LE
SALUT DE DIEU
FEUILLE CONSACRÉE À
L'ÉVANGÉLISATION
VOL. I
PREMIÈRE ANNÉE 1873-4
LES TROIS AVERTISSEMENTS
Un jeune homme, du nom de B demeurant à
Manchester, s'était fait remarquer pendant
plusieurs années par sa vie profane et
débauchée.. Trois fois il avait
été, à jugement humain",
couché sur son lit de mort. Trois fois il
avait déclaré solennellement qu'il se
repentait, et fait voeu que, s'il plaisait à
Dieu de lui rendre la santé, le reste de sa
vie serait consacré à son
Créateur et son Rédempteur. Trois
fois le Dieu miséricordieux et patient
entendit ses supplications et y
répondit : mais, hélas !
ses craintes n'étaient pas plus tôt
dissipées et le danger passé, qu'il
retournait à ses péchés,
« comme la truie lavée retourne se
vautrer dans le bourbier »
(2 Pierre II, 22) ; et comme
l'esprit immonde dans la parabole (Luc XI,
26) : « La dernière condition
de cet homme-là est pire que la
première. »
Une autre fois il dut encore garder le lit à
cause d'une maladie dangereuse et
prolongée ; la plus terrible angoisse
s'empara de son esprit ; prières,
lectures, conversations parurent ne lui procurer
aucune espérance ni consolation. Un jour
qu'il était dans l'agonie du
désespoir, il demanda à M. —,
qui était assis auprès de son lit,
d'engager les membres de la famille à se
retirer chacun dans une chambre, afin de prier pour
lui.
Dans ce but ses amis le quittèrent
immédiatement et il fut laissé seul.
Tandis qu'ils étaient tous occupés
à prier (et, comme on le sut
plus tard, au même
moment), ces terribles paroles se
présentèrent à l'esprit de
chacun : « Parce que j'ai
crié, et que vous avez refusé
d'ouïr ; parce que j'ai étendu ma
main, et qu'il n'y a eu personne qui y prît
garde ; et que vous avez rejeté tout
mon conseil, et que vous n'avez point
agréé que je vous reprisse ;
aussi je me rirai de votre calamité ;
je me moquerai quand votre effroi
surviendra. »
(Prov. I, 24-26.)
Instantanément, et comme ils
l'exprimèrent, presque
irrésistiblement, ils se
relevèrent et coururent à la chambre
du malheureux patient ; et, dès qu'ils
ouvrirent la porte, les mêmes redoutables
paroles : « Je me rirai de votre
calamité ; je me moquerai quand votre
effroi surviendra ; »
s'échappèrent, à grands cris,
de la bouche du moribond..
En un instant tout devint tranquille : le
silence de la mort succéda aux cris de
l'agonie, et l'esprit s'était envolé
à sa destinée éternelle.
(Hébr. X, 29-31.)
Lecteurs ! Ces avertissements sont pour
vous ! Prenez garde de suivre le même
exemple d'incrédulité. Maintenant
est le jour de la grâce pour vous !
Ne badinez pas avec vos convictions actuelles, de
peur que vous ne repoussiez le Saint-Esprit de
Dieu ; ayez pitié de vos propres
âmes ; « cherchez
l'Éternel pendant qu'il se trouve, invoquez
- le tandis qu'il est près »
(Ésaïe LV, 6, 7) ;
ainsi vous obtiendrez miséricorde, et vous
trouverez grâce pour être aidés
dans le besoin
(Hébr. IV, 14-16.)
AINSI DIT L'ÉTERNEL :
« L'homme qui " étant repris,
roidit son cou, sera subitement brisé, sans
qu'il y ait de guérison. »
(Prov. XXIX, 1.) « Voici
maintenant le temps favorable, voici maintenant le
jour du salut. »
(2 Cor. VI, 2.)
LE PARADIS PERDU ET LE PARADIS
RETROUVÉ.
CHAPITRE II.
LA CHUTE ET SES CONSÉQUENCES.
LA MORT. — LA VIE.
« La femme donc voyant que
le fruit de l'arbre était bon à
manger, et qu'il était agréable
à la vue et que cet arbre était
désirable pour donner de la science, en prit
du fruit et en mangea, et elle en donna aussi
à son mari qui était avec elle, et il
en mangea ; et les yeux de tous deux furent
ouverts ; et ils connurent qu'ils
étaient nus, et ils cousirent ensemble des
feuilles de figuier, et s'en firent des
ceintures ; alors ils ouïrent, au vent du
jour, la voix de l'Éternel Dieu qui se
promenait par le jardin ; et Adam et sa femme
se cachèrent de devant l'Éternel Dieu
parmi les arbres du jardin....
« Alors l'Éternel Dieu dit au
serpent : Parce que tu as fait cela, tu seras
maudit entre tout le bétail et entre toutes
les bêtes des champs ; tu marcheras sur
ton ventre, et tu mangeras la poussière tous
les jours de ta vie ; et je mettrai
inimitié entre toi et la femme et entre ta
semence et la semence de la femme ; cette
semence te brisera la tête, et tu lui
briseras le talon. »
(Gen. III, 6...,
14 - 15.)
Plus on considère le caractère de
la tentation que Satan mit devant la femme, plus on
comprend que cette première
désobéissance au commandement de Dieu
renferme en elle le germe de tout
le mal qui a dès lors
corrompu le monde. Le désir de
s'élever, de se faire égal à
Dieu, afin de pouvoir se passer de lui, telle
était la pensée secrète et
dominante du coeur humain. Or quand la femme
entrevit qu'une telle chose pouvait s'accomplir, et
qu'elle satisfaisait en même temps ses
goûts naturels, rien ne l'empêchait
d'agir selon son égoïsme.
Préoccupée d'elle-même dans ce
moment critique, elle ne voit rien en dehors
d'elle-même. Son égoïsme l'avait
complètement aveuglée ; mais,
remarquez-le bien : avant d'être
aveuglée par son amour-propre, elle donne
place dans son coeur à des pensées de
méfiance envers Dieu. Voilà la source
du mal. Si l'on a bien saisi cela, on comprend
aussi que pour le relèvement moral d'un
individu, il faut qu'il soit en règle avec
Dieu quant à sa conscience. C'est là
un principe delà dernière
importance.
Lorsqu'on est vraiment heureux dans la
présence de Dieu, — en communion avec
lui, — on ne pense pas à
soi-même, on est à l'abri du mal.
Quand la communion avec Dieu n'existe pas, on
s'occupe de soi, on a perdu son bouclier et
l'adversaire ne tarde pas à en profiter.
Dans la première épître de Jean
on trouve une définition du monde dans son
essence ou dans son principe, définition qui
se rapporte à ce que nous voyons dans notre
passage. Il y est parlé
(chap. II, 16) de tout ce qui est
dans le monde, savoir : 1° la convoitise
delà chair ;
2° la convoitise des yeux ; et
3° l'orgueil de la vie.
