Rameaux sous ses
pas
A mes anciens paroissiens de Berne et
d'ailleurs,
à mes actuels paroissiens de
Lausanne,
en toute affection, je dédie ce
livre.
F. B.
AVANT-PROPOS
Les études que nous réunissons ici
en volume ne sont point - le lecteur s'en sera vite
convaincu - des dissertations théologiques,
moins encore des compositions littéraires.
Ce sont autant de messages adressés, en son
temps, à des auditoires, plus
particulièrement à des auditoires de
jeunes. Cinq de nos travaux sur sept étaient
destinés à des sociétés
chrétiennes de jeunesse. Tous sont
inédits, sauf un, le second, qui a paru avec
d'autres, en une brochure aujourd'hui
épuisée.
Nous avons conservé à
notre style, au moment d'imprimer, le ton du
témoignage et l'allure directe de
l'interpellation personnelle.
Faut-il nous excuser d'avoir
donné deux études sur saint Paul,
études qui contiennent, forcément,
bien des traits communs? On nous pardonnera, sans
doute, à cause de l'importance capitale de
l'expérience paulinienne et aussi à
cause de notre prédilection pour
l'apôtre des Gentils.
Quant à l'ensemble du livre, il
ne s'organise point en un exposé
systématique. Pourtant les sujets
traités se coordonnent bien et constituent
les jalons d'une pensée
théologique
cohérente. Au centre de tout et dominant
tout, se silhouette la personne du Christ de Dieu,
le Christ qui rachète, qui fait vivre et qui
revient.
L'ambition de notre coeur sera
comblée si les rameaux, jetés, d'un
coeur reconnaissant et fervent, sur la route ou le
Fils de David marche à son triomphe,
engagent quelques âmes à regarder vers
Jésus-Christ.
Lausanne, janvier 1934.
L'AUTEUR.
DIEU DANS TA VIE
(1)
Supposons le terrain
déblayé.
Dieu est un Dieu objectif, vivant et personnel,
ou il n'est pas. La vie religieuse n'a de sens que
si ce Dieu parle et agit. Or vous pressentez, que
dis-je, vous savez que Dieu est. Vous voulez donc
en venir au fait et au prendre. Après avoir
abordé un problème - le
problème de Dieu - sous ses angles divers,
vous voulez mettre en oeuvre; passer du terrain des
spéculations au terrain des
réalités; du monde des descriptions
au monde des décisions.
Vous demandez au Dieu de Jésus un
solennel tête à tête.
Vous avez raison, car la
piété vraie est rapport de personne
à personne.
Plaise à l'Esprit d'accorder ce
royal privilège aux coeurs en quête de
certitudes inébranlables !
Pour nous, humble porte-voix de la Parole, notre
rôle sera, fort des
expériences faites par beaucoup et des
évidences surgies devant notre conscience,
de vous montrer Dieu agissant dans votre vie. Si
nous doutions qu'il n'y fût, dès
longtemps, à l'oeuvre, nous nous tairions ou
bien nous bornerions notre exposé à
quelques anodines considérations.
Peut-être ne vous retrouverez-vous
pas tous dans tous les événements
moraux et spirituels que nous évoquerons. Il
n'importe. Ce qui est certain - et cela suffit -
c'est que vous vous retrouverez dans l'un ou
l'autre d'entre eux.
Inutile de vous dire que le thème
abordé ici est illimité. Nous nous
proposons donc de découper, dans
l'immensité du sujet, quelques
vérités primordiales, quelques-unes
de celles qui appartiennent toujours à
l'action de Dieu. Ces vérités se
rapportent toutes à l'histoire du
début de nos relations avec Dieu.
Voici le plan que nous suivrons. Nous
affirmerons successivement ces trois faits : Dieu
appelle, Dieu trouble, Dieu comble.
Dieu appelle.
Indépendamment de la marche prudemment
critique et vérificatrice de la raison, en
dehors des houles du sentiment, Dieu, le Dieu
vivant, parle à l'âme humaine. il vous
a parlé, il vous parlera.
Cette parole, qui est un appel, vous
crée une obligation immédiate. et
imprescriptible. Parce que Dieu a
parlé, parce qu'il a pris
soin que vous sachiez parfaitement que cette voix
est sa voix, cette pensée sa pensée,
vous êtes responsables de la réaction
que vous offrez à l'appel. Rien, aucune
obligation préalable, connexe ou
ultérieure, ne change quoi que ce soit
à cet état de fait.
Quand votre mère vous a dit,
à vous petit enfant : « Je te
chéris », quand elle vous a dit :
« Obéis », rien n'eût pu
justifier une longue étude qui
précédât et votre
émotion filiale et votre obéissance.
Enfant de votre mère, vous avez vibré
en l'entendant vous dire sa tendresse; vous avez
accompli sa volonté
De même, exactement de même,
quand Dieu parle, Dieu se révèle et
votre conscience le salue. Bon gré mal
gré vous voilà responsable et
obligé pour
l'éternité.
Cela est aussi simple que grave
Et si, parmi vous, il est quelqu'un qui,
en toute loyauté, sans faux-fuyant ni
faux-semblant, puisse s'écrier : « Je
ne sais ce que vous voulez dire, cette voix de Dieu
je ne l'ai jamais entendue ! » en
vérité, nous lui répondrions -
« Mon frère, tu es quitte devant Dieu!
»... Mais, prends garde!
Prends garde, parce que, si Dieu parle
en général de telle manière
qu'il soit reconnu, il y a pourtant comme un
langage momentanément anonyme de Dieu et qui
veut être pris au grand sérieux. Nous
pensons à la loi morale dont tu portes en
toi le témoignage. Elle aussi, elle
déjà, exige de toi une
obéissance entière - dusses-tu, par
impossible, ignorer l'existence d'un
législateur derrière la loi ou ne
point savoir son nom. Cette loi est telle qu'elle
prend des allures d'autorité
incontestable et que,
violée, elle se dresse comme une
accusatrice. Ce n'est pas impunément qu'on
la transgresse, quels que soient le sens ou la
portée que, philosophiquement, on croie
devoir lui donner.
