HORS DU CABARET!
APPENDICE I
Autrefois et aujourd'hui
On ne peut se faire une idée exacte de ce
qu'était la vie de société
vers 1830, Si nous en disons quelques mots ce n'est
pas que nous voulions évoquer le bon vieux
temps, mais uniquement pour montrer au lecteur
combien de facteurs nouveaux doivent être
considérés quand on traite de la vie
de société moderne.
Les opinions diffèrent sur ce
point. Dans quelques écrits de ce temps on
trouve déjà des plaintes sur les gens
et les choses, mais d'un autre côté
chacun sait qu'alors la vie de famille était
plus austère ; les jeunes gens
restaient plus longtemps sous la discipline
paternelle ; la plupart se trouvaient ainsi
tout naturellement préservés de la
dissipation. Le coeur humain était le
même qu'aujourd'hui ; mais on vivait
plus simplement et les pères de famille
n'avaient pas à lutter contre les
attractions de toutes espèces qui maintenant
éparpillent leurs enfants.
Les moeurs, les ordonnances de police
rendaient plus difficiles qu'aujourd'hui les
associations, en sorte que les
sociétés étaient
rares.
Il est difficile d'être
précis en ces matières ; voici
cependant quelques chiffres
touchant la ville de Berne. Au début de 1830
Berne comptait avec 20.000 habitants, outre les
corporations et quelques cercles, 4
sociétés. Aujourd'hui environ 222
Sociétés plus 26 cercles et 46
sociétés de tir.
On comptait alors 4 imprimeries et 4
journaux politiques ; aujourd'hui Berne
possède 41 imprimeries ; 40 journaux
s'y impriment, dont 7 quotidiens. En outre une
masse de quotidiens d'autres villes se trouvent
dans nos auberges.
Il y avait alors 12 hôtels, 62
pintes et restaurants, et 136 caves dans lesquelles
les propriétaires vendaient leur vin
vaudois, aux foires et à certains autres
jours. Aujourd'hui on compte 34 hôtels, 9
caves, 222 auberges, brasseries, cafés et
une quantité de restaurants
populaires.
Disons encore que les étudiants
de la société de Zofingue d'alors
avaient leurs séances de 4 à 8 heures
et qu'à 9 heures au plus tard, tous
étaient à la maison. On ne servait la
bière dans des chopes de terre qu'au
« Mûrier » et au
« Houblon ».
Que chacun juge !
II
Le système de Gothenburg
La description du système de Gothenburg
telle que Bär la donne dans son livre
« l'Alcoolisme » fait toucher
du doigt les tentations des cafetiers.
« Le système de
Gothenburg part du fait dûment
constaté, que chaque
cafetier, en cherchant à vendre autant que
possible de son eau de vie, favorise les abus et
réduit à néant toutes les lois
contre l'alcoolisme. En 1865, à Gothenburg,
on nomma une commission chargée
d'étudier les causes du paupérisme
grandissant. Elle trouva que le mal était
dans le trop grand nombre d'auberges où le
cafetier poussait, comme cela est naturel, à
une consommation d'eau de vie d'autant plus forte
que chacun avait à payer en moyenne 2450 fr.
de patente ! La commission considéra
comme désirable que la vente des boissons se
fît d'après les règles
suivantes :
« 1° Les boissons
spiritueuses seront vendues sans aucun
bénéfice. Le vendeur ne
connaîtra dès lors pas la tentation de
favoriser la consommation. 2°) La vente sur
prêts est absolument interdite. 3°) Les
locaux où l'on boit seront propres, vastes,
aérés. 4°) Dans toute auberge on
devra pouvoir servir à manger.
Afin de réformer le commerce de
l'eau de vie d'après ces principes on
constitua à Gothenburg une
société par actions. Les membres les
plus considérables de la commune en firent
partie et aucun actionnaire ne devait
réaliser de bénéfice. Tout
bénéfice va à la caisse
communale. Les 61 pintes furent achetées par
la Société ; 21 tombèrent
d'emblée, les autres furent louées
à des tenanciers qui pouvaient être
congédiés s'ils ne tenaient pas leur
auberge d'après les principes de la
société. L'eau de vie et le vin sont
vendus au comptant, au profit de la
société, et le cafetier n'a de gain
que sur la bière, le thé, le
café, les eaux gazeuses, les cigares,
etc.
