Des faits significatifs
Il est de plus en plus question de dialogues interreligieux, c'est-à-dire de rencontres entre représentants du catholicisme, du protestantisme, de l'anglicanisme, de l'orthodoxie, voire de milieux évangéliques, avec ceux des communautés juives, musulmanes, bouddhistes, hindouistes, shintoïstes, confucianistes, etc... Cela ne date pas d'aujourd'hui, puisque, dès 1893, il y eut un Parlement des religions. Mais ce fut surtout pendant ces trois dernières décennies que le mouvement prit de l'ampleur. En 1968 le pasteur Henry Babel fonda à Genève le «Comité consultatif des religions» pour promouvoir le dialogue entre le christianisme, le judaïsme, l'islam et l'hindouisme. Le jubilé de cet événement fut célébré en février 1998 en la cathédrale protestante Saint-Pierre à Genève sur le thème « Les religions dans un monde globalisé>,. La plupart des grandes religions du monde y ont été représentées. Puis, en 1970, on créa la « Conférence mondiale des religions pour la paix». Le Conseil oecuménique des Églises (COE) emboîta le pas. La Conférence Oecuménique de Bangkok (1973) fut ouverte par le président de la Société bouddhiste mondiale et déjà l'on y aborda la question d'une communauté mondiale dirigée par un gouvernement unique.
C'est la 6e Assemblée du C.O.E., à Vancouver en 1983, qui lança le thème: « Paix, Justice et Sauvegarde de la nature,». Sur une telle base, purement terrestre sans aucune implication doctrinale, on pouvait aisément obtenir l'assentiment de tous les participants. Des dirigeants du Judaïsme, de l'Hindouisme, du Bouddhisme et de l'Islam y furent pour la première fois invités comme orateurs. La Conférence des Églises européennes à Bâle, en 1989, reprit ce même thème et évita ainsi tout affrontement doctrinal. Citons encore la « Journée de prière universelle interreligieuse » d'Assise (1986), lancée par le pape, à laquelle musulmans, shintoïstes, bouddhistes, bahaïs, juifs, catholiques, réformés, luthériens, anglicans, baptistes... participèrent. Il y eut aussi la « Rencontre interreligieuse des trois grandes religions monothéistes » à Jérusalem, en 1996, à laquelle participa le pasteur Jacques Stewart, alors président de la Fédération Protestante de France. Signalons encore la « Plate-forme interreligieuse » à Genève, le «Comité interreligieux de Lausanne », sans parler du vaste mouvement du « Nouvel Age », cet amalgame de bouddhisme (réincarnation), d'ésotérisme', d'écologie, de spiritisme, d'astrologie... qui apparaît aussi comme un rassembleur universel. Ce sont autant de signes d'une volonté de rapprochement planétaire des religions et des idéologies. Et tout cela va de pair avec les visées du « Club de Rome », ou les objectifs du « Nouvel Ordre Mondial » et de l'ONU en vue de former une « Nouvelle Humanité » ou une « Fraternité universelles, depuis longtemps souhaitée par certains protestants libéraux préconisant la réalisation d'« une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu ». Et n'oublions pas que la Rome papale, qui se prend pour l'autorité spirituelle et terrestre suprême, aimerait amener tout ce monde dans son giron.
Remarquons que cette tendance à promouvoir des méga-fusions se manifeste de plus en plus dans tous les domaines de l'activité humaine. Les grandes entreprises, les groupes industriels, commerciaux et financiers, l'industrie pharmaceutique, les transports aériens, les télécommunications... fondent des consortiums, des sociétés multinationales et des lobbys, c'est-à-dire des groupes de pression cherchant à opérer au niveau mondial. Nous vivons à l'ère de la mondialisation à tous les niveaux, de la civilisation globale ou de l'édification d'une nouvelle « tour de Babel ». Au niveau religieux on parle d'une «globalisation spirituelle ».
