Il est écrit: TA PAROLE EST LA VERITE(Jean 17.17)... cela me suffit !

VII

PRIER POUR NOS FRÈRES

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J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point.

(Luc 20, 32)

I

J'ai entendu récemment le témoignage d'un ancien buveur vaudois qui évoquait les étapes de sa vie douloureuse et de son retour à Dieu. Le moment le plus pathétique de cette émouvante histoire fut celui où il nous dit comment une nuit, vaincu par le sentiment de sa déchéance sans remède, il se précipita sur le fusil chargé, dressé dans un coin de sa pauvre chambre, résolu à en finir avec l'existence. «Au moment où je saisissais l'arme fatale, raconta-t-il, je me sentis arrêté comme sous l'empire d'un bras invisible. Je fondis en larmes et tombai à genoux, — vaincu par Dieu; arrêté au bord de l'abîme, j'étais sauvé! Et le lendemain j'apprenais que mes voisins chrétiens, qui me connaissaient fort peu et dont j'avais toujours méprisé les conseils, avaient passé la soirée à prier Dieu pour moi.»

Nul n'a dû en cet instant poignant du récit être assez incrédule pour ne voir dans la simultanéité de cette prière et de ce salut inespéré que quelque coïncidence due au hasard. Chacun au contraire a senti passer sur lui le frisson du mystère, du divin mystère de l'exaucement, chacun a cru voir ce bras du Père répondre d'en haut à l'appel de la foi pour accomplir le miracle de délivrance.

En ce qui concerne la prière, la situation de beaucoup est vraiment contradictoire. D'une part, on affirme la réalité des exaucements, lorsqu'on se trouve en face de quelques cas saisissants; d'autre part, alors que l'on déclare croire à cette arme puissante, on néglige couramment d'en faire usage.

Or, ou la prière est une force, ou elle n'est rien. Souvent l'on hésite entre ces deux affirmations. Dire qu'elle n'est rien, c'est aller contre l'évidence apparue sur nos chemins et prendre vis-à-vis de Dieu une position négative qui nous déplaît; dire qu'elle est une arme, c'est confesser que nous sommes coupables d'y avoir si rarement recours.

Je voudrais imprimer en vous la certitude de la valeur et de la nécessité, de cette prière qui s'appelle l'intercession spirituelle en prenant pour exemple la prière de Jésus pour Pierre. Ce sujet est limité, mais moins toutefois qu'on ne pourrait le supposer. Intercession veut dire prière pour autrui. Mais en priant pour les autres, le chrétien ne se met-il pas lui-même au bénéfice de l'action de Dieu? Est-il à ses yeux joie plus profonde que celle de pouvoir contribuer au progrès d'une âme? Et que garderait de chrétien une vie de prière dont le centre serait moi, et encore moi, et toujours moi

Intercession spirituelle, ai-je dit. Et je n'aborderai pas les problèmes particuliers que soulève l'exaucement de demandes matérielles qui auraient par exemple pour objet la guérison d'une maladie ou tel autre bienfait sensible. Mais la frontière n'est pas rigoureuse entre le corps et l'esprit; et qui ne voit que le buveur sauvé dont je parlais, fut, en s'engageant dans la vie chrétienne, garanti par là même des terreurs de la pauvreté et de la maladie qui menaçaient son avenir? Mais nous voulons demeurer devant cette question précise: Que nous enseigne l'attitude de Jésus en ce qui concerne le bien spirituel que nous pouvons faire à nos frères par la prière?


II

La prière de Jésus pour Pierre. Nous sommes à la veille de la crucifixion. L'épreuve suprême est toute proche, mais jusqu'en cet instant des pires luttes personnelles, Jésus garde en son coeur le souci des autres. Certes la croix qui l'attend n'attend pas encore les siens; mais il sait quelle épreuve redoutable va signifier pour les faibles âmes de ses disciples l'issue sanglante du drame. De cet achèvement brutal de son ministère Satan saura se servir pour passer au crible les disciples. Jésus ne pense pas seulement aux luttes de l'agonie qu'il va traverser dans l'abandon et la solitude; il pense aussi à ce qui attend ces hommes qu'il aimera jusqu'à travers leurs lâchetés et leurs reniements. Rien ne permet plus d'écarter l'épreuve.

