LE
SALUT DE DIEU
FEUILLE CONSACRÉE À
L'ÉVANGÉLISATION
VOL. I
PREMIÈRE ANNÉE 1873-4
|
Correspondance
LA LOI ET LA GRÂCE
Monsieur le rédacteur,
Je viens vous prier de donner dans votre
journal quelques explications sur
Romains VI,
VII, et Galates III, IV. La
doctrine touchant la loi et la grâce
est une des parties de l'Écriture
que j'ai le plus de peine à saisir
d'une manière nette ; et la
confusion des deux alliances est un des
plus grands obstacles à
l'affranchissement des âmes ;
elle jette de la confusion dans le coeur,
et entrave le service et le
témoignage.
Nous sommes heureux de pouvoir communiquer
à nos lecteurs la réponse
suivante :
Premièrement, aucune alliance n'est
faite avec les chrétiens. La
nouvelle alliance sera faite avec
Israël comme l'a été
l'ancienne. Mais nous
en avons spirituellement toute la
bénédiction et bien
davantage. Le fondement de la nouvelle
alliance a été posé
dans le sang de Christ, mais les Juifs
n'en ont rien voulu. En esprit nous y
participons, c'est-à-dire au pardon
de nos péchés et à la
connaissance directe de Dieu. Cependant
les privilèges de l'Église
dépassent cela de beaucoup ;
ainsi, par exemple, l'union avec Christ et
la vocation céleste qui
l'accompagne.
Quant à la loi, la chose est
très-simple. La loi est une
parfaite règle pour l'homme, enfant
d'Adam, selon la chair. Les devoirs que
constate la loi étaient toujours
là ; ils découlaient
des relations dans lesquelles l'homme se
trouve vis-à-vis des hommes, et
vis-à-vis de Dieu
Lui-même ; mais dans la loi
nous avons une règle parfaite de
ces devoirs, imposée par
l'autorité de Dieu et sous menace
de malédiction si l'on y
manque. La loi exigeait, de la part de
Dieu ; la justice chez les hommes,
— justice que l'homme n'avait
pas ; — elle est donc
très-utile pour convaincre de
péché et pour produire (non
pas le péché, — il y
était, — mais) la
transgression *
: « La loi est
intervenue afin que l'offense
abondât. » Or Christ en a
pris sur Lui la malédiction, de
sorte qu'il ne s'agit plus de cela pour le
croyant, ni de ses péchés,
car Christ les a portés.
Mais il y a plus que cela, et c'est
à quoi
Rom. VI s'applique, savoir
la nature qui produit les
péchés et qui est mise
à découvert par
l'opération de la loi, là
où Dieu agit.
(Rom. VII.) Cette
épître, jusqu'à la fin
du 11e verset du
chapitre V, parle de nos
offenses, de notre culpabilité et
de la propitiation. Depuis le 12e verset,
elle traite la question de la nature
pécheresse. « Je sais
qu'en moi, c'est-à-dire en
ma chair, il n'habite point de
bien. » Or, le remède a
cela, c'est la mort ; toutefois, si
la mort était venue sur nous,
c'aurait été aussi la
condamnation ; mais nous
mourûmes en Christ. Le
péché « dans la
chair » a été
condamné ; mais puisque c'est
sur et par la croix que cela a
été accompli, la mort
m'appartient. Je suis à cet
égard au bénéfice de
la mort de Christ. Je fais mon compte que
je suis mort, mort au
péché ; — la
condamnation, Christ l'a prise sur lui.
(Rom. VI ;
VIII, 3.)
Maintenant la loi n'a d'autorité
sur un homme qu'aussi longtemps qu'il vit,
— mais je suis mort ; par
conséquent, la loi n'a plus
d'autorité sur moi, non qu'elle ait
perdu en soi son autorité ;
— aucune preuve de celle-ci n'est
semblable au fait que Christ en a
porté la malédiction ;
aussi ceux qui ont péché
sous la loi seront-ils jugés par la
loi ; — mais je suis soustrait
à son empire par le fait que
je suis mort ; elle ne peut plus
m'atteindre ; et
je vis pour Dieu, non dans la chair
à laquelle la loi s'adressait, mais
en Christ. C'est le second mari du chap.
vu.
Gai. II résume le
même enseignement. Par la foi, je
suis mort à la loi afin que je vive
à Dieu. Je suis crucifié
avec Christ, néanmoins je vis,
— non plus moi, mais Christ vit en
moi.
Gal. III fait voir qu'un
contrat confirmé ne saurait
être annulé, et ne permet pas
qu'on y ajoute. On ne pouvait donc ajouter
la loi à la promesse de la semence
(Christ) faite à Abraham. Il montre
que la loi avait été
introduite en attendant la venue de la
semence, pour qu'il y eût des
transgressions ; mais une fois la
semence venue, il ne s'agissait plus de la
loi.
Un médiateur dans la loi montrait
que Dieu n'était pas seul dans
l'affaire ; là donc tout
devait manquer. Dans la promesse faite
à Abraham et confirmée
à Christ, Dieu était
seul ; ici, donc, rien ne pouvait
manquer.
Gal. IV montre qu'il y
avait des héritiers au temps de la
loi ; mais c'étaient des
enfants encore en bas âge, et dans
un état d'esclavage, jusqu'à
ce que le Fils de Dieu et la
rédemption plaçassent ceux
qui avaient été ainsi sous
la loi, dans la position de fils, —
le Saint-Esprit étant donné
afin qu'ils en eussent la conscience.
C'est là notre état à
nous. Ensuite l'apôtre montre qu'on
ne peut pas lier les deux choses, ni
concilier les deux états : les
enfants d'Agar et l'enfant de Sara ne
peuvent pas hériter ensemble. L'un
chasse l'autre. L'Évangile a bien
confirmé l'autorité de la
loi ; mais les deux ne peuvent se
concilier, ni pour exercer autorité
ensemble, ni quant à l'état
d'âme produit sous cette
autorité. On ne peut
(Rom. VII) avoir deux maris
à la fois : l'enfant d'Agar ne
peut hériter avec l'enfant de
Sara.
La loi et la grâce sont toutes les
deux parfaitement justes et ont Dieu
Lui-même pour auteur ; mais
elles sont inconciliables dans leurs
principes, dans leur raison d'être.
