«Que personne ne vous séduise d'aucune manière» 2 Thessaloniciens 2:3
Des déclarations surprenantes
Mgr Mamie, évêque catholique romain de Lausanne, Genève et Fribourg, disait lors d'une réunion de la Communauté romande de l'apostolat des laïcs (18-01-92): le principal obstacle à l'édification de l'Europe est la division des chrétiens. L'oecuménisme est donc une «obéissance» à Jésus-Christ pour l'évangélisation de l'Europe (ECHO du 25-01-92).
A l'occasion de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, le pape a reparlé de
l'oeuvre urgente de la «nouvelle évangélisation» qui demande à tous les chrétiens d'être unis dans la profession de foi (ECHO du 01-01-92). L'Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des évêques (28-11 au 14-12-91) a également attiré l'attention de tous les chrétiens sur la nécessité pressante de la coopération oecuménique dans la mission évangélisatrice (ECHO du 01-02-92). Dans la déclaration finale de l'assemblée, les Pères synodaux ont explicitement affirmé: Nous nous sommes rendu compte que la nouvelle évangélisation est la tâche commune de tous les chrétiens et que la crédibilité de l'Eglise en dépend.
Dans la pratique
Sous «Enquête oecuménique au Jura» l'éditorialiste de ce même hebdomadaire écrit: Chez nous, les Eglises catholique romaine, catholique-chrétienne, réformée, mennonite et l'Armée du Salut se sont remises à l'ouvrage. L'an dernier, en effet, elles ont restructuré la Communauté de travail des Eglises chrétiennes dans le Jura. Les onze représentants de ces Eglises tenaient séance lundi soir à Delémont. Ils vont saisir l'opportunité de la semaine de l'unité pour faire le point sur la vie oecuménique de la région. En lançant à l'adresse des Eglises et des communautés chrétiennes du Jura - Sud (Jura bernois) et Nord - une vaste enquête qui recensera toutes les activités partagées. Des groupements, des mouvements, des services paroissiaux communs existent...
A l'occasion de cette semaine de prière pour l'unité on a relevé dans la presse de nombreuses annonces du genre de celles-ci:
-culte oecuménique à l'Armée du Salut (La Brévine-Bevaix).
- eucharistie à la chapelle catholique de Cortaillod avec prédication par le pasteur Tripet.
- à l'église catholique de Saint-Blaise le pasteurPierre Amey prêche à la messe.
- l'abbé R. Castella prêche au temple protestant de Saint-Blaise.
- les communautés réformées, mennonite et catholique invitent à vivre un signe concret d'unité à l'église catholique de Tramelan.
- tous les chrétiens de Tavannes sont invités par les prêtres et pasteurs à se retrouver à l'église catholique pour une veillée de prière pour l'unité.
- les communautés catholiques et réformées, et l'Armée du Salut de Moutier se retrouvent pour la semaine de prière pour l'unité.
- à l'église catholique du Locle on célèbre la messe avec la prédication d'un pasteur et au temple a lieu un culte avec la prédication d'un prêtre.
Lors d'une exposition au centre commercial de Meyrin (Genève) les églises catholique et protestante, ainsi que l'assemblée des frères, ont fait en commun acte de présence. Dans «Semailles et Moissons» (Organe des Assemblées Evangéliques de
Suisse romande, février 92 ) il était question à ce sujet de l'unité des trois communautés, permettant de vivre cette collaboration et de transmettre au monde, dans nos actes et nos paroles, l'amour de Jésus-Christ.
En France on signale une évolution semblable. A Strasbourg, après la semaine de prière de l'Alliance Evangélique, les baptistes de la Fédération ont participé à une rencontre avec les luthériens et les catholiques dans le cadre de la semaine de l'Unité. A Tours, lors de la semaine universelle de prière de l'Alliance Evangélique,
les baptistes de la même Fédération ont participé à une soirée de prière avec l'Eglise réformée et l'Eglise de Pentecôte.
Le pasteur réformé est venu prêcher à l'Eglise baptiste, tandis que le pasteur baptiste faisait de même à l'Eglise réformée. Puis, lors de la semaine de l'Unité, les pasteurs réformé et baptiste, ainsi que le responsable catholique aux relations oecuméniques ont participé à un débat sur l'oecuménisme sur les ondes de la radio catholique. Le lendemain, toutes les Eglises de Tours ont participé à une célébration commune (voir Supplément à «Croire et Servir», mars 1992).
Il ne faudrait évidemment pas généraliser et laisser entendre que tous les évangéliques s'engagent dans la même voie.
