LA
VIE DE JÉSUS
CHAPITRE II
L'activité
publique de Jésus.
B.
L'activité de Jésus en
Galilée.
28. Le Sermon sur la montagne.
(Matthieu V
-VI-VII.)
Le sermon sur la montagne ne met pas sous nos
yeux la loi de Dieu aggravée et
renforcée, comme la condition à
remplir pour entrer dans le royaume des cieux. Il
nous montre les devoirs imposés à
ceux qui sont déjà membres de ce
royaume. Le proverbe « Noblesse
oblige », a une signification plus juste
dans le royaume des cieux que dans le monde. La
plus haute noblesse sont les enfants de Dieu, qui
sont le sel de la terre et la lumière du
monde. Voilà pourquoi le sermon sur la
montagne commence par nous parler de la
félicité et de la gloire des enfants
de Dieu. Les béatitudes sont leurs lettres
de noblesse. Ces paroles sont adressées aux
disciples, mais de manière cependant
à être entendues par le peuple.
a) Les béatitudes.
Heureux les pauvres en
esprit, car le royaume des cieux est à
eux ! Heureux ! Quelle douce
introduction ! Ce n'est pas une nouvelle loi,
ni une nouvelle exigence, c'est un message venant
du coeur de Celui qui s'appelle Jésus,
c'est-à-dire Sauveur. Et cependant, si
aimables, si suaves que soient les
béatitudes, elles n'en ont pas moins un
effet puissant, parce qu'elles sont
diamétralement opposées à
l'esprit et à la manière de voir du
monde. Celui qui ne saurait pas encore que le
christianisme est en scandale au monde, pourrait
l'apprendre ici. On peut comprendre comment un
vieux couple catholique fut si fort ému par
ces suaves paroles. Le mari avait acheté
chez un bouquiniste un Nouveau Testament sans avoir
l'idée que ce livre fût la Parole de
Dieu. « C'est un si beau
livre ! » lui avait-on dit. Ils le
lisaient un soir d'hiver. Quand le mari eut
achevé les béatitudes, il devint
pensif, lut une seconde et une troisième
fois, et, courbant la tète, il revenait sans
cesse à ces mots, dont il
ne pouvait détacher les yeux. À la
fin il regarda sa femme et lui dit : Femme, ou
bien ce livre ment, on bien nous n'avons pas
été de vrais chrétiens
jusqu'à présent.
C'est qu'il est plus facile à un
homme de distribuer tous ses biens aux pauvres que
de devenir pauvre en esprit. Ceux que le Seigneur
appelle heureux ne sont pas les pauvres en argent
on en biens de la terre ; mais ceux qui ne
voient en eux-mêmes aucun mérite,
aucune justice, et qui ne trouvent dans le monde ni
consolation ni paix ; ceux qui viennent
à Dieu avec un coeur pauvre et vide, afin
qu'il le remplisse. Les mendiants spirituels,
voilà les seuls qui soient heureux. Cela
semble si facile et cependant cela coûte
tant ! Cela ne coûte pas moins que le
renoncement à soi-même, le renoncement
à l'orgueil naturel. Depuis que l'homme a
ajouté foi aux paroles du père du
mensonge : « Vous serez comme des
dieux, connaissant le bien et le mal »,
son coeur n'a plus besoin de lumière sur les
choses de Dieu, il sait tout ; il comprend
tout ; il est plein de lui-même, de sa
propre sagesse. Dès lors, le royaume des
cieux ne trouve plus aucune place dans son
coeur.
Pauvres en esprit ! Ce sont
ceux qui ne trouvent rien de bon en eux-mêmes
et qu'un tel sentiment tourmente. Si tu es heureux
de posséder la grâce de Dieu, et que
cependant tu te demandes : À quoi
dois-je cette faveur ? » Si,
malgré la salutaire action de l'Esprit de
Dieu en toi, tu aspires cependant à la
grâce, comme le brigand sur la croix, c'est
là la pauvreté en esprit. Si
lé Seigneur se sert de toi comme instrument
de son amour, s'il te fait expérimenter
qu'il y a plus de bonheur à donner
qu'à recevoir, nourrissant par ton moyen
ceux qui ont faim, désaltérant ceux
qui ont soif, vêtant ceux qui sont nus et
consolant les affligés, et que cette
conduite t'attire des louanges, si tu crois
véritablement que tu n'en mérites
aucune, parce que ta main gauche ignore ce que ta
droite a fait, c'est la pauvreté en
esprit.
Et les pauvres en esprit sont
heureux. Ils ne doivent pas seulement le
devenir. Ce sont des vases
préparés pour recevoir la grâce
du royaume des cieux, qui comme les eaux
terrestres, se répandent seulement dans les
profondeurs. La pauvreté en esprit est en un
mot l'état d'un homme qui
a la conscience d'être un pauvre
pécheur, précisément le
contraire du pharisaïsme.