L'une exige la justice de l'homme, l'autre
révèle en grâce celle
de Dieu quand l'homme est pécheur
et perdu. Bien d'autres
vérités précieuses et
importantes s'y rattachent ; mais je
me borne ici à répondre
à ce qu'on demande.
J. N. D.
* C'est le seul vrai sens
des mots. Le péché y
était. Dieu ne peut rien faire pour
produire du péché ; de
toutes manières cela est
impossible ; mais la loi tourne le
péché en transgression, et
le péché devient
« excessivement
pécheur. »

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LA BRANCHE D'IF
« En ces jours-là, et en ce
temps-là, je ferai germer à David la
Branche de Justice. »
(Jérémie XXXIII,
15.)
Près de vingt ans se sont
écoulés depuis mon entrevue avec le
vieux François — et cependant son
récit est resté gravé dans ma
mémoire avec autant de fraîcheur que
s'il ne datait que d'hier. Je vais vous en faire
part, cher lecteur ; souvenez-vous que ce que
vous allez lire est réellement
arrivé. Je n'y change absolument rien,
à la seule exception du nom de celui que je
vais mettre en scène, que je ne me crois pas
autorisé à faire connaître.
Un jour donc, le vieux François vint chez
moi, dans le but de me remettre quelques sous pour
les chrétiens pauvres d'une ville
éloignée. On avait exposé leur
état de dénûment dans une
réunion religieuse, à laquelle le
vieux François assistait depuis quelque
temps. Pauvre agriculteur lui-même, il avait
été touché des souffrances de
ses frères et il donnait avec joie et de bon
coeur tout ce qu'il pouvait donner pour les
soulager. Je reçus avec émotion et
reconnaissance la pite de ce vieillard
déjà courbé par l'âge et
par les infirmités. Je le fis asseoir et
nous nous entretînmes des choses de Dieu.
Bientôt je vis de grosses larmes sillonner
ses joues ridées. —
« Ah ! Monsieur, me dit-il, je sais
bien que je dois et que je puis me confier en Dieu.
Personne, peut-être, n'a plus que moi sujet
de le faire.
Si vous saviez combien de fois
ce Dieu de bonté m'a fait échapper
à des dangers imminents, combien de
délivrances signalées il m'a
accordées ! Dans les campagnes que j'ai
faites, je me suis trouvé plus d'une fois
seul entouré d'ennemis qui ne faisaient
point de quartier, et je m'en suis toujours
tiré. Oh ! je serais bien malheureux
si, après tant de preuves de la puissance et
de la bonté du Seigneur, je n'avais pas
appris à me confier en lui. Il est une de
ces délivrances dont j'ai surtout
été frappé, je veux vous la
raconter :
« II y a dix ou douze ans, j'avais, de
concert avec mon beau-frère, acheté
quelques toises d'un terrain communal, couvert de
broussailles et de ronces. Ce terrain fort
incliné était situé entre une
route et un précipice formé par des
rochers, au pied desquels, à quarante ou
cinquante pieds de profondeur, coule un torrent.
À force de peines et de sueurs, nous
parvînmes à défricher ce sol
ingrat. En y travaillant, j'avais découvert
une belle plante d'if, qui sortait d'une fissure du
rocher à un ou deux pieds en dessous du sol
et s'étendait horizontalement au-dessus de
l'abîme. Je me mis à la couper pour en
faire des fagots ; mais, soit à cause
du danger de cette opération, soit en raison
de la dureté particulière de ce bois,
je dus à mon grand regret, après
beaucoup d'efforts inutiles, renoncer à
détacher la plus grande branche qui resta
seule à sa place. Je dois rappeler aussi
que, pour empêcher la terre de glisser dans
la rivière, j'avais construit au bas du
champ, directement au sommet du rocher, une
petite élévation
de gazon en guise de mur. Tout cela fait, nous
semâmes du blé dans nos sillons, et au
bout de quelques mois nous pûmes dire, avec
le cantique que ma fille a appris à la salle
d'asile :
« Ces blés, Dieu les a
bénis,
« Son soleil les a
jaunis. »
« Par une belle matinée de
l'été suivant, nous vînmes donc
tout joyeux pour moissonner notre beau froment. Or,
en commençant par le bas de ce champ fort en
pente, j'avais un pied appuyé contre mon
parapet de gazon, qui avec le temps avait pris
toutes les apparences de la solidité et
ressemblait à un mur véritable. Comme
je me baissais pour me mettre à ma besogne,
mon faux appui, trop fortement pressé,
cède... je glisse et je tombe en
m'écriant : « Mon Dieu !
aie pitié de « moi, je suis un
homme perdu. » Mon beau-frère
accourt tout effrayé, croyant me voir
meurtri et brisé sur les grosses pierres qui
obstruaient le lit du torrent. Quelle ne fut pas sa
surprise et sa joie de me trouver retenu, comme
à cheval, sur la branche d'if, que j'avais
en vain essayé de couper l'année
précédente et que Dieu avait mise
là pour être l'instrument de mon
salut ! Mon compagnon n'eut qu'à me
tendre la main pour me remettre sur pied et hors de
danger. C'est ainsi que le Seigneur m'a
délivré d'une mort inévitable,
moi qui alors ne le connaissais
pas. »
Tel fut le récit du vieux François
que, par suite de diverses circonstances, je perdis
de vue plus tard. Il est mort dès lors, et
j'aime à croire qu'il
s'est endormi dans la paix de Jésus, en se
confiant au Dieu de toute délivrance, du
reste, tout en espérant que ce qui
précède pourra, avec la
bénédiction d'en haut,
intéresser, édifier quelqu'un de mes
lecteurs et l'exciter à la confiance en
Dieu, —je n'ai point l'intention de les
entretenir plus longuement de ce pauvre
vieillard ; ce n'est point l'histoire de sa
conversion qui m'occupe : mon dessein est
plutôt de considérer le fait
remarquable qu'il me raconta, comme une
espèce de parabole, dont les divers
détails peuvent donner lieu à des
applications intéressantes, que j'adresserai
à la conscience de ceux de mes lecteurs qui
ne connaissent pas encore le Seigneur et sa
précieuse grâce.
Ce monde est aussi un « champ »
(Matth. XIII, 38), champ aride,
rocailleux, couvert de ronces et d'épines.