Prends garde, parce que ce besoin
irrésistible de chercher Dieu est
déjà le signe de la vivante action de
Dieu.
Prends garde, enfin, parce
qu'aujourd'hui, peut-être, Dieu te parlera et
que demain ta déclaration d'aujourd'hui ne
sera plus vraie.
Mais, cette réserve dûment
faite pour l'un ou l'autre d'entre vous, nous
maintenons notre affirmation et nous vous prenons
à témoins de sa
vérité.
L'appel de Dieu a retenti à
propos d'une grande joie. Son appel a retenti dans
une grande détresse où le secours
t'est venu. Son appel a retenti lors d'une
affliction. Son appel a retenti sans que tu saches
pourquoi ni comment : c'est une bouche humaine qui
l'a transmis. Celui qui parlait et commentait les
Écritures ne connaissait rien de toi ni de
tes circonstances, pourtant il a dit des choses si
incroyablement justes que tu t'es senti
percé à jour, transparent comme du
cristal...
Dieu était là et te
visait. Tu l'as compris malgré toi.
Permettez que nous illustrions
d'exemples vécus ce que nous venons de
dire.
Un jeune garçon de notre
connaissance a eu (cela se passait il y a bien des
années) une tragique aventure. Un soir,
entre 10 et 11 heures, ayant eu quelque inoffensif
cauchemar, le pauvre enfant, au lieu de rentrer
dans son lit, passa par la fenêtre de sa
chambre à coucher et tomba
du premier étage sur une terrasse
cimentée. Quand ses parents le
découvrirent, baigné dans son sang,
savez-vous ce qu'il leur dit spontanément?
Étrange et émouvant mystère!
Il prononça ces paroles : « Je sens
qu'il faut que je me donne à Dieu. »
L'appel était caché dans ce
dramatique accident.
Nous avons fait allusion à des
délivrances accordées en
réponse à d'ardentes prières.
N'en avez-vous pas connues ?
Pour nous, nous nous souvenons d'un
épisode qui ne s'effacera plus de notre
mémoire. Adolescent, nous nous trouvions, un
jour, avec un frère cadet,
égaré dans les Alpes. Ce fut une
heure terrible. Et nous priâmes,
déclarant solennellement à Dieu que,
s'il nous sauvait de ce grand danger, notre vie lui
serait consacrée sans par vous que cette
délivrance ne comportât pas un appel
direct? Pensez-vous que la promesse faite, une fois
les grandes vagues de l'émotion
apaisées, dût cesser de lier la
volonté? Non certes! Pas question
d'invoquer, pour se délier, les
exagérations d'une imagination
inquiète. Pas question d'expliquer que, une
fois la situation envisagée à froid,
elle est apparue moins périlleuse et que,
par conséquent, les serments
prêtés ont perdu leur caractère
sacré. Non! non! On ne se moque pas de Dieu.
Autant vaudrait dire que le oui prononcé par
l'époux amoureux, au matin de ses noces, n'a
plus de sens quand un peu de désaffection
menace le foyer, dix ans après. Le Dieu qui
parle net et à qui l'on donne une
réponse nette ne délie point.
Nous avons évoqué des
appels qui, venus d'un inconnu, nous ont
transpercé le coeur, tant ils semblaient
inspirés par le détail de nos
circonstances personnelles.
Écoutez un fragment de lettre. Un
prédicateur avait prêché sur ce
texte d'Ézéchiel : « Et l'on
dira : cette terre dévastée est
devenue comme un jardin d'Éden
(Ez., XXXVI, 35.) ». Voici en
quels termes une auditrice écrivit au
pasteur : « Cette terre dévastée
c'est moi et tout ce que renferme ce chapitre 36
d'Ézéchiel que vous avez lu, ainsi
que les détails navrants qui s'y rapportent
dans le livre des Chroniques, c'est l'histoire
exacte de ma vie. »
Inutile de dire que jamais l'idée
ne serait venue au prédicateur d'appliquer
ce qu'il disait à la personne ainsi
bouleversée.
C'est Dieu qui avait
parlé.
Et maintenant réveillez vos
souvenirs! À chacun nous voudrions dire :
« Te rappelles-tu? » Et nous ajoutons :
« Quelle suite as-tu donnée,
ô homme, à l'appel entendu? »
Là est la grande question.
Ce qui est rare, en effet, ce n'est
point que Dieu parle, c'est que l'homme veuille
bien tirer de ce message direct toutes les
conséquences qu'il comporte.
Oh! la navrante histoire que l'on
pourrait écrire sur les défections
qui ont suivi les libres consécrations, sur
les recherches, aux apparences loyales et tenaces,
qui ont suivi la trouvaille négligée!
Malheur à l'homme qui englobe dans une
espèce de doute philosophique à la
Descartes jusqu'aux révélations de
Dieu! C'est unefélonie et
il n'est pas d'excuse valable à cette
prétendue reprise en sous-oeuvre. L'homme
est un être à volonté libre
dès qu'il arrive à la conscience de
lui-même. Il lui est interdit de suspendre
l'exercice de ses responsabilités ou de
faire table rase des expériences faites dans
le tête à tête avec Dieu, pour
recommencer à frais nouveaux. Dieu, le grand
initiateur, prend les devants, le plus souvent, sur
nos philosophiques réflexions. Nos
obligations vis-à-vis de lui ne sont point
interrompues par les tyrannies de la pensée
rationnelle.
