LA
VIE DE JÉSUS
CHAPITRE II
L'activité
publique de Jésus.
B.
L'activité de Jésus en
Galilée.
44. Jésus et la
pécheresse.
(Luc VII, 36-50.)
Le nom de la pécheresse mentionnée
dans ce récit, ne nous est pas connu d'une
manière certaine. On croit que
c'était Marie de Magdala. Dans cette
période de la vie de Jésus, nous
voyons les pharisiens chercher plus
fréquemment qu'auparavant à se mettre
en rapport avec lui. Ils avaient probablement un
sentiment plus clair de l'antagonisme qui les
séparait de lui, et l'opposition hostile
qu'ils lui faisaient s'accentuait de plus en plus.
Toutefois le pharisien Simon, qui a invité
le Seigneur à sa table, ne semble pas
partager ces mauvais sentiments à son
égard. Il l'a souvent entendu et a vu ses
miracles, et il ne sait pas encore quelle position
il doit prendre vis-à-vis de lui. Une telle
personnalité lui parait trop puissante et
trop grande pour ne devoir pas être prise en
sérieuse considération. D'un autre
côté, il y a dans la conduite de
Jésus beaucoup de choses que Simon ne peut
faire accorder avec les idées qu'il s'est
faites du Messie. C'est pourquoi il désire
s'entretenir tranquillement avec lui, dans sa
propre maison. De là l'invitation qu'il lui
adresse, et que Jésus accepte. Il
reconnaît en lui le pharisien. Il ne voit
dans le coeur de Simon aucun besoin du salut ;
mais il n'y remarque non plus aucun sentiment
hostile. Il espère donc pouvoir placer
quelques paroles salutaires dans le coeur de son
hôte et des autres convives.
Simon reçoit le Sauveur d'une
manière qui répond parfaitement ses
sentiments. Cette réception n'est ni
grossière ni impolie ; mais elle n'est
pas cordiale. L'usage exigeait que Simon
saluât Jésus par un baiser, qu'il lui
offrit de l'eau pour se laver les pieds, de l'huile
pour s'oindre la tète ; mais
évidemment il ne veut pas faire à
Jésus un accueil trop empressé. Il le
traite avec une politesse de grand seigneur, qui
est de nature à le tenir à distance
plutôt qu'à l'attirer.
Et une femme de
la ville, qui avait été de mauvaise
vie, ayant su qu'il était à table
dans la maison du pharisien, elle y apporta un vase
d'albâtre, plein d'une huile
odoriférante. Et se tenant derrière,
aux pieds de Jésus, elle
se mit à pleurer ; elle lui couvrait
les pieds de ses larmes et les essayait avec ses
cheveux, et elle lui baisait les pieds et les
oignait de cette huile. Cette femme
était désignée dans toute la
ville par l'épithète de
pécheresse, parce que ses
péchés étaient
généralement connus. Peut-être
s'était-elle attiré cette honte par
une vie de débauches. Mais ses
péchés pèsent sur sa
conscience comme un lourd fardeau. Elle est confuse
et éprouve le besoin de la grâce de
Dieu. Elle avait ouï parler de
Jésus ; elle savait comment il
consolait les coeurs angoissés. Elle croit
fermement qu'il peut lui enlever le fardeau qui
pèse sur sa conscience. Elle l'a
peut-être entendu lui-même, et elle
veut qu'il lui dise, à elle en particulier,
ce qu'il a si souvent proclamé devant les
multitudes. Elle s'approche de lui et se tient
à ses pieds. Elle le voit et reconnaît
en lui la bonté et l'amour de Dieu. Ce
regard, joint à celui qu'elle jette dans son
propre coeur souillé, fait couler ses
larmes, qui tombent sur les pieds de Jésus.
Comme elle doit être intimidée !
Que doit-elle faire ? Quel service peut-elle
lui rendre ? Promptement
décidée, et n'avant rien d'autre sous
la main, elle dénoue ses cheveux et en
essuie les pieds du Seigneur. Et comme elle
remarque qu'il ne s'irrite point, qu'il ne se
montre nullement choqué, mais qu'au
contraire il lui laisse entendre qu'il a compris le
désir de son coeur, elle lui baise les pieds
et les oint avec l'huile qu'elle a
apportée.
