu de l'expression formelle de la foi, en particulier de la doctrine de la grâce, et était fortement travaillée par des tendances baptistes, A cela, s'ajouta bientôt le souci des fidèles du Bourg-de-Four de traduire en une unité visible l'unité mystique de tous les chrétiens.
Autant de traits qui s'opposaient aux propres tendances de Malan et à la direction qu'il avait imprimée à sa propre Eglise. De là vinrent les difficultés de ses rapports avec le Bourg-de-Four.

Un règlement exclusif
Les conceptions ecclésiastiques des fidèles de ce dernier groupement aboutirent à un « Règlement » déclarant que tout fidèle qui prendrait l'a Cène dans son sein devrait se soumettre aux préceptes qu'elle tirait de l'Écriture et se regarder comme étant, par là même, soumis à ses pasteurs.

À une aussi singulière déclaration, les membres de l'Eglise du Témoignage exprimèrent, dans une lettre, leur douloureux regret de se voir dorénavant privés de prendre la Cène dans la congrégation du Bourg-de-Four, comme ils le faisaient parfois; en effet, d'après les principes exposés, leur démarche équivaudrait de leur part, à déclarer qu'ils quittaient la conduite de leur pasteur pour se mettre sous celle des chefs de cette congrégation. « Venez donc, chers frères, disait la lettre, puisqu'il n'y a aucune barrière de notre côté, venez communier avec nous, vos frères ! Vous nous empêchez d'aller vers vous par votre règlement, mais puisque la même chose n'existe pas chez nous, et qu'ainsi nous pouvons communier tous ensemble sans blesser la conscience d'aucun, venez réjouir vos âmes avec les nôtres... »

Unité et divesité
De son côté, César Malan écrivait aux pasteurs du Bourg-de-Four une justification approfondie des principes impliqués dans la lettre de l'Eglise. Une proposition la résume, qui fut plus tard aussi formulée par Ami Bost (1835) : « L'unité spirituelle, dans la diversité des faits extérieurs, est la loi constante du Royaume de Dieu. » Autant il voyait d'importance « à la dignité à ses yeux indélébile du ministère de la Parole », « aussi peu voyait-il, dans la constitution extérieure des Églises visibles, un fait directement institué par Dieu lui-même ». Il mit toujours les droits de la liberté individuelle de chaque Eglise au-dessus du désir de traduire, par une unité extérieure et sensible, l'unité spirituelle née d'une foi commune.

L'Eglise primitive n'est pas normative aux yeux de Malan
À propos de l'idée qu'on lui avait opposée « que la Parole de Dieu ne veut qu'une Eglise dans chaque ville », il faisait cette judicieuse remarque : « Ce n'est pas raisonner sûrement, dans ce qui concerne la forme et la discipline de l'Eglise, que d'établir que nous devons strictement imiter ce qu'a fait l'Eglise primitive, puisqu'en posant ce principe, on place l'Eglise sous la conduite de l'Eglise et non plus sous la direction de l'Esprit Saint. Cet Esprit, dont la sagesse est infiniment diverse, et qui a laissé beaucoup de directions, données à Tite et à Timothée, inconnues au reste des ministres de Dieu, peut aussi donner, de nos jours, aux troupeaux du Seigneur et h leurs conducteurs, les pensées, les directions et les déterminations, qui se rapportent à l'urgence de leurs besoins et au plus grand avancement de l'Évangile dans telle ou telle circonstance. »

Divergence grave avec l'Eglise du Bourg-de-Fourg
Cette divergence de vues à l'égard de la question d'église, jointe à la dogmatique particulière de Malan, l'éloigna toujours plus de ses frères dissidents de Genève. Ce fut pour lui une douleur de tous les jours. La lecture des documents qui ont trait à cette période révèle le spectacle pénible d'une nature ardente, généreuse, sans défiance et sans arrière-pensée, aux prises avec des esprits souvent incapables de la comprendre et chez lesquels les jugements hâtifs et partisans paralysaient les élans, du coeur. Les divergences dans les principes se transportèrent bientôt, comme dans toutes les luttes ecclésiastiques, dans le domaine des sentiments personnels. Bientôt, la résistance inébranlable de Malan poussa les fidèles de l'Eglise du Bourg-de-Four à s'attaquer ouvertement soit à son caractère de ministre de l'Évangile, soit même à son caractère personnel.

Cette opposition s'aggravait encore des progrès indiscutables de l'oeuvre de Malan. Non seulement la fréquence des étrangers à la Chapelle était devenue considérable, mais au mois de mars 1830, l'Assemblée de l'Eglise se préoccupait des moyens d'ouvrir un second lieu de culte dans la ville pour les fidèles trop éloignés du Pré-l'Évêque.

Les scrupules ou les susceptibilités de l'Eglise du Bourg-de-Four en furent alarmés. Ils se traduisirent par des accusations « d'orgueil et de despotisme clérical prémédités ». L'écho de ces accusations s'infiltra jusqu'au sein de la Chapelle du Témoignage pour en troubler désormais la vie jusqu'alors si remarquablement paisible.

Conflits intérieurs
Au mois de mai 1830, Malan, apercevant des signes de mécontentement chez plusieurs membres de son troupeau, demanda à celui-ci un vote de confiance. Fidèle à lui-même, il fit porter ce vote, non sur son ministère, mais sur sa doctrine qu'il présenta, par motif de conscience et de loyauté, sous sa forme la plus accentuée. Le résultat était inévitable : scrupules des uns sur le terrain dogmatique, refus des autres de se laisser imposer d'office une profession de foi; les plus avancés et les plus indépendants de ses adhérents se séparèrent de lui. Son Eglise perdit alors le tiers de ses membres, qui allèrent bientôt se joindre à celle du Bourg-de-Four.

L'humilité de Malan, qui sut reconnaître ce qui avait pu être un abus de son autorité en ces circonstances, lui ramena plus tard plusieurs de ceux qui l'avaient quitté alors. D'autre part, l'oeuvre de la Société Évangélique vint modifier bientôt les relations des deux congrégations qui, jusque-là, avaient seules représenté dans Genève le mouvement du Réveil.

Les outrances de l'individualisme
La Communauté du Bourg-de-Four, dès longtemps travaillée par le baptisme, puis par l'individualisme outrancier des fidèles, fut bientôt envahie par le darbysme. Ses pasteurs se virent eux-mêmes aux prises avec les tendances qui, après leur avoir servi à diviser l'Eglise du Témoignage, arrivèrent à déchirer sous leurs yeux leur propre congrégation,

La scission provoquée dans son Eglise porta à Malan un coup très sensible. Depuis cette année 1830, il faut bien reconnaître que l'Eglise du Témoignage ne retrouva plus les jours d'affluence de son passé, bien qu'elle conservât longtemps une place marquante dans le monde religieux.

Mais Malan ne se laissa pas décourager. Les devoirs de son pastorat ne lui offraient plus une sphère suffisante pour son activité : il s'adonna dès lors toujours plus, soit à des travaux de plume, soit à la noble tâche de prédicateur itinérant et de missionnaire qui était si éminemment la sienne.


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