Le Seigneur a pris beaucoup de peines pour
défricher ce sol ingrat, ou pour amollir,
convertir et purifier le coeur de l'homme.
Jésus, qui est lui-même le grain de
froment, tombé du ciel sur la terre
(Jean XII, 24), a dû mourir
pour s'acquérir une famille et devenir le
premier-né entre beaucoup de frères.
C'est au prix du travail de son âme, qu'il
peut, avec espoir de quelque succès,
répandre de bonne semence dans le champ qui
est le monde. C'est lui qui a commencé ces
semailles
(Matth. XIII, 37), et maintenant
encore il veille soigneusement à leur
continuation, en poussant des ouvriers
fidèles et dévoués dans le
vaste champ de sa moisson. Partout où
parvient la Parole de Dieu ; partout où
l'Évangile est
annoncé ; partout où un
chrétien parle, selon la
vérité, du Seigneur Jésus
à un de ses semblables ; partout
où un petit livre, comme celui-ci, rendant
témoignage à la grâce
salutaire, est lu par quelqu'un : c'est, au
fond, le Seigneur qui sème dans le champ, la
bonne semence, à laquelle, seul, il peut
donner l'accroissement. — Mais autant
Jésus est fidèle dans
l'accomplissement de cette oeuvre d'amour, autant
l'ennemi, Satan, est infatigable à semer, de
son côté et dans le même champ,
de l'ivraie qui a une fausse ressemblance avec le
froment et qui pourtant n'est bonne qu'à
être brûlée.
Ce mélange d'ivraie et de blé doit
demeurer dans le monde jusqu'à la moisson.
La moisson, c'est l'achèvement du
siècle, la fin de cette économie de
grâce, de ce jour du salut, pendant lequel la
bonne nouvelle est prêchée aux pauvres
pécheurs. Alors aura lieu le triage solennel
de la bonne semence et de l'ivraie, la
séparation éternelle des fils du
royaume et des fils du méchant.
« Comme donc on recueille l'ivraie et
qu'on la brûle entièrement au feu, il
en sera de même à l'achèvement
de ce siècle. Le Fils de l'homme enverra ses
anges, et ils recueilleront hors de son royaume
tous les scandales et ceux qui pratiquent
l'iniquité, et ils les jetteront dans la
fournaise de feu ; là seront les pleurs
et les grincements de dents. Alors les justes
brilleront comme le soleil, dans le royaume de leur
Père. » C'est alors aussi que
Jésus, qui « a son van à la
main, nettoiera parfaitement son aire, qu'il
amassera son blé dans le grenier, et
brûlera la paille au feu
qui ne s'éteint point. »
(Matth. XIII, 40-43 ;
III, 12.)
Dans un sens restreint, on peut dire que la moisson
arrive pour tout homme au moment de la mort, en
tant que la mort est aussi pour lui
l'achèvement du siècle et que, d'un
autre côté, elle décide de son
sort pour l'éternité. L'arbre reste
à jamais du côté où il
est tombé. L'âme de celui qui s'est
endormi au Seigneur, est introduite dans le paradis
de Jésus, pour y attendre, dans le repos, le
matin de la résurrection de vie, qui la
réunira à un corps glorifié,
portant l'image du second Adam ou de l'homme
céleste. Alors aussi l'âme de
l'incrédule et du pécheur va attendre
en son lieu, loin de la face du Seigneur, le jour
de la redoutable résurrection de jugement,
où elle ne sera réunie à un
corps que pour être précipitée
avec lui dans le lac ardent de feu et de soufre.
Ainsi, à l'heure de la mort
déjà, commencent les
séparations éternelles entre les
enfants de Dieu et les ouvriers
d'iniquité.
Eh bien ! mon cher lecteur, de quelque
manière que vienne pour toi le jour
infaillible de la moisson, qui, dans tous les cas,
est bien rapproché, — es-tu prêt
pour ce grand jour ? Peux-tu le saluer
d'avance avec bonheur, ou du moins le voir venir
sans crainte et y penser souvent sans
inquiétude et sans trouble ? En
d'autres termes, sur quoi reposent tes
espérances pour ce grand jour ? Sur
quoi t'appuies-tu pour paraître devant Dieu,
et pour pouvoir subsister devant Celui qui a les
yeux trop purs pour voir le mal et avec lequel tu
vas avoir affaire ? —
Ne crains point d'examiner sérieusement
cette question que je t'adresse de la part de Dieu,
et d'y répondre comme étant en la
présence de ce Dieu trois fois saint qui
sonde les reins et les coeurs ?
La plupart des hommes ont la prétention de
bâtir eux-mêmes l'édifice de
leur salut éternel ; d'autres, en bien
petit nombre, acceptent, par la foi, le salut
parfaitement accompli par Jésus-Christ. Les
premiers posent le fondement de leur maison sur le
sable mouvant des idées, des opinions, des
traditions, des principes et de la religion du
présent siècle ; les autres le
font reposer sur le rocher inébranlable, qui
est Christ crucifié et ressuscité.
(Ps. XVIII, 2 ;
XIX, 14 ;
1 Cor. X, 4.)
Tant que la moisson est encore
éloignée ou qu'on la suppose telle
(car, en réalité, elle est toujours
proche), tant que le soleil brille sur l'horizon,
que le ciel est serein, que tout chemine
paisiblement, que la vie est douce et
prospère, un observateur superficiel peut ne
pas voir grande différence entre les deux
édifices. Et même parfois celui qui
repose sur le sable peut lui paraître,
à certains égards, plus beau, mieux
bâti et plus confortable. Mais attendons la
fin... voici venir la pluie qui tombe, les torrents
qui se débordent, les vents impétueux
qui soufflent contre ces deux maisons ; —
ou, en d'autres termes, les tentations, les
épreuves, les tribulations, les
persécutions, la mort qui surviennent et
atteignent ces deux hommes. Puis, quand la
tourmente a cessé, quand on a pu en
contempler les effets, qu'a-t-on vu ? La
maison sur le roc est
demeurée intacte et
ferme ; l'autre est tombée et la ruine
en a été grande.
Aussi l'un des bâtisseurs est, par
Jésus lui-même, appelé un homme
prudent, tandis que l'autre est
déclaré fou et
insensé.