À la vérité, cette
conduite est déplacée dans cette
société aristocratique. Aussi Simon
la prend-il en mauvaise part. N'y aurait-il pas
dans notre coeur des sentiments semblables à
ceux de Simon ? N'aurions-nous pas
adressé à cette pauvre
pécheresse quelques paroles
sévères ? Ne lui aurions-nous
peut-être pas montré la porte en lui
disant : « Nous ne voulons avoir
aucune communication avec des gens comme
toi » ? Mais Jésus, plein de
cet amour qui cherche les pécheurs,
reconnaît le coeur brisé qui cherche
le pardon en toute sincérité.
Le pharisien qui l'avait
convié, voyant cela, se dit en
lui-même : Si cet homme était
prophète, il saurait sans doute qui est
celle femme qui le touche et qu'elle est de
mauvaise vie. Ici, c'est le pharisien
qui a la haute main dans le coeur de Simon.
Jusqu'à présent il était
encore dans le doute si Jésus était
un prophète ; mais maintenant il est
parfaitement au clair. Si Jésus était
prophète, pense-t-il, il
saurait quelle espèce de femme le touche, et
il ne souffrirait par ce contact impur.
Il est tiré de ces
réflexions par cette question de
Jésus : Simon,
j'ai quelque chose à te dire : Et il
dit : Maître, dis-le. - Un
créancier avait deux débiteurs, dont
l'un lui devait cinq cents deniers, l'autre
cinquante. Et comme ils n'avaient pas de quoi
payer, il leur quitta à tous deux leur
dette. Dis-moi donc lequel des deux l'aimera le
plus. - Simon lui répondit : J'estime
que c'est celui auquel il a le plus quitté.
Jésus lui dit : Tu as bien jugé.
Alors, se tournant vers la femme, il dit à
Simon : Vois-tu celle femme ? Je suis
entré dans la maison, et tu ne m'as point
donné d'eau pour me laver les pieds ;
mais elle a arrosé mes pieds de ses larmes
et les a essuyés avec ses cheveux ; tu
ne m'as pas donné de baiser, mais elle,
depuis qu'elle est entrée, n'a cessé
de me baiser les pieds ; tu n'as pas oint ma
tête d'huile, mais elle a oint mes pieds
d'une huile odoriférante. En
parlant ainsi, Jésus prouve à Simon
qu'il connaît sa pensée, et que par
conséquent il est prophète. Mais il
ne l'est pas seulement pour Simon, il l'est aussi
pour toi et pour moi, cher lecteur. Puissions-nous
donc, en tout temps, faire sérieusement
attention à ce qu'il a à nous
dire !
Cette parabole est parfaitement claire
et transparente. Simon a bien jugé,
absolument comme David devant le prophète
Nathan, sans le moindre pressentiment qu'en parlant
ainsi, il se jugeait lui-même. Car le
créancier, c'est le Seigneur, et les deux
débiteurs, c'est lui-même et la femme.
Cette femme a ardemment témoigné son
amour au Seigneur. Chez Simon, au contraire, bien
qu'il eût invité Jésus à
sa table, ce sentiment fait complètement
défaut : il n'a pas même
été poli envers lui. D'où
vient à cette femme cet ardent amour ?
D'où vient qu'il est totalement absent du
coeur de Simon ? Le pardon des
péchés est la source de l'amour.
C'est pourquoi je te dis
que ses péchés, qui sont en grand
nombre, lui sont pardonnés ; et c'est
à cause de cela qu'elle a beaucoup
aimé ; mais celui à qui on
pardonne moins, aime moins. L'amour de
cette femme est le fruit, c'est-à-dire le
signe, et non la cause, du pardon qu'elle a
obtenu..