Deux destinées douloureuses
éclairent pour nous ce domaine. Celle
d'Edmond Scherer et celle de
Sully-Prud'homme.
Edmond Scherer. Savez-vous ce qu'ont
été ses expériences
religieuses à l'origine?
Écoutez comment il parle de
Jésus-Christ : « Est-il vrai, ô
mon Seigneur? tu étais à ma porte et
je ne le savais pas; tu frappais et je ne t'ai
point ouvert... Entre, ô mon hôte 1
c'est pour demeurer que tu es venu, n'est-ce pas?
Mets ta main sur mon front et me bénis.
Dirige ma pensée de ton regard; tiens-toi
là, à ma droite, afin que je sois
soutenu. Quelle joie ! Déjà ta
présence a illuminé toute ma cellule.
Elle était si sombre ! J'étais si
seul ! Désormais mes yeux ne pourront se
lever de mon livre sans se poser sur toi. Alors
même que je ne te verrai point, je sentirai
que tu es près. Quand je serai
fatigué, j'appuyerai ma tête sur ton
épaule. Quand mon coeur palpitera inquiet ou
éperdu, je me jetterai sur le tien; quand
j'aurai besoin de conseil, je m'assoirai à
tes pieds. J'avais bien conscience qu'il
me manquait quelque chose.
J'aurais dû comprendre ce qu'il me fallait.
Ne me l'avais-tu pas dit? N'avais-tu pas
déjà demeuré une fois en moi?
C'était il y a trois ans. Tu restas trois
jours. Et ma vie fut transformée, mes doutes
se dissipèrent, mes luttes furent
oubliées, mes ténèbres
devinrent lumière. L'amour débordait
de mon coeur, la mort ne m'inspirait plus
d'inquiétude, le martyre m'eût paru
facile. Ma première pensée au
réveil, ma dernière en me couchant
était pour toi. Et point d'effort dans ces
pensées, car tu étais là.
Penser à toi c'était te voir
(2).
»
C'est le même Edmond Scherer qui a
composé ces strophes dont on a fait un de
nos plus beaux cantiques
- Je suis à toi! Gloire à ton
nom suprême!
- 0 mon Sauveur, je fléchis sous ta
loi.
- Je suis à toi; je t'adore, je
t'aime,
- Je suis à toi, je suis à
toi.
-
- J'errais, perdu dans les sentiers du
doute,
- Le vide au coeur et la mort devant moi,
- Lorsque tu vins resplendir sur ma route.
- Je suis à toi, je suis à
toi.
-
- En te trouvant, j'ai trouvé toute
chose,
- Et ce bonheur m'est venu par la foi.
- C'est sur ton sein qu'en paix je me
repose;
- Je suis à toi, je suis à
toi!
Dites, peut-on proclamer de manière plus
sincère et plus décisive sa rencontre
avec le Christ de Dieu?
Or vous savez ce qui en est advenu de ce
chrétien. Loin de nous la pensée de
le juger. Nous nous affligeons avec vous sur sa
tragique destinée, mais nous estimons que
notre droit est de nous laisser avertir par une
semblable catastrophe.
Cet homme, devenu professeur de
théologie, s'est engagé sur les voies
d'un rationalisme de plus en plus exclusif, de plus
en plus implacable, de plus en plus destructeur.
Petit à petit, travaillées par
l'acide d'un impérieux intellectualisme,
toutes les réalités de la vie
spirituelle se sont dissoutes et l'heureux disciple
du Vivant a fini dans le morne scepticisme de
l'incrédulité.
Pauvre frère en humanité!
qu'as-tu fait des révélations
directes de ton Dieu? Pourquoi as-tu mis en doute
la valeur de sa parole? De quel droit as-tu
porté sur son coeur qui s'était
ouvert pour toi, la main profane de ta
critique?
Quant à Sully Prud'homme, voici
comment un de ses biographes parle de la
période qui nous importe ici. Le jeune homme
avait vingt ans environ. Il venait de traverser une
grande épreuve : une ophtalmie avait
interrompu les études scientifiques qui
l'acheminaient à l'École
polytechnique; il préparait, à Lyon,
son baccalauréat ès lettres.
Nous citons : « Il se trouvait
là dans un milieu doux et pieux, conforme
à un des côtés de sa nature :
il y subit une crise de mysticisme qui lui a
laissé un profond souvenir et qui lui a
permis, dit-il, de comprendre parfaitement les
états d'âme religieux. Bien que,
dès l'âge de quinze ans, il se
fût, au milieu de ses travaux
mathématiques,
livré avec passion à la lecture des
philosophes grecs, français et allemands, la
foi simple de son enfance, qui s'était
abolie en lui, reparut tout à coup avec une
pleine et lumineuse évidence intime. Tout le
dogme catholique lui semblait d'une
vérité éclatante; il ne
concevait pas qu'il en eût pu douter. Il
passait de longues heures en contemplation et
s'entretenait avec Dieu, avec Jésus-Christ
de coeur à coeur... » Un peu plus loin,
le biographe ajoute : « Mais, rappelé
à Paris par l'examen, dès qu'il y fut
rentré et qu'il eut pris son grade,
l'enchantement cessa presque aussi soudainement
qu'il était venu. Il lut alors les livres de
Strauss, d'autres travaux de critique religieuse,
et il se trouva lancé dans l'infinie
incertitude à laquelle cette extase l'avait
passagèrement enlevé
(3).
»
Discernez-vous, sous le jargon
psychologique employé par l'auteur, ce qui
s'est passé? Nous vous le déclarons :
le Dieu vivant, par la terrible épreuve
d'abord, par la révélation ensuite,
avait parlé à l'âme du jeune
homme.
