Toute nouvelle parution d'ouvrages, tant sur l'évolutionnisme que sur le créationnisme biblique, suscite des commentaires ou des prises de position dans les revues évangéliques qui en font la recension. Ce n'est pas un mal en soi, puisque les positions des uns et des autres se précisent ainsi, et que les lecteurs peuvent se prononcer en meilleure connaissance de cause. Nous avons exprimé notre pensée au sujet du livre de Jean Humbert «Création / Evolution - Faut-il trancher?» en faisant remarquer combien cette hypothèse évolutionniste-théiste se heurtait à l'enseignement biblique.1*
Dans «La Moisson est grande», (2/91) la revue de «La croisade du livre chrétien» (C.L.C.), on présente l'auteur de «Création / Evolution, Faut-il trancher?» comme attaché à la vérité scripturaire, et notamment aux premiers chapitres de la Genèse, alors que sa façon de traiter le texte biblique nous donne une autre impression. Mais pour «La Moisson est grande» ladite thèse concorde avec «l'interprétation théologique littéraire des textes de la Genèse, herméneutiquement largement suivie par Henri Blocher».
La C.L.C. ayant pour principe de présenter des livres qui expriment la diversité des positions, il n'y a pas de garantie que ceux qui figurent dans ses rayons soient foncièrement bibliques. C'est dommage, mais il faut en tenir compte. «Le Berger d'Israël» (mai-juillet 91) adopte aussi une position favorable à l'évolutionnisme théiste de J. Humbert, en traitant avec un peu de mépris les «intégristes religieux» et les «nombreux amis non qualifiés pour les débats théologiques, ou scientifiques» qui «se satisfont d'une lecture littérale des récits de la création» et dont «certains refusent d'accorder le moindre crédit à la science»! De tels propos ne peuvent que servir à discréditer les croyants qui, sans sous-estimer la science,
mettent avant tout leur confiance en ce que dit explicitement l'Ecriture, interprétée honnêtement par l'Ecriture. L'auteur de cette appréciation ignore peut-être que l'évolution est de nos jours scientifiquement contestée par bon nombre de savants chrétiens et non chrétiens de tous bords et continents. «Le Lien Fraternel» (juin-juillet 199 1) de l'Association Évangélique d'Eglises Baptistes de Langue Française» (A.E.E.B.L.F.) à laquelle se rattache l'auteur de «Création / Évolution - Faut-il trancher?» a malheureusement relancé le débat en consacrant six pages à une analyse plutôt favorable au livre en question, sans compter trois autres pages de post-scriptum de J. Humbert.
Cette évaluation du directeur de publication de l'organe officiel de l'A.E.E.B.L.F. a le mérite de clarifier quelque peu une situation qui demeura longtemps confuse. En effet, pendant une quinzaine d'années, des responsables de cette Association ont tergiversé en essayant de dissimuler ou d'étouffer le problème latent, accusant ceux qui souhaitaient des éclaircissements de causer du trouble, alors que moralement ce sont plutôt ceux qui ont introduit cette hypothèse évolutionniste dans ce milieu, et ceux qui ont laissé faire, qui auraient mérité un blâme!
Plusieurs de ces frères, pourtant créationnistes, avaient considéré ces questions comme secondaires, parce qu'ils n'en avaient pas mesuré la portée et compris les incidences sur la foi à l'ensemble de larévélation biblique.2*Aussi ont-ils pensé qu'il y avait des choses plus urgentes à faire que de défendre sur ce point la sainte doctrine.
Avec le temps,ce comportement démobilisant a permis à cet évolutionnisme de se faire admettre comme une option ou une alternative bibliquement acceptable au nom de la tolérance, de l'amour fraternel, du support mutuel ou d'une «herméneutique renouvelée». Si le soussigné se permet de relever ces faits, c'est qu'il a vécu cette crise de l'intérieur avec ses déplorables conséquences et qu'il pense que son expérience pourrait être un encouragement pour d'autres à combattre «le bon combat de la foi» (1 Timothée 6:12).
La prise de position du directeur de publication du «Lien Fraternel» a donc permis aux lecteurs attentifs de réaliser à quel point cette hypothèse s'était déjà infiltrée dans ce milieu. C'est pourquoi il est devenu aujourd'hui possible d'émettre dans l'organe de ces églises un avis favorable sur ledit livre, sans trop risquer de se faire désavouer.
Il est vrai que le directeur du «Lien Fraternel» cite souvent les propos de J. Humbert sans forcément les faire tous siens, mais il parle en termes si élogieux des compétences de cet auteur, de sa large connaissance scientifique, de sa probité intellectuelle, le caractérisant comme le «défenseur d'une double loyauté: à la communauté scientifique et à la Bible», que son propre penchant en faveur de la thèse en question paraît évident. Il dit encore: «Au plan biblique, J. Humbert s'appuie beaucoup sur la précieuse étude d'Henri Blocher»3*qui partage à peu près la même position, ce qui ne fait que confirmer notre analyse.