Le vieux François avait aussi
élevé avec soin un rempart de gazon,
qui avait fini par présenter l'aspect d'un
bon mur et pouvait passer pour bien solide, tant
qu'on n'avait pas occasion de s'y appuyer. Mais
quand mon vieil ami voulut y arrêter
fermement son pied, le prétendu mur
dévoila sa faiblesse ; il glissa dans
le gouffre en y entraînant l'imprudent qui
avait osé compter sur cet appui trompeur.
— Eh bien ! chers amis, c'est une
imprudence toute semblable qui, aujourd'hui comme
toujours, est cause de la ruine éternelle
d'une multitude d'âmes. C'est pourquoi je
répète ma question et je l'adresse
à celui qui lit ces lignes : Sur quoi
vous appuyez-vous ? sur quoi faites-vous
reposer vos espérances pour
l'éternité ? Est-ce sur quelque
chose que vous ayez construit de vos mains,
c'est-à-dire sur quelque chose qui vienne de
vous, qui soit le produit de votre volonté,
de vos efforts, de vos pensées ou de vos
oeuvres ? Prenez garde, ce soi-disant mur
n'est que du gazon superposé et fragile.
« Nulle chair, en effet, ne sera
justifiée devant Dieu par des oeuvres de
loi. Tous ceux qui sont des oeuvres de loi, sont
sous la malédiction ; car nous sommes
sauvés par la grâce, ... non point par
des oeuvres, afin que personne ne se
glorifie. »
(Rom. III, 20 ;
Gal. II, 16 ;
Éphés. II, 8.)
Comment pourriez-vous croire que ce qui
provient de vous puisse garantir
vos âmes devant Dieu, après que Dieu
lui-même a porté ce jugement sur la
nature humaine ou sur votre nature et votre coeur,
tels que le péché les a faits :
« Toute l'imagination des pensées
du coeur de l'homme n'est que mal en tout
temps ? » (Comp.
Gen. VI, 5, et
VIII, 21.) Et ailleurs :
« II n'y a point de juste, non pas
même un seul. Il n'y a personne qui ait de
l'intelligence ; il n'y a personne qui
recherche Dieu. Ils se sont tous
égarés, ils se sont tous ensemble
rendus inutiles ; il n'y en a aucun qui fasse
le bien, non pas même un seul... Il n'y a
nulle différence, vu que tous ont
péché, et qu'ils sont
entièrement privés de la gloire de
Dieu. » Et encore :
« L'affection de la chair
(c'est-à-dire la nature humaine ou
l'état naturel de l'homme) est
inimitié contre Dieu ; car elle ne
s'assujettit point à la loi de Dieu, et
aussi ne le peut-elle point. C'est pourquoi ceux
qui sont en la chair ne peuvent point plaire
à Dieu. » Et enfin, pour ne pas
multiplier davantage ces déclarations,
Jésus a dit : « Du coeur
viennent les mauvaises pensées, les
meurtres, les adultères, les fornications,
les larcins, les faux témoignages, les
blasphèmes. Ce sont ces choses qui souillent
l'homme. »
(Rom. III, 9-12,
22 ;
VIII, 7, 8 ;
Matth. XV, 19,20.)
Mais, direz-vous peut-être, ce n'est point
sur mes oeuvres mauvaises, sur mes
péchés que je m'appuie ; au
contraire, je les reconnais et je m'en repens.
Cette repentance n'est-elle donc rien devant
Dieu ? Et mes bonnes intentions, et mes
prières, et mes
aumônes, et mes lectures de la Bible, et mon
attention à ne faire tort à personne,
à remplir exactement mes devoirs
religieux ; et mon baptême, et
l'instruction chrétienne que j'ai
reçue, et ma confirmation, et ma
participation à la Cène, et ma
profession de christianisme : tout cela
n'aurait-il aucune valeur ? Voilà sur
quoi je m'appuie. — Prenez garde, vous
répondrai-je, ce n'est là qu'un mur
de gazon. Ce n'est là non plus qu'un roseau
brisé, qui perce la main de l'imprudent qui
veut s'en faire un appui. Ces avantages ou
privilèges purement extérieurs, pour
la plupart, peuvent être de bonnes choses
quand on les laisse à leur place, quand on
en use comme de moyens que Dieu peut
bénir ; et sous ce rapport je suis loin
de les méconnaître ou de les
déprécier. Mais si vous en faites le
but, mais si vous les mettez à la place du
Christ, tous ces privilèges deviennent pour
vous une véritable perte. En effet, votre
repentance peut-elle effacer vos
péchés
précédents ? Autant vaudrait
dire qu'en me repentant d'une dernière dette
que je contracte, je paye par là même
toutes mes dettes anciennes et celle-là. De
bonnes intentions ! ah ! ne savez-vous
donc pas encore que, comme on l'a dit souvent, la
route de l'enfer en est pavée ? Vous
priez ! dites-vous, mais pouvez-vous
réellement invoquer Celui en qui vous n'avez
pas cru ? Des aumônes peuvent-elles
justifier le pécheur ? Où est-il
écrit : Donne aux pauvres et tes
iniquités seront pardonnées ?
Vous lisez la Bible ! tant mieux si cette
lecture vous amène à Jésus,
en vous faisant comprendre que
« ces choses sont écrites, AFIN
QUE VOUS croyiez que Jésus est le Christ, le
Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie par
son nom. »
(Jean XX, 31.)
Tant pis, si la Bible vous laisse dans votre
incrédulité, puisqu'elle ne serait,
dans ce cas, qu'un nouveau témoin à
charge contre vous. Vous ne faites tort à
personne ! Je veux bien l'admettre, tout
invraisemblable que soit cette assertion ;
mais ne faites-vous pas tort à Dieu en lui
dérobant votre coeur ? et à
vous-même en refusant de croire pour le salut
de votre âme ? Quant à votre
baptême, à votre confirmation,
à votre nom de chrétien et à
vos communions, écoutez ce que le Seigneur
Jésus disait aux Juifs qui, comme vous et
plus que vous, jouissaient aussi d'avantages
correspondants ; qui, comme vous, avaient
aussi des formes de piété, tout en en
reniant la puissance :
« Efforcez-vous d'entrer par la porte
étroite ; car il y en a beaucoup, je
vous le dis, qui chercheront à entrer, et
qui ne le pourront. Après que le
maître de la maison se sera levé et
aura fermé la porte, et qu'étant
dehors, vous commencerez à heurter à
la porte, en disant : Seigneur, Seigneur,
ouvre-nous, et que répondant, il vous
dira : Je ne sais d'où vous
êtes ; alors vous vous mettrez à
dire : Nous avons mangé et bu avec toi,
et tu as enseigné dans nos rues. Et il
dira : Je vous le dis, je ne sais d'où
vous êtes ; retirez-vous de moi, vous
tous ouvriers d'injustice. »
(Luc XIII, 24-27.) Prenez donc garde
que ces paroles ne se réalisent pour vous.
