C'est sous ce titre qu'en mars dernier s'est tenu un colloque à la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine avec la participation d'Emile Nicole, pasteur de l'Union des Eglises Evangéliques Libres, doyen et professeur à ladite faculté et membre du Conseil de l'Institut Emmaüs, Neal Blough, professeur à la même faculté, président d'une assemblée mennonite, Jacques Buchhold, également professeur à cette faculté, membre d'une église de l'Association Evangélique d'Eglises Baptistes et Bernard Huck, mennonite, professeur et vice-doyen à la faculté de Vaux. Du côté catholique se trouvait Bernard Sesboüé, professeur jésuite au Centre Sèvres. On a voulu justifier ce colloque en disant: « C'est un fait: les choses ont changé. On est passé aux plans local, relationnel et mondial - non pas totalement, mais de façon significative - de l'ignorance à l'intérêt, de l'anathème au dialogue, de la guerre froide ou tiède à l'alliance ou «co-belligérance» contre des ennemis communs comme l'athéisme et la dégénérescence des moeurs. » (1)
Rappelons ici que la Fédération des Eglises Baptistes (FEEB) menait déjà depuis 1981 des pourparlers avec des représentants de l'Eglise romaine «pour avancer sur la route de l'unité visible entre les disciples du Christ». A ces pourparlers avaient participé les pasteurs Louis Schweitzer, de la Fédération baptiste, à l'époque secrétaire général de la Fédération protestante de France, Robert Somerville, alors président de la Fédération des Eglises Baptistes, André Souchon, directeur de l'Ecole pastorale baptiste et André Thobois, président de la Mission Baptiste Européenne. Du côté catholique se trouvaient Mgr Georges Soubrier, le père Jean Rogues, le jésuite Bernard Sesboüé, déjà nommé plus haut, et Damien Sicard, secrétaire du bureau d'études doctrinales de l'épiscopat. En 1992 le comité mixte baptiste-catholique publia un livre intitulé « Rendre témoignage», qui rendait compte de ces rencontres. (2) En avril 2000 a eu lieu à Paris, une «Consultation» d'Eglises et d'Associations catholiques, protestantes et évangéliques en vue de mieux se connaître et de mieux comprendre la mission commune de I'« Eglise dans la ville ». (3)
Du côté des évangéliques, on parvient de nos jours à élaborer une confession de foi contenant un minimum de points auxquels charismatiques, pentecôtistes, baptistes, mennonites, et frères de toutes tendances, peuvent souscrire, parce que les sujets litigieux sont tout simplement laissés de côté. On constate aussi que des confessions de foi très bibliques sont parfois acceptées théoriquement et nullement respectées pratiquement. C'est ainsi qu'il est possible de réaliser une unité illusoire et trompeuse. Dans les rapports avec les catholiques on est allé jusqu'à composer une déclaration commune (4), en y signalant même des divergences, sans qu'il fût toutefois possible de soumettre les désaccords à un sérieux examen biblique pour déterminer ce qui, dans la doctrine et la pratique, était conforme ou non à la Parole de Dieu. C'est là que l'ouvrage de Jacques Blocher intitulé « Le catholicisme à la lumière de l'Ecriture Sainte » (5) pourrait rendre de bons services.
Ainsi donc, un nombre croissant d'églises, de groupements et de responsables d'églises s'unissent pour collaborer, même si de par leurs affiliations, leurs pratiques et leurs doctrines ils ne sont pas véritablement en communion entre eux. Bien des évangéliques semblent pourtant approuver cette évolution. D'autres y voient plutôt le risque d'une dégradation progressive - ou même l'abandon - des positions bibliques.
Mais revenons au dernier colloque de mars 2001. Les professeurs de la Faculté de Vaux n'ont certainement pas oublié la récente déclaration du cardinal Ratzinger, approuvée par le pape, affirmant péremptoirement qu'il n'existait qu'une unique Eglise, la sienne, gouvernée par le pape et ses évêques, et que donc toutes les autres n'étaient pas des Eglises au sens propre du terme. (6) Mais n'est-ce pas plutôt l'Eglise catholique romaine qu'on ne peut pas considérer comme une véritable Eglise de Jésus-Christ au sens biblique du terme lorsque l'on tient compte de toutes les altérations et contrefaçons qu'elle a générées ?
Selon ce nouveau colloque de mars 2001 on serait donc passé de l'« ignorance à l'intérêt» et de « l'anathème au dialogue » (!), alors qu'on a plutôt l'impression que les évangéliques qui participent à ce genre de dialogues préfèrent ignorer des faits historiques indéniables et les anathèmes que Rome a prononcés et qu'elle n'a jamais retirés. C'est en passant ces choses sous silence que ces évangéliques pensent pouvoir établir avec le catholicisme une « alliance» et une «co-belligérance». Les professeurs engagés dans de tels dialogues n'ignorent pourtant pas que rien n'a fondamentalement changé - et ne saurait changer - dans la doctrine et les traditions romaines. La prétendue infaillibilité des papes, promulguée en 1870, empêche la Curie romaine de supprimer l'un quelconque de ces dogmes non conformes aux Ecritures. Dans ces conditions, de tels échanges deviennent des dialogues de sourds qui ne peuvent qu'aboutir à la confusion, aux compromissions ou à la rupture. Voilà pourquoi les évangéliques attachés à la Parole de Dieu préfèrent s'en abstenir. Cela ne doit toutefois pas exclure les contacts personnels avec ceux qui ne partagent pas notre point de vue. C'est là que nous avons à rendre témoignage comme l'apôtre Pierre nous y exhorte: «... étant toujours prêts à vous défendre avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous... » (Il Pierre 3:15).
Jean Hoffmann
La Bonne Nouvelle Mars 2001
1 Sur le dépliant annonçant ce colloque.
2 Voir la B N 1/93, pp322-324 sous: Un 3 «comité mixte baptiste catholique en France».
3 Voir la B.N. 4/00 pp.86-88 sous «Une mission commune».
4 Voir «Rendre témoignage au Christ », Les Editions du Cerf, pp.33-62, chapitre 2, «Déclaration commune», où ces baptistes affirment, entre autres, que:» les Ecritures sont notre principale source concernant la révélation de Dieu en Jésus» (p.39). Y aurait-il donc aussi pour eux d'autres sources de révélation à côté de la source principale, comme il y a pour les catholiques les traditions et les dogmes pontificaux?
5 Editions de l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne.
6 Voir la B. N.1 /01 pp.106-108 sous « Un nouveau coup dur pour l'oecuménisme».