« On est partagé sur la
valeur de ce système mais
cependant des autorités et des particuliers
l'approuvent fortement - ; je me borne
à mentionner le témoignage favorable
de la police, du gouverneur, de
l'évêque de Gothenburg, du P.
Wieselgreen, l'apôtre de la tempérance
en Suède, du Conseil communal, du Conseil
d'État et du Conseil de santé. Il est
facile de se convaincre que ce système est
une bonne arme contre
l'ivrognerie ».
L'introduction en Norvège de ce
système amélioré a aussi eu
d'excellents résultats.
III
Un coup d'oeil sur les moeurs des
sociétés d'étudiants
allemands
Ce n'est pas sans quelques scrupules que
j'aborde ce sujet, car il m'est très
difficile d'être impartial. Cependant un coup
d'oeil sur les habitudes de cette classe où
se recrutent nos hommes cultivés ne sera pas
sans profit pour ceux qui veulent se faire une
idée de la vie de société
moderne.
En Allemagne, comme en Suisse allemande,
les étudiants ont une très curieuse
manière de passer leur temps libre. Pour
eux, la vie de société se confond
presque avec la pinte. C'est à ces jeunes
gens doués et pleins d'espérance que
j'aimerais avant tout crier :
« Sortez de l'auberge, sortez de cette
tabagie ; venez dehors, au grand air. Quittez
la table où l'on boit ; faites de la
gymnastique et des jeux en plein air. Abandonnez la
paresse malsaine et cherchez des
distractions saines. et fortes, » mais
jamais appel ne paraîtrait plus
déplacé, nous le savons
d'avance.
Telle est la puissance de la
tradition ; malgré toutes les
tentatives de réforme la vie
d'étudiants est façonnée par
le passé, et cela durera longtemps encore,
car les jeunes gens qui sortent du gymnase ne
veulent avoir pour maîtres que les
étudiants eux-mêmes. Cette influence
malsaine est donc absolue ; aucune ne peut
s'exercer à côté.
Sans doute le temps des odieuses
persécutions des jeunes par les vieux est
passé ; la discipline sous laquelle un
bursch tient un fuchs n'est que le souvenir des
cruautés de jadis.
Sans doute les querelles sanglantes
entre les corporations ont été
modifiées par la création des
nouvelles « Burschenschaft ».
De ces moeurs barbares, il ne reste plus
guère que la « Mensur »
(exercices sanglants avec la
rapière).
Sans doute on a maintes fois
tenté d'épurer la vie de Kneipe, et
quelques sociétés courageuses, comme
le Wingolf et le Kyffhäuser-Verband ou
d'autres semblables ont inauguré d'autres
manières de vivre, mais comme ces efforts
sont isolés !
On parle d'amitié, d'honneur, de
patrie ! Mais malheureusement le cadre dans
lequel se meuvent ces jeunes, hommes est la Kneipe.
Or celle-ci n'a que faire de tous ces beaux mots.
Souvent le caractère s'y déforme, et
on y cultive le contraire de l'amitié, de
l'honneur et de l'amour de la patrie. Souvent nos
jeunes gens cultivés auraient à
rougir en face de tel ou tel ouvrier qui, avec un
petit salaire et un travail pénible, sait
employer son temps avec plus de
raison et de dignité qu'eux !
Il y a en Allemagne 678
sociétés dans 21 universités.
On peut se représenter l'action funeste et
souvent fatale exercée sur plusieurs
étudiants légers, hâbleurs,
pleins de talent ou sans talent, par ces habitudes
de boisson. Ces hommes, qui, plus tard,
revêtiront des charges publiques et auront,
par leur culture, une grande influence sur la vie
religieuse et sociale du peuple, ces hommes sont
tout imprégnés d'habitudes de
prodigalité et de fainéantise. Et
seul celui qui a tenté de briser ces
chaînes, ou qui est venu au secours d'un
prisonnier, sait les efforts
désespérés que
nécessite la rupture avec de telles
habitudes.