Si vous continuez à juger selon
/'apparence et selon la chair, votre
rempart de bonnes oeuvres, de pratiques religieuses
et de propre justice pourra, avec le temps, vous
paraître aussi ferme que le fondement de
Dieu. Mais quand le cri de minuit se fera
entendre : « Voici, l'Époux
vient, sortez à sa rencontre »
(Matth. XXV, 6) ; quand viendra
le moment où vous sentirez avec effroi que
le terrain manque sous vos pieds, quand vous verrez
avec terreur l'abîme prêt à vous
engloutir, alors vous expérimenterez trop
tard toute la fragilité des appuis que vous
vous étiez faits à vous-même.
Dès l'instant que vous voudrez
sérieusement vous en servir, vous les
sentirez glisser, crouler sous vos pas et tomber
avec vous dans le gouffre sans fond.
Ah ! que Dieu veuille qu'il n'en soit pas
ainsi de vous, cher lecteur ! Dieu veuille,
pendant qu'il en est temps encore, vous faire
connaître et comprendre que vos
péchés vous placent sous la
condamnation, et que toutes vos oeuvres et vos
actes de dévotion sont complètement
incapables de vous en garantir ! Dieu veuille
réveiller votre conscience par sa Parole et
vous donner une conviction sincère de
péché et de perdition ! Alors,
bienheureux serez-vous si, à la vue de
l'abîme éternel au bord duquel vous
êtes, et sentant le néant de tous vos
précédents appuis, vous vous
écriez comme le vieux François :
« 0 mon Dieu ! aie pitié de
moi, je suis un homme perdu ! » ou
comme les disciples, au milieu de la tempête,
alors que leur nacelle commençait à
s'emplir :
« Seigneur ! sauve-nous, car nous
périssons. » Oui, heureux
êtes-vous si, du fond d'un coeur
angoissé par le sentiment de vos
péchés et par la crainte de tomber
entre les mains d'un Dieu saint et juste,
s'échappe ce cri de détresse et
d'invocation à Celui qui seul peut secourir,
délivrer, sauver une âme dans cet
état ! Heureux êtes-vous, si vous
invoquez le nom du Seigneur, car voici une des
bonnes paroles de notre Dieu :
« Quiconque invoquera le nom du Seigneur
sera sauvé. Oui, heureux, mille fois
heureux, éternellement heureux est celui qui
croit ; car toutes les choses qui lui sont
dites, toutes les promesses qui lui sont faites
auront leur accomplissement. Au moment où il
voit crouler tout ce sur quoi il s'appuyait
précédemment, tout ce qui faisait sa
confiance, la croix de Christ est là,
au-dessus du précipice, comme la branche
d'if du vieux François, pour le retenir, le
soutenir, le délivrer, le sauver.
Jésus est le chemin, la vérité
et la vie : nul ne va au Père que par
lui ; il est le seul pont placé sur
l'abîme creusé par le
péché entre l'homme et Dieu ;
c'est lui qui, à la fois vrai Dieu et vrai
homme, réalise admirablement
l'échelle mystérieuse que Jacob vit
en songe, dont l'une des extrémités
reposait sur la, terre, tandis que l'autre
s'élevait jusqu'au ciel. Jésus est la
BRANCHE, ou le surgeon sorti du tronc d'Isaï.
(Ésaïe XI, 1.) Il est la
BRANCHE de l'Éternel, pleine de noblesse et
de gloire. »
(Ésaïe IV, 2.)
" Nous croyons pouvoir traduire par Branche,
avec la version anglaise, le mot que nos
versions ont rendu par Germe.
Cette Branche de Dieu, de tout temps on s'est
efforcé de la détruire. Quand
Jésus apparut sur la terre, Satan, les Juifs
et les Gentils, Hérode et Ponce Pilate se
liguèrent et réunirent leurs efforts
contre lui. « Ôte, ôte,
crucifie-le, » criait un malheureux
peuple excité par ses chefs, instruments du
Diable. Mais dans leur aveuglement et dans leur
haine, ils ne faisaient, au fond, qu'accomplir les
conseils de Dieu qui, voulant amener beaucoup de
fils à la gloire, devait consommer le Prince
de leur salut par les souffrances.
(Hébr. II, 10.)
Aussi Pierre pouvait dire aux Juifs, quelques
semaines après leur crime :
« Ce Jésus, livré par le
conseil déterminé et par la
préconnaissance de Dieu, vous l'avez pris,
vous l'avez tué, l'ayant cloué par
des mains iniques. Mais Dieu l'a
ressuscité.... Que toute la maison
d'Israël sache donc avec certitude, que Dieu
l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que
vous avez crucifié. » Et
ailleurs : « Le Dieu de nos
pères a ressuscité Jésus que
vous avez tué de vos mains en le pendant au
bois ; c'est Lui que Dieu a
élevé par sa droite Prince et
Sauveur, pour donner à Israël la
repentance et le pardon des
péchés. »
(Act. II, 23,
36 ;
V, 30, 31.) Ce Jésus qu'ils
avaient rejeté et mis à mort leur est
prêché comme Sauveur, et devient le
Sauveur de milliers d'entre eux. Cette Branche
qu'ils avaient voulu et cru retrancher, est
demeurée, par la puissance de Dieu,
toujours, verte et toujours ferme, au-dessus de
l'abîme, pour empêcher de périr
tous ceux qui se confient en elle. C'est ce qu'elle
sera encore pour Israël dans
les derniers jours, selon qu'il
est écrit : « Voici, les
jours viennent, dit l'Éternel, que je ferai
lever à David une Branche juste, qui
régnera comme roi ; il
prospérera et exercera le jugement et la
justice sur la terre. En ces jours, Juda sera
sauvé, et Israël habitera en
assurance ; et c'est ici le nom duquel on
l'appellera : L'Éternel notre
Justice. »
(Jérémie XXIII,
5 ;
XXXIII, 15.)