Au verset 6 de notre chapitre nous voyons que les
pensées de la femme
avaient ce triple caractère ; elle vit
que le fruit défendu était
1° bon à manger,
2° agréable à la vue, et
3° désirable pour donner de la
science ; elle prit du fruit et en
mangea ; elle en donna aussi à son mari
qui était, avec elle, et il en mangea.
Les voilà maintenant grandis à leurs
propres yeux, mais honteux en même temps. Ils
connurent qu'ils étaient nus, et se firent
des ceintures de feuilles de figuier. La science
qu'ils avaient convoitée les oblige à
s'occuper d'eux-mêmes d'une façon qui
leur avait été inconnue jusqu'alors.
L'orgueil de la vie demande que nos semblables
aient de nous-mêmes la haute opinion que
notre propre ambition entretient follement dans nos
coeurs. Or, comme on ne peut juger que par
l'extérieur (car Dieu seul voit et sonde le
coeur), nous nous donnons toutes les peines
imaginables pour obtenir d'autrui cette
appréciation favorable. Tous nos efforts, de
même que ceux de nos premiers parents, ont
pour but de cacher ce qui n'a pas bonne
façon, mais ce que nous étalons
orgueilleusement en guise d'ornement ne fait en
réalité qu'attirer l'attention sur
nos défauts.
La connaissance du bien et du mal eut pour effet de
détruire la confiance mutuelle entre Adam et
Eve, de les amener à se méfier l'un
de l'autre. Ils avaient fait la découverte
qu'ils étaient nus ; leur
première pensée fut de se couvrir.
Bientôt leur condition morale fut pleinement
dévoilée quand ils entendirent la
voix de l'Éternel Dieu qui se promenait dans
le jardin au vent du jour. Adam et sa femme se
cachent incontinent
derrière les arbres. Ils
ne peuvent pas supporter le regard de
l'Éternel Dieu ; tous leurs liens avec
lui étaient rompus. Sa présence, au
lieu d'être leurs délices, remplit
maintenant leur âme de terreur. Les ceintures
de feuilles de figuier leur avaient suffi pour se
cacher l'un à l'autre ; mais il leur
fallait trouver un moyen plus efficace pour se
cacher de devant l'Éternel. Us avaient peur
de Dieu. La conscience, la connaissance du bien et
du mal, qu'ils avaient acquise par la chute,
transformait le Paradis, ce jardin
délicieux, en un lieu insupportable ;
et cela à cause de la présence de
l'Éternel Dieu.
La sentence divine, prononcée pour servir
d'avertissement à Adam innocent,
était conçue en ces termes :
« Au jour que tu en mangeras tu mourras
de mort ; » cette mort était
maintenant entrée ; elle était
là d'une manière bien plus
réelle qu'Adam ne le pensait.
La même puissance qui avait formé Adam
de la poudre de la terre, était en jeu pour
maintenir son corps dans son état primitif
aussi longtemps que les liens de la communion
subsisteraient entre Dieu et sa créature.
Ces liens rompus, il n'était plus question
que de l'épuisement des forces naturelles
dont la mort physique est le terme.
Moralement, par rapport à Dieu, l'homme
était déjà mort.
La vie présente nous absorbe à tel
point qu'à l'exclusion de l'avenir nous
sommes habitués à considérer
la mort à un point de vue purement humain,
c'est-à-dire comme la fin de la vie
terrestre, telle, en effet, que
Satan la présenta à la femme quand il
lui dit : « Vous ne mourrez
nullement. »
(Vers. 4.) À la lumière
de la Parole de Dieu on comprend la ruse du
séducteur. L'homme poursuit sa vie de
vanité sur la terre comme si de rien
n'était. Il voudrait bien mettre Dieu et ses
droits entièrement de
côté ; mais son vouloir va plus
loin que son pouvoir ; vienne le moment de
mourir : alors quelle dérision que le
progrès dont il se vante ! La main de
la mort l'oblige à reconnaître que la
poudre retourne à la terre d'où elle
fut tirée ; mais Dieu ajoute :
« Et l'esprit retourne à Dieu qui
l'a donné. » Si la mort vient
mettre un terme à tout le mal que nous avons
fait et que nous sommes en train de faire dans ce
monde, il est une chose qui suit : — le
jugement ; et il faudra que nous allions
rendre compte de tous nos péchés
devant le tribunal du Dieu vivant. Telle est la
condition d'Adam déchu et de toute sa
race.
Or Dieu est un Dieu de bonté. Aussitôt
que l'état de l'homme déchu est
manifesté, II prononce la sentence de
jugement sur le serpent, d'une manière digne
de lui-même. Il veut que le séducteur
soit anéanti par la semence de la femme
qu'il avait séduite. La mort régnait
comme conséquence du
péché ; néanmoins la
femme, assujettie à la mort, devait mettre
au monde le vainqueur du serpent. « Quand
l'accomplissement du temps est venu, Dieu a
envoyé son Fils né de femme,
né sous la loi afin que nous
reçussions l'adoption. »
(Gal. IV, 4, 5.) « Puis
donc que les enfants ont eu part au sang et
à la chair, lui aussi
semblablement y a
participé, afin que par la mort, il
rendît impuissant celui qui avait le pouvoir
de la mort, c'est-à-dire le diable ; et
qu'il délivrât tous ceux qui, par la
crainte de la mort, étaient pendant toute
leur vie, assujettis à la
servitude. »
(Hébr. II, 14, 15.) Cette
délivrance merveilleuse s'accomplit par la
mort de celui qui était en même temps
Fils de Dieu et Fils de l'homme,
Jésus-Christ, « la semence de la
femme. » II fallait qu'en brisant la
tête du serpent son talon à lui fut
brisé.
Nous avons mérité la mort par nos
péchés. Lui s'est chargé de
nos péchés et a laissé sa vie
pour nous. « II est mort, le juste pour
les injustes, afin qu'il nous amenât à
Dieu. »
(I Pierre III, 18. « II a
été livré pour nos fautes et a
été ressuscité pour notre
justification. »
(Rom. IV, 25.) Maintenant donc Dieu
peut nous dire : « Les gages
du péché c'est la mort, mais le don
de grâce de Dieu c'est la vie
éternelle dans le Christ Jésus, notre
Seigneur. »
(Rom. VI, 23.) On peut donc
comprendre que comme Adam vivant encore sur la
terre était mort quant à Dieu, ainsi
ceux qui croient en Jésus ont la vie
éternelle, bien qu'ils soient encore, quant
au corps, assujettis à la mort.