Comme Jésus invite amicalement
Simon, et par lui, nous tous, à chercher
auprès de lui le pardon de nos
péchés, afin que nous
apprenions à beaucoup
aimer ! Lors donc que nous nous surprenons le
coeur froid et vide d'amour, ce récit doit
être pour nous une preuve que nous n'avons
pas éprouvé la joie du pardon, que
quelque péché non pardonné
pèse encore sur notre conscience.
Ce que cette femme avait
espéré dans la foi, Jésus le
lui déclare clairement : Tes péchés te sont
pardonnés, ta foi t'a sauvée ;
va-t'en en paix. Le Seigneur a rendu
Simon attentif à l'amour de la femme et
à la source de cet amour. Mais il ne faut
pas qu'elle s'imagine avoir mérité le
pardon de ses péchés par son amour.
Voilà pourquoi le Seigneur lui
déclare qu'elle l'a obtenu seulement par la
foi. Et ainsi son âme est
délivrée et son coeur est en paix.
Cependant, examinons plus en détail la
situation de cette femme. Lorsque la douleur
causée par ses péchés
l'amène baignée de pleurs aux pieds
de Jésus, ses larmes parlent assez haut,
mais elle n'articule pas une parole, pas une
plainte. Lorsqu'elle se voit traitée avec
mépris par le pharisien, elle ne dit pas un
mot pour se justifier. Même lorsque le
Seigneur la regarde avec tendresse et lui parle de
consolation et de paix, aucune expression de joie
ou de reconnaissance ne sort de sa bouche, mais son
coeur est en repos dans l'amour de
Jésus. Puissions-nous, nous aussi,
être en état de dire en tout temps
Quoi qu'il en soit, mon âme se repose en Dieu
qui est ma délivrance
(Ps. LXII, 2).
.
45. Jésus guérit un
possédé aveugle et sourd. Le
péché contre le Saint-Esprit.
(Luc XI, 15-28 ;
Matth. XII, 15-45.)
Jésus continue à
déployer une infatigable activité
à guérir les malades, tandis que les
pharisiens tiennent conseil pour le faire mourir.
Mais il leur échappe toujours, parce que son
heure n'est pas encore venue. Au surplus, il ne se
laisse pas intimider. Il défend à
ceux qu'il a guéris de le faire
connaître ; car il ne recherche pas
la popularité.
Ésaïe a très bien
décrit son caractère lorsqu'il a dit
de lui : Il ne
contestera point, il ne criera point, et on
n'entendra point sa voix dans les rues. Il ne
rompra pas tout à fait le roseau
froissé, et
n'éteindra pas le
lumignon qui fume encore. Ce qui importe
à Jésus, ce n'est pas d'être
loué et glorifié, mais de soulager
ceux qui sont travaillés et chargés,
de guérir les consciences troublées,
et de consoler les coeurs brisés. Ne dit-il
pas qu'il est venu non pour juger, mais pour
sauver ? Le marteau de la loi a-t-il
frappé et blessé un coeur ?
Aussitôt le Sauveur vient avec une sainte
joie guérir et consoler. Une conscience
est-elle alarmée ? Lui semble-t-il en
se jugeant elle-même douloureusement, que
tout est perdu, qu'elle est sous le coup d'une
condamnation sans miséricorde ? Voici
le Seigneur qui vient, se fait connaître
comme le Sauveur qui délivre son peuple de
ses péchés. La source de la vie
intérieure nous paraît-elle tarie, la
lumière de la foi éteinte, ou
couve-t-elle tout au plus comme une faible
étincelle sous la cendre ? Ne nous
décourageons pas, regardons à
Jésus ; il sait qu'une goutte d'eau est
encore de l'eau, qu'une faible étincelle est
encore du feu et qu'une foi tremblante et
courbée dans la poussière est encore
de la foi. Le souffle de ses lèvres divines
rallume le lumignon qui fume encore, et lui fait
jeter une joyeuse flamme.
