Mieux se connaître pour évangéliser ensemble!
Deux conceptions inconciliables
Comment a-t-on essayé de justifier l'implication de catholiques?
Disparité étrange
C'est sous le titre de « L'Église dans la ville » que s'est tenue à Paris en avril 2000 une «Consultation» réunissant des responsables d'Églises et d'Associations catholiques, protestantes et évangéliques en vue de mieux se connaître et mieux comprendre la mission des Églises dans les villes.
Dans le comité de référence se trouvaient, entre autres, Henri Blocher (église baptiste du Tabernacle et Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine), Stéphane Lauzet (Alliance Évangélique Française), Christian Seytre (Fédération Protestante de France), Louis Schweitzer (Fédération Baptiste), Pierre Tritz (catholique, Fils de la Charité), Glen Shepherd (Armée du Salut), (1) Parmi les intervenants on comptait également des catholiques et des protestants.
Mieux se connaître pour évangéliser ensemble!
Quiconque voudrait mieux connaître le catholicisme ferait bien de commencer par lire certains ouvrages sur le sujet avant de chercher à dialoguer. (2) Il se rendrait alors vite compte qu'une mission commune n'est pas envisageable là où il existe un désaccord doctrinal fondamental et des pratiques religieuses incompatibles avec la Parole de Dieu. Les protestants et les évangéliques engagés dans ladite Consultation devraient assez bien connaître le catholicisme pour ne pas se faire d'illusion sur la possibilité d'une telle collaboration. En acceptant néanmoins de dialoguer en vue d'une mission commune ils donnent à leurs ouailles la fausse impression qu'une telle mission est souhaitable et réalisable. M. Henri Blocher disait dans une causerie donnée à la Faculté libre de théologie réformée d'Aix-en-Provence: « Le protestantisme évangélique devrait, dans l'avenir, faire alliance avec les «conservateurs modérés » dans l'Église catholique et avec les charismatiques, en tout cas les plus «bibliques» d'entre eux (comme le Chemin Neuf). Les convergences sont indéniables, et le processus est bien amorcé... » (3) Mais les catholiques les plus modérés sont toujours inféodés au système papal, autrement ils ne seraient plus des catholiques.
Deux conceptions inconciliables
Tout vrai évangélique sait - ou devrait savoir - que la notion de « mission » ou d'« évangélisation » de l'Église romaine - tout comme celle d'autres Églises multitudinistes - est très différente de celle des Églises évangéliques de professants. Dans le document cité' on reconnaît d'ailleurs qu'il s'agit d'une « conception novatrice». Rappelons que selon la pratique des Églises multitudinistes on devient involontairement et inconsciemment chrétien par un rite appelé improprement «baptême», administré à des nourrissons. Chez les évangéliques professants, par contre, l'on devient consciemment chrétien par la grâce de Dieu à travers la repentance et la foi personnelle en Christ crucifié, ce que l'Écriture appelle «naître de nouveau». Tous ceux qui portent le nom de « chrétien» devraient donc sérieusement se demander s'ils sont vraiment «nés de nouveau», car Jésus lui-même a dit: « Si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le Royaume de Dieu.» (Jean 3:3), et l'apôtre Paul le confirmait en ces termes: « Ce qui importe, c'est d'être une nouvelle créature. » (Gal. 6:15.) Toute autre conception de l'acquisition du Salut, aussi charitable qu'elle puisse paraître, est trompeuse et mène à la perdition éternelle. Ce n'est ni par nos mérites, ou ceux de la vierge Marie et des « saints », ni par les oeuvres, ni par les sacrements que nous pouvons être sauvés, mais uniquement par la grâce de Dieu et la foi au sang de Christ comme moyen d'expiation pour nos péchés. (Rom. 3:21-26) Nous nous trouvons ici manifestement face à deux conceptions bibliquement inconciliables.
Comment a-t-on essayé de justifier l'implication de catholiques?
On a notamment évoqué l'intérêt que portaient des catholiques à l'évangélisation de la France en faisant état de la distribution par des catholiques de 50000 cassettes vidéo du film «Jésus», de la participation de 300 catholiques à un séminaire de présentation des cours «Alpha» (4), de l'accès des catholiques à la Parole de Dieu, de la messe célébrée en français et du renouveau charismatique au sein de l'Église romaine. (5) Sans vouloir porter de jugement sur des catholiques sincères qui ont à coeur de rendre témoignage de leur foi on ne peut tout de même pas faire abstraction de tout l'arrière-plan religieux de leur Église avec tous les dogmes, traditions humaines, superstitions et pratiques occultes inacceptables à la lumière de la Parole de Dieu. Ce n'est pas, par exemple, parce que la messe est célébrée en français qu'elle devient légitime quand la Bible s'inscrit en faux contre toute répétition non sanglante du sacrifice de Jésus (Hébreux 9:22-28) et qu'elle ne contient nulle trace d'une adoration des éléments de la cène instituée par le Seigneur. Aussi le zèle ne saurait-il remplacer ou restaurer les vérités bibliques ignorées ou abandonnées. Pourquoi donc des responsables évangéliques, bien au courant de ces divergences, cherchent-ils néanmoins à évangéliser ensemble avec les catholiques sous le slogan commun
« L'ÉGLISE DANS LA VILLE »?
De quelle Église s'agit-il?
