Une première
C'est sous ce titre que dans le Mensuel des Églises mennonites de France «Christ seul» (Décembre 98 et janvier 99) il fut rendu compte d'une rencontre entre des délégations de responsables mennonites et catholiques qui s'est tenue en octobre 1998 à Strasbourg. Le porte-parole du conseil pontifical avait proposé d'intituler la rencontre «Vers la guérison des mémoires». L'accent devait porter sur le passé et le présent, plutôt que sur les divergences doctrinales. Selon le rapporteur, les discussions allaient dans deux directions:
1) Un effort était fait pour essayer d'identifier les points de divergences et de convergences des deux dénominations.
2) Il y avait la volonté de confesser ses torts envers l'autre Église et de rechercher la compréhension et la réconciliation là où cela était nécessaire.
Le président de la délégation mennonite, Helmut Harder, a déclaré avoir appris que les partenaires catholiques romains acceptaient sans hésitation ni réserve leurs partenaires mennonites comme des frères et soeurs en Christ. Certains membres de la délégation mennonite relevèrent le fait que dans divers endroits du monde les mennonites étaient considérés comme une secte. Les représentants du Conseil pontifical répondirent que l'Église catholique n'entamait pas de dialogue avec des groupes qu'elle considérait comme une secte; les dialogues officiels n'ayant lieu qu'avec d'autres Églises chrétiennes.
Notre commentaire
De tels dialogues se font forcément sur la base d'une reconnaissance mutuelle des partenaires en tant qu'Églises. Si donc les catholiques ne considèrent plus le mouvement mennonite comme une secte et acceptent sans hésitation ni réserve les mennonites en tant que frères et soeurs, les mennonites doivent forcément avoir la même attitude face à l'Organisation romaine en la reconnaissant aussi, « sans hésitation ni réserve», comme une véritable Église. Mais est-ce que cela est juste, honnête et conforme à la vérité face à l'enseignement des Écritures? Demandez-le aux ex-prêtres, ex-moines et ex-moniales qui savent mieux que quiconque pourquoi ils sont sortis du catholicisme romain. Le catholicisme s'est considérablement éloigné de l'enseignement apostolique sur l'Église et sur la façon dont on devient chrétien, à tel point qu'il n'est pas possible de considérer sans autre cette dénomination comme Église de Jésus-Christ et ses membres comme enfants de Dieu nés de nouveau, alors qu'on les déclare chrétiens en vertu du rite de l'aspersion des nourrissons. Nous n'avons, certes, pas à porter de jugement global et définitif sur qui que ce soit, et si un catholique se convertit réellement en acceptant Jésus-Christ crucifié et ressuscité comme son Sauveur et Seigneur personnel, il devient effectivement notre frère, même s'il demeure encore dans sa dénomination. Mais s'il prend au sérieux ce que dit l'Écriture, il ne pourra pas rester dans son milieu. Le Saint-Esprit le convaincra de la vérité révélée dans les Écritures - si toutefois il se laisse convaincre - sans qu'il soit nécessaire de se livrer à du prosélytisme à son égard. On comprend pourquoi on préconise dans cette rencontre catholico-mennonite de ne pas mettre l'accent sur les divergences doctrinales, alors que ce sont là justement les causes premières des séparations. Reconnaître et confesser réciproquement des torts et se les pardonner est certainement une bonne chose, mais se reconnaître mutuellement comme Églises de Jésus-Christ et comme frères et soeurs en Christ, avant d'avoir reconnu et abandonné les erreurs doctrinales, c'est mettre la charrue devant les boeufs. Des deux côtés on sait fort bien qu'il existe entre eux des divergences fondamentales sur la notion d'Église et de chrétien. Fermer les yeux sur cette réalité, c'est mettre de côté la Parole de Dieu, renier le passé, méconnaître la situation présente, doctrinalement inchangée, et s'engager dans la voie des compromissions. Cette «première» constitue un pas de plus dans cette direction et l'on ne saurait que le regretter.
Ayant également lu dans «Christ seul» le rapport en question, un fidèle abonné de notre revue, nous écrit à ce sujet:
« Ce rapprochement avec l'Église Romaine est la conséquence logique de l'évaluation des églises mennonites. Étant anabaptiste, je suis d'autant plus attristé de constater que certains frères mennonites sont les plus décevants parmi les évangéliques, puisque ce sont eux, les descendants des martyrs de la Réformation radicale du 16e siècle, qui devraient porter bien haut le flambeau de l'Évangile non falsifié ».
0. de T.
(Extrait de lettre cité avec l'autorisation de son auteur)
Nous espérons que des mennonites clairvoyants réaliseront le danger que présentent de tels rapprochements et qu'ils réagiront sainement avant qu'il ne soit trop tard.
J.H.
La Bonne Nouvelle 5 / 1999
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