Et voici que des protestants très « ouverts » et très «tolérant» déclarent: « Les religions non-chrétiennes constituent de véritables voies de salut et de transformation créatrice pour ceux et celles qui y adhèrent »,... « Dans le processus de mondialisation en cours, toutes les religions, y compris le christianisme, sont en train de se modifier, de se transformer et de s'enrichir les unes par les autres, sans que nous sachions où tout cela nous conduirait ». Mais la Parole de Dieu montre où pourraient conduire ces modifications, ces transformations créatrices et cet enrichissement mutuel: en langage biblique, au sens figuré, vers « Babylone, la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre » (Apoc. 17:5).
Le dialogue
Pour faire avancer cette cause au niveau des religions on s'est mis à dialoguer. Par définition le dialogue est une discussion visant à trouver un terrain d'entente entre différents partis. Mais lorsque, à l'évidence, il n'existe pas d'éléments qui permettent sincèrement d'entrevoir la possibilité d'un accord basé sur la Parole de Dieu, et que chacun campe sur sa position, la discussion devient un dialogue de sourds. À moins que l'on évite systématiquement d'aborder les questions litigieuses fondamentales pour se limiter à des discours écologiques, économiques, sociaux ou humanitaires que la plupart approuvent.
Mais que dit l'Écriture?
Ordonne-t-elle ou approuve-t-elle la recherche d'unité entre ceux qui ont à coeur de servir le seul vrai Dieu par l'obéissance à ses commandements, et ceux qui sont soumis à des traditions, des inventions et des superstitions humaines, au point de s'adonner à un culte idolâtre?
Dans l'Ancien Testament
Toujours à nouveau Dieu a mis en garde son peuple contre les dieux étrangers en lui ordonnant de les ôter (Josué 24:23), et non de chercher un terrain d'entente avec ceux qui les servaient. Lorsque les habitants du pays firent à Zorobabel, de retour de la captivité, la proposition de reconstruire ensemble le Temple de Jérusalem, sous prétexte qu'ils invoquaient le même Dieu, Zorobabel leur répondit: « Ce n'est pas à vous et à nous de bâtir la Maison de notre Dieu, nous la bâtirons nous seuls» (Es. 4:2-3). En d'autres termes: nous ne servons pas le même Dieu et nous ne pouvons donc pas oeuvrer ensemble au rétablissement du culte divin. Lorsque Sanballat, Tobija et Guéchem, l'Arabe, envoyèrent dire à Néhémie: « Viens, ayons ensemble une entrevue... » Néhémie répondit: « J'ai un grand ouvrage à exécuter, et je ne puis descendre » (Néh. 6:2-3), Néhémie refusa l'entrevue, ou le dialogue, parce qu'il n'y avait rien de commun entre son Dieu et les divinités païennes.
Dans le Nouveau Testament
il n'y a pas eu de dialogue interreligieux de Christ, des apôtres ou des premiers chrétiens avec les docteurs de la Loi, les sacrificateurs, les Pharisiens, et les Sadducéens, ni avec les Samaritains, et encore moins avec les adeptes des religions invoquant les divinités et déesses romaines ou grecques de l'époque, en vue de rapprochements et d'alliances.
L'apôtre Paul écrivait aux chrétiens de Corinthe: « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger... Qu'y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres?... Quelle part a le fidèle avec l'infidèle? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles? » (2 Cor. 6:14-16) Non pas que l'apôtre méprisait les non-chrétiens ou les incroyants, mais il ne pouvait y avoir d'union, d'association ou de collaboration avec ceux qui demeuraient étrangers à la foi chrétienne. Il fallait d'abord leur apporter l'Évangile, leur prêcher la repentance et la foi en Jésus-Christ.
Jésus a dit: « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 1 4: 6) et l'apôtre Pierre précise aussi qu' « il n'y a de salut en aucun autre; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4:12).