Et dès lors combien de malheureux
incrédules se sont efforcés de couper
cette Branche, ou d'exterminer tous ceux qui, par
la foi, étaient devenus une même
plante avec elle, — et qui plus tard ont
trouvé aussi un appui pour leur âme en
cette plante que le Père a plantée et
qui, par conséquent, ne peut être
déracinée ! Voyez ce jeune homme
ardent qui consentait à la mort du premier
des martyrs de Jésus, croyant ainsi rendre
service à Dieu. Il ne respirait que menaces
et que meurtres contre les disciples du
Seigneur ; il ravageait l'Église,
entrant dans les maisons et traînant hommes
et femmes en prison ; dans son zèle
sans connaissance, il croyait devoir tout faire
contre le nom de Jésus le Nazaréen,
dont il persécutait la doctrine
jusqu'à la mort. Eh bien ! peu de temps
après, ce même jeune homme,
nommé Saul, renversé par le Seigneur
dans sa carrière de haine féroce
contre Jésus, trouvait dans ce Jésus
son Sauveur et son Dieu, la Branche du salut pour
son âme. L'ardent persécuteur devint
non-seulement un disciple heureux et béni,
un serviteur dévoué de Celui de la
part duquel il désirait naguère
être anathème, mais encore le
grand docteur des nations,
l'Apôtre zélé et infatigable,
une lumière brillante dans l'Église,
et un témoin jusqu'à la mort de cette
vérité qu'il avait voulu extirper de
la terre. « Cette parole est certaine,
disait-il, et digne d'être entièrement
reçue, que Jésus-Christ est venu dans
le monde pour sauver les pécheurs dont je
suis le premier. »
(1 Tim. I, 15.) Combien d'autres
après lui ont fait les mêmes
expériences !
Encore une fois, cher lecteur, que tu sois du
nombre de ceux qui ont persécuté
Jésus en haïssant ou persécutant
ses disciples
(Act. IX, 4, 5), ou que tu n'aies
jusqu'à présent éprouvé
que de l'indifférence pour le Sauveur et
pour son Évangile, heureux seras-tu
désormais si tu t'appuies sur cette Branche
de l'Éternel, si tu te confies au Seigneur,
si tu lui remets ton dépôt,
c'est-à-dire ton âme, si tu crois en
Jésus. Oui, pour certain, dit la Parole de
Dieu, car elle déclare que celui qui croit
en lui ne sera point confus ; qu'il ne
périra jamais ; qu'il n'y a plus de
condamnation, plus d'abîme, plus d'enfer pour
lui ; qu'il a la vie
éternelle !
C.-F. E.
ISAAC
« ISAAC » veut dire :
« II rit. » Au chapitre XXI de
la Genèse,
verset 6, on voit les pensées
de Sara au sujet de ce fils si longtemps attendu et
si bienvenu, — l'objet de tant de promesses de
la part de Dieu et de tant d'exercices de coeur
pour ses parents. Sara
dit : « Dieu m'a donné de
quoi rire ; tous ceux qui l'apprendront riront
avec moi. » Elle fait allusion à
la première impression produite sur elle par
une promesse divine que repoussait son coeur
incrédule. (Voyez
chapitre XVIII, 12.)
Peu de temps auparavant, Abraham lui-même
n'avait guère mieux agi
(chap. XVII, 17) ;
considérant leur état de vieillesse
il lui semblait impossible que Dieu pût leur
accorder une telle faveur ; il rit disant en
son coeur : « Naîtrait-il un
fils à un homme âgé de cent
ans ? Et Sara, âgée de
quatre-vingt-dix ans, aurait-elle un
enfant ? » — Mais Dieu
dit : Certainement, Sara ta femme t'enfantera
un fils et tu appelleras son nom
« ISAAC. » Dieu voulait que le
nom de l'enfant fût pour ses parents un
souvenir continuel, soit de leur propre faiblesse
et de l'incrédulité de leurs coeurs,
soit de la grâce souveraine de Dieu qui
poursuit son but sans interruption, quels que
soient les empêchements que la faiblesse
humaine voudrait y opposer.
Le nom même d'ISAAC est donc un type frappant
de ceux qui sont « sauvés par la
grâce, par la foi, non pas sur le principe
des oeuvres, afin que personne ne se
glorifie »
(Éphésiens II, 8,
9) ; mais qu'au contraire, celui qui se
glorifie se glorifie dans le Seigneur.
(1 Cor. I, 21.) Le pécheur,
sauvé par grâce, peut dire comme
Sara : « DIEU M'A DONNÉ de
quoi rire ; tous ceux qui l'apprendront riront
avec moi. » (Comparez
Psaume XL, 1-4.)
LE PÉCHEUR PERDU
L'OBJET DE LA GRÂCE DE DIEU
Et il arriva que comme il
était à table dans la maison, voici
beaucoup de publicain et de pécheurs vinrent
et se mirent à table avec Jésus et
ses disciples. ce que les pharisiens ayant vu, ils
dirent à ses disciples : Pourquoi votre
maître mange-t-il avec les publicains et les
pécheurs ?
Et Jésus, l'ayant entendu, leur dit :
Ceux qui sont en bonne santé n'ont pas
besoin de médecin, mais ceux qui se portent
mal. Mais allez et apprenez ce que c'est que :
« Je veux miséricorde et non pas
sacrifice ; car je ne suis pas venu appeler
des justes, mais des pécheurs. »
(Matthieu IX, 10-13.)
C'est une chose terrible qu'un homme ose
prétendre qu'il est juste par
lui-même, ou qu'il pourra se présenter
devant le Juge suprême, appuyé sur ses
propres oeuvres, pour être justifié
devant Lui ; car Celui que Dieu a
envoyé comme un Sauveur dans le
monde, Dieu l'a envoyé pour chercher et
sauver des pêcheurs. Si quelqu'un
n'est pas un pécheur, le Sauveur
ne peut avoir aucune relation avec lui, il
n'est rien pour lui. En effet, comment le
pourrait-il ? — De quelle utilité
serait un bateau de sauvetage pour un homme sur la
terre ferme ? Comme donc un bateau de
sauvetage n'est utile que sur mer, pour des gens
qui ont besoin d'être sauvés des eaux,
de même en est-il du Sauveur : il ne
profite qu'à des pécheurs. Quand donc
un homme prétend être juste, c'est
comme s'il disait qu'il n'a pas besoin d'être
sauvé ; il se place en dehors du salut,
car le salut est pour des pêcheurs et
non pour des justes.