Ah ! tout ce que nos jeunes
messieurs, si fort attachés à la
chope et à l'atmosphère
empestée de la pinte, auraient à
apprendre des autres peuples ! Mais non !
On ne veut rien des vieux, on n'écoute pas
les amis expérimentés, on ne regarde
qu'aux camarades de deux ou trois ans plus
avancés ; leur conduite est pour les
jeunes l'idéal, et c'est pourquoi une
génération succède à la
précédente et nage dans les
mêmes eaux.
La puissance des anciennes habitudes est
encore la plus forte et il est douloureux de
constater que même en Suisse, dans des
sociétés purement suisses, comme la
société de Zofingue, la tendance
d'imiter les coutumes des universités
allemandes devient manifeste.
Voici quelques extraits d'un petit
volume intitulé : Allgemeiner
Bierkomment.
(1)
... On est frappé de voir la
place donnée au
président d'une
tablée. Pour une faute quelconque il peut
imposer une peine, qui toujours consiste à
boire une certaine quantité de bière.
Cela va pour commencer, mais pour peu que les
peines se multiplient et que le président
soit sans scrupules, le tableau n'a plus rien
d'enchanteur. Bientôt toute la tablée
où l'on boit, crie, frappe, braille,
ressemble plus à une assemblée de
fous qu'à un cercle d'amis réunis en
pays chrétien, civilisé. Mais la
piété est vieux jeux pour ces jeunes
là !...
Lisons ensemble :
& 3 : « Le
président a droit à une
obéissance absolue. Il fera boire tous les
récalcitrants ».
On peut s'imaginer les ordres qu'un
étudiant déjà ivre peut donner
quand il devient président d'une table
après 11 heures du soir. Pensez en outre que
chacun doit absorber la quantité de
bière qu'il plaît à ce
président d'imposer. N'est-ce pas
révoltant ?
Cette obéissance absolue a
quelque chose d'indigne, et cependant on l'impose
dès les premiers jours à notre
jeunesse académique. J'évoque
toujours cette parole - Habacuc, Il, 15 :
Malheur à celui qui fait boire son prochain,
à toi qui l'enivres ! . . . . . .
.
Malgré les efforts d'amis du
peuple, ces moeurs qui rappellent plutôt la
barbarie que le Moyen-Age sont toujours
florissantes. Les mères, les soeurs, les
fiancées de ces messieurs ne
pourraient-elles pas se soulever et écraser
sous une critique digne mais sévère
toutes ces coutumes ? Où est la plume
féminine qui, en prose ou en vers, par une
brochure ou par des articles de journaux
répétés, prendra cette
tâche en main ?
Encore quelques mots sur le
« Chansonnier »
(2)
Nous laissons de côté les
recueils inférieurs. Voici le
meilleur : Schauenburgs Allgemeines deutsches
Commersbuch, 37e édit. Il contient :
109 chants patriotiques, 140 chants
d'étudiants, 297 chansons humoristiques, 168
chants populaires, 709 en tout.
Le goût semble s'être
corrompu depuis quelques années. Il y a
là, à côté des chants
allemands connus, sérieux ou joyeux, toute
une quantité de chansons qui devraient
être bannies de ce recueil. La monotonie avec
laquelle Bacchus est glorifié n'est pas ce
qu'il y a de pire. Les chansons d'amour, qui ne
sont pas des chants populaires, chantent la
sommelière. Que c'est fade, peu digne,
cruel ! Mais ce qu'il y a de plus
répugnant c'est le grand nombre de parodies
honteuses de la Sainte Écriture, de la vie
chrétienne et de la mort. je ne cite pas. On
connaît déjà ce qui est
beau : le médiocre peut être
passé sous silence ; l'insanité
et le blasphème n'ont pas leur place
ici.
Si le recueil officiel tolère de
telles libertés, que doit-on se permettre
à côté ? Souvenez-vous que
d'après le & 3 le président a le
droit d'imposer un chant quelconque !