En arrivant à Athènes, Paul fut irrité à la vue de cette métropole pleine d'idoles, et il saisit l'occasion qui s'offrait à lui pour s'adresser à la foule au milieu de l'aréopage en ces termes: ... je vous trouve à tous égards extrêmement religieux... j'ai même découvert un autel avec cette inscription « À un dieu inconnu »! Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce... Dieu, sans tenir compte des temps d'ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu'ils aient à se repentir, parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts...» (Actes 17:22-31). « À ces derniers mots il fut interrompu, les uns se moquant de lui » les autres disant: « Nous t'entendrons là-dessus une autre fois ». Il n'y a pas eu de dialogue dans le sens d'une juxtaposition, sur pied d'égalité, de la religion des Athéniens et de la foi chrétienne.
L'apôtre Jean disait que celui qui ne demeurait pas dans la doctrine de Christ n'avait point Dieu, et: ,Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas » (2 Jean 9-10). Il n'y a pas là d'invitation au dialogue, au partage, ni même à la confrontation, mais plutôt le refus formel de rechercher une quelconque entente avec quiconque rejette la doctrine de Christ.
Notre mission
Jésus a toutefois accepté l'entretien particulier avec la Samaritaine, avec une femme grecque, une femme cananéenne, une femme pécheresse, des Pharisiens, un centenier romain... toujours pour témoigner, jamais pour laisser entendre qu'il y avait plusieurs chemins qui menaient au Salut. Nous devons être à tout moment prêts « à nous défendre avec douceur et respect, devant quiconque nous demande raison de l'espérance qui est en nous » (1 Pierre 3: 15). Accusé par ses compatriotes juifs d'être le chef de file de la secte des Nazaréens, et traduit devant les gouverneurs romains, l'apôtre Paul a rendu témoignage de sa foi, mais il n'a pas cherché à dialoguer et à s'accommoder avec les autorités religieuses juives afin de ne plus être considéré comme sectaire. Il nous faut, certes, savoir écouter nos interlocuteurs, prendre au sérieux leur point de vue, mais ensuite ne pas hésiter à leur faire connaître ce que dit l'Écriture. Nous ne pouvons pas imposer notre foi aux autres, mais nous ne devons pas non plus donner l'impression que toutes les religions se valent, ou que « toutes sont bonnes, pourvu qu'on les pratique» ; ou encore que toutes présentent une facette de la vérité et qu'un compromis est possible, si chacun s'ouvre un peu à l'autre dans un élan de tolérance et d'amour. Nous devons rester fermes sur l'unicité de Jésus-Christ et l'exclusivité de l'Évangile. Notre premier but ne doit pas être de gagner quelqu'un à notre Eglise ou dénomination, mais d'essayer de le faire entrer, par la repentance et la foi, dans une relation personnelle et vivante avec Christ. Jésus a chargé les apôtres de la mission de prêcher l'Évangile à toutes les nations, de faire des disciples, de les baptiser et de leur enseigner à observer tout ce qu'il avait prescrit (Mat. 28:19-20). Il ne leur a pas ordonné d'aller dialoguer et prier avec les responsables de toutes les religions du monde à la recherche d'une reconnaissance et d'un enrichissement mutuels, voire d'un accord général. Il ne s'agit pas de créer une sorte de Panthéon où Christ figurerait à côté des faux dieux de l'univers, alors que l'Écriture déclare que ,tous les dieux des peuples sont des idoles» (1 Chron. 16:26). Nous ne devons pas renoncer à évangéliser ceux qui sont sans Christ et sans espérance, même s'ils portent une étiquette chrétienne et si une telle évangélisation est aujourd'hui taxée de prosélytisme. Sinon ce serait tout simplement la fin de l'évangélisation authentique dans nos pays soi-disant christianisés.
