Consensus sur la justification par la foi ?

 

Le Vatican et la Fédération Luthérienne Mondiale projettent de signer un consensus sur la justification par la foi. Ils pensent que les temps ont changé, que les données ne sont plus les mêmes que du temps de Martin Luther et que le moment est venu de réparer la déchirure survenue au XVle siècle. La question de la justification par la foi fut une des principales causes déclenchant la Réforme. Les Réformateurs avaient alors remis en honneur la doctrine biblique du Salut parla foi seule, tandis que Rome taisait intervenir la sacramentalité de l'Église, la valeur des bonnes oeuvres, des mortifications et les mérites surérogatoires1des « saints» en faveur du Salut des vivants et des morts. Les autorités catholique et luthérienne cherchent maintenant à atténuer - ou à taire disparaître - cette opposition qui perdure depuis bientôt 5 siècles. Ils ont donc élaboré une déclaration commune à soumettre aux parties concernées en vue de rapprochements dans la perspective d'une unité retrouvée. A. Birmelé écrit : «Cette question a, au XVle siècle, séparé ces Eglises. Elle a, aujourd'hui, perdu son caractère séparateur».2C'est là le point de vue de protestants qui ne protestent plus, parce qu'ils ont mis en oubli cette cause profonde de la Réforme protestante, cause qui subsiste encore, preuve en sont les documents catholiques les plus récents.

Si l'Église romaine déclare que « personne jamais ne se trouve justifié sans la foi »3, elle affirme par ailleurs que «c'est par l'Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême»4, comme si un rite ou sacrement administré à un nourrisson pouvait produire la foi qui sauve. Elle enseigne d'autre part l'existence du «trésor de l'Église», où, aux mérites de Christ, s'ajoutent les « bonnes oeuvres» de Marie et de tous les saints. Il est dit que «travaillant à leur propre salut, ils ont coopéré également au salut de leurs frères. »5C'est ainsi que « la sainteté de l'un profite aux autres. »6 Or, ce sont justement ces erreurs que les réformateurs ont combattues.

Face à de telles déclarations officielles, claires et précises, dénuées de tout fondement biblique, tout consensus entre catholiques et protestants sur la justification parla foi paraît logiquement exclu. On est néanmoins parvenu à produire un texte qui semble satisfaire ses auteurs des deux bords et qui a été envoyé aux 122 Eglises de la Fédération Luthérienne Mondiale qui compte 57 millions de membres.

Mais voici que 157 professeurs de théologie luthériens ont signé une lettre de protestation adressée à toutes les instances ecclésiastiques luthériennes les exhortant à refuser cette «déclaration commune» catholico-luthérienne. Se feront-ils entendre? Affaire à suivre.

J.H.

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1 Surérogatoire =qui est fait en plus de ce qu'on devait taire. Rome a imaginé que ses «saints» ont produit plus d'oeuvres méritoires que nécessaires pour leur propre salut, et que ce« plus» pouvait être vendu (vente des indulgences) à ceux qui n'en avaient pas tait assez pour parvenir au salut.

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2 « Le salut en Jésus-Christ dans les dialogues oecuméniques» (Cerf/Labor et Fides, Paris, Genève, 1986).

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3 «Catéchisme de l'Église catholique» Mame/Plon, 1992, § 161, p. 46). Document de base universel actualisé.

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4 idem, § 168, p.48.

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5 idem, § 1477, p.317.

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6 idem, § 1475, p.317.

 

«C'EST PAR LA GRACE, EN EFFET, QUE VOUS ETES SAUVÉS,

PAR LE MOYEN DE LA FOI. ET CELA NE VIENT PAS DE VOUS,

C'EST LE DON DE DIEU. CE N'EST POINT PAR LES OEUVRES,

AFIN QUE PERSONNE NE SE GLORIFIE.»

Ephésiens 2: 8-9

La Bonne Nouvelle 4/98

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