Que voulez-vous que devienne un homme
libre sous cette discipline ? Non seulement il
boira plus que de raison et contre sa conscience,
mais encore on le verra chanter des choses qui
heurtent son sens moral. Et c'est ainsi qu'on forme
des caractères !
Si ces coutumes n'avaient pas le nimbe
de la tradition du Moyen-Age et des souvenirs
d'étudiants, on se soulèverait, on
les mépriserait, et les tentatives de
réforme trouveraient des défenseurs
plus nombreux !
Expériences personnelles de la vie de
société
Nous donnons ici la parole à un ancien
membre de plusieurs sociétés. Ce
récit nous donne une idée des dangers
que courent les caractères faibles dans ces
milieux.
« À ma sortie de
l'école j'entrai chez un notaire à
Berthoud. Mon beau-père était
très fier de moi et sans cesse me faisait
remarquer que je n'étais plus un enfant, et
que je devais en conséquence chercher des
compagnies où je pusse entendre quelque
chose de raisonnable ; ces discours me
rendaient vaniteux ; sans mépriser les
autres, j'exagérais mes connaissances et ma
valeur propre. je cherchai de nouveaux amis et vite
j'en eus trouvé. Peu à peu j'entrai
dans plusieurs sociétés. Mes
camarades avaient plus d'argent que moi, d'autres
étaient plus instruits, mais il leur
manquait les vertus et la crainte de Dieu. Sans
doute j'entendis parfois quelque parole
« raisonnable ». mais combien
plus de discours inconvenants, de moqueries, de
blasphèmes, d'idées
incompréhensibles, de paroles
mécontentes et révolutionnaires. je
vis bien des fêtards.
« La société qui
m'attirait le plus était la
société de gymnastique. Je lui dois
mon développement corporel. Mais cette vie
de gymnaste avait aussi ses inconvénients.
Les occasions de boire ne manquaient pas. Le
travail provoquait la soif ; après
chaque heure d'exercice il fallait boire.
N'avait-on pas d'argent, on buvait quand
même. La consommation s'inscrivait et
on buvait d'autant plus. La
vérité m'oblige à dire que,
malgré mon respect pour l'art du gymnaste,
je devins bientôt léger et bambocheur.
Je ne veux pas dire que d'une façon
générale on devienne un mauvais sujet
dans les sociétés de gymnastique,
mais elles sont très dangereuses pour les
faibles qui ont quelque penchant à boire. Je
préférai bientôt la boisson
à la gymnastique, et, bien que bon gymnaste,
je fus chassé parce que je négligeais
les devoirs de la société.
« Mais la vie de
société était devenue pour moi
un besoin. L'an 1880 j'entrai dans l'association
des employés de bureau. Le but de cette
société était excellent :
elle voulait former de jeunes juristes
(substituts). Le comité était
composé de deux ou trois notaires. Pendant
quelque temps on travailla fort et ferme. Mais
chaque séance était suivie d'un jass
ou d'un commers. J'appris à jouer aux
cartes. Tous les membres savaient boire et
jouer : rien d'étonnant si la
société ne subsista pas
longtemps.
« Sur ces entrefaites,
j'étais devenu membre actif d'un choeur
d'hommes. J'aimais le chant. Nous obtenions de
beaux résultats et le choeur jouissait d'un
renom qu'il doit avoir conservé. Mais
là aussi je trouvai des occasions de boire
et de jouer ; maintenant que je connaissais
les cartes, j'en étais très fier. Le
faible aime la compagnie des faibles. Nous
fûmes bientôt un groupe de
« jasseurs » qui étaient
plus souvent à la pinte qu'aux exercices de
chant. Un jour je me trouvai hors de la
société, je ne sais plus
comment.
« Ici encore je ferai la
même remarque que précédemment.
La vie de dissipation n'était pas
obligatoire, mais plusieurs s'y sont laissés
entraîner.