L'heure est venue, pour lui, de mourir; pour eux, de s'enfuir dans la nuit; Jésus ne peut demander qu'ils n'aient pas à traverser ce passage d'ombre et d'humiliation. Ce qu'il peut encore, c'est prier pour que leur foi soit la plus forte.

Ce qui demeure, c'est l'intercession spirituelle toujours possible et plus que jamais nécessaire; pour tous, pour Simon tout d'abord. Ne sera-t-il pas le premier vaincu, l'homme si ardent, si fort à ses propres yeux, en réalité si faible encore? Avec sa pénétration prophétique, Jésus voit ce qui se passera dans quelques heures: l'apôtre se mettant à l'abri par un mensonge trois fois répété. Faire que Pierre n'ait pas à passer par la tentation? Non, il doit passer par le crible de l'ennemi et c'est là le sort de toutes les âmes que Dieu veut forger à son service. Faire qu'au moins la conscience ait toujours le dessus dans cette lutte? Non, Jésus ne fait pas de sa foi le principe de quelque généreuse illusion. Cet ami sera tout à l'heure le poltron, le menteur, le renégat! Mais quoi? Où donc réside la puissance de la prière, si Jésus ne peut éviter à Pierre ni la tentation ni la chute? J'ai prié pour toi afin que la foi ne défaille point. Par delà le reniement honteux et par delà les larmes amères, Jésus voit ce qui viendra ensuite, ce que Dieu accordera à sa prière. La foi, vivante encore au fond du coeur, mais un instant paralysée par la peur et le désarroi, la foi renaîtra sous la rosée de pleurs du repentir, la foi s'épanouira au soleil de la résurrection, la foi fera de Simon le vrai Pierre, la pierre de l'église à venir, la colonne dans le temple de Dieu, le Pierre converti qui fortifiera ses frères et en convertira d'autres.

J'admire cette sagesse prévoyante de Jésus qui prie en vue des épreuves qui se préparent. Il n'attend pas que Pierre soit par terre pour demander au Père de le relever. En face des luttes désormais inévitables et toutes proches, il veut soutenir l'âme du disciple par son énergie spirituelle, il confie au Dieu du pardon et de la victoire cet homme qui va tomber mais qui doit être un jour un triomphateur.

Que de chrétiens qui attendent pour supplier Dieu pour leurs frères que ce frère soit vaincu, que l'heure fatale ait sonné ou que la mort menace! Des parents qui ont si peu su prier pour leurs enfants avant les jours des luttes périlleuses et des chutes faciles, avant les heures que Satan se réserve pour passer au crible les humains, soudain émus de les voir renier le nom de leur Dieu ou les principes moraux de leurs familles, se jettent à genoux pour implorer Dieu, et réclamer de Lui un miracle! Inspirons-nous de la prévoyance de Jésus qui, à l'avance, pour ceux qui s'en vont vers les durs devoirs de leurs vocations, vers les grands combats de la vie, appelle sur eux la force d'en haut.

J'admire encore cette position du Christ, si idéaliste par son regard confiant dirigé sur l'invisible, si réaliste dans la juste vision des conditions de l'humaine existence. Ce serait mentir que de voir Pierre traverser sans faiblir ces heures terribles.

Le passage au crible est maintenant nécessaire. Ce qui importe par-dessus tout, ce qui est le but premier de l'intercession, c'est qu'à travers la tourmente la foi soit sauvée! Hélas, même parmi les chrétiens qui prient, que de gens qui en apportant devant Dieu ceux qu'ils aiment, implorent pour eux tout le reste: et la santé, et l'argent, et le chemin facile, et la joie, et oublient dans leurs voeux, le plus essentiel de tous: Que leur foi persiste et grandisse et s'affirme jusque sous le vent de la tempête!