Jésus
chassa aussi un démon qui était
muet. Matthieu ajoute un détail
à la parole de Luc, en nous apprenant que ce
malheureux était non seulement muet, mais
encore aveugle. Jésus le guérit,
en sorte que celui qui
avait été aveugle et muet, parlait et
voyait. Le démon n'use pas de sa
puissance envers tous les hommes de la même
manière. Il rend les uns muets, afin qu'ils
ne puissent pas reprendre le pécheur, ni
confesser le nom de Jésus, ni faire entendre
ses louanges dans la famille, ni faire monter des
prières communes au trône de la
grâce. Il rend les autres verbeux et
loquaces, tellement que leur langue est comme
enflammée du feu de la géhenne
(Jacq. III, 6). Lorsque le Seigneur
guérit ces malades, on peut dire que Satan
sort, et alors le muet parle, et le babillard
devient silencieux.
Ce pouvoir de Jésus sur les
malins esprits, les pharisiens ne pouvaient le
nier. D'innombrables faits parlaient trop haut.
Alors, pour ne pas être obligés de
reconnaître le Sauveur comme le
dépositaire de la puissance du Dieu vivant,
et pouvoir cependant expliquer les expulsions de
démons qu'il opérait, ils
disaient : Cet homme ne
chasse les démons que par
Béelzébul le prince des
démons, comme s'il était
lui-même en relation avec ces anges de
ténèbres. C'est ainsi que la haine
furieuse, que les pharisiens avaient contenue
jusqu'ici, éclate publiquement. À
partir de ce moment, ils se déclarent devant
tout le peuple comme les ennemis de Jésus.
Et Jésus profite de cette occasion pour
s'expliquer plus clairement sur le règne de
Satan. Le diable a sous sa domination un royaume
organisé, qu'il gouverne comme prince des
ténèbres. Depuis qu'il s'est
écarté de la vérité, il
est, lui et ses sujets, en lutte incessante avec
Dieu et son royaume. Cette lutte se continue
à travers les siècles, et constitue
la véritable trame de l'histoire de
l'humanité. Elle prendra fin avec la
défaite définitive de Satan,
lorsqu'il sera plongé avec la mort et le
sépulcre, dans l'étang ardent de feu
et de soufre
(Apoc. XX, 14). C'est pour cela que
le Fils de Dieu est apparu. Il est venu pour
détruire les oeuvres du diable. Dès
lors, quelle chose insensée de dire que le
Fils de Dieu peut aider à l'accomplissement
des oeuvres de Satan ! Le Fils de Dieu au
service du diable ! Il faudrait d'abord
admettre que le diable a vaincu le Fils de Dieu,
l'a soumis à son autorité et qu'il
veut détruire son propre règne pour
mieux le faire fleurir.
Le Sauveur fait justice de cette absurde
calomnie lorsqu'il dit : Tout royaume divisé contre
lui-même sera réduit en désert,
et toute maison divisée contre
elle-même tombera en ruine. Si donc Satan est
divisé contre lui-même, comment son
royaume subsistera-t-il ? puisque vous dites
que c'est par Béelzébul que je chasse
les démons ? Les disciples
vinrent un jour à Jésus et lui
dirent : « Maître, nous avons
vu un homme chasser les démons en ton nom et
nous nous y sommes opposés, parce qu'il ne
nous suit pas. » Et Jésus leur
dit : « Ne vous y opposez pas, car
il n'y a personne qui fasse des miracles en mon
nom, et qui puisse en même temps parler mal
de moi. Celui qui n'est pas contre nous est pour
nous. » Ceci semble être
arrivé plus d'une fois. Et les pharisiens
étaient heureux de pouvoir dire que leurs
disciples avaient la même puissance que ceux
de Jésus sur le royaume des
ténèbres. C'est à ces faits
que le Sauveur en appelle lorsqu'il dit :
Si je chasse les
démons par Béelzébul, vos
fils, par qui les chassent-ils ? C'est
pourquoi ils seront vos juges.
