Les Fausses Décrétales ou Pseudo-Isidore sont une
collection attribuée à Isidore de Séville, évêque du VIIe siècle, et à
Marius Mercator, polémiste du VIe siècle (voir notre Tome II, p. 246
et
314). Voici les principaux documents de ce faux. Dans la première
partie, lettre de l'évêque Aurélius, de Carthage, au pape Damase (IVe
siècle), demandant communication des décrétales pontifical depuis le
temps de saint Pierre ; réponse du pape ; soixante décrétales des
trente évêques de Rome compris entre Clément et Miltiade (310-314). La
deuxième partie est un recueil de décisions, la plupart authentiques,
de cinquante conciles depuis celui de Nicée (325) jusqu'en 683; il est
précédé d'une introduction formée de cinq pièces, dont la seconde est
la fausse Donation de Constantin (Constitutum Constantini). La
troisième partie comprend les décrétales de trente-trois papes depuis
Silvestre (314-355) Jusqu'en 731. Un certain nombre en sont
authentiques, mais semées d'interpolations ; trente-huit ont été
fabriquées.
Cette vaste et audacieuse
falsification est sortie des milieux cléricaux qui, dans l'ouest de
l'Empire franc, s'efforcèrent de protéger les évêques contre les excès
du pouvoir civil et la domination des métropolitains. Elle cherche à
les soustraire à la juridiction de ces derniers, en les rangeant sous
celle de la papauté, présentée comme la souveraine maîtresse des
Églises d'Occident et même d'Orient, indépendante de l'État. Ce fut au
sein de l'archevêché de Reims que les Fausses Décrétales firent leur
première apparition, dans les Capitula presbyteris d'Hincmar (1er
novembre 852). Elles ont dû être apportées à Rome sous Léon IV ou
Benoît III (entre 852 et 858), plutôt que, selon l'opinion courante,
en
864 par Rothade, de Soissons. Nicolas 1er s'y réfère dans son discours
de Noël 864 et son message aux évêques français (janvier 865). Elles
jouirent d'une grande autorité au Moyen-Age, surtout au XIe siècle où
elles étayèrent fortement les incroyables prétentions papales, mais
elles furent démasquées au XVIe siècle dans la grande collection
historique intitulée les Centuries de Magdebourg (voir notre T. 1er,
p.
19), Le jésuite Frances de Torrès (Turrianus) prit leur défense
(1572),
mais la fraude fut définitivement établie par le théologien réformé
David Blondel, dans son
Pseudo-Isidorus et Turrianus vapulantes (vaincus), Genève 1628. (,Cf.
édition des F. Décrétales par Hinschius, 1863 ; Paul Fournier, Études
sur les F. Décrétales, Revue d'Hist. ecclés. 1906 et 1907 ; F. Lot, La
question des F. Décrétales, Revue historique 1907, p. 290-299 ; G.
Hartmann, Der Primat des römischen Bischofs bei Pseudo-Isidor,
Stuttgart 1930).
On vit aussi paraître, au IXe
siècle, trois autres collections suspectes, émanées du même parti,
issues, d'après certains indices, du Mans, ou, d'après d'autres plus
nets, de Reims ou de sa circonscription : un recueil de canons
espagnols en usage en Gaule, découvert dans un ms provenant d'Autun
(Hispana Gallica Augustodunensis, codex Vatic. 1341, ms du Xe siècle),
travail préparatoire pour le Pseudo-Isidore qui en a fait usage ; les
Capitula Angilbramni, oeuvre soi-disant du pape Hadrien 1er (fin du
VIIIe siècle), adressée à Angilbram, évêque de Metz, utilisée par les
Fausses Décrétales ; les Capitulaires de Benoît « Lévita » (diacre),
qui se présentent comme un complément des quatre livres de
Capitulaires, collection de lois d'empire publiée par l'abbé Ansegis
au
début du IXe siècle. Un quart de cette compilation se compose de
documents authentiques - parfois interpolés - de Pépin le Bref,
Charlemagne et Louis le Pieux ; le reste a puisé à des sources
défectueuses, comme Savigny l'a prouvé, au XIXe siècle, dans son
Histoire du Droit romain au Moyen Age (T. II, & 45). Le
faussaire, qui acheva son travail après le 21 avril 847, dit en avoir
recueilli les matériaux surtout dans la cathédrale de Mayence. Mais ce
prétendu « diacre Benoît de Mayence » n'a pas existé, et l'écrivain
qui
s'est donné ce nom vivait dans les milieux du Pseudo-Isidore. On
trouve
ce document utilisé dès 877 dans le Capitulaire de Quiercy.
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