C'est donc une chose très-précieuse
pour un homme, lorsqu'il est amené à
se reconnaître pécheur ;
car alors il est de ceux pour lesquels Dieu
a envoyé le Sauveur,
et il peut le réclamer comme son
Sauveur ; et, de son côté,
Jésus peut abaisser son regard sur un tel
homme et lui ouvrir ses bras, le réclamant
comme sien. Celui-là au contraire, qui
prétend se justifier par ses oeuvres,
lecteur, faites-y attention, doit s'attendre
à être examiné par Celui devant
qui tout est à découvert et qui juge
avec justice. Il est saint, il a horreur du mal, et
il ne peut tolérer ni admettre dans sa
présence rien qui soit souillé ou qui
ne soit pas pur comme Lui est pur. Pouvez-vous
supporter le regard saint et
pénétrant de ce juste Juge ? Il
sonde les reins et les coeurs ;
—pouvez-vous, voulez-vous le rencontrer comme
Juge, pour qu'il vous rende ce qui vous est
du, là où il ne s'agira pas de
miséricorde, mais de justice et de
jugement ? Ou plutôt, ne vous
reconnaîtrez-vous pas pécheur,
ayant besoin d'un Sauveur, afin que le
Sauveur soit pour vous celui qui cherche des
pécheurs. Ce qu'il faut au Sauveur, ce qu'il
cherche, ce sont des pécheurs ;
et ce dont le pécheur a besoin, c'est d'un
Sauveur. Quand ils se rencontrent l'un et l'autre,
que cette rencontre est bénie ! Quelle
joie d'un côté et de l'autre ! Le
Sauveur se réjouit d'avoir trouvé un
pécheur, et le pécheur se
réjouit d'avoir trouvé un
Sauveur !
Cher lecteur, reconnaissez donc que vous êtes
un pécheur, et que si Dieu entrait en
jugement avec vous, c'en serait fait de vous, vous
ne pourriez pas subsister devant Lui, parce que,
depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la
tête, tout en vous est corrompu et
souillé par le péché
devant Lui ; et puis,
tournez vos yeux vers Jésus, regardez la
face du Fils de Dieu, et lui dites :
« Je suis à toi, car tu es venu
pour chercher et sauver ce qui était
perdu. Dieu veut miséricorde, et non
pas sacrifice ; et il veut que vous sachiez
qu'il y a de la joie dans le ciel pour un
pécheur qui vient à la repentance.
UN MOT SUR
ROMAINS IX, 16-18
Une âme qui est réellement
enracinée dans la grâce de Dieu est
inébranlable. Elle marchera bien aussi,
—dans la sainteté, — cherchant
à plaire à Dieu en toutes
choses ; car l'amour de Dieu est sa force. Cet
amour est toujours actif ; il remplit d'abord
l'âme de joie et de bonheur dans la communion
avec le Père et avec le Fils ; ensuite
il se fait sentir dans son entourage, dans tous les
détails de la vie. Il est
écrit : « Le
péché ne dominera pas sur vous, parce
que vous n'êtes pas sous la loi, mais sous la
grâce. »
(Romains VI, 14.)
Comparez aussi
1 Thessaloniciens III, 12,
13,où l'affermissement du coeur en
sainteté est présenté comme
suite de l'activité de l'amour
chrétien.
Or le principe de la grâce, c'est que Dieu
agit d'après ce qu'il est en Lui-même,
envers des créatures qui ne méritent
que son jugement. Tout est de Dieu ,QUI FAIT
MISÉRICORDE, parce QU'IL EST AMOUR. Toutes
les voies de Dieu ont pour effet de faire ressortir
ce qu'il est. S'il endurcit quelqu'un, comme
Pharaon, c'est pour donner un exemple de sa
puissance et de son long support,afin d'encourager
ceux qui se confient en Lui. Il est patient envers
les méchant s; et il délivre son
peuple malgré toute la perversité de
ceux qui l'oppriment.
Selon la stricte justice, nous sommes tous
passibles du jugement divin. Mais Dieu veut une
famille. Il en prend les membres d'entre les
enfants d'Adam déchu. Il agit d'après
ce qu'il est, selon les immenses richesses de sa
grâce, afin que toutes ses voies deviennent,
pour le croyant, une source d'affermissement.
Ainsi donc, ce n'est pas de celui qui veut
ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait
miséricorde »
Comparez aussi, dans
l'Exode, chap. XXXIII, verset 19 avec
verset
5.
BÉTHESDA (N° 2)
ou
LÈVE-TOI, PRENDS TON PETIT LIT ET
MARCHE »
Et Jésus le voyant couché
là, et sachant qu'il était dans cet
état déjà depuis longtemps,
lui dit : Veux-tu être guéri? Le
malade lui dit : Seigneur, je n'ai personne
qui, lorsque l'eau a été
agitée, me jette dans le réservoir;
et pendant que moi je viens, un autre descend avant
moi. Jésus lui dit : Lève-toi,
prends ton petit lit et marche. Et aussitôt
l'homme fut guéri, et il prit son petit lit
et marcha. Or, c'était sabbat ce
jour-là. Les Juifs donc dirent à
celui qui avait été guéri :
C'est un jour de sabbat; il ne t'est pas permis de
prendre ton petit lit. Il leur dit : Celui
qui m'a guéri, celui-là m'a dit
: Prends ton petit lit, et marche. Ils lui
demandèrent don : Qui est l'homme qui
t'a dit : Prends ton petit lit et
marche ? Mais celui qui avait
été guéri ne savait pas qui
c'était, car Jésus s'était
retiré de là, une foule se trouvant
dans ce lieu.
(Jean V, 6-13.)
La première parole pleine de compassion
qu'adressa le Seigneur Jésus au pauvre
infirme de Béthesda, avait pour but
d'encourager celui-ci à ouvrir son coeur
à quelqu'un qui lui était alors
inconnu. Mais le coeur du malade était
touché par la grâce et la
condescendance de l'étranger. Il ne craignit
pas de lui exposer toute la vérité de
sa position désespérée.