Mais si je chasse les démons par le doigt de
Dieu, il est dont, vrai que le règne de Dieu
est venu à vous. Les pharisiens
tenaient pour des oeuvres de Dieu les expulsions de
démons opérées par leurs
disciples, tandis qu'ils attribuaient à
Béelzébul les mêmes actions
lorsqu'elles étaient accomplies par
Jésus. C'est ce qu'on appelle
résister volontairement à la
vérité.
Alors le Seigneur, qui cherche aussi
avec une infinie compassion les âmes des
pharisiens, se voit forcé de les avertir
sérieusement du danger auquel ils sont
exposés. C'était le but de ces
paroles : Quand un
homme fort et bien armé garde
l'entrée de sa maison, tout ce qu'il a est
en sûreté. La maison, la
résidence du diable, c'est le monde
d'après cette parole de St-Jean : Nous
savons que tout le monde est plongé dans le
mal (I Jean V, 19). Cependant, celte
résidence est plus particulièrement
le coeur du pécheur, aussi longtemps qu'il
ne s'est pas donné au Seigneur Jésus
par la foi et par un amour plein de reconnaissance.
L'homme fort et bien armé a un grand
intérêt à ce que sa maison soit
en repos. Car alors, sa domination n'est pas
menacée. C'est pourquoi le diable veille
avec le plus grand soin à ce que le coeur du
pécheur ne fasse aucune réflexion
sérieuse sur la sainte loi de Dieu, et
repousse continuellement la pensée de
l'éternité. Il maintient cet
état de sécurité des coeurs,
afin qu'ils soient toujours satisfaits
d'eux-mêmes, et ne reconnaissent que quelques
fautes ou quelques faiblesses, mais jamais des
péchés qui puissent attirer la
colère de Dieu. Dès lors, il n'y a ni
inquiétudes ni soucis relativement au salut,
ni recherches , ni méditation de la Parole
de Dieu, ni aspiration à la grâce et
au pardon des péchés.
Une telle paix est la paix du
cimetière, la mort dans le
péché, qui ne peut être
détruite que par Celui qui est plus fort que
l'homme fort. Cela arrive lorsque l'amour de
Jésus passe de la croix dans un coeur,
l'arrache à son sommeil et lui fait
connaître son état. L'homme de douleur
exerce sa puissance par le bras de son amour, qui
est plus fort que le pouvoir de celui qui est
à la fois le tentateur et l'accusateur.
Mais s'il en vient un plus
fort que lui, qui vainque, il lui ôte toutes
les armes auxquelles il se confiait, et partage ses
dépouilles. Ces armes sont les
péchés non confessés
et non pardonnés. Le
Sauveur ôte à Satan ses armes, en
pardonnant les péchés. Il affranchit
ainsi l'âme asservie et la place dans la
lumière du royaume de Dieu. Telle est
l'oeuvre du Sauveur dans les possédés
et les autres pécheurs.
Hors de Jésus, il ne peut pas
plus être question de fonder le royaume de
Dieu ou de recueillir les âmes pour lui, que
de détruire le royaume de Satan.
« Celui qui n'est pas avec moi est contre
moi ; celui qui n'assemble pas avec moi
dissipe. » Vis-à-vis de
Jésus, on ne peut rester neutre. Il est mis,
pour être aux uns une occasion de chute et
aux autres une occasion de relèvement. Dans
son royaume, il n'y a de place ni pour
l'indifférence ni pour l'indécision.
Quiconque ne se donne pas à lui, montre par
cela même son inimitié. Les pharisiens
croyaient, à la vérité, servir
Dieu et fonder son royaume sans Jésus ;
mais le Sauveur leur déclare de la
manière la plus sérieuse que leur
prétendue piété n'apporte
aucune bénédiction, mais ne fait au
contraire que les séparer et les
éloigner de Dieu pour
l'éternité. La maxime qui
reconnaît le juste milieu, peut avoir sa
valeur dans les choses de la terre ; mais dans
celles de la foi, elle est désastreuse. En
présence du règne de Dieu, il faut se
décider : Christ ou Satan, l'amour ou
l'inimitié, le ciel ou l'enfer, la vie ou la
mort, la lumière ou les
ténèbres, le salut ou la
condamnation !