Il semble parfois que si notre prière ne peut éloigner de notre route ni les heures obscures, ni les obstacles sur lesquels on trébuche, elle ne nous sert vraiment à rien. Jésus ne l'a pas pensé. Prier pour que Dieu maintienne ou ramène dans les sentiers de la foi ceux que vous aimez, ceux qui sont vôtres ou par les liens du sang ou par ceux de la fraternelle compassion, prier ainsi, mais c'est simplement poursuivre jusqu'à son achèvement divin l'amour que vous leur portez. C'est les aimer comme Christ vous demande de les aimer, c'est les aimer religieusement, en Dieu, c'est appeler sur eux la grande, la définitive bénédiction, la seule nécessaire, la seule suffisante. Qu'ils vivent dans la lumière de la foi, dans le rayonnement de l'amour divin! La où la prière n'est pas l'accomplissement de l'amour elle n'est rien; là où elle est cela, elle est la plus haute victoire de l'esprit.


III

J'ai prié pour toi. L'amour de Jésus s'exprime ici dans sa pureté, amour concret de celui qui veut connaître ses brebis par leur nom (Jean X.). Jésus ne s'est pas borné à évoquer le Père pour ses disciples en bloc, dans sa majestueuse prière du dernier repas (Jean XVII.), mais dans le silence de son coeur fervent il les a nommés à Dieu un à un, et s'est attardé avec une intensité toute spéciale sur le nom de Pierre. Il aurait pu trouver dans l'orgueil de Simon un motif pour désespérer de lui. Ne va-t-il pas tout à l'heure, aveugle, incapable de se connaître soi-même, lui crier: «A la vie et à la mort! si tous t'abandonnent, moi jamais!» Jésus a lu dans les livres de Dieu; de ceux qui sont les plus faibles Dieu peut parfois faire un jour des héros, et les vrais forts du royaume.

Jésus aurait pu encore s'arrêter à cette constatation, que Simon n'éprouvait aucun besoin du soutien de son Maître. Très capable de s'avancer seul, il ne réclame pas les prières de Jésus, il n'en comprend présentement ni le sens ni la beauté. Il n'est point un humble suppliant qui viendrait dire au Christ: Prie pour moi! Il est encore l'incorrigible Simon, qui s'avançait jadis crânement, insouciant du danger, sur les vagues de la mer. Et c'est pour celui-là que Jésus a prié, comme s'il se disait: Pauvre Pierre toi qui as tant besoin de prier et qui pries si peu! Un autre que toi et un plus fort que toi, prépare ton avenir. Tu ne tomberas pas sans te relever, tu ne te perdras pas sans être finalement sauvé. J'ai prié pour toi, afin que la foi ne défaille point. Oui, Jésus sait que cet homme rude et passionné, nature si prompte aux nobles élans et sujette aux tristes reculs, garde au fond de lui-même la foi. Il ne faut pas que Satan ait le dernier mot dans la lutte contre cet homme qui croit en Dieu. L'effort spirituel du Sauveur vise à établir dans les profondeurs de cette âme l'inaltérable foi, celle que ne pourront plus atteindre ni les lâchetés de la volonté vaincue, ni les mauvais conseils de la frayeur. «Ta foi sera la plus forte, j'ai prié pour toi.»

Cette prière de Jésus pour Pierre renferme un appel à l'adresse de ceux qui hésiteraient à apporter devant Dieu le nom de quelqu'un qui leur paraît trop rebelle et trop insensible. Le miracle du faible Simon devenu l'apôtre Pierre s'est répété au cours de l'histoire. On a vu non seulement des enfants craintifs comme Simon, mais même des enfants perdus comme Saint-Augustin, devenir par le concours des prières de la foi et de la Grâce de Dieu les lumières chrétiennes de leur église et de leur siècle. On a vu les plus hésitants, les plus médiocres dans une église, dans un groupe, dans une famille devenir des instruments choisis de Dieu. Le jour où Jésus dit à Simon: J'ai prié pour toi, cet homme tout en gardant son attachement pour son Maître, est bien éloigné par sa présomption de l'esprit des humbles de l'évangile à qui est promis le Royaume. Mais Jésus l'aime assez pour vouloir prier pour lui.

Il n'y a à notre intercession d'autres limites que celle de notre amour. Nul ne peut voir les fils secrets qui font passer d'un coeur à un autre coeur la force divine, nul ne sait le point précis où s'arrête l'action de la Grâce qui peut tout, devant la résistance de la créature à qui Dieu a conféré la dignité de la liberté.