« La mort a passé à tous
les hommes en ce que tous ont
péché ; mais là où
le péché abondait la grâce a
surabondé, afin que, comme le
péché a régné par la
mort, ainsi aussi la grâce
régnât par la justice pour la vie
éternelle par Jésus-Christ, notre
Seigneur. »
(Rom. V, 12,
20, 21.)
La vie éternelle c'est une vie qui ne finit
jamais et qui se passe dans la communion de Dieu,
dans la jouissance de la
clarté de sa face. « Tu me feras
connaître le chemin de la vie ; ta face
est un rassasiement de joie. »
(Ps. XVI, 11.) « Nous vous
annonçons la vie éternelle qui
était auprès du Père, et qui
nous a été
manifestée. »
(1 Jean I, 2.) Le Seigneur
Jésus-Christ est la vie
éternelle ; II l'a manifestée
ici-bas. Or Dieu nous dit dans sa Parole que ceux
qui croient en Jésus ont la vie
éternelle ; ils sont donc
appelés à marcher comme Jésus
a marché.
S'agit-il de notre état naturel, Dieu nous
déclare que nous sommes morts dans nos
fautes et dans nos péchés
(Ephés. II, 1), qu'il ne
trouve rien en nous qui réponde aux
exigences de sa sainteté, au courant de ses
pensées, au caractère de ses voies.
Cela étant, il est impossible que par
nous-mêmes nous puissions remédier
à cet état de chute. Celui qui est en
santé peut bien éviter la maladie, un
malade recouvrer la santé avec le secours du
médecin ; mais il ne reste aucun espoir
pour celui qui est mort. Personne ne peut arracher
son frère au « roi des
épouvantements. » II en est ainsi
de notre état moral vis-à-vis de
Dieu : moralement nous sommes morts ;
retrouver la vie nous est impossible, c'est
l'affaire de Dieu seul.
Mais Jésus-Christ vient nous dire :
« L'heure vient et elle est maintenant
que les morts entendront la voix du Fils
de Dieu, et l'ayant entendue, ils
vivront. »
(Jean V, 25.) Il nous dit
encore : « Moi, je suis LA
RÉSURRECTION ET LA VIE ; celui qui
croit en moi, encore qu'il soit mort,
vivra ; et quiconque vit et
croit en moi, ne mourra point à
jamais. » (Jean XI, 25, 26.) Et
ailleurs : « C'est ici la
volonté de mon Père qui m'a
envoyé : que quiconque discerne le Fils
et croit en lui ait la vie éternelle ;
et moi je le ressusciterai au dernier
jour. »
(Jean VI, 40.)
Bénédiction indicible que de
connaître le Fils de Dieu, qui est la
résurrection et la vie !
Où en êtes-vous, cher lecteur ?
Que vous semble-t-il du Christ ? Est-il votre
Sauveur, votre Seigneur ? Croyez-vous au Fils
de Dieu ? Êtes-vous à lui de
telle sorte que vous ne viviez plus pour
vous-même, mais pour celui qui est mort et
ressuscité pour nous ? Est-ce que votre
bonheur est de mettre de côté votre
propre volonté et de marcher d'une
manière digne de lui, pour lui plaire
à tous égards ? Si vous croyez
au Seigneur Jésus-Christ, alors vous avez la
vie éternelle
(Jean I, 12, 13) ; Dieu vous le
dit. Sinon, vous êtes encore mort dans vos
fautes et dans vos péchés, dans
lesquels vous marchez selon le train de ce monde,
selon le chef de l'autorité de l'air, de
l'esprit qui opère maintenant dans les fils
de la désobéissance.
(Éphés. II, 1, 2.)
L'esprit malin qui séduisit nos premiers
parents opère encore au dedans de vous pour
vous faire persévérer dans ce chemin
de désobéissance, dans lequel ils ont
débuté. Vous aimez ce
chemin-là, vous y marchez dans les
convoitises de votre chair, accomplissant la
volonté de la chair et de vos
pensées.
Pensez-y, cher lecteur, Dieu vous appelle encore
une fois. C'est encore son jour de grâce. Le
Fils de Dieu est descendu dans ce
monde afin de subir la mort, gages du
péché, à notre place. Sa mort
c'est la vie pour nous si nous croyons en
Lui ; car la triste part que nous avons eue,
vous et moi, à sa croix ignominieuse, ce
sont nos péchés. Combien sera donc
épouvantable le sort de ceux qui s'obstinent
à refuser la grâce de Dieu, qui
méprisent le précieux sang de
Jésus, qui foulent aux pieds le Fils de
Dieu ! c'est là le comble de toutes les
offenses ; c'est le péché
impardonnable.
(À suivre, D. V.)
LA RUINE ET LE SALUT.
Beaucoup de personnes éprouvent une
grande difficulté à comprendre soit
l'état de ruine et de perdition
complète dans lesquelles leurs
péchés les ont plongées, soit
le salut gratuit par Jésus-Christ. Que le
péché ait amené la ruine et la
perdition sur le pécheur, c'est indubitable,
puisque le péché est un état
de révolte contre Dieu. Or, Jésus est
venu de la part du Père pour sauver ou
délivrer le pécheur de son
état de perdition. Dans ce but Jésus,
avant tout, à parfaitement glorifié
le Père ; il dit : « Je
t'ai glorifié sur la terre, j'ai
achevé l'oeuvre que tu m'as donnée
à faire. » Ensuite, en donnant sa
vie, Jésus a, par voie de justice,
réglé la question du
péché ; il a payé
l'amende pour l'homme justement condamné par
la loi de Dieu. Il s'est soumis à la
punition en lieu et place du coupable, dont il a
payé la dette ; il avait
assez de sa valeur personnelle
pour offrir satisfaction à notre
place ; il était Dieu manifesté
en chair ; il était comme homme,
l'assemblage de toutes les vertus.
De plus, par sa mort, il a condamné le
péché en la chair ; il a
victorieusement attaqué le mal à sa
racine même ; il a, pour m'exprimer
ainsi, tué l'ennemi dans son fort. Et, par
sa résurrection, il a introduit une nouvelle
vie, vie de résurrection, vie du ciel, sans
péché, et pour le ciel. Le sang de
Christ est appelé par l'apôtre Pierre
(1re épître, chap. I)
« précieux sang ; »
et il est écrit de Jésus, qu'il est
mort et ressuscité pour nous. Là est
le salut parfait, salut tout de grâce ;
on est parfaitement sauvé quand on a
reçu ce salut. C'est par la foi qu'il
s'obtient, qu'on le saisit ; c'est en croyant
tout simplement de coeur ce que le Dieu de
vérité en dit dans sa Parole.
Une comparaison Je suis en prison pour mes
fautes ; le chef de ma nation m'envoie ma
grâce ; on me la fait lire, j'y
reconnais le cachet de l'autorité qui
gouverne, je prends confiance ; on ouvre
devant moi la porte de la prison, on me dit :
Vous êtes libre. Je sors, je chante et je
remercie.