En rapportant le même discours,
saint Matthieu reproduit cette parole de
Jésus touchant le péché contre
le Saint-Esprit, dont il exhorte les pharisiens
à se garder : C'est
pourquoi je vous dis que tout péché
et tout blasphème sera pardonné aux
hommes; mais le blasphème contre le
Saint-Esprit ne leur sera point pardonné. Et
si quelqu'un a parlé contre le Fils de
l'homme, il pourra lui être
pardonné ; mais celui qui aura
parlé contre le Saint-Esprit, n'en obtiendra
le pardon ni dans ce siècle ni dans celui
qui est à venir. Le
péché contre le Saint-Esprit ne
consiste pas dans un certain acte ou dans une
certaine parole, mais dans la résistance
intérieure à l'action qu'il doit
exercer. C'est le péché des
incrédules, qui, comme Caïphe, ferment
leur coeur à la foi en Jésus, et qui
résistent obstinément à
l'impulsion du Saint-Esprit. Mais c'est aussi le
péché de ceux qui ont
goûté et connu combien le Seigneur
est bon, qui ont
été remplis des puissances du
siècle à venir, mais qui ont
cessé de veiller et de prier, et dans
lesquels le péché a ressaisi son
pouvoir comme dans Judas ; de ceux qui, au
mépris de leur expérience intime,
repoussent le Seigneur Jésus volontairement
et en pleine connaissance de cause, et refoulent
les gracieux attraits de l'Esprit de Dieu.
D'après cette explication, on
peut comprendre que tout péché,
même le blasphème contre Dieu puisse
être pardonné, mais que le
péché contre le Saint-Esprit soit
irrémissible. On a voulu voir dans cette
déclaration de Jésus, contrairement
aux données de l'Écriture, une
suprématie du Saint-Esprit sur le
Père et sur le Fils. Elle ne renferme
absolument rien de pareil. Si quelqu'un
prononçait une parole blasphématoire
contre la personne du Saint-Esprit, elle pourrait
lui être, pardonnée tout aussi bien
qu'un blasphème contre la personne du
Père ou contre celle du Fils, si le
blasphémateur se convertissait à
Jésus. Si donc le blasphème contre le
Saint-Esprit ne peut être pardonné, ce
n'est pas que cet Agent divin soit plus excellent
que le Père et le Fils, mais parce que
l'oeuvre du Saint-Esprit est d'une telle nature,
qu'elle met nécessairement l'âme en
demeure de se décider définitivement,
soit pour la vie, soit pour la mort.
La révélation du
Père et du Fils témoigne sans doute
de l'insondable amour de Dieu pour les
pécheurs ; mais, sans le Saint-Esprit,
elle demeure hors de nous, tandis que le
Saint-Esprit glorifie Jésus en nous,
en ce que d'un côté, il nous montre
nos péchés dans toute leur effrayante
gravité, et de l'autre, nous donne
l'assurance qu'ils sont pardonnés par la
mort sanglante et la résurrection de Christ.
Ce n'est pas là une connaissance qui nous
vienne du dehors ; c'est une expérience
que nous faisons nous-mêmes dans les plus
intimes profondeurs de notre être moral. Sans
la repentance et sans la foi au Sauveur, il n'y a
point de rémission de
péché : c'est ce que proclame
toute l'Écriture. Mais lorsqu'un coeur
s'attache à Jésus, c'est là
l'oeuvre du Saint-Esprit. Si donc quelqu'un
résiste à son action, il s'exclut
lui-même du bénéfice du pardon,
pour cette vie, et pour l'éternité.
Cependant, chaque résistance à
l'action de l'Esprit ne constitue pas le
péché dont Jésus parle
ici. Si le coeur est
attiré et alléché par la
convoitise et succombe à la tentation, cela
ne peut sans doute avoir lieu sans une
résistance aux sollicitations de l'Esprit.
Cependant, ce coeur n'a fait encore que
contrister l'Esprit. Ce n'est pas encore le
péché contre le Saint-Esprit. Ceci
est une consolation pour ceux qui croient avoir
commis ce péché.