En face de ces mères lassées peut-être de prier pour tel enfant, en face de ces épouses qui hésitent à prier encore pour un mari incrédule, en face de ces hommes qui pensent ne plus rien pouvoir pour un ami égaré et sourd à l'appel de Dieu, nous avons le devoir de rappeler que la prière de Jésus ne s'est jamais arrêtée devant une âme qu'elle ait jugée irrémédiablement perdue, décidément indigne de son intercession. C'est partout, jusque sur le sol qu'on croyait le plus aride et le plus stérile que la prière chrétienne a accompli le miracle de la vie.

Jésus cite Pierre par son nom. C'est en vain que des théories critiques viendraient à nous représenter ce qu'il y a d'enfantin à nommer devant Dieu des personnes qu'il connaît certes mieux que nous-mêmes; c'est en vain qu'on voudrait réduire la piété intelligente à se contenter dans la prière de formes générales et solennelles, seules convenables pour s'adresser à la Majesté divine. Les seuls compétents pour parler de la prière, ce sont ceux qui prient, ceux qui connaissent par expérience la relation personnelle avec Dieu. Et ceux-là sont unanimes à confesser le besoin qu'éprouve l'âme croyante de nommer devant Dieu ceux qu'elle veut aimer en lui; et ceux-là possèdent les réponses manifestes que Dieu accorde à la prière spontanée de l'intercesseur. D'ailleurs, l'exemple de Jésus est là. Jésus, le grand ennemi des vaines redites, le critique sévère des prières indignes, le grand révélateur du Dieu esprit, n'a jamais pensé qu'il était contraire à la volonté de Dieu d'ouvrir devant lui le livre de nos coeurs et de lui redire avec ferveur le nom de tel ou tel de ses enfants. Ne sont-ils pas tous revêtus aux yeux du Père, même les plus obscurs d'entre eux, de cette universelle dignité de l'homme, d'être un enfant du Père, de porter en soi l'image de son Dieu?


IV

J'ai prié pour toi. Quelle force dans l'intercession mutuelle! Force pour celui qui est l'objet de la prière.

Melanchton raconte l'émotion joyeuse qui étreignit son coeur lorsque dans la période des grandes luttes, il rencontra, au cours d'un voyage à travers les campagnes, d'humbles enfants qui priaient ensemble pour le succès de la Réforme. Dans cette prière, plus que dans l'intervention des princes et des puissants, le Réformateur trouvait une promesse de victoire.

Le missionnaire John Paton raconte ce souvenir d'enfance: «La pire des femmes du village où j'ai passé mon enfance, femme qui à ce moment-là vivait dans l'immoralité et qui devait bien des années plus tard changer de conduite et devenir chrétienne a déclaré que la seule chose qui la préservât du désespoir et du suicide c'était par les sombres nuits d'hiver de se glisser et de se blottir sous la fenêtre de mon père. Là elle l'entendait au culte de famille plaider pour que Dieu arrachât le pécheur de sa mauvaise voie et pût polir son âme pour en faire un joyau de la couronne du Rédempteur. Je sentais, dit-elle, que j'étais un fardeau sur le coeur de ce brave homme. Je savais que Dieu ne le décevrait pas et cette pensée me gardait.»

Il a prié pour moi. Cette conviction établit entre deux âmes un lien d'une nature unique. Pierre a pu ne pas sentir le prix inestimable de la déclaration du Maître. Bientôt il le reconnaîtra lorsque regardant en arrière il comprendra quelle est la force qui lui a permis de franchir le sombre tunnel; il y resongera lorsque prédicateur sans peur il affrontera l'hostilité du monde. Jusqu'en face du martyre il lui arrivera de s'étonner de cette force inébranlable qui est en lui et d'en redécouvrir avec émotion la source première dans l'affirmation de Jésus: J'ai prié pour toi. Oui, de par les chemins mystérieux qui vont d'une âme à une autre âme en passant par Dieu, lieu des communions et des rencontres spirituelles, foyer central où se concentrent toutes les énergies de l'invisible, même avant tout exaucement plus précis, c'est déjà un soutien pour celui qui tremble et lutte que de savoir que quelqu'un prie pour lui.