Réactions
On comprend que ceux qui ont été élevés dans des systèmes religieux étrangers à la Bible éprouvent de la peine à accepter ce qui' leur apparaît comme un exclusivisme et un absolutisme rendant impossibles les rapprochements envisagés par beaucoup. En déclarant que Jésus est le seul chemin qui mène au Salut, nous donnons l'impression d'être singulièrement sectaires, de manquer d'ouverture, de tolérance, de charité et d'humilité. Nous ne proclamons pourtant pas autre chose que ce qu'ont enseigné Jésus et les apôtres et que nous trouvons consigné dans la Bible. Tout message qui ne s'accorde pas avec ce que dit l'Écriture est un faux évangile, aussi humaniste, philanthropique, généreux et indulgent qu'il soit par ailleurs.
Conclusion
Le dialogue interreligieux génère la confusion. On dit: « Enrichissons-nous de nos différences ». Mais cet « enrichissement mutuel », se fait au détriment de la vérité révélée. On place sur un pied d'égalité les diverses dénominations et religions qui se prêtent au dialogue sans reconnaître à l'Écriture son autorité unique et déterminante. Ce que d'aucuns appellent le « discours unique », (Jésus seul sauve) n'est pas recevable par les religions non-chrétiennes, et pas même par certains théologiens libéraux « chrétiens ». Mais renoncer à ce message unique, c'est renoncer à l'évangélisation ' c'est tromper tous ceux qui croient pouvoir être sauvés par des pratiques, rites et sacrifices imposés par leurs religions. Voilà pourquoi il est inconcevable que des chrétiens, respectant la Parole de Dieu, puissent s'engager dans des voies aussi compromettantes d'où ils risqueraient bien de ne plus pouvoir se retirer. Il est en effet préférable de ne pas participer à des dialogues où il est question de reconnaissance réciproque et d'enrichissement mutuel quand on sait où cela doit finalement conduire.
Une coalition mondiale de toutes les religions nous semble préparer le terrain à l'avènement de l'antichrist, plutôt que servir la cause de l'unité des véritables enfants de Dieu. Nous savons, heureusement, que l'Éternel domine sur toutes choses (Ps. 103: 1 9) et que son dessein s'accomplira (Prov. 19:21), malgré tous les égarements et toutes les oppositions du temps présent.
Jean Hoffmann
1 Doctrine réservée à des initiés, de caractère obscur et occulte.
2 Jean-Paul Gabus, ancien professeur à la faculté de théologie protestante de Bruxelles dans « En compagnie de beaucoup d'autres » Guide théologique du Protestantisme contemporain. (p. 322) Éditeurs: « Les Bergers et les Mages», Paris 1997.
Dialogue interreligieux (Citations)
J.D. Davies dit:
« Le dialogue implique une ouverture totale » et il poursuit:
« Mener un dialogue de cette manière n'est pas seulement difficile, mais dangereux. Une ouverture totale signifie que chaque fois que nous acceptons de dialoguer notre foi est en jeu. Si je recherche le dialogue avec un bouddhiste et que je le fais avec cette ouverture, je dois savoir que le résultat ne saurait être d'avance établi, ni pour lui, ni pour moi. Peut-être que le bouddhiste acceptera Jésus comme Seigneur. Mais il se pourrait aussi que ce soit moi qui acceptera l'autorité de Bouddha. Peut-être aussi que nous finirons tous deux par devenir agnostiques. Si de telles réelles possibilités ne sont pas envisageables aucun de nous n'est vraiment ouvert à l'autre... Vivre le dialogue, c'est vivre dangereusement...»
J. D. Davies
« Dialogue with the World » (p.55)
On ne doit pas discuter ou débattre sur Dieu... selon ce que nous croyons sur Dieu, nous ne pouvons à aucune condition accepter qu'Il devienne un objet de discussion ou d'examen... comme s'il ne s'agissait que d'une thèse philosophiques,.
Dr Loyd-Jones
Preaching and Preachers,, (p. 46,47)
La Bonne Nouvelle 5 / 98
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