On pourrait toutefois ajouter d'autres exemples de collaborations interecclésiastiques du même genre démontrant qu'il ne s'agit pas d'un épiphénomène ou de cas isolés, mais d'une évolution, sans doute irréversible, qui porte préjudice au témoignage évangélique. Car, lorsque s'opèrent de tels rapprochements, il n'est plus possible de proclamer librement toute la vérité biblique en appelant les chrétiens de nom à la repentance et à une foi conséquente, sans encourir le reproche de faire ce qu'en milieu oecuménique on appelle du prosélytisme. Le pasteur Jean Fischer, secrétaire général du Conseil des Eglises d'Europe (KEK), déclarait à ce propos: Ce problème continue de préoccuper et il atteint même les Eglises de la KEK entre elles. Le prosélytisme est un venin qui empoisonne les relations entre Eglises et empêche une pratique oecuménique de l'évangélisation (ECHO du 7-12-91). Tout dépend évidemment de ce qu'on entend par prosélytisme et par évangélisation. Si le simple fait de rendre témoignage de notre foi à un catholique ou à un protestant non converti - ou même d'expliquer par la Bible à un adepte d'une autre confession les raisons que nous avons d'être ce que nous sommes - est déjà considéré comme du prosélytisme, alors on met un frein à la véritable évangélisation de l'Europe dont la majorité de la population, nominalement rattachée à une confession ou à une autre, n'est pas vraiment chrétienne dans le sens biblique du terme.
Un nouveau langage
Ce qui facilite ces rapprochements entre catholiques, protestants et évangéliques, c'est en grande partie la cordialité affichée et le nouveau langage utilisé de part et d'autre. A l'occasion de la semaine de prière pour l'unité tel prêtre catholique a déclaré: Le Christ n'est pas le monopole des chrétiens. Il est à tous et il attend tous les hommes. Il n'est propriété d'aucune confession. Et d'ajouter un peu plus loin:
Le pain eucharistique, c'est nous... Il faut que Christ puisse dire de nous: «Ceci est mon corps, ceci est mon sang,,.1*Est-ce là une nouvelle conception du sacrifice de la messe? Certainement pas, mais ce sont des propos de nature à sensibiliser, voire séduire certains protestants.
Lors de la même célébration oecuménique le pasteur Daniel Fatzer fit écho à ces propos en disant: Nos églises nous séparent.!.. Nos tables de communion - divines liturgies, eucharisties, saintes cènes - nous séparent. Christ, chef de l'Eglise cherche à rassembler son peuple autour d'une table de communion, et pas autour d'une table de communion orthodoxe... catholique... réformée... évangélique, pentecôtiste, et j'en passe.'.. Si nouscroyons appartenir à Christ, nous sommes condamnés à sortir de nos murs ecclésiastiques...2*
Dans sa prédication en l'église catholique romaine le pasteur réformé Pierre Amey disait: L'Eglise est en mouvement (comme votre église-bâtiment de Saint-Blaise récemment déplacée)... et il comparait les travaux sur le chantier de l'autoroute, avec ses préparations cloisonnières, à l'Eglise dans l'oecuménisme, images de nos démarches vers un chemin commun avec une base solide, image de l'unité. Oui, on est en train de déplacer les églises pour les aligner, et si possible les faire fusionner à plus ou moins brève échéance, car disait encore ce même pasteur: Nous sommes tous membres de la même famille. M. Pierre Amey est aussi le principal responsable des «soirées de louange» qui se tiennent régulièrement au Temple du Bas à Neuchâtel avec la participation des réformés, de Jeunesse en Mission, de l'église libre de Neuchâtel et de l'église apostolique.
Un autre son de cloche
Mais au même moment le chanoine Bavaud écrivait dans l'hebdomadaire catholique «L'ECHO» sous: «Pour préserver l'oecuménisme»: Le 2e Concile du Vatican reste fidèle à l'enseignement du Concile de Trente et ne peut donc pas approuver les innovations des réformateurs sur le plan doctrinal. Mais qui donc a innové sur le plan doctrinal? N'est-ce pasjustement l'Eglise romaine qui a inventé et placé à côté des Ecritures des dogmes qui ne sont que des traditions humaines annulant la Parole de Dieu ? (Matthieu 15:6) (voir note3*)
Le Concile de Trente déclare entre autres: Si quelqu'un dit que la foi qui justifie n'est rien d'autre que la confiance en la miséricorde divine qui remet les péchés à cause du Christ, ou que cette confiance est la seule par laquelle nous soyons justifiés, qu'il soit anathème. (Session 6, Canon 12). Ainsi sont condamnés et anathématisés avec les réformateurs toutes les églises protestantes et évangéliques qui croient ce que dit l'Ecriture, plutôt que de souscrire aux nombreuses déviations décrétées par le Concile de Trente interdisant d'interpréter les Ecritures autrement que la «Sainte Mère l'Eglise». Georges Bavaud disait encore: L'Eglise catholique se sent liée par les décisions du magistère, c'est-à-dire du collège des évêques, avec à leur tête le pape, successeur de Pierre, prince des apôtres et vicaire de Jésus-Christ, selon ses prétentions. Le chanoine Georges Bavaud collabore avec le pasteur
Jean-Claude Dony de la Société Biblique Suisse au projet de la publication d'une concordance de la Traduction Oecuménique de la Bible JOB). Mais quelle politique poursuit donc l'Eglise romaine en s'associant aux protestants dans la diffusion de la Bible et d'une concordance, alors qu'elle ne se laisse pas reprendre et corriger par la Parole de Dieu et qu'elle condamne ceux qui en font leur seule autorité en matière de foi et de vie?