« Mais maintenant, en la consommation des
siècles, il a paru une seule fois pour
l'abolition du péché, par le
sacrifice de soi-même. Et comme il est
ordonné aux hommes de mourir une seule fois,
et qu'après cela suit le jugement ; de
même aussi Christ, ayant été
offert une seule fois pour ôter les
péchés de plusieurs, apparaîtra
une seconde fois sans péché à
ceux qui l'attendent à salut. »
(Hébr. IX, 26-28.)
LE FILS PRODIGUE
(COURTE MÉDITATION SUR
LUC XV 11...)
C'est une chose extrêmement
réjouissante d'avoir quelqu'un qui ait pu
aussi bien que le Seigneur Jésus manifester
Dieu, le manifester aussi parfaitement,
non-seulement par sa parole, mais aussi par ses
oeuvres et par ses voies.
Sans doute, nous pouvons considérer le
péché de l'homme, nos
péchés, en face du jugement, devant
la lumière de la justice de Dieu ; et
combien même c'est une chose
importante ! Mais Dieu est amour, il est
élevé au-dessus de tout mal, et il
veut se révéler tel qu'il est. C'est
son droit, et Dieu saura montrer ce qu'il est en
dépit du péché. Quelle
bénédiction pour nous ! Il faut
que Dieu soit amour, malgré tous les
raisonnements du coeur corrompu de l'homme ;
et Dieu agira d'après ce que j'appellerai
les sentiments de son coeur, et fera trouver
à ces sentiments leur chemin dans le coeur
des hommes. C'est aussi pourquoi certains passages
de la Parole conservent pour nous une telle
fraîcheur, quelque souvent que nous y
revenions. Dieu s'y révèle tout
particulièrement, et Dieu ne fait jamais
défaut ; au moment qu'il parle et se
révèle, nous avons la pleine
bénédiction de ce qu'il est :
— lui-même, le Dieu béni,
est venu avec puissance dans nos coeurs, et il
n'agit point à la manière des hommes.
Il a affaire avec le péché, il veut
montrer ce qu'est le péché, et
comment il l'a ôté ; mais
par-dessus tout, et au travers de tout, il veut se
manifester, se révéler
lui-même. C'est en quoi nos coeurs
trouvent leur repos : nous avons le
privilège d'en avoir fini avec
nous-mêmes dans la maison de Dieu, dans le
sein de Dieu.
L'homme n'aurait pas pu supporter la manifestation
de Dieu dans l'éclat de sa gloire ;
c'est pourquoi Dieu a caché cette gloire en
grâce dans la personne du Fils de
l'homme : il s'est revêtu de chair. Mais
cela même n'était pas suffisant en
face des raisonnements méchants et
insensibles du jugement corrompu de l'homme :
Dieu a dû montrer ce qu'il était
réellement comme Dieu. Quand le Seigneur
s'est présenté comme le Messie, comme
le Fils de l'homme, comme celui qui accomplissait
la loi, ce n'était pas là toute la
plénitude de Dieu. L'homme rejetait Christ
sans cesse, trouvait à redire à tout
ce qu'il faisait, critiquait des choses qu'il ne
pouvait, qu'il ne voulait pas accepter ; mais
Christ, pressé, réduit comme à
l'extrémité, ne faisait que se
révéler plus pleinement et montrer ce
qu'il était.
Partout où cette vérité est
exposée dans la Parole de Dieu, l'âme
est comme saisie, et se trouve avec une pleine
certitude dans la présence de Dieu,
en présence de l'amour, là elle
trouve le repos et la paix. Le chapitre de la
Parole qui nous occupe est un de ces
précieux passages ; Christ est comme
forcé de révéler toute la
vérité : Dieu est Dieu, il
veut 'être Dieu. Si Dieu trouve en
quelque chose ce qui peut faire sa joie, son
bonheur, et nous en voyons un exemple dans la
réception du fils
prodigue, Dieu y prendra sa joie en dépit de
toutes les objections de l'homme.
À moins qu'ils ne soient incrédules
déclarés, les hommes ne nient pas que
Dieu doive juger le monde ; ils ne nient pas
non plus, comme principe général, que
Dieu soit juste, parce que leur orgueil leur fait
croire qu'ils peuvent se rencontrer avec lui sur ce
terrain de la justice. Mais dès que Dieu>
jouissant de toute sa propre et pleine joie, montre
ce qu'est la joie du ciel, l'homme fait des
objections : il ne faut pas que tout
soit grâce, Dieu ne doit pas agir
ainsi avec les publicains et les
pécheurs ! — Et pourquoi
pas ? — Mais alors, qu'est-ce donc que la
justice de l'homme ? — La grâce
n'en tient pas compte ; pour elle, il n'y a
point de différence, car tous ont
péché et sont entièrement
privés de la gloire de Dieu. Christ, la
vraie lumière, manifestait cette
vérité ; mais l'homme hait la
lumière et ne peut supporter cette
grâce apportée au pécheur,
cette grâce qui met tous les hommes au
même niveau moral. La manifestation de ce que
Dieu est, c'est l'abaissement de l'homme.
Celui-ci, en effet, cherche toujours à
mettre de la différence entre la justice de
l'un et celle d'un autre, afin que sa
réputation à lui, puisse se soutenir
dans le monde. Nous lisons au chap. VIII de
l'évangile de Jean qu'on amena devant
Jésus une femme manifestement criminelle,
une femme qui, d'après la loi, avait
mérité d'être
lapidée ; et cela afin que Jésus
reniât soit la miséricorde, soit la
justice. Si Jésus la laissait aller, il
violait la loi de Moïse ; et s'il avait
dit qu'elle fût lapidée, il
n'eût rien fait de plus que ce qu'eût
fait Moïse. Mais comment agit-il ? —
il laisse la loi et la justice avoir tout leur
cours ; — seulement, « Que
celui qui est sans péché parmi vous,
jette le premier la pierre contre
elle. »
La conscience est mise en action, non pas
droitement, il est vrai, car les hommes ne se
souciaient que de leur réputation ;
toutefois il faut qu'elle parle. Et les accusateurs
s'éloignèrent de la lumière,
parce que cette lumière manifestait ce
qu'ils étaient, et les convainquait de
péché. Tous, depuis le plus
âgé jusqu'au plus jeune, tous
sortirent de devant ce regard qui
pénétrait et mettait à nu ce
qui. était dans leurs coeurs. Jésus
reste seul avec la pécheresse, mais
Jésus n'exécutera pas la loi, car il
n'est pas venu pour juger : « Je ne
te condamne pas non plus, va, et ne pèche
plus. » Ce qui est ici manifesté,
c'est l'amour, rien qu'amour.