Mais qu'est-ce que cette conscience a
fait de l'appel souverain? Hélas ! elle l'a
voulu tellement passer au crible qu'elle l'a
méconnu pour errer ensuite, une vie durant,
sans boussole. C'est là « l'infinie
incertitude » dont parle Gaston Paris. Et
croyez-vous que Dieu en soit responsable?
Ainsi, trop souvent, l'homme cherche ce
qu'il a trouvé. Il interroge
indéfiniment les réalités qui
l'entourent, pensées, faits ou lois, et il
ne trouve plus ce qu'il semble
tant désirer : le Dieu personnel.
L'on pourrait dire, avec justice,
à ce coeur lassé et
désabusé : Oh! souviens-toi de cette
audience que Dieu t'accorda. Pourquoi as-tu voulu
tenir compte de tout le reste et dédaigner
cet événement glorieux? Serait-ce que
tu prétendes avoir l'orgueilleuse
satisfaction de trouver par tes propres moyens et
qu'une révélation gratuite t'humilie
comme indigne d'un être pensant? Ainsi le
lépreux Naaman refusait les humbles
procédés de guérison et
eût accepté tous les
héroïques remèdes pour
être purifié.
Nous terminons cette partie de notre
exposé en répétant la question
de tout à l'heure : Quelle suite avez-vous
donnée aux appels de Dieu? Votre raison
a-t-elle brouillé les évidences ou
bien votre conscience et votre coeur ont-ils
maintenu, avec adoration et humilité, les
certitudes que Dieu vous a données? À
vous de répondre.
Dieu trouble.
Les relations entre les êtres humains ne
se manifestent pas seulement par la parole. Il
s'opère, dans le silence même, de
mystérieux échanges d'âme
à âme.
Considérez ce couple d'amoureux.
Comme le caractère des heures que coule leur
amour est divers! Voici une phase toute
d'allégresse et de libre communion. Puis
c'est comme si un nuage avait passé dans le
ciel, étendant sur tout le paysage une ombre
blonde. Il y a. de la mélancolie dans l'air
et les coeurs, hier si heureux, sont maussades. Il
arrive pire quelquefois. Le temps se gâte
tout à fait, la campagne
devient austère, presque farouche : c'est un
malaise aigu qui s'installe. On ne se comprend
plus, un mur est dressé entre ceux qui
s'aiment. Quelque chose, - quelque chose d'encore
ignoré, - un mensonge, un faux pas, que
sais-je, a créé ce désarroi
redoutable. Il faut que l'on s'explique, à
défaut de quoi toute confiance est bannie et
l'on marche à la rupture.
Ainsi de nos relations avec
Dieu.
Nous avons vu ce Dieu prenant la parole
et nous appelant personnellement. Voyons-le,
maintenant, adoptant une autre méthode.
Voyons-le laissant s'établir, sans parole,
un secret malaise dans nos âmes. Un malaise
qui peut revêtir toutes les formes, depuis la
gêne discrète jusqu'à la
douleur cuisante, en passant par toutes les nuances
intermédiaires. Cette souffrance, Dieu s'en
sert pour nous faire comprendre que quelque chose
ne va pas dans nos relations avec lui. De
même que la douleur physique nous avertit de
la maladie menaçante et nous amène
à nous soigner, de même le mal de
l'âme nous sert de bienheureux
garde-à-vous. L'heure est venue de se mettre
en campagne et de chercher, à tout prix, la
guérison.
Entendons-nous pourtant. Il n'est pas
question de vous engager à considérer
anxieusement tous les vague-à-l'âme
qui s'emparent quelquefois de vos coeurs. Il y a,
à ces impressions fugitives, trop de causes
qui n'ont rien à voir avec la vie
spirituelle : disposition naturelle, vaine
rêverie, appel de l'amour... Non ! Nous vous
rendons attentifs à autre chose. Nous vous
rendons attentifs à cette
conscience nette que nous avons quelquefois, cette
conscience qu'un trouble grave empoisonne notre vie
intérieure.
Tenez! la meilleure manière
d'expliquer ce dont il s'agit ici c'est d'emprunter
à l'histoire de Saul de Tarse un trait et un
mot. Le fanatique persécuteur,
terrassé sur le chemin de Damas, entend son
accusateur lui dire « Il te serait dur de
regimber contre les aiguillons (
Actes XXVI, 14). »
Des aiguillons ! les aiguillons divins.
Il n'est pas question d'une parole expresse, mais
d'un harcèlement secret : piqûre sur
piqûre, blessure sur blessure, assaut
intérieur. Et cette douleur anonyme se
trouve être un agent de Dieu pour appeler
l'âme à ses plus hautes
destinées.
Il faut que nous distinguions ici entre
deux ordres de malaise, bien qu'ils se mêlent
souvent. Il y a le malaise moral; il y a le malaise
spirituel.
Le malaise moral. Nous avons tous connu
le remords. Quelques-uns, suivant aux protestations
de plus en plus pressantes de la conscience, ont
marché à grands pas. Ils ont
passé d'un remords précis portant sur
une faute précise, à un sentiment
général de médiocrité
morale. « Vous vous prendrez vous-mêmes
en dégoût », disait le
prophète Ézéchiel au peuple de
Dieu
(Ézéch. XXXVI, 31).
C'est ce qui arrive tôt ou tard pour toute
âme lucide et loyale. Et ce
dégoût peut s'accuser jusqu'à
la conscience d'une perdition,
perdition réelle, méritée,
toute proche. C'est que, derrière les
offensés, derrière la loi
transgressée, s'est dressé le
Dieu-maître et le Dieu-juge. L'homme vaincu
n'est plus un malheureux seulement ou un pauvre
être qui se condamne lui-même, il est
une personne morale, libre et responsable que Dieu
condamne.