N'est-il pas symptomatique que l'on parle de L'ÉGLISE au singulier, comme si déjà il n'y en avait plus qu'une seule? Dans le sens absolu du terme il est vrai qu'il n'y a qu'une Église, Corps de Christ, dont sont membres tous les rachetés à quelque dénomination qu'ils appartiennent. Mais dans la réalité temporelle il y a malheureusement toutes sortes d'Églises non assimilables. On connaît bien les prétentions de Rome qui se prend pour la seule vraie Église qui seule possède la plénitude de grâce et de vérité. (6) C'est à elle que toutes les autres Églises devraient, à plus ou moins brève échéance, se rattacher en se mettant sous la houlette de celui qui se dit le vicaire du Christ sur la terre. Lors de sa visite au Caire, en février 2000, Jean-Paul Il a lancé un nouvel appel à la réforme de la papauté. Par cet appel le pape s'adressait à l'ensemble des Églises chrétiennes les invitant à chercher avec lui la manière dont l'évêque de Rome, c'est-à-dire lui-même, doit exercer sa primauté, afin que ce soit « un service d'amour reconnu par les uns et par les autres ». (7) Il a déclaré qu'il n'y avait « pas de temps à perdre « dans la recherche d'une nouvelle formulation de son rôle, afin d'accélérer la réunification de tous les chrétiens. Il voudrait que le «3e millénaire soit le millénaire de notre pleine unité». (8) Certains risquent de se faire piéger par les propos aimables, respectueux et fraternels du ;souverain pontife», oubliant ses visées clairement définies par ailleurs. Le pape tend ainsi à calmer leurs craintes et à émousser leur résistance et il semble y réussir en avançant prudemment à petits pas. Il souligne l'importance d'un témoignage commun tout en insistant toujours à nouveau sur son ministère de primauté auquel il ne peut renoncer sans se renier lui-même, et qu'aucun vrai protestant, ou évangélique, se référant à la Parole de Dieu, ne saurait accepter.
Il ne faut pas oublier que l'Église romaine ne peut pas changer ses dogmes non bibliques, liée qu'elle est par la prétendue infaillibilité des papes. Il est donc inutile d'espérer une quelconque réforme catholique sérieuse qui abolirait tout ce qui en son sein est incompatible avec l'enseignement de la Bible, et en premier lieu tout le système papal. Avant de parler de l'« ÉGLISE DANS LA VILLE » il aurait donc fallu bien définir ce que l'on entendait par là, en risquant alors fort de faire échouer d'emblée toute l'entreprise.
Conclusion
Nous ne sommes évidemment pas contre l'évangélisation des villes - et des campagnes - mais cela ne saurait se faire ensemble avec les Églises multitudinistes romaine et autres dont les conceptions de la mission et de l'Église diffèrent fondamentalement de celles des Églises de professants. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait éviter tout contact avec ceux qui ne partagent pas notre foi et nos convictions. Bien au contraire, car cela fait partie de notre témoignage chrétien . Mais de tels contacts se feront plutôt au niveau individuel qu'officiellement à l'échelon des institutions religieuses immuables, afin que soit évité, autant que possible, tout amalgame préjudiciable à la cause de la Vérité biblique. Car entrer officiellement en dialogue avec l'Église catholique implique une reconnaissance de Rome comme Église partenaire authentique, ce que des chrétiens attachés à la Parole de Dieu ne sauraient admettre. Il est donc très regrettable que des évangéliques s'engagent dans de telles entreprises communes avec l'Église catholique et d'autres Églises ouvertes au libéralisme théologique destructeur de la foi, à la confusion oecuménique, à l'illusion universaliste, au mysticisme charismatique, à une aberrante théologie féministe, à l'avortement et même à l'homosexualité. Mais au nom de « la pluralité réconciliée», ou de « l'unité dans la diversité», tout devient possible pour ceux qui ne s'en tiennent plus à ce que dit l'Écriture. Veillons donc aux petits commencements, prions et ne nous engageons pas dans des voies tortueuses!
J. Hoffmann
La Bonne Nouvelle No 4 / 2000
1 Voir le prospectus « Consultation» L'ÉGLISE DANS LA VILLE».
2 Lire par exemple: «Je n'avais plus le droit d'être prêtre », (Grégor Dalliard, actuellement épuisé); « La foi du Vatican» (Herbert Carson, EURO-PRESSE); « Le catholicisme à la lumière de l'Écriture Sainte», (Jacques Blocher, avec son supplément de Jules-Marcel Nicole,
Editions de l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne); le nouveau « Catéchisme de l'Église catholique», (Mame/Plon).
3 Voir « La Revue Réformée » No 208 (2000 / 3), Juin 2000, sous « Le Protestantisme évangélique en France» (Henri Blocher).
Concernant «Le Chemin Neuf » voir « À propos du Cours Alpha» dans ce No, page 91, 2e colonne, le' paragraphe.
4 Sur le cours «ALPHA» voir la B.N. 3/2000, pp.52 à 56.
5 Voir la circulaire « Initiatives Urbaines Chrétiennes» (Paris) datée du 14 février 2000, signée par André Pownall.
6 Le nouveau -Catéchisme de l'Église Catholique» 819 (Mame/Plon 1992).
7 « Un appel à la réforme » dans « L'ECHO ROMAND » du 3 mars 2000.
8 Voir « Le Temps » du 26-02-2000.