Or tous les publicains et les gens de mauvaise vie
s'approchaient de Jésus pour
l'entendre ; mais les pharisiens et les
scribes murmuraient, disant :
« Celui-ci reçoit les gens de
mauvaise vie et mange avec
eux ! » II peut paraître
étrange en effet à plusieurs que
Dieu, venant ici-bas, ne s'occupe pas de la justice
de l'homme, et soit trouvé dans la compagnie
des publicains et des pécheurs. Cela
renverse toutes les idées de justice et de
morale humaine ; mais c'est aussi ce que Dieu
avait à faire, parce que ces
idées-là reposent sur une base
entièrement fausse.
Le chapitre que nous lisons renferme trois
paraboles, et la source de tout ce qu'elles
enseignent, c'est l'amour.
La première nous présente le Berger
qui a cherché la brebis ; la
suivante, la femme qui a cherché la
pièce de monnaie ; et la
troisième, le Père qui a
reçu, le prodigue.. Dans les
premières, il est question de
recherche ; dans la dernière, il ne
s'agit plus de chercher, mais uniquement de la
réception par le Père, de la
manière de recevoir le fils quand il est
revenu. Puis au travers de toutes les trois, nous
avons ce grand principe de la joie de Dieu
à chercher et à recevoir le
pécheur. Sans doute, il y a joie pour le
pécheur à être reçu,
mais c'est la joie de Dieu de le recevoir :
Dieu agit envers lui selon son
caractère : « II fallait que
nous fissions bonne chère et que nous
nous réjouissions ; » et non
pas seulement que l'enfant fût heureux.
Chers amis, c'est une vérité
très-précieuse que
celle-là ! C'est la voix que Dieu a
fait retentir et à laquelle tout coeur dans
le ciel répond ; c'est la corde que
Dieu touche lui-même, et les échos du
ciel en répètent le son ! Et
toute âme ici-bas doit entrer par la
grâce dans cette sainte harmonie ;
— mais quel désaccord produit la propre
justice !
Jésus lui-même est venu publier la
joie et la grâce de Dieu ; et il place
cette joie et cette grâce en contraste avec
les sentiments du fils aîné, de tout
homme à propre justice, quoique dans un sens
restreint il soit ici question des Juifs,
spécialement. Jésus est venu, et
cette voix qui a retenti du ciel en amour, nous la
lisons dans le coeur de Christ ici-bas. Combien
cela est doux !
Et même, dans un sens, il y a plus de douceur
à l'entendre ici-bas qu'en haut dans le
ciel : c'est dans ce monde que l'homme doit
être atteint par cet amour, et c'est dans ce
monde que l'amour de Dieu est si étonnant.
L'amour est naturel dans le ciel ; mais
ici, sur la terre, parmi nous,
Dieu a manifesté ce qu'il est,
Dieu a manifesté qu'il prend son plaisir
à sauver des pécheurs ; et les
anges désirent de regarder dans le fond de
cet amour !
Le berger met la brebis sur ses épaules et
la rapporte chez lui bien joyeux... N'ai-je
pas raison, dit le Seigneur, de chercher les
pécheurs perdus ? N'est-il pas digne de
Dieu de venir au milieu des publicains et des
pécheurs ? Cela peut ne pas être
convenable pour un homme moral, mais cela convient
à Dieu : c'est son privilège de
venir au milieu du péché, de
s'approcher des pécheurs, parce qu'il peut
les délivrer du péché.
Le berger prend la brebis sur ses épaules et
se réjouit ; il se charge d'elle et
prend toute la peine pour elle. Il a comme son
propre intérêt à faire cela,
parce qu'il apprécie la brebis ; elle
est à lui, et il la porte dans sa maison.
Voilà ce que la Parole dit du berger, et il
en est ainsi « du Grand Berger des
brebis » : il présente comme
son intérêt de « chercher et
sauver ce qui était perdu ; »
il en fait son intérêt dans le sens de
l'amour ; il apporte la brebis bien joyeux
dans sa maison, — et c'est en cela qu'est
la puissance du salut !
Comment le berger s'y prend-il à
l'égard de la
brebis ?... Pour nous, nous disons quelquefois
au monde de chercher Christ ; et dans un sens
nous avons raison, car il est vrai que
« celui qui cherche,
trouve ; » mais Jésus n'a
jamais dit aux hommes : « Venez
à moi, » avant d'être
d'abord venu à eux « pour chercher
et sauver ce qui était perdu. »
Parce que le pauvre pécheur ne pouvait aller
au ciel pour chercher Christ, Christ est venu sur
la terre chercher le pécheur ; il n'a
pas dit au lépreux :
« Monte au ciel, » mais
étant lui-même descendu, il lui
dit : « Sois net. » Si un
autre que Jésus eût mis la main sur le
lépreux, il en eût été
souillé autant que le lépreux
lui-même ; mais Christ pouvait toucher
la puissance du mal dans le lépreux et n'en
pas être atteint, mais au contraire la
réduire à néant. Il dit :
« Venez à moi, vous tous qui
êtes travaillés et chargés...
et je vous donnerai du repos. » En dehors
de Jésus, on ne peut pas plus trouver de
repos que la colombe de Noé au milieu du
déluge : j'ai passé au travers
du monde, je l'ai éprouvé, c'est une
mer de péché sans rivage. Mais
Jésus a pu dire (et quel autre que
lui ?) : « Venez à moi,
et vous trouverez du repos ! »
Dans la seconde parabole on trouve une autre chose,
la peine que prend cet amour dans la
recherche de ce qui a été perdu. Ce
n'est plus d'une brebis qu'il s'agit, mais d'argent
dans la maison ; tout est mis en oeuvre pour
retrouver cet argent : la femme allume la
chandelle, balaye la maison ; rien ne
l'arrête dans le travail de l'amour, —
amour actif, diligent,
jusqu'à ce que la pièce de monnaie
soit trouvée : c'est son affaire
à elle, son intérêt. Puis quand
l'argent est recouvré, elle est dans la
joie, elle communique cette joie à ceux qui
sont autour d'elle, elle les appelle à la
partager. « Réjouissez-vous avec
moi, car j'ai trouvé la pièce que
j'avais perdue. » Et ainsi fait le
Seigneur.
Nous avons, vous le voyez, le même principe
dans cette seconde parabole que dans la
première, savoir la patiente activité
de l'amour, jusqu'à ce que le
résultat désiré ait
été produit : la joie de la
femme, comme celle du berger. La pensée
dominante, c'est partout la puissance
énergique et l'activité de cette
grâce, aussi bien que la bonne
volonté. Il y avait une entière
inactivité dans la brebis et dans la
pièce d'argent ; le berger et la femme
seuls firent tout. Sans doute il y a à
côté de cela une oeuvre
très-importante, un effet produit dans le
coeur de celui qui s'était
dévoyé et qui est ramené en
arrière. C'est pourquoi la troisième
parabole montre les sentiments du vagabond, et plus
loin la manière dont il est reçu,
— l'oeuvre dans le coeur du fils, et la
manifestation du coeur du père. Ce n'est pas
l'estimation que fait de l'amour celui qui est
ramené, qui donne une réponse
à toutes ses pensées, c'est la
manifestation du coeur du père ;
c'est ce seul et simple fait, le
père est au cou de son fils et
l'embrasse ! Le coeur du père est
justifié dans ses propres sentiments de
bonté, quelle que puisse être la
condition de l'enfant.