Réformateurs et martyrs, témoins héroïques du Christ dans les temps anciens et sur les terres lointaines, mais vous aussi, isolés, malades, vaincus, égarés, douteurs, vous tous enfin qui avez pu vous arrêter craintifs en face d'un devoir douloureux, d'une tâche trop immense, d'une tentation trop menaçante, d'une épreuve trop lourde, votre force s'est sentie parfois ranimée comme sous l'action d'une effluve aussi mystérieuse que réelle: l'énergie spirituelle que vous envoyait de près ou de loin quelqu'un qui avait prié pour vous, prié pour que la foi ne défaille point en vos âmes fatiguées.

Faut-il redire encore le bienfait de l'intercession pour celui-là même qui prie? Il nous arrive parfois de chercher Dieu bien loin de nous et de nous demander ce qu'il faut faire pour le sentir plus près. À l'heure où tu aimes assez quelqu'un pour prier pour lui, à l'heure où tu intercèdes pour ton frère, pour ton ami, à l'heure où, soulevé par une inspiration d'en haut tu intercèdes pour celui-là même qui t'a blessé, qui t'a peiné, pour celui que hier encore tu n'aimais pas ou pour qui tu n'osais plus espérer, à cette heure-là vit en toi un amour qui te rapproche de Jésus-Christ et du Père céleste. Celui dont j'apporte le nom devant Dieu, je l'aime décidément d'un amour intense et profond, de cet amour qui se met à genoux! C'est l'intensité de cet amour qui est le ressort de ma prière lorsque je convoque devant le trône

de la Grâce une âme que je veux voir visitée par la puissance de mon Dieu.

***

Le miracle chrétien c'est l'exaucement de la prière. Que la prière fleurisse dans l'église et les miracles lui seront accordés. Devoir illimité, horizon infini qui s'ouvre devant nous! Les apôtres ne pouvant tout faire dans l'oeuvre de Dieu demandèrent à leurs amis de les décharger pour qu'ils puissent se consacrer tout entiers à ces deux tâches: Parler et prier (Actes VI. 4). Le pasteur d'aujourd'hui rêverait parfois de n'avoir d'autre ministère que celui de la prédication et de l'intercession. Je me suis senti souvent troublé par cette déclaration d'un de mes collègues: «Je n'ai jamais prié avec persévérance pour une âme de ma paroisse sans recevoir d'une manière ou de l'autre une réponse.»

Le pasteur doit rester le soutien de ceux qui croient à la prière; et lorsqu'il voit venir à lui quelqu'un qui vient lui dire simplement: aidez-moi à prier pour ma mère, pour mon ami, pour un malheureux, il remercie Dieu de ce qu'il est encore des âmes qui comprennent le sens spirituel de son ministère. Mais le pasteur doit être aussi soutenu par l'église qui prie. Depuis Jésus le ministère de l'intercession n'est plus comme au temps de Moïse, celui d'un prophète ou d'un prêtre; il est celui de tous et de chacun. Quand je vois le nombre de ceux qui auraient besoin dans leurs faiblesses et dans leurs luttes de sentir que leur nom est porté devant Dieu, et avec leur nom, leurs larmes et leurs craintes, je dis qu'il faudrait que l'intercession fût pratiquée dans la vie secrète des coeurs et dans les familles chrétiennes. Elle doit devenir l'expression spontanée et normale de la piété d'une église disposée à prendre an sérieux l'appel des premiers apôtres: Priez les uns pour les autres (Jacques V. 16.), disposée à faire revivre en elle les sentiments qui étaient en Jésus, l'initiateur de la véritable intercession, les sentiments de celui qui a vu dans l'humanité la grande famille dont chaque enfant est l'objet de l'amour d'un Père.

Croyons à cette multiplication des énergies intérieures par la ferveur d'une prière qui unit la simplicité touchante de l'amour véritable: Pour toi, à l'élévation du but essentiel: Que ta foi ne défaille point.

1927.


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