Nous touchons ici à l'une des
réalités capitales de la vie. Malheur
à qui la fuit ou cherche à s'en
débarrasser à la légère
! Heureux qui, attentif et prosterné,
accepte la solennelle comparution devant le Dieu
Saint !
Faut-il vous donner des cas
concrets?
Vous connaissez, je pense, l'histoire du
littérateur anglais Johnson. Étudiant
intelligent et un peu fat, il refuse, un certain
jour, d'aller vendre, sur la place du
marché, les livres dont son vieux
père, le bouquiniste, faisait commerce. Sans
insister, le vieillard regagne lui-même son
poste sous les intempéries. Il prend froid,
et, peu après, meurt. Son fils, dès
lors, rongé de remords, non seulement se
condamne moralement, mais s'impose, en
manière d'expiation, d'aller, quand revient
l'anniversaire de la faute, se tenir
derrière l'éventaire paternel et
s'humilier ainsi en public.
Ah! qu'on ne nous parle pas du besoin
d'expiation, comme d'un malencontreux vestige du
temps des sacrifices!
Combien de jeunes ont, dans leur
passé, une faute grave ! L'un a fait
violence, dans une minute de colère aveugle,
à son frère; l'autre a dit à
sa mère, pourtant sincèrement
chérie, un de ces mots insolents qui reste
en sa mémoire comme une braise dans le creux
de la main. Celui-ci a
donné un baiser qui constituait un premier
pas sur la voie du désordre moral. Cet autre
a commis, dans les ténèbres, seul ou
pas seul, quelque secrète
ignominie...
Consentez à regarder en face les
tares de votre passé. Acceptez ce malaise
qu'est le remords et sachez que si Dieu, dans ce
malaise, vous accuse et vous condamne, Dieu, dans
ce malaise aussi, vous invite au repentir et vous
achemine à la connaissance de son amour qui
sauve.
Un exemple encore de cet état de
condamnation générale portant sur
toute la conduite et sur tout l'être.
Écoutez Gaston Frommel.
Il est malade, il est mourant. Voici
comment il décrit ce qu'il éprouve
à cette heure : « Dans
l'immobilité silencieuse,... la conscience
éleva la voix. Plus je l'écoutais, -
et je ne pouvais pas ne point l'écouter, -
plus elle me jugeait, plus elle me condamnait...
Elle me jugeait et me condamnait moi-même,
moi proprement, moi tout entier, dans le mal que je
confessais comme dans le bien que je m'étais
attribué. Il n'y avait plus de
différence. Tout en moi était
également corrompu, tout était
également souillé, parce que tout
était également entaché de
volonté propre. J'étais
moi-même perdu... Je roulais
désespérément dans
l'abîme d'une perdition mille fois plus
redoutable que celle du néant. Toutes les
terreurs du jugement, de ce jugement que tout homme
porte en soi - mais qui reste pour la plupart
indistinct et vague - tombaient sur moi. L'absolue
sainteté d'un Dieu que je connaissais
à peine et que je n'osais
plus même nommer, tant son nom
m'épouvantait, éclatait dans ma
conscience; à la clarté de son
implacable lumière, je me voyais
irrévocablement jugé,
condamné, perdu. »
Et G. Frommel ajoute : « C'est
alors, et lorsque je goûtais jusqu'à
la lie l'horreur de ma perdition, que Dieu, par sa
grâce, me fit faire l'expérience de
son salut... (4)
»
Pensez-vous qu'il y ait là je ne
sais quelle exaspération morbide d'un
trouble de conscience? Non point. Il y a là
une lucidité parfaite. La vision juste de ce
qui est.
Ne nous dérobons jamais au
trouble que le Dieu saint inspire à nos
consciences; n'éludons pas les
problèmes que posent ces cuisants malaises.
Regardons-les, puis, dans une recherche
obstinée que soutiendront des prières
où n'entrera plus aucun formalisme, arrivons
aux divines solutions., Nous savons tel jeune qui
ne s'est épanoui dans sa vie religieuse que
quand il a consenti à voir, à juger
et à liquider devant Dieu un souvenir
honteux de son passé. Avant cela sa foi
précaire tablait sur des
probabilités, ensuite elle s'est
fondée, avec bonheur, sur le roc des
certitudes.
Nous avons parlé de malaise
spirituel. Nous entendons par là, tout ce
qui, dans notre for intérieur, nous
avertit qu'un je ne sais quoi
d'essentiel manque à notre vie. Il arrive
que nous ayons tout pour être heureux :
santé, jeunesse, ressources
matérielles suffisantes, beaux projets
d'avenir, amitiés ou pures tendresses
romanesques, et que, par une apparente aberration,
le sentiment amer nous tenaille que tout cela ne
fait pas le bonheur. Ce sont là les fleurs
et les friandises qui remplissent la chambre d'un
malade. Mais le malade n'en est pas moins malade,
il pleure, en secret, sur sa santé
délabrée. Ainsi de notre âme
indigente quand l'intelligence et le coeur sont
privilégiés.
Permettez-nous de transcrire ici deux
strophes inédites. Elles ne sont pas
très riches au point de vue
littéraire, mais elles disent bien le
malaise dont nous parlons. C'est un jeune qui a
raconté ses angoisses sous forme de
prière.
- De tous les biens dont, sur la terre,
- 0 Dieu ! tu peux combler les tiens,
- Tu m'as comblé - et ma
prière,
- A souhaiter n'aurait plus rien.
-
- Hélas ! mon Dieu, dans ce bonheur,
- Un mal me ronge, ardente flamme
- J'ai tous les biens, mais toi, Seigneur,
- Je ne t'ai point encor dans
l'âme.