Quelle bénédiction qu'après
tout, le pauvre coeur fatigué,
fatigué de ses voies, fatigué du
monde, puisse enfin trouver le repos dans la
bénédiction du sein du Père,
et s'épancher en Lui ! Ce qu'il
n'aurait pu faire nulle part ailleurs, lui est
possible maintenant qu'il a trouvé Dieu.
Le Seigneur, pour répondre aux objections
des pharisiens qui lui reprochaient de recevoir les
péagers et les pécheurs, suppose un
homme plongé dans une telle
dégradation qu'il soit réduit
à manger avec les pourceaux ; et
souvenez-vous de ce qu'étaient les pourceaux
pour les Juifs ! Il suppose cet homme aussi
méchant, aussi indigne qu'on le voudra, et
ensuite il montre ce qu'est la grâce, ce
qu'est Dieu.
Que nous vivions manifestement dans le vice ou non,
nous avons tous tourné le dos à
Dieu ; le jeune homme était un aussi
grand pécheur quand, emportant ses
richesses, il franchit le seuil de la maison
paternelle, que lorsqu'il prenait sa nourriture
avec les pourceaux dans le pays
éloigné. Il avait choisi de vivre
dans l'indépendance ; et c'est
là le péché. Sans doute il
recueillit les fruits de son péché,
mais ce n'est pas ce dont il s'agit ici ; en
un sens les conséquences de son
péché furent miséricordieuses,
parce qu'elles lui apprirent ce qu'était ce
péché.
Les hommes font une distinction entre les
pécheurs, c'est pourquoi le Seigneur propose
le cas d'un pécheur perdu même au
jugement de l'homme, d'un pécheur
tombé dans le dernier degré du
mal ; il démontre que ce mal ne
dépasse pas la grâce
de Dieu, par un exemple qui fait ressortir
merveilleusement cette vérité, que
« si le péché abonde, la
grâce abonde par-dessus. » Le jeune
homme avait été au loin pour faire
sa propre volonté, et c'est là
le secret de tout notre péché.
Nos enfants pèchent contre nous, nous en
souffrons, tandis qu'eux ne le sentent pas ;
nous péchons contre Dieu, et nous ne le
sentons pas : nous sommes tous de grands
enfants !
« Et là, il dépensa tout
son bien en vivant dans la
débauche. » Une personne qui
dépense au-delà de ses moyens,
paraît riche : il en est ainsi du
pécheur qui perd son âme, il
paraît heureux.
« Et quand il eut tout
dépensé, une grande famine survint
dans ce pays-là, et il commença
d'être dans la disette ; alors il se mit
au service d'un des habitants de ce pays-là
qui l'envoya dans ses possessions pour paître
les pourceaux ; et il désirait de se
rassasier des gousses que les pourceaux mangeaient,
mais personne ne lui donnait
rien. » Ou ne donne pas dans
le pays éloigné ; Satan vend
tout, et il vend cher ; nos âmes
sont le prix qu'il recherche ; — si vous
vous vendez à lui, vous aurez des
gousses ; —jamais il ne vous donnera quoi
que ce soit. Mais si vous voulez trouver quelqu'un
qui donne, venez à Dieu !
« II commença à être
dans la disette. » Les coeurs ne sont pas
à leur aise dans le monde ; un homme
livré à lui-même pendant
quelques heures, commencera à être
dans le besoin ; et il y a peu de coeurs qui,
arrivés à une certaine époque
de leur vie, n'aient pas commencé à
être dans le besoin : alors ils
vont chercher dans les plaisirs ou dans le vice de
quoi les satisfaire. La dernière chose
à laquelle ils pensent, c'est à Dieu.
Ils n'y songent que quand ils sont bien convaincus
que rien d'autre ne pourra les satisfaire. Ils ne
pensent pas à la maison du père, car
ils ne la connaissent pas ; et quand ils
pensent à Dieu, c'est à Dieu en
jugement, et non en grâce. Ainsi en
était-il du prodigue : sa
volonté n'était pas encore
touchée.
Lorsqu'il revint à lui-même il
dit : « Combien y a-t-il de
mercenaires dans la maison de mon père qui
ont du pain en abondance, et moi je meurs de
faim ! Je me lèverai et je m'en irai
vers mon père, et je lui dirai : Mon
père, j'ai péché contre le
ciel et devant toi, et je ne suis plus digne
d'être appelé ton fils ;
traite-moi comme l'un de tes
mercenaires. » II n'avait pas encore
compris comment il serait reçu, mais
cependant il avait compris qu'il y avait de l'amour
dans cette maison du père, les mercenaires
avaient du pain de reste ! Il sentait aussi,
non-seulement qu'il avait faim, mais qu'il
périssait de faim. Dans la maison du
père tout était bonheur, et là
où il était, c'en était fait
de lui ; il était dans le
dénûment ; tout lui disait qu'il
devait retourner : « Je me
lèverai et je m'en irai vers mon
père... »
Toute âme qui retourne à Dieu est
ainsi amenée à la pensée de la
bonté qui est en Lui. C'est aussi ce qui est
arrivé à Pierre ; il va et tombe
aux pieds de Jésus, et dit :
« Seigneur,
éloigne-toi de moi,
car je suis un homme
pécheur. » Quelle
inconséquence ! se jeter aux pieds de
Jésus, et cependant lui dire de
s'éloigner !... Et cette apparente
inconséquence existe souvent là
où il y a un travail dans la conscience et
les affections : Dieu devient
nécessaire, et cependant la conscience dit
que nous sommes trop pécheurs. Pierre
sentait son indignité, il sentait que
Jésus était trop saint, trop juste
pour se trouver avec un homme tel que lui, et
néanmoins il ne pouvait s'empêcher
d'aller à lui.
De même le prodigue revient et dit :
« Mon père, j'ai
péché contre le ciel et devant toi,
et je ne suis plus digne d'être
appelé ton fils. » II ne
comprenait pas ce qu'était son père,
ce qu'était un coeur de père :
il était content d'être dans la maison
de son père, mais sa pensée
était encore : « Traite-moi
comme l'un de tes mercenaires. » II
mesurait en quelque sorte l'amour du père
par le sentiment de ce qu'il avait
été lui-même, et par le mal
dans lequel il avait vécu : il pensait
à prendre la place d'un serviteur.