A «Table ouverte» (T.V. Suisse romande du 19-01-92) Mgr Mamie déclarait que c'était avec tristesse qu'il ne pouvait pas aller communier à la sainte cène protestante, parce que ce n'était pas la même célébration, la même cène, le même ministère. On le comprend, puisque pour lui la messe est la répétition du véritable sacrifice expiatoire de Jésus-Christ offert pour les vivants et les morts, alors que la Bible dit: Christ n'est pas entré dans un sanctuaire fait de main d'homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même. . . Et ce n 'est pas pour s'offrir plusieurs fois... Il a paru une seule fois pour effacer le péché par son sacrifice (Hébreux 9:24-26). On là où il y a pardon des péchés, il n 'y a plus d'offrande pour le péché (Hébreux 1 0: 1 8).
Soyons logiques
Si l'Eglise romaine est à ce point indéfectiblement attachée à ses dogmes et traditions non scripturaires, on peut se demander à quoi pourraient bien servir toutes ces rencontres, cultes en commun, veillées, prières oecuméniques, dialogues et embrassades, sinon à séduire ceux qui s'y prêtent! Quel genre d'oecuménisme envisage donc l'Eglise catholique romaine? Qu'entend-elle en réalité par nouvelle évangélisation, par coopération oecuménique, par être unis dans la foi... si elle ne veut et ne peut pas changer son enseignement, ses pratiques et ses structures non bibliques? Ne laisse-t-elle pas entendre par là que ce sont plutôt les autres qui devront changer en jurant à leur tour obéissance au pape, selon la profession de foi du Concile de Trente? Le vocabulaire employé est trompeur, car les termes évangélisation, foi, chrétien, église, unité, etc. nous sont communs, mais ne revêtent pas le même sens pour tous. Il faut se rendre à l'évidence: nous ne prêchons pas le même évangile! Le moins que l'on puisse dire, c'est que nous ne sommes quand même pas de la même famille que ceux qui se réclament encore du Concile de Trente!
Alors de deux choses l'une: ou l'Eglise romaine rejette et annule tout ce qui chez elle est contraire à la foi biblique, ce qu'elle ne saurait faire sans se renier elle-même, ou elle reconnaît une bonne fois qu'elle n'est pas du tout favorable à un sérieux rapprochement sur la seule base des Ecritures. En attendant, il faut savoir que tous les milieux chrétiens non catholiques sont encore anathématisés, même si cela n'est pas dit formellement dans les rencontres oecuméniques officielles. Le Concile de Trente est toujours en vigueur.
Un certain illogisme
Le plus troublant nous semble pourtant être le fait que certains évangéliques (comme constaté plus haut) , professant par ailleurs leur attachement aux Ecritures, se compromettent en participant à des manifestations de fausse unité. Ils parlent beaucoup d'amour, d'ouverture et de tolérance en occultant les causes véritables des profondes divergences. Ces évangéliques n'ont apparemment pas encore compris que tous ces chemins mènent à Rome, et qu'il vaut bien mieux ne pas s'y engager que de devoir faire un jour demi-tour. L'on risque d'ailleurs très vite d'atteindre le point de non-retour. La séduction est grande et i'aveuglement de maints leaders évangéliques face à cette situation nous paraît alarmant.
«Veillez donc et priez en tout temps, afin que Vous ayez la force d'échapper à toutes ces choses qui arriveront et de paraître debout devant le Fils de l'homme». (Luc 21:36)
Jean Hoffmann
1*Homélie prononcée par l'abbé Henri Schornoz, lors de la célébration oecuménique à l'occasion de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, transmise de la salle du château d'Echallens (Vaud, Suisse) le dimanche 19-02-92 (Emissions Protestantes - Radio Suisse romande, Genève ).
2*Prédication du pasteur Daniel Fatzer, comme sous (1).
3*Quelques innovations romaines, parmi d'autres:
- culte des saints (375 après Jésus-Christ)
- prière pour les morts (400)
- culte de la Vierge (450)
- suprématie de l'évêque de Rome sur tous ceux de l'Empire (455)
- culte à la croix, aux images et aux reliques (788)
- canonisation des saints (1000)
- l'évêque de Rome déclaré primat apostolique de l'Eglise universelle (1049)
- célibat des prêtres (1080)
- transsubstantiation (1215)
- confession auriculaire (1215)
- purgatoire (1439)
- immaculée conception de Marie (1854)
- infaillibilité du pape (1870)
- assomption de Marie (1950)
La Bonne Nouvelle 3/92