L'effort que cela dut lui coûter lui faisait
sentir d'une manière plus profonde et plus
pénible que jamais, combien sa situation
était sans espoir. Trente-huit années
s'étaient déjà lentement
écoulées, sans apporter au malade la
moindre espérance d'un changement ;
trente-huit années de souffrances avaient
déjà exténué son corps,
épuisé ses forces et aggravé
sa maladie. L'avenir devenait toujours plus sombre
pour lui. Étant forcé, par la
tendresse même du
Seigneur, de rendre raison de
son état, le simple acte de le constater a
dû, pour ainsi dire, refouler le malade sur
lui-même et plonger son âme dans le
désespoir. C'était une occasion
favorable pour que le Fils de Dieu y
déployât les richesses de sa
grâce et de sa puissance. Lui-même a
dit : « Le fils de l'homme est venu
chercher et sauver CE QUI ÉTAIT
PERDU. » Le désespoir de l'homme
est une occasion pour manifester les ressources qui
sont en Dieu. Dieu ressuscite les morts. Le Fils de
Dieu vivifie ceux qui sont morts dans leurs fautes
et dans leurs péchés. (Comparez
Jean V, 21-25, avec
Éphésiens II, 1-10, et
2 Corinthiens V, 14-18.)
L'oeuvre du salut est en effet « une
nouvelle création. » C'est lorsque
l'homme reconnaît qu'il ne peut rien, qu'il
est « sans force, » lorsqu'il
se reconnaît coupable devant Dieu, sujet
à être condamné selon les
exigences de sa sainteté et
séparé éternellement de sa
présence bienheureuse, destiné aux
peines éternelles avec le diable et ses
anges, — c'est, dis-je, lorsqu'un homme
reconnaît ces vérités, comme le
fit selon ses circonstances, l'infirme de
Béthesda, — c'est alors l'occasion pour
Dieu d'intervenir en grâce et de lui donner
connaissance de l'oeuvre de la rédemption,
une fois et parfaitement accomplie. Personne ne
peut avoir la conscience d'être sauvé,
qu'il n'ait auparavant la conscience d'être
perdu, en lui-même, et perdu au delà
de toute espérance d'être
délivré.
Cher lecteur, vous êtes-vous appliqué
ce récit en le
lisant ? Vous êtes-vous senti devant
Dieu dans la position de l'homme infirme,
languissant depuis trente-huit ans sous le portique
de Béthesda ? Tous vos efforts
jusqu'ici ont-ils amélioré votre
position ? Votre vie tout entière
consacrée à faire votre salut ne vous
avancerait pas plus que ne l'était le pauvre
paralytique. Ne voyez-vous pas que, pour vous comme
pour lui, l'avenir devient toujours plus noir
à mesure que les années
s'écoulent et que le poids de vos
péchés augmente, à mesure que
vos forces diminuent ? Adressez-vous à
Jésus. Il vous appelle :
« Venez à moi, vous tous qui vous
fatiguez et qui êtes chargés ;
et, moi, je vous donnerai du repos. »
Jésus seul peut vous soulager. Une seule
parole de Jésus a suffi pour dissiper toutes
les craintes du pauvre paralytique, pour le
guérir complètement de sa maladie,
pour lui donner la force d'emporter le lit sur
lequel il avait été si longtemps
couché. « La foi vient de
l'ouïe, et l'ouïe de la Parole de
Dieu. » Quand le coeur brisé se
tourne vers le Seigneur, Sa parole puissante fait
naître dans l'âme la foi qui sauve.
Dieu fait tout ; l'homme, ses efforts, sa
propre justice, n'y sont pour rien du tout.
La foi au Sauveur, qui est un effet produit dans
l'âme par sa parole à Lui, donne la
force nécessaire pour marcher devant Lui.
« Jésus lui dit :
Lève-toi, prends ton petit lit et
marche. »
Rien de plus simple. Oh oui, cher lecteur, soyez-en
convaincu ; tout est simple lorsqu'on s'en
rapporte à la parole même de Dieu.
Loin de Lui, on s'enfonce toujours davantage
dans les ténèbres
du désespoir ; à moins que le
coeur ne soit tellement endurci et rendu insensible
par la puissance de l'adversaire, que l'on marche
dans une complète insouciance sur le chemin
large qui mène à la perdition. Que
Dieu vous en garde ! Remarquez, ensuite, comme
la parole de Jésus place l'homme
guéri au-dessus de toutes les ordonnances et
de toutes les formes de la religion humaine. Il
emporte son lit le jour du sabbat. Les Juifs, qui
ne pensaient qu'aux convenances extérieures,
aux formes de leur religion, voulaient
aussitôt l'en empêcher, se mettant
ainsi, sans le savoir, en opposition directe
à l'ordre de Jésus. La réponse
de l'homme guéri est aussi simple que
convaincante : « Celui qui m'a
guéri, c'est lui qui m'a dit : Prends
ton petit lit et marche. » Cette
réponse agit immédiatement sur la
conscience des Juifs. Ils sentaient qu'ils avaient
affaire à une puissance supérieure
à la leur et avec laquelle ils
étaient en contradiction ; mais leur
réponse montrait aussi combien ils
étaient loin de s'occuper de cette
grâce qui s'était librement
déployée en guérissant le
malade. Ils ne demandent pas : « Qui
est celui qui t'a guéri ? »
mais bien : « Qui est celui qui t'a
dit : Prends ton petit lit et
marche ? »
La pure grâce de Dieu affranchit l'âme
de toute manière : or, cet
affranchissement provoque l'hostilité de
ceux qui s'attachent aux formes extérieures,
lesquelles ne peuvent jamais produire un effet
réel et utile, — formes dont
l'affranchi n'a plus besoin. Nous espérons
considérer dans un
prochain article jusqu'où cette
hostilité peut aller, ainsi que la conduite
que doit tenir l'âme affranchie en face de
l'opposition de la religion humaine. Remarquons
seulement ici, que l'homme guéri entre tout
de suite au service du Seigneur qui l'a
délivré. Sa réponse aux Juifs
(verset 11) montre qu'il en avait la
conscience. Il porte son petit lit le jour du
sabbat ; mais il le porte pour
Jésus, PARCE QUE JÉSUS LE LUI
AVAIT COMMANDÉ.
Il ne connaissait pas encore Jésus
personnellement ; mais le fait de sa
guérison l'attachait à son
libérateur.
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