Il faut raconter à part d'histoire des parties les
plus éloignées de la chrétienté occidentale, au IXe siècle. Les îles
Britanniques furent très éprouvées par les incursions que nous avons
déjà signalées. Sous cette poussée, l'Église celtique du pays de
Galles
se rapprocha de l'Église anglo-saxone, et il en résulta pour son
clergé
une culture meilleure. C'est de là que sortit Asser, ami et biographe
d'Alfred le Grand, roi de Wessex. Ce souverain, qui régna de 871 à
901,
après avoir conclu une paix honorable avec, le chef viking Guthrum,
qui
s'établit dans le Daneland (Mercie, Northumberland et Anglia
orientale)
et reçut le baptême, restaura l'administration civile et les
institutions ecclésiastiques de son royaume. Épris de civilisation
romaine, il encouragea l'étude de la langue et de la littérature
latines, favorisa les traductions et adapta lui-même librement la
Consolation de Boèce, les Histoires de Paul Orose et le Pastoral de
Grégoire le Grand. Toutefois, il resta fidèle à la civilisation de son
pays, et il affaiblit l'emprise papale si puissante en Angleterre au
VIIIe siècle. L'Église de son royaume dépendit étroitement de lui. Il
mit la main sur ses biens, nomma ses évêques et accepta le mariage de
ses prêtres.
Dans le nord de la Grande-Bretagne
s'était formé en 844 le royaume d'Albanie, né de l'union entre l'État
irlandais de la côte occidentale et celui des Pictes. Il devait
constituer, au Xe siècle, l'Écosse actuelle. Dunkeld, où furent
déposées en 850 les cendres de Colomba, le célèbre fondateur du
monastère d'lona, devint le siège d'un évêché qui finit par être
transféré à Saint-Andrews (908). L'administration ecclésiastique à la
façon romaine fut fort mitigée dans ce pays par l'esprit des Culdéens,
chrétiens simples et indépendants dont nous avons déjà raconté
l'histoire. En Irlande, que Patrick avait évangélisée, le niveau
spirituel s'affaissa lourdement à cette époque, sous l'action
antichrétienne des princes et l'évangélisation de ce pays dut être
reprise au milieu du Xe siècle (cf. Fernand Cabrol, L'Angleterre
chrétienne avant les Normands, Paris 1909 ; dom Gougaud, Chrétientés
celtiques, Paris 1911, et notre T. II, p. 286-288).
En Espagne, les Églises n'eurent pas
trop à souffrir de la domination arabe. Elles avaient la liberté
religieuse. des juridictions
particulières, la jouissance partielle de leurs biens, mais elles
étaient astreintes à la capitation. Les évêques étaient nommés ou
confirmés par les maîtres du pays. La supériorité de la civilisation
musulmane se traduisit par de nombreuses conversions à l'Islam. Mais,
sous l'émir Abderrhaman Il (832-852), le christianisme espagnol
s'agita, et il y eut des martyrs. En 850, le prêtre Perfectus, qui
avait parlé du Prophète avec mépris, fut mis à mort. A la tête du
parti
qui jugeait méritoire la recherche des supplices était le prêtre
Euloge, de Cordoue, qui a raconté ces dramatiques événements dans son
Memoriale sanctorum Martyrum et son Apologeticus sanctorum Martyrum
(856 et 857). Son ami Alvarus, dans son Indiculus luminosus,
préconisait avec plus de fanatisme encore le martyre volontaire. Un
synode d'évêques espagnols, convoqué par l'émir à Cordoue en 852
s'efforça de calmer cette effervescence et l'interdit, d'ailleurs sans
succès. Euloge fut élu archevêque de Tolède, mais l'émir refusa de
ratifier ce choix. En 859, il bafoua Mahomet, et cette témérité lui
valut le martyre, qu'Alvarus glorifia dans sa Vita et passio divi
Eulogii A sa mort, ce fanatisme s'éteignit (cf. Baudissin, Eulogius
und
Alvar, Leipzig 1872).
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