Que de coeurs il y a dans cet état, qui
abaissent la mesure de ce que le père
doit faire au niveau de leurs propres
sentiments ! Ce ne sont pas des personnes
à propre justice positivement dont je parle,
mais de celles qui conservent encore des restes de
légalisme, et qui prendraient volontiers la
place d'un mercenaire dans la maison.
« Traite-moi comme l'un de tes
mercenaires. » S'il suffisait au
fils d'être traité comme un
mercenaire, ce n'était pas assez pour le
père de recevoir
ainsi son fils ; c'eût été
une constante souffrance pour son coeur d'avoir un
fils dans sa maison comme serviteur, et ce
n'eût point été non plus un
témoignage aux serviteurs de la maison quant
à l'amour du père. Le Père ne
peut point avoir des fils comme serviteurs, dans la
maison, et si sa grâce infinie les
amène, il faut que la réception soit
digne de l'amour d'un père. Le prodigue
n'était pas encore amené à une
entière humilité, à sentir
qu'il fallait que tout fut grâce, ou
rien.
Le père ne lui laisse pas même le
temps de dire : « Traite-moi comme
l'un de tes mercenaires ; » il le
laisse dire : « J'ai
péché contre le ciel et devant toi et
je ne suis plus digne d'être appelé
ton fils, » mais pas davantage, car
déjà il est à son cou et
l'embrasse. Comment le fils dirait-il encore :
« Traite-moi comme l'un de tes
mercenaires » quand son
père est à son cou et lui donne ainsi
la conscience qu'il est un fils. Il jugera
dorénavant le père sur ce que le
père est actuellement pour lui, et non pas
selon quelque raisonnement abstrait : le
père, est demeuré père lors
même que le fils ne serait plus un
fils ; et c'est par cette voie que nous
recevons l'évangile de la grâce de
Dieu. Ce n'est point par le travail de son esprit
que l'homme se fera une idée de ce qu'il est
devant Dieu ; c'est l'oeuvre de l'Esprit, par
la révélation de ce que le
Père est ; et s'il est Père, je
suis fils.
J'insiste sur ce point parce qu'il y a tant
d'âmes qui n'ont, pour ainsi dire, pas
reçu pleinement l'esprit
d'adoption, qui ne sachant pas qu'elles sont comme
enfants dans la maison du Père, ne trouvent
pas leur repos dans le repos du Père.
De quelle manière le fils prodigue est-il
reçu ? Son esprit étant
maintenant renouvelé, il dit :
« Je me lèverai et j'irai vers mon
père ;... » mais avant qu'il
ait eu le temps d'atteindre la maison de son
père et de dire ces choses,
« pendant qu'il était encore loin,
son père le vit et fut touché de
compassion. » La voie du fils est perdue
dans l'amour du père ; le père
« courant à lui se jeta à
son cou et le baisa. » Le fils fait la
confession de son indignité, et nous sommes
pour ainsi dire laissés à
nous-mêmes pour découvrir quelles
furent ses pensées et ses sentiments, selon
la connaissance que nous avons du père.
C'est ainsi absolument que nous faisons
l'estimation du salut ; nous sommes
laissés à nous-mêmes pour
découvrir ce que nous sommes dans le coeur
du Père. Le père est au cou de son
fils tandis que tous les haillons du pays lointain
sont sur celui-ci ; le père ne
s'arrête pas à lui demander quoi que
ce soit, il sait que son fils a agi
très-méchamment, et tout ce qu'il
voit le lui dit. Le père n'agit pas selon
les pensées du fils ; il agit pour
lui-même, d'une manière digne de lui,
comme père : il est au cou de
son fils, parce que le père aime
à s'y trouver.
Mais le père fait autre chose encore. Il
appelle les serviteurs pour introduire son fils
convenablement dans la maison, pour faire bonne
chère et se réjouir. La connaissance
de l'amour du Père me fait
sentir ce que je suis ; je sais que mes
péchés me sont pardonnés, que
le Père est à mon cou et me baise, et
ainsi plus je connais mes péchés,
plus je connais l'amour du Père, plus je
suis heureux.
Supposez un marchand ayant des engagements auxquels
il est incapable de satisfaire, il craint de jeter
les yeux sur ses livres ; mais si sa dette
était acquittée, s'il avait un
immense fonds de richesses assuré, et si
quelque ami faisait tout cela pour lui :
après que tout serait payé, il ne
craindrait plus de revoir ses livres. La
découverte de toute l'étendue de ses
obligations ne ferait qu'augmenter en lui la
conscience de l'amour de son ami. Si au lieu de
mille francs, il reconnaissait que sa dette avait
été de dix mille francs, il se
dirait : « C'est bien plus que je ne
pensais ; » et si en regardant plus
loin il reconnaissait que sa dette avait
été de vingt mille francs, il
s'écrierait : « Jamais il n'y
eut d'ami comme mon ami ! »
La grâce ôte tout fardeau, toute
crainte ; — la découverte du
péché, quand nous connaissons le
pardon, n'a d'autre effet que d'augmenter en nous
l'amour et la joie ; — si le Père
est à mon cou, la simple connaissance qu'il
fait cela pendant que je suis dans mes haillons,
manifeste quel est son pardon. Tout autre dans
l'univers entier eût pensé à
mes haillons avant de s'être jeté
à mon cou !
« Et le père dit à ses
serviteurs : Apportez la plus belle robe et
l'en revêtez, mettez-lui un
anneau au doigt et des souliers
aux pieds, et amenez le veau gras et le tuez.
» Dieu manifeste son amour envers nous
misérables pécheurs, et ensuite il
nous revêt de Christ ; il nous introduit
dans la maison où sont les serviteurs, ne
nous donnant rien moins que tout l'honneur dont il
peut nous faire jouir. Son amour nous accueille
pendant que nous sommes couverts de haillons, mais
ici ce même amour agit autrement encore. Dieu
nous introduit dans la maison comme il veut nous y
avoir, et il nous fait connaître sa
pensée sur le prix d'un fils. La Parole nous
donne ici les détails sur le veau gras, la
robe, l'anneau, la fête ; et la
pensée du père était que
son fils était digne de cette robe,
de cet anneau, de cette fête, et qu'il
était digne de lui-même de les lui
donner. Mais combien au contraire il eût
été peu digne d'un père
agissant en grâce de garder son fils dans la
maison comme un serviteur !