Sûrement l'un ou l'autre d'entre vous a
connu ce vide central. Toute la vie, active,
heureuse apparemment, gaie quelquefois, toute la
vie tourne autour de ce trou. Et ce n'est là
ni le vague-à-l'âme que nous
condamnions tout à l'heure, ni une
disposition neurasthénique, c'est un
symptôme révélateur.
Nous vous en prions, si ce tourment vous
mord, ne vous hâtez pas de l'écarter.
Ne cherchez pas de vaines distractions; ne sonnez
pas précipitamment chez un médecin
spécialiste des maladies nerveuses et qui
diagnostiquera que « vous faites de
l'angoisse... » Non ! Soyez vaillants et
regardez à Dieu. Ce sont là ses
aiguillons qui vous labourent le coeur. Vous
n'êtes pas les premiers à les
connaître. Ils sont légion ceux qui,
avant vous, ont côtoyé les
abîmes, mais ont trouvé, au moment
propice, la main divine qui les a retenus et
délivrés.
N'aie pas peur ! mon frère, tu
seras sauvé si tu consens à ne pas
fuir et à ne pas chercher en toi les bases
d'une guérison par autosuggestion, si tu
viens loyalement au Dieu qui te trouble.
Ce serait ici le lieu de noter encore
deux observations importantes. Nous ne pouvons le
faire qu'en passant.
Et d'abord une observation concernant le
réactif que Dieu emploie, le plus souvent,
pour troubler la tranquillité de notre
conscience. Il en est plusieurs, nous le savons,
mais le réactif par excellence, c'est la
Bible.
Cette Bible, que les uns envisagent
comme le bloc intangible de l'inspiration
littérale, cette Bible que d'autres
réduisent à n'être qu'une
intéressante collection de documents
historiques et religieux, cette Bible peut devenir,
pour nos consciences, un livre brûlant. Il
nous souvient d'un temps où nous n'osions
presque plus l'ouvrir tant le contraste entre ce
que nous y trouvions et ce qui se passait en nous
était tragique. Oh! ces
expériences qui y sont
consignées. Oh! ces affranchissements qui
font entonner des hymnes d'allégresse. Oh!
cette foi sereine et ardente, cette communion avec
Dieu!... Désolé, le malheureux
s'écrierait volontiers : « Ne me parlez
plus de tout cela; c'est trop beau et je suis trop
misérable. Ou plutôt, oui, plongez ces
témoignages dans mon âme, comme on
plonge dans l'eau un fer rouge... Il faudra bien
que j'en aie le coeur net et que je sache s'il y a
là de pieuses rêveries ou une solide
réalité. »
Et ceci nous amène à notre
seconde observation.
Le malaise spirituel dont nous avons
analysé les signes initiaux, revient
assaillir l'âme croyante à chaque
étape de son développement. On ne vit
pas indéfiniment d'une vérité
contemplée et assimilée. De
même que l'enfant traverse, pour arriver
à l'âge adulte, une série de
crises dites de croissance, de même, lorsque
l'âme se développe, elle voit
naître en elle de nouveaux besoins que ne
satisfait plus la vérité
savourée hier. Cette vérité
demeure, sans doute, mais il faut qu'elle soit
complétée d'une vérité
plus haute et plus forte. Paul parlait à ses
lecteurs du lait qu'il leur avait donné
jusqu'ici et de la viande dont il avait hâte
de les nourrir quand leur stature spirituelle le
permettrait.
Ne nous étonnons donc pas si,
ayant fait nos premières expériences
spirituelles, nous nous trouvons, cinq, dix ans
plus tard, appelés à une nouvelle
révélation. Ne nous étonnons
pas si c'est comme à frais nouveaux qu'il
faut conquérir une région neuve de la
vérité qui sauve. Cela est dans
l'ordre.
Mais, là encore, n'éludons
pas, affrontons. Cela nous sera d'ailleurs plus
facile, parce que cette recherche sera
baignée dans une atmosphère de
confiance en Dieu. Ç'a été une
crise que celle qui a lié les apôtres
à Jésus; ç'a été
une nouvelle crise que celle qu'inaugura le
Vendredi-saint, mais, au cours de celle-ci, ces
mêmes hommes ont été soutenus
par la foi totale qu'ils avaient donnée au
Christ.
La vie spirituelle est une lutte, mais
la plus belle des luttes. Vous savez que Paul dit
de lui-même, au soir de sa vie : « J'ai
combattu - non pas le bon combat, comme le disent
nos traductions, - mais le beau combat...
j'ai gardé la foi
(II Tim. IV, 7). »
Levons-nous, frères, et
vaillamment, abordons les batailles en regardant au
Dieu qui nous donnera la victoire et les victoires,
jusqu'au suprême dénouement.
En effet, et c'est ce qu'affirmera notre
dernière partie : Dieu comble.
Dieu comble.
Nous aurions une bien triste image du Dieu
vivant si nous nous le représentions
appelant et laissant en plan l'homme qui
répond; troublant la conscience
jusqu'à l'agonie et incapable de
proportionner son secours à la
détresse provoquée.
Ah ! que la réalité est
autre. Qu'elle est glorieuse !
Tout l'Évangile proclame que Dieu
n'agit que par amour. C'est par
amour qu'il créa; c'est par amour qu'il
appelle; c'est par amour qu'il trouble. Il le fait
parce qu'il sait que, sans lui, nous sommes les
plus misérables de toutes les
créatures. Avez-vous goûté
toute la saveur du qualificatif de jaloux que Dieu
se donne dans le décalogue? Certes, il y a
une jalousie de l'égoïsme, une jalousie
de la dignité offensée, une jalousie
du sens moral blessé. Celle de Dieu est la
jalousie de l'amour saint. Ce n'est pas parce que
lui ne pourrait pas se passer de nous qu'il nous
harcèle quand nous lui
préférons des idoles, c'est parce que
nous ne pouvons pas nous passer de lui. Il le sait
bien et il nous aime, alors il nous tourmente, dans
sa généreuse jalousie, jusqu'à
ce que, revenus à lui, nous retrouvions la
paix.