Là où il y a encore une
trace de tristesse selon Dieu, et un sincère
désir d'aller au Sauveur, la porte du coeur
n'est pas encore fermée au Saint-Esprit.
Toutefois que chacun se garde de l'attrister
à la légère ! Car chaque
désobéissance, chaque acte de
résistance à ses impulsions,
éloigne du Sauveur et est un pas de plus
dans la voie qui, par l'endurcissement et
l'incrédulité, sépare
l'âme de Dieu pour
l'éternité.
La sévère parole de
Jésus avait pénétré
comme une épée à deux
tranchants dans le coeur des pharisiens. Ils
étaient là confus devant celui qui
sonde les coeurs, d'autant plus que le peuple avait
tout entendu. Afin d'affaiblir les paroles du
Seigneur et d'inspirer des doutes sur le droit
qu'il s'arrogeait de prononcer contre eux une
pareille sentence de condamnation, ils lui
demandent de justifier ce droit par quelque
prodige. Alors
quelques-uns des scribes et des pharisiens lui
dirent : Maître, nous voudrions te voir
faire quelque miracle, comme s'ils ne
venaient pas d'être témoins du miracle
accompli sur le possédé ! ou
comme si ce miracle était le premier que
Jésus eût fait ! Que ne
demandaient-ils un miracle pour fortifier leur
foi ! Alors Jésus n'eût
certainement pas manqué de le faire. Mais le
désir qu'ils manifestent, n'est que
l'expression de leur incrédulité.
Aussi le Seigneur les appelle-t-il une race
méchante et adultère parce que,
par leur incrédulité, ils ont rompu
le lien qui les rattachait au Dieu vivant, et il
les renvoie au miracle du prophète Jonas.
Car comme Jonas fut dans
le ventre d'un grand poisson trois jours et trois
nuits, de même le Fils de l'homme sera dans
le sein de la terre trois jours et trois
nuits. Les trois jours sont
mentionnés pour désigner
l'événement qui s'accomplit dans
trois jours, savoir le séjour de
Jésus dans le tombeau. Sa
résurrection est le plus éclatant de
tous les miracles, une confirmation de tous les
autres, et le sceau de la mission qu'il a remplie
de la part de Dieu. Sans doute,
les miracles ne produisent pas toujours la
foi ; mais ils montrent à ceux qui ont
déjà cru oui qui sont disposés
à croire, que leur foi repose sur un bon
fondement. Quant aux incrédules, lorsqu'ils
verront ce à quoi ils ont refusé de
croire, le signe du Fils de l'homme sera pour eux
le signe de la condamnation. En attendant, le
Ressuscité n'apparaîtra pas à
tout le peuple, mais la résurrection sera
annoncée à tous les hommes, afin que
tous puissent parvenir à la foi.
Les Ninivites
s'élèveront au jour du jugement
contre cette nation et la condamneront, parce
qu'ils s'amendèrent à la
prédication de Jonas, et il y a ici plus que
Jonas. La reine du Midi s'élèvera au
jour du jugement contre celle nation et la
condamnera, parce qu'elle vint d'un pays
éloigné pour entendre la sagesse de
Salomon, et il y a ici plus que Salomon.
Chaque âme convertie est pour l'âme
inconvertie un exemple qui la juge et la condamne.
Beaucoup de chrétiens seront un jour
confondus et condamnés par des païens
convertis. Lorsqu'un
esprit impur est sorti d'un homme, il va par des
lieux déserts, cherchant du repos et il n'en
trouve point. Alors il dit : Je retournerai
dans ma maison d'où je suis sorti, et
étant revenu, il la trouve vide et
ornée. Alors il s'en va et prend avec lui
sept autres esprits plus méchants que lui,
lesquels y étant entrés, habitent
là, et la dernière condition de cet
homme est pire que la première : il en
arrivera ainsi à cette méchante
race. Une rechute est tout ce qu'il y a
de plus funeste. Les pires ennemis de la croix de
Christ et du règne de Dieu, sont toujours
ceux qui ont été une fois
arrachés à la puissance des
ténèbres, qui s'étaient
donnés au Seigneur Jésus dans la foi,
et qui sont retombés. Alors on ne retourne
pas seulement à l'indifférence
où l'on était
précédemment, mais on tombe dans un
état beaucoup pire. On est rempli d'une
haine mortelle et d'une fureur persécutrice
contre le Sauveur et contre tous ceux qui croient
en son nom. Seigneur, ne nous induis pas en
tentation !