« Je devins ensuite membre du
« Grütli ». Je fus
bientôt un bouillant politicien ; on me
nomma secrétaire. Ce fut pour moi un grand
honneur. Quand on me complimentait sur la
rédaction d'une lettre ou d'une
réponse, je me sentais un vrai
Grutléen. Aujourd'hui encore j'approuve le
but de cette société, mais que de
détails je dois blâmer. À mon
point de vue les hommes mûrs seulement
devraient s'occuper de politique et non pas des
jeunes gens à peine sortis de
l'école. Ceux-ci en effet n'ont aucun amour
et aucune compréhension des affaires, mais
seulement de l'orgueil et de l'ambition.
« N'eussé-je pas
été bambocheur, je le serais devenu.
À l'issue de chaque séance il fallait
boire et on n'oubliait pas le jass. Chaque dimanche
une promenade ; le but était toujours
de boire et de faire du tapage. Les membres plus
âgés évitaient d'ordinaire ces
courses dont le profit était maigre. Comme
membre du comité j'étais
libéré des cotisations, et cependant
ou dut me chasser de la caisse d'assurance contre
maladies parce que je n'effectuais pas mes
versements. Peu après je sortis tout
à fait de cette société, car
nous étions désunis. Dans ce cercle
d'hommes, ma jeunesse n'a conquis qu'un
caractère faible, et plus tard, comme
époux, une tête
révolutionnaire. Des idées
socialistes me traversaient le cerveau. je
supportais avec peine la pauvreté, et si
l'occasion s'était présentée
je serais devenu anarchiste.
« À l'occasion d'un
cours de répétition à Berne je
reçus une invitation de la
Société des sous-officiers. Le diable
ne manquait pas de filets à me tendre. je
n'étais pas peu fier d'être fourrier,
et la séance suivante j'étais
présent, le coeur plein de
patriotisme et l'argent du ménage dans la
poche. Qu'arriva-t-il ? le jass, la boisson,
les quilles remplissaient tout mon temps. On
m'admit dans la Société à
l'unanimité et on me reçut avec
enthousiasme. Alors j'entendis lire les statuts. Un
des paragraphes disait : « La
finance d'entrée est de 1 fr. Cette somme
doit être payée
immédiatement ». On devine le
reste. je n'avais plus d'argent. À ma grande
honte, ou plutôt à mon dépit,
je dus emprunter ce franc, je ne pus le rendre tout
de suite et peu de semaines après
j'étais expulsé, peut-être
aussi à l'unanimité, pour n'avoir
payé ni ma finance d'entrée ni mes
cotisations.
« J'ai rapporté ces
détails afin qu'on voie comment la passion
de boire tient ses victimes. Le buveur peut
être où il veut, la soif du plaisir le
tient.
« Au service militaire ma
passion s'accrut des résistances qu'on
opposait à ma liberté. J'étais
malheureux au possible, quand je manquais d'argent.
je savais toujours en extorquer quelque peu
à mes camarades. Ah ! tout ce que l'on
emprunte dans ces cours de
répétition, et tout cela pour
boire ! je puis affirmer par expérience
que souvent la discipline est compromise par la
dépendance dans laquelle des gradés
se trouvent à l'égard de ceux qui
étanchent leur soif.
« Depuis mai 1888 le suis de
nouveau dans une société. C'est
encore une société mais quelle
différence. je suis devenu abstinent, et
suis membre de la Société de la
Croix-Bleue, société suisse, dont les
membres s'abstiennent de toute boisson enivrante.
Quel est le but de toutes les
sociétés mentionnées plus
haut ? Sans doute, de rendre leurs membres
heureux. je ne l'ai jamais
été. Que me manquait-il ? le
contentement. Maintenant je l'ai trouvé dans
le cercle de mes nouveaux amis et par le moyen de
la parole de Dieu. Maintenant je suis heureux et
content ; je suis libre de la passion de boire
et d'autres convoitises par la force de
l'Évangile de Jésus-Christ. Ma vie a
un but. Mes désirs sont apaisés. Je
ne puis décrire tout ce que l'abstinente m'a
apporté. je n'ai aucune peine à ne
pas boire ; j'ai fait le rassemblement de
troupes de 1889 comme tempérant. L'hiver
dernier j'étais du bataillon 29 qui occupa
le Tessin ; il ne m'est pas venu à
l'idée de boire une goutte de la boisson qui
m'a fait tant de mal. Non, je ne sortirai pas de ma
chère société de
tempérance, et on ne m'en chassera
pas ».