Heureux ceux
qui sont dans l'affliction, car ils seront
consolés. Où sont les
hommes qui traversent la vie sans verser des
larmes ? Doivent-ils tous être
consolés ? Oui ! qu'ils viennent
tous, ces coeurs courbés sous leurs
fardeaux, brisés par la douleur. Qu'ils
viennent tous à Jésus. Il ne met
dehors aucun de ceux qui viennent à Lui.
Même si tu ne souffres que de maux corporels,
viens aussi à Jésus, mais viens
véritablement, personnellement.
Auprès de lui, ta douleur sera
sanctifiée, en sorte que tu deviendras
accessible à ses consolations.
Cependant ces paroles ne signifient pas
que tous ceux qui ont des afflictions ici-bas
doivent nécessairement être
consolés dans l'éternité. Ceux
qui auront souffert ici-bas sans Jésus, ne
seront pas consolés dans la vie
future ; mais ils subiront une peine sans fin.
Lorsque le Seigneur proclame heureux,
déjà sur la terre, ceux qui sont dans
l'affliction, il a en vue la tristesse selon Dieu,
qui produit une repentance à salut dont on
ne se repent jamais. La tristesse du monde qui
produit la mort, ne considère que les
conséquences matérielles du
péché. La tristesse selon Dieu est
causée par le péché
lui-même, non pas seulement dans
quelques-unes de ses manifestations, mais dans sa
source, dans le coeur qui veut toujours suivre sa
propre voie. Cette affliction, qui contient
déjà le salut, est née en
Golgotha. Sur la croix, Jésus te dit :
« Voilà ce que j'ai fait pour
toi ; et toi, qu'as-tu fait pour
moi ? » Si cette question te fait
baisser les yeux et que tu éprouves une
véritable douleur de ne pas aimer assez
Celui qui t'a tant aimé ; c'est
là l'affliction qui rend heureux. De plus,
le Fils de Dieu a apporté sur la terre la
faculté de souffrir pour les
péchés des autres. En voyant
l'endurcissement de Jérusalem, il pleura sur
elle ; il a été affligé
de l'incrédulité de ses ennemis,
parce qu'ils ne voulaient pas penser aux choses qui
appartiennent à leur paix. Quiconque a
l'Esprit de Jésus connaît par
expérience ces larmes, cette douleur. Il ne
juge pas ; il ne condamne pas le monde
à cause de son
incrédulité ; il prie pour lui
et porte sa douleur.
Être dans l'affliction et
pourtant être heureux ! L'homme
naturel ne peut pas comprendre
cela. Et cependant, même dans les souffrances
terrestres, il en est une qui ronge le coeur, et
qui ne se conçoit néanmoins pas sans
un certain bonheur mélancolique. C'est la
nostalgie. Quiconque est atteint de ce mal,
languit et dépérit peu à peu.
La vue d'une telle souffrance fait pitié.
Toutefois un coeur atteint de nostalgie peut se
dire estimé heureux, comparé,
à ces êtres infortunés qui
n'ont point de chez-soi, pas de maison
paternelle, qui n'ont pas un lieu où l'on
pense à eux, où ils soient attendus.
Tous ceux-là ignorent la douleur rongeante
de la nostalgie. Combien ne seraient-ils pas plus
heureux s'ils la connaissaient ! Le monde
ignore aussi la douleur que causent à
l'homme ses propres péchés et les
péchés des autres, mais cette
ignorance ne le rend pas heureux. S'il la
connaissait, il ne serait plus le monde ; il
compterait parmi les enfants de Dieu qui aspirent,
dès ici-bas, à entrer dans la demeure
céleste. Celte béatitude du
Seigneur pourrait donc se traduire ainsi :
Heureux ceux qui ont la nostalgie, car ils
verront la maison paternelle !
Heureux les
débonnaires, car ils hériteront la
terre. Ce qui est promis au
Psaume XXXVIle, aux croyants de
l'Ancien Testament : que les
débonnaires hériteront la terre,
Jésus l'applique ici aux citoyens du royaume
des cieux, et leur donne l'assurance que ceux qui
sont ici-bas méprisés et
opprimés par le monde, remporteront
cependant la victoire. Le coeur des pauvres en
esprit, qui mènent deuil sur leurs
péchés, ne se plaint pas en
disant : « En quoi l'ai-je
mérité ? » Il se tait.
et se laisse châtier. Nous avons, disent-ils,
ce que nous avons mérité. Un coeur
ainsi disposé s'humilie sous la puissante
main de Dieu, et apprend à dire avec
David : Je le rends
grâces, ô Dieu, de ce que tu m'as
fidèlement
châtié ! C'est ainsi
que nous recevons avec douceur la Parole qui est
plantée en nous. Même lorsque les
hommes nous font tort et nous offensent, notre
coeur demeure calme et ne s'irrite point. La vraie
humilité et l'affliction supportées
de bon coeur, tuent l'ambition et
l'égoïsme, et se manifestent
extérieurement sous les traits de cette
débonnaireté à laquelle
l'héritage de la terre est promis. La
promesse de l'héritage a aussi pour objet
les biens à venir. Dans le royaume de la
gloire, les débonnaires hériteront de
la nouvelle terre et de la
domination avec Christ. Tout est
à vous le présent et l'avenir, la
terre et le ciel, et ici-bas déjà,
une vie paisible, que l'agitation du monde ne
saurait troubler. Quand
l'Éternel prend plaisir aux voies d'un
homme, il apaise même envers lui ses
ennemis. Cela est vrai, surtout des
débonnaires.