Et comme
Jésus parlait encore au peuple, sa
mère et ses frères qui étaient
dehors, demandèrent à lui parler. Et
quelqu'un lui dit : Voilà, ta
mère et tes frères sont là
dehors et demandent à te parler.
Les frères de Jésus ne croyaient pas
en lui. Ils ne reconnaissaient pas en lui le Fils
unique de Dieu. Toutefois, l'amour pour lui,
comme membre de la même
famille, leur inspirait des inquiétudes
à son sujet. Ils craignaient qu'il ne se
fatiguât trop. C'est pourquoi ils viennent,
accompagnés de Marie, l'engager à se
ménager.
Nous trouvons ici pour la
première fois les frères de
Jésus. L'Église romaine n'admet pas
que le Seigneur ait eu des frères
consanguins. Elle enseigne que ceux qui sont
mentionnés dans l'Écriture comme
frères de Jésus, n'étaient que
ses cousins. Cette doctrine a pour but d'exalter la
gloire de Marie et d'établir sa
virginité. Cette Église croit qu'il
ne convenait pas à la mère du Sauveur
de s'être mariée après la
naissance de Jésus et d'avoir vécu
avec un homme. D'après elle, Marie est
réellement restée vierge. Mais ceci
ne s'accorde pas avec la Sainte-Écriture.
Les évangélistes nomment l'enfant
Jésus nouvellement né le
premier-né de Marie
(Luc II, 7). Il résulte de
cette expression que les évangélistes
ont connu d'autres enfants de Marie. Autrement ils
l'auraient appelé son fils unique ou
tout simplement son fils. L'expression son
premier-né indique évidemment
qu'elle eut d'autres enfants. De plus, saint
Matthieu dit que Joseph ne connut point sa femme
jusqu'à ce qu'elle eut enfanté son
fils premier-né
(Matth. I, 25). Cette
expression : jusqu'à ce que
n'aurait pas de sens, si Joseph n'eût pas
connu sa femme, après la naissance de ce
fils. Au surplus, soutenir que le célibat
est un état plus excellent devant Dieu que
la vie conjugale, c'est se mettre en contradiction
avec l'Écriture sainte. Saint Paul appelle
la doctrine de ceux qui défendent de se
marier, une doctrine des démons
(1 Tim. IV, 1. 2).
Mais
Jésus répondit à celui qui lui
avait dit cela : Qui est ma mère et qui
sont mes frères ? Et étendant sa
main vers ses disciples, il dit : Voici ma
mère et mes frères. Car quiconque
fait la volonté de mon Père qui est
aux cieux, c'est celui-là qui est mon
frère, ma soeur et ma
mère. Le Sauveur avait un ardent
amour et un profond respect pour sa mère. Il
l'a maintes fois prouvé, et encore en
dernier lieu, lorsque, sur la croix, il lui donne
un soutien dans la personne de son disciple
bien-aimé. Mais, dans les travaux de sa
vocation, il ne se laisse déranger ni par sa
mère ni par ses frères. Car il faut
qu'il soit occupé aux affaires de son
Père. Ce ne sont pas ses parents terrestres
qui sont le plus près de son coeur de
Sauveur. Ce sont ceux qui font
la volonté de son Père céleste
en se donnant à lui dans la foi
(Jean VI, 40). Ainsi Jésus
veut se tenir près de nous comme un enfant
près de sa mère, comme un
frère près de son frère !
Oh ! quelle précieuse
consolation ! Mon ami est à moi !
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