L'homme qui a écrit ces lignes a
essayé de dresser le tableau suivant de ses
prodigalités pendant quelques années.
TABLEAU
des boissons consommées par un buveur
qui ne passait pas pour tel auprès de ses
camarades
|
Années
|
VIN
|
BIÈRE
|
SCHNAPS
|
TOTAL
|
Litres par année
|
Dépenses en
Francs
|
|
1877 ( Sortie de l'école)
|
1/2
|
1 1/2
|
1/10
|
2 1/10
|
110
|
71.-
|
|
1878 (Soc. de gymnastique).
|
1
|
3
|
1/10
|
4 1/10
|
214
|
120.-
|
|
1879 (Soc. de gymnastique).
|
1
|
4
|
1/10
|
5 1/10
|
266
|
140.-
|
|
1880 (Autres sociétés)
|
1
|
4
|
1/5
|
5 1/10
|
272
|
155.-
|
|
1881 (jasseur)
|
2
|
4
|
1/5
|
6 1/5
|
324
|
207.-
|
|
1882 »
|
2
|
4
|
1/5
|
6 1/5
|
324
|
207.-
|
|
1883 »
|
3
|
4
|
1/5
|
7 1/5
|
376
|
259.-
|
|
1884 »
|
3
|
3
|
1/2
|
6 1/2
|
338
|
280.-
|
|
1885 »
|
3
|
3
|
1/2
|
6 1/2
|
338
|
280.-
|
|
1886 »
|
3
|
3
|
1/2
|
6 1/2
|
338
|
280.-
|
|
1887 Moralement très bas)
|
2
|
3
|
1
|
6
|
312
|
221.-
|
|
1888 (Une demi-année) *
|
2
|
3
|
1 1/2
|
6 1/2
|
169
|
123.-
|
|
1889 *
* Dès mai 1888
abstinence
(Les chiffres
sont approximatifs)
|
|
|
|
|
3381
|
2343.-
|
IV
STATISTIQUE
de la Fédération
Internationale au 1er sept. 1904
|
1. Suisse
|
18684
|
|
2. Allemagne
|
16984
|
|
3. Autriche-Hongrie
|
302
|
|
4. Danemark
|
6412
|
|
5. France
|
2751
|
|
6. Belgique
|
283
|
|
Total
|
45416
|
Disséminés : 438 en
plus.
Il y a 7 à 8000 abstinents dans
l'État libre du Congo.
Extrait des Statuts centraux de la
Société suisse de Tempérance
de la Croix-Bleue
ARTICLE PREMIER
La Société suisse de
Tempérance de la Croix-Bleue a pour but
principal de travailler, avec l'aide de Dieu et de
sa Parole, au relèvement des victimes de
l'intempérance.
Convaincue par l'expérience que
le renoncement absolu à toute boisson
enivrante est, avec l'aide de Dieu, le meilleur et
le plus sûr moyen de guérir les
buveurs, la Société exige de ses
membres et adhérents l'abstinence
complète de toute boisson enivrante, sauf
usage religieux ou prescription médicale.
Elle n'entend cependant pas condamner par là
l'usage strictement modéré des
boissons fermentées chez ceux qui ne font
pas partie de la Société.
ART. 2.
Outre ce but principal, elle cherche encore
à combattre les abus de la boisson en
répandant des publications, en faisant des
conférences et en secondant, dans la mesure
où le lui permettent ses principes et ses
ressources, les efforts tentés par d'autres
pour combattre l'intempérance.
ART. 3.
La Société n'a aucun
caractère politique ni
ecclésiastique.
ART. 4.
La Société se compose de
l'ensemble des membres actifs et des
adhérents.
ART. 10.
Quiconque veut devenir adhérent
doit :
1° Être âgé de
seize ans révolus ;
2° Avoir signé, pour un
temps quelconque, sur un carnet de la
Société, un engagement d'abstinence
totale et l'observer fidèlement. Cet
engagement est ainsi conçu :
Je promets, avec l'aide de Dieu, de
m'abstenir pendant
............. à partir
d'aujourd'hui, de toute boisson enivrante, sauf
usage religieux ou ordonnance
médicale.