Et qu'a-t-il à nous offrir? En
vérité, nos désirs les plus
hardis ne s'élèvent point à la
hauteur de ce qu'il nous a préparé.
Sa pensée à lui dépasse nos
timides aspirations.
C'est à dessein que nous avons
employé, tout à l'heure, le mot de
combler. Oui, Dieu nous comble. Il ne se borne pas
à mettre ses dons au niveau de nos
désirs, il submerge nos voeux. Ce n'est pas
sous l'empire de l'exaltation oratoire que Paul a
dit de l'Évangile: « Ce sont des choses
que l'oeil n'avait point vues, que l'oreille
n'avait point entendues et qui n'étaient
point montées au coeur de l'homme, mais que
Dieu avait préparées pour ceux qui
l'aiment
(1. Cor. II, 9). » C'est
l'expression exacte de ce que nous venons
d'affirmer.
Mais revenons à notre question.
Qu'est-ce donc que Dieu nous offre?
Une révélation pour notre
pensée? - Oui, sans doute. Une consolation
pour notre coeur? - Oui. Un pardon pour nos fautes?
- Oui encore. Mais toutes ces choses ne sont que
les éléments d'un secours plus grand
et plus complexe. Ce que Dieu nous offre c'est le
Salut.
Oh! le beau mot, banalisé par le
verbiage religieux.
Salut veut dire guérison et
santé.
Dites, vous qui avez été
gravement malade, si le mot de guérison,
qui, lui aussi, court les rues et émaille
les livres de médecine, est resté
banal pour vous quand il a désigné
votre retour à la santé? Ainsi du mot
de salut. Je vous certifie qu'il n'est pas
emprunté au « patois de Canaan
», pour l'âme malade qui en a
savouré la portée effective.
Oui Dieu donne un salut qui est le
salut; une guérison qui est la
guérison.
Nous ne voulons pas, ici, nous
abandonner aux entraînements d'une certaine
logique qui refléterait obligatoirement les
données de la dogmatique orthodoxe.
Laissez-nous vous rappeler plutôt les
délivrances célébrées
par quelques-uns.
Quand le sens du péché est
devenu assez aigu, comme chez Saul de Tarse, «
le persécuteur, le blasphémateur,
l'homme violent », ainsi qu'il se
décrit lui-même
(I Tim. I, 13); comme chez Gaston
Frommel dont nous citions, il y a un instant, le
témoignage; comme chez tant et tant
d'autres, ce n'est plus une
parole de pardon qui suffit à apaiser le
coeur, il faut plus. Le salut que Dieu a accompli
en Jésus-Christ et qu'il offre au coupable,
voilà ce qui répond, enfin, aux
exigences impérieuses de la conscience. Il
est expiation des péchés et rachat de
l'âme esclave.
L'apôtre Paul s'en était
rendu compte et il s'écriait
« Je n'ai pas voulu savoir... autre
chose que Jésus-Christ et
Jésus-Christ crucifié
(I Cor. II, 2). » « Loin de
moi, la pensée de me glorifier d'autre chose
que de la croix de Jésus-Christ
(Gal. VI, 14). »
Libre à chacun de ne pas accepter
la rédemption par la croix de Jésus,
une chose demeure, pourtant, manifeste : sans ce
salut-là, des hommes comme Paul, Augustin,
Luther et des milliers d'autres, auraient
sombré dans le désespoir.
Nous osons donc offrir à votre
conscience ce même salut, sûr que lui
seul parvient à vaincre la mortelle maladie
qui intoxique le coeur humain et qui s'appelle le
mal.
Mais la guérison n'a pas
seulement cette face, jusqu'à un certain
point négative. Elle ne répare pas
seulement le passé, brisant la chaîne
des remords, elle a une face positive et
constructive.
Comblé par le fait d'une
rédemption, l'homme est comblé encore
par les divines restaurations que l'Esprit
opère en lui
Que de fois nous nous sommes
retrouvés dans les paroles de Paul disant :
« Je ne fais pas le bien que j'aime et je fais
le mal que je hais... Misérable que je suis,
qui me délivrera de ce corps de mort? »
Mais avons-nous pesé les mots qui suivent?
Avons-nous entendu le carillon de fête qui
sonne dans cette âme affranchie : «
Grâces soient rendues à Dieu, par
Jésus-Christ notre Seigneur!
(Rom. VII, 15 et
24-25) »
L'apôtre ne constate plus,
lamentablement, son impuissance morale, il a
trouvé le secret de la force et de la,
liberté : il est comblé.
Comprenez-vous, mieux encore que tout
à l'heure, le caractère brûlant
du livre qui nous fait témoins de
délivrances pareilles?
Nous nous arrêtons ici dans la
description de ce salut envisagé en ses
effets. Nous voudrions mettre en lumière ce
qui, objectivement, constitue le don de
Dieu.
Ces révélations, ces
consolations, ces pardons, cette rédemption
et cette régénération, dont la
gerbe bénie constitue le salut, sont
concentrés en une personne. Dieu nous a
donné quelqu'un.
Ce quelqu'un c'est Jésus-Christ.
« Vous avez tout pleinement en Lui »,
disait Paul
(Col. II, 10).
De même que tout le bonheur de
l'époux est dans l'épouse, de
même tout le trésor de Dieu pour nous
est dans un être unique.