Quelques-uns penseront peut-être qu'il y a de
l'humilité à vouloir être
serviteur ans la maison, mais il n'en est
rien ; ce n'est qu'ignorance de la
pensée du Père. N'est-il pas
écrit : « Afin qu'il
montrât les immenses richesses de sa
grâce par sa bonté envers nous par
Jésus-Christ ? »
(Éph. II, 7.) Si vous entrez
dans la pensée du Père, dans la
grâce, estimeriez-vous qu'il fût digne
de Lui de nous placer dans sa maison avec un
constant mémorial de notre
péché, de notre honte, de notre
première dégradation et de notre
déshonneur ? Si nous devions conserver
quelque sentiment de honte, la plus
légère marque du
pays éloigné, cela serait-il digne du
Père"' Non ! « L'adorateur
une fois purifié n'a plus aucune conscience
de péchés »
(Hébr. X, 2), et la position
qui lui est préparée dans la maison
de Dieu doit être digne de Dieu. Nos
coeurs mauvais et incrédules diront
peut-être : « Ah ! sans
doute il en sera ainsi quand nous serons
réellement dans la maison du
Père ! » Mais je vous demande
alors ce que c'est donc que la foi ? La foi
juge comme Dieu juge, elle voit le
péché à la lumière de
la sainteté de Dieu, et elle le juge ainsi,
bien mieux que ne pourrait le faire celui qui ne
verrait pas la révolte du
péché contre Dieu et combien ce
péché déshonore Dieu ; la
foi saisit la grâce dans le coeur dit,
Père et s'en pénètre.
« Celui qui croit met son sceau que Dieu
est véritable. »
La foi est la seule chose qui donne de la
certitude ; le raisonnement n'en peut produire
aucune ; il peut être utile pour les
choses de ce monde, mais quand Dieu parle, la foi
croit ; elle met son sceau non pas que cela
fourrait lien être, mais que Dieu est
vrai. -
C'est pourquoi le croyant est aussi sûr
d'être sauvé, que s'il était
déjà dans le ciel. Il est
écrit que « Abraham crut
Dieu, » non pas en Dieu, quoique cela
soit vrai aussi ; il crut Dieu, il crut que ce
que Dieu avait dit était vrai, et c'est
là ce que nous avons à faire. (Voyez
Rom. IV, 3 ;
Gal. III, 6 ;
Jacq. II, 23.)
La première chose c'est de croire
Dieu ; et si je crois en son Fils, que me
dit-il ?" que mes péchés et que
mes iniquités sont effacés" —je
crois donc cela ; je crois que j'ai la vie
éternelle. C'est un péché d'en
douter ; ne pas croire ce que Dieu m'affirme,
c'est faire Dieu menteur ; oui, c'est un
péché de ne pas me croire enfant,
introduit en la présence de Dieu, saint
et sans tache par le sang de l'Agneau. S'il
s'agissait de ma propre justice, certainement elle
devrait être mise en lambeaux ; mais
c'est du sang de l'Agneau qu'il s'agit ; de la
vertu de ce sang. Et qu'a-t-il fait ce sang ?
n'a-t-il lavé que la moitié de
mes péchés ? Dieu a-t-il
limité l'efficace de ce sang ? C'est du
prix que Dieu attache à ce sang' que tout
dépend ; or, Dieu dit que ce sang
purifie de tout péché, et que Christ
« a porté nos
péchés en son corps sur le
bois »
(1 Pierre I, 24) ; non pas
seulement quelques-uns de mes péchés,
mais mes péchés.
Celui qui connaît la valeur du sang de
l'Agneau devant Dieu, sait aussi que toute l'oeuvre
du salut est l'oeuvre de l'amour du
Père ; et ce serait un
péché de douter de cet amour, comme
c'aurait été une mauvaise chose si le
prodigue, quand le père était
à son cou, avait dit : « Je
suis couvert des haillons du pays
éloigné. » Aurait-il donc
pensé que ses haillons seraient une raison
pour empêcher cette expression de l'amour qui
était dans le coeur de son
père ?
Voilà les choses que la propre justice des
pharisiens forçait Christ à
révéler ; et quand je vois le
caractère que Dieu prend envers moi comme
pécheur, caractère que Christ me
révèle, les doutes
de mon coeur d'homme sont réduits au silence
devant une telle grâce.
Quelqu'un ici dirait-il que la grâce
sanctionne le péché ? Qu'il lise
son jugement dans le coeur du frère
aîné ; qu'il lise comment la
grâce parle à cet homme
misérable, qui n'était pas simplement
un pauvre prodigue, mais un homme dont le coeur
misérable ne participait pas à la
joie générale. « Le
père étant sorti le priait
d'entrer. » Les serviteurs aussi
disaient : « Ton frère
est venu, et ton père a
tué le veau gras, parce qu'il l'a
recouvré sain et sauf ; »
tous les coeurs sont à l'unisson, un seul
excepté, celui de l'homme qui pensait
à lui-même et à sa propre
justice. « C'est pourquoi son père
sortit ; et il le priait
d'entrer. »
Considérez cela, et faites-y attention, de
peur que vos coeurs ne soient disposés
à changer en amertume l'amour et la
grâce que Dieu montre à un
pécheur semblable à vous !
« II ne voulut pas
entrer ; » le père raisonne
avec lui et veut le persuader : « Il
fallait faire bonne chère et se
réjouir, parce que ton frire que
voici était mort et il est
ressuscité, il était perdu et il est
retrouvé. » Mais l'homme juste
resta dehors. Se confiant en sa justice, il n'eut
aucune part à la joie et au bonheur, mais il
montra l'opposition de son coeur aux richesses de
la grâce du père.
Connaissez-vous Dieu comme père ?
voulez-vous aussi vous connaître
vous-même ? Eh bien, ne doutez pas du
coeur de Dieu. Comment connaissons-nous Dieu ?
Est-ce en regardant dans nos
propres coeurs ? Non, mais en apprenant
à le connaître dans le don de son
Fils. Le Dieu avec lequel nous avons affaire est le
Dieu qui a donné son Fils pour les
pécheurs ; et si nous ne le connaissons
pas ainsi, nous ne le connaissons pas du tout.
Ne dites pas à Dieu :
« Traite-moi comme l'un de tes
mercenaires ! » — Votre service
doit découler de la connaissance que vous
aurez de lui. Ne mettez donc pas les pensées
de vos coeurs dans le coeur de Dieu. Ces coeurs ont
une si forte tendance à retourner au
légalisme et à le prendre pour
l'humilité ! La seule vraie
humilité, la seule vraie force et la seule
vraie bénédiction, c'est l'oubli de
soi-même en la présence et dans la
bénédiction de Dieu. Il se peut que
nous soyons amenés là par des voies
qui nous humilient, mais ce n'est pas en pensant
simplement du mal de nous-mêmes que nous
sommes vraiment humbles ; nous avons le
privilégie de l'oubli de nous-mêmes
dans la manifestation de l'amour de Dieu notre
Père qui est amour envers nous.
Que le Seigneur vous accorde par Jésus de
connaître, comme de pauvres pécheurs,
Dieu ainsi révélé en
amour !
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