ART. 11.
Les adhérents peuvent assister
aux séances qui ne sont pas
réservées aux seuls membres
actifs.
ART. 12.
Pour être reçu membre
actif, il faut :
1° Avoir été
adhérent fidèle pendant trois mois au
moins (voir art. 10) ;
2° Avoir pris ou prendre ensuite,
pour un an au moins à partir de la demande
d'admission (Voir 3°), un engagement ainsi
conçu :
Je promets, avec l'aide de Dieu, de
m'abstenir pendant ............. à partir
d'aujourd'hui, de toute boisson enivrante, sauf
usage religieux ou ordonnance
médicale.
Je promets également de faire mes
efforts pour combattre chez autrui l'abus de la
boisson.
3° Adresser au Comité dont
dépend le candidat une demande d'admission
appuyée par deux membres
actifs ;
4° Être accepté par
les deux tiers des suffrages de la section, ou,
à défaut de section organisée,
par le Comité
compétent ;
5° S'engager à payer une
cotisation dont le montant sera fixé par
chaque section.
ART. 21.
Toute, violation de l'engagement
entraîne de fait la sortie de la
Société. Celui qui l'a commise doit,
s'il a une carte, la renvoyer immédiatement
à la personne sur le carnet de laquelle il a
signé ou au secrétaire de la
section.
ART. 24.
Toute personne qui veut rentrer dans la
Société après l'avoir
quittée est soumise de nouveau aux
conditions d'admission fixées par les
articles 10 et 12 des statuts.
ART. 33.
Les sections locales ont le droit
d'expulser ceux de leurs membres dont la conduite
serait de nature à compromettre l'oeuvre de
la Société, quand même ils
resteraient fidèles à leur engagement
d'abstinence. Une décision de ce genre ne
peut être prise qu'à la
majorité des deux tiers des voix et le
membre expulsé a le droit d'appel
auprès du Comité cantonal ou
auprès du Comité de Branche.
ART. 68.
L'emblème de la
Société est une croix bleue
formée de cinq carrés égaux
sur fond blanc.
ART. 69.
Cet emblème peut être
porté comme insigne, mais par les seuls
membres, à l'exclusion des simples
adhérents.
Le port n'en est pas
obligatoire.
N. B. - Quant au ruban bleu que portent
beaucoup de nos membres, il n'est pas
spécial à notre
Société. C'est un signe de ralliement
que portent en divers pays, sans distinction de
nationalité ni de Société, les
abstinents qui veulent affirmer leur désir
de lutter contre l'intempérance et d'en
relever les victimes par l'abstinence totale et par
action religieuse (en anglais,
Gospel-Temperance).
Le ruban bleu est donc une sorte
d'insigne international des abstinents
chrétiens, insigne au sujet duquel la
Société de la Croix-Bleue ne croit
pas devoir statuer officiellement malgré sa
sympathie pour le principe qu'il représente.
Aussi notre Société se borne-t-elle
à en recommander officieusement le port
à ses membres et adhérents, tout en
leur laissant une entière liberté
à cet égard.
ART. 74.
Les sections peuvent provoquer la
formation de Comités auxiliaires pour les
aider dans leur oeuvre.
ART. 75.
Les personnes qui font partie de ces
Comités doivent :
a) Être connues pour leur
sobriété ;
b) Reconnaître que l'abstinence
complète de toute boisson enivrante est
nécessaire pour ceux auxquels la boisson est
une occasion de chute ;
c) Aider les membres de la
Société dans leur oeuvre de
moralisation, et surtout visiter les personnes pour
lesquelles la boisson est
dangereuse, afin de les encourager à se
relever et à entrer dans la
Société.
ART. 76.
Les membres de ces Comités ne
sont pas tenus de prendre eux-mêmes un
engagement d'abstinence. Ils ne font donc pas
partie de la Société, ils n'en sont
que les auxiliaires.
|