Jésus le messager, Jésus
le rédempteur, Jésus le
vivant, voilà notre
Sauveur. « Il n'y a de salut - dans le sens
plein du mot - en aucun autre
(Actes IV, 12). » Dieu l'a voulu
ainsi. Quelle prévention, nous vous le
demandons, nous empêcherait de lui laisser le
choix de ses moyens? Et si, abandonnant toute
idée préconçue, toute mesquine
prétention de mesurer l'amour de Dieu aux
normes étroites de notre raison ou de notre
coeur, nous entrons dans la pensée de Dieu
et acceptons Jésus-Christ, alors, toujours
mieux, nous nous apercevrons que seul un tel salut
peut vraiment dénouer le drame de la
chute.
Le don, ici encore, l'a emporté
de mille coudées sur le besoin primitivement
ressenti. Mais le besoin, approfondi par l'action
de l'Esprit, s'est révélé si
grand, que seule la venue du Fils unique le pouvait
satisfaire.
Ainsi donc, fort du témoignage
des apôtres, des croyants de tous les
siècles, fort aussi de notre propre
expérience, nous vous invitons à
contempler le salut de Dieu et à le trouver
tout entier, pour hier, pour aujourd'hui et pour
demain, en Jésus-Christ.
Écoutez encore, pour finir,
comment Gaston Frommel décrit l'issue de la
crise dont nous racontions, il y a un moment, la
première phase.
« C'est alors, dit-il, et lorsque
je goûtais jusqu'à la lie l'horreur de
ma perdition, que Dieu, par sa grâce, me fit
faire l'expérience de son salut.
Déjà, aux heures les plus sombres et
les plus désolées, il m'avait fait
entrevoir au loin la croix du Calvaire, qui se
dressait lumineuse et paisible,
comme le seul refuge offert à ma
détresse. Mais elle était trop loin
et j'étais trop indigne. Maintenant il
m'envoya l'un de ses serviteurs, l'un de ces
témoins vivants de la Rédemption qui
est en Christ. Je ne saurais vous dire ce que fut
sa parole. Je ne le sais plus moi-même. Je
sais seulement qu'elle retentit dans mon âme,
forte et douce, sévère et consolante,
sainte et miséricordieuse,
irrésistible surtout, comme celle de Dieu
dont il m'apportait le message. Elle me jeta
brisé, vaincu, aux pieds du Christ, et
là, sans hésitation, sans
réticences, sans curiosité
théologique d'aucune sorte, simplement parce
qu'il était sauveur et que j'étais
perdu, je m'abandonnai moi-même et me donnai
à lui (5).
»
Le moment est venu de conclure. Nous le
faisons en offrant à vos imaginations deux
tableaux. Il s'agit de deux collectivités
humaines entre lesquelles il faut que nous
choisissions, car on ne peut que s'affilier,
ici-bas, à l'un ou l'autre groupe.
Voici d'abord la foule des ennemis de
Jésus, lors de sa crucifixion. Il y a le
souverain sacrificateur et sa pieuse indignation en
face de l'accusé qui se déclare
Messie et Fils de Dieu; il y a ses comparses du
Sanhédrin; il y a Pilate, assez clairvoyant
pour discerner l'innocence de' Jésus, mais
trop lâche pour acquitter
le condamné des Juifs; il
y a la masse moutonnière de ceux qui,
fanatisés, vocifèrent,
réclament l'élargissement de Barabbas
et le crucifiement du roi couronné
d'épines; il y a les soldats brutaux et
moqueurs...
Qu'en pensez-vous, quel est le grand
crime de tout ce monde? Est-ce la
lâcheté, l'hypocrisie cachée
sous la légalité ? Est-ce la
faiblesse, prétexte aux entraînements?
Est-ce la violence, est-ce le mépris? - Sans
doute. Mais leur crime à tous, en son fond,
est un crime d'âme.
Ils ont eu devant eux, depuis longtemps,
ils ont devant eux, au cours du procès, le
témoin du Dieu vivant. Dieu parle en Lui,
rayonne en Lui, évident aux consciences qui
consentent à voir... et, eux, les
malheureux, ils se bouchent les yeux pour ne pas
voir; aveuglés par leur
méchanceté, ils repoussent Dieu en
Christ; ils le condamnent. Voilà leur crime
en son essence. Le reste en découle.
Prenons garde, en face du Dieu qui
appelle, qui trouble ou qui comble en Jésus,
de commettre ce crime d'âme qu'est le refus
d'accepter l'évidence.
L'autre groupe que nous évoquons,
c'est l'assemblée de la Chambre haute
à la veille de la Pentecôte.
Petite troupe modeste d'hommes et de
femmes. Ils appartiennent à l'humble
armée que la mort de Jésus a vaincue,
aux yeux des persécuteurs. Mais, voyez
quelle paix sereine éclaire les visages!
Écoutez ces psaumes qui montent au ciel avec
un accent d'allégresse ineffable.
Prêtez l'oreille à ces prières.
Quelles louanges ! quelle confiance ! quelle
heureuse attente !
Et voyez quel amour déborde de
ces coeurs et quel courage. Tout à l'heure,
quand la promesse du Père se sera accomplie,
ils affronteront hardiment la foule, et, dans la
ferveur de leur certitude, ils proclameront le nom
du Sauveur.
Ce ne sont pas des gens fortunés
ou haut placés, ce ne sont pas même
des saints... ce sont des hommes comme nous. Mais,
en face de Jésus, gagnés par sa
divine parole, par son action compatissante,
gagnés par sa mort féconde et par la
résurrection dont ils sont les
témoins, ils ont rendu les armes.
« Celui qui m'a vu, disait
Jésus, a vu le Père
(Jean XIV, 9). » Ils ont vu le
Père en Lui, ils l'ont acclamé Lui
comme le Fils. Ils sont sauvés et ils
vivent.
C'est à ce groupe-là, que,
dans la loyauté de la foi et du service,
nous vous invitons à vous joindre avec nous.
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