Malgré quelques regrets exprimés à l'égard de certaines déclarations de J. Humbert (par ex. au sujet de la paraphrase de Genèse 2:7, p. 207), le directeur du «Lien Fraternel» est manifestement séduit par l'argumentation de celui qui apparaît en ce domaine comme son maître à penser. Dans sa conclusion, il déclare même: «Il y a de la place, dans cette approche pour un cheminement commun entre croyants et non-croyants», comme s'il était possible à un non-croyant d'admettre l'intervention miraculeuse du Dieu Tout-Puissant dans la création de l'univers en général, et de l'homme en particulier.
Nous espérons que les frères et soeurs attachés à la Parole de Dieu comprendront qu'il est du devoir de chaque enfant de Dieu de combattre pour la foi qui leur fut transmise une fois pour toutes (Jude 3), en étant toujours prêts à se défendre (textuellement: prêts à l'»apologie») avec douceur et respect devant ceux qui leur demandent de justifier leur foi (1 Pierre 3:15). Nous espérons aussi que ceux qui se sont exprimés en faveur de cette thèse, supporteront que pour des raisons bibliques nous ne soyons pas de leur avis, sans que cela ne débouche sur une vaine polémique que nous récusons d'avance.
Jean Hoffmann
1*#Voir «La Bonne Nouvelle» 1/91 sous «Création/Évolution» pp. 109-1 12
2*#Voir «La Bonne Nouvelle» 2/87 sous:
«Une question importante ou secondaire?» pp. 23-25
3*#«Révélations des origines» Henri Blocher Presses bibliques universitaires.
Post-scriptum
Le texte ci-dessus était déjà rédigé lorsque paraissait dans «Le Lien Fraternel (10/91) un communiqué précisant que la position et les idées exposées par le rédacteur du L.F. n'étaient pas un enseignement du type doctrinal, mais des hypothèses ou des tentatives de synthèse. Ce communiqué est signé par le «comité de rédaction» qui ne se démarque pas pour autant de l'évolutionnisme théiste, ce qui confirme malheureusement nos réflexions faites au sujet de l'inopportune introduction de cette option dans ce milieu.
Pour rassurer les lecteurs troublés à juste titre par cette constatation, le communiqué fait référence à la confession de foi de cette Association d'églises. Cette confession de foi spécifie bien que la Bible constitue la seule et infaillible règle de foi et de vie chrétienne et la seule pierre de touche pour éprouver toute doctrine... , et que le Saint-Esprit en a lui-même assuré l'enseignement parfait et l'entière vérité historique. . . Mais dans la pratique on peut apparemment se permettre de faire dire à la Bible le contraire de ce qu'elle dit, en laparaphrasant(*)au point de laisser supposer qu'il y a eu «hominisation évolutive d'une bête», plutôt que création directe de l'homme à partir de la poussière de la terre!
Le comité de rédaction du «Lien Fraternel» cherche maintenant manifestement à justifier l'exposé en cause en essayant de le faire passer pour une information honnête à verser au dossier de la réflexion. Mais est-ce bien informer honnêtement en présentant sur 6 pages (et même sur 9) cette thèse non biblique, tout en la cautionnant, sans avoir jamais mentionné l'un ou l'autre des nombreux ouvrages publiés ces dernières années traitant du créationnisme biblique? Ne valait-il pas mieux laisser passer également sous silence et ce livre et ces hypothèses?
Mais le mal est fait. N'est-il pas stupéfiant de constater que des responsables d'églises évangéliques prétendant accepter la Bible comme la seule pierre de touche pour éprouver toute doctrine... se prononcent en faveur de l'évolutionnisme théiste, ou admettent comme une option possible une hypothèse qui suppose que nos ancêtres furent des singes ou des hominidés dont Dieu aurait fait des hommes?
Il est d'autre part triste de constater que cela semble laisser à peu près indifférents la plupart des membres des églises dont ces responsables ont la charge, ce qui ne peut que favoriser la propagation de cette hérésie en milieu évangélique.
J.H.
*#Voir dans «,La Bonne Nouvelle» 1/91 sous «Création/Evolution» p 1.10,,sous le sous-titre: «Ne pas tordre le sens des Ecritures». Un autre exemple de paraphrase du même genre sur un sujet tout différent se trouve dans «La Bonne Nouvelle» 6/91 sous le titre «Parlons clair - L'art de faire dire à la Bible le contraire de ce qu'elle dit» pp. 167-168.
La Bonne Nouvelle 1/92