Heureux ceux
qui ont faim et soif de justice, car ils seront
rassasiés. Assertions qui
paraissent des contradictions, problèmes qui
pour l'esprit mondain, sont obscurs et insolubles.
La faim est un tourment, la soif est une souffrance
pour le coeur humain, aussi longtemps qu'il n'a pas
été brisé par la repentance.
Et ici le Sauveur parle d'une faim et d'une soif
qui portent en elles la
félicité ! Tout coeur d'homme a
faim et soif. Le coeur mondain a soif de biens
terrestres, de bien-être, d'honneurs. Mais on
peut dire de ces choses, ce que Jésus disait
à la Samaritaine :
« Quiconque boira de cette eau, aura
encore soif. » Ces objets sont incapables
d'étancher la soif du coeur. Ils sont
plutôt une eau salée, qui augmente la
soif.
Il arrive à l'incrédule,
ce qui arrive à l'homme qui, ayant faim,
rêve qu'il mange, mais quand il est
réveillé, son âme est
vide ; et à celui qui, ayant soif,
rêve qu'il boit, mais quand il est
réveillé, il est las et son âme
est altérée
(Esaïe XXIX, 8). Après de
courts moments d'un rassasiement illusoire, vient
l'indigence éternelle et la soif
inextinguible du mauvais riche. Les enfants de Dieu
ont soif de Dieu, du Dieu vivant lui-même.
Ils aspirent à voir sa face en justice
(Ps. XLII, 3 ). Ils ont faim et
soif de l'aliment du royaume de Dieu qui s'appelle
la Justice.
Ils seront
rassasiés. Naturellement il n'est
pas question ici de la satiété du
Laodicéen, qui disait : « Je
suis riche, je me suis enrichi et je n'ai besoin de
rien. » Il y a un rafraîchissement
fortifiant, qui n'éteint pas la soif de la
communion d'amour avec le Seigneur, car il demeure
toujours vrai que plus on aime le Sauveur, plus on
sent combien on devrait l'aimer. C'est la
bienheureuse expérience de cette promesse du
Seigneur : « Je suis venu, afin que
mes brebis aient la vie et qu'elles l'aient
même avec abondance
(Jean X, 10).
Heureux les
miséricordieux, car ils obtiendront
miséricorde. Il
convient de remarquer ici que
les béatitudes se rattachent l'une à
l'autre comme les anneaux d'une chaîne
tiennent l'un à l'autre. Chacune ne peut
être bien comprise, que si on l'étudie
dans sa liaison avec l'ensemble. La
miséricorde qui est proclamée
bienheureuse n'est pas une disposition du coeur
inconverti. On ne peut la trouver que chez ceux qui
ont obtenu miséricorde, chez les pauvres en
esprit ; chez ceux qui sont
affligés ; chez ceux qui ont faim et
soif de justice, et dont la faim et la soif ont
été apaisées par le pardon de
leurs péchés. Le coeur
impénitent est égoïste, et,
croyant n'avoir besoin d'aucune grâce, il est
froid et indifférent aux besoins du coeur et
de l'âme de son prochain. Tous les coeurs
animés des sentiments de Caïn disent
comme lui : « Suis-je le gardien de
mon frère ? »
C'est pourquoi aussi les sacrificateurs et les
anciens d'Israël repoussèrent durement
Judas, qui était dévoré de
remords, en lui disant : « Que nous importe ?
tu y pourvoiras. » Mais celui
à qui il a été beaucoup
pardonné, aime beaucoup et a pitié de
ceux qui souffrent. On n'apprend la
miséricorde, qu'auprès de Celui qui,
ému de compassion envers nous, a souffert
pour nous jusqu'à la mort.
Car ils
obtiendront miséricorde. Le
serviteur auquel le Roi du ciel avait remis toute
sa dette, accepta la miséricorde comme une
proie ; mais il n'en fit point
bénéficier son compagnon de service.
Il voulait bien jouir de la miséricorde,
mais il refusait de l'exercer. C'est pourquoi la
miséricorde lui fut retirée et le
paiement intégral de sa dette, fut
exigé de lui. Mais ceux qui usent de
compassion obtiendront miséricorde dans le
temps et dans l'éternité. La foi
égoïste, qui ne cherche la
miséricorde de Dieu que pour
elle-même, et qui refuse de l'exercer envers
les autres, est funeste et sans paix. Mais les
miséricordieux obtiennent déjà
dès ici-bas l'effet de la promesse :
Si tu partages ton pain
avec celui qui a faim, que tu fasses venir dans ta
maison les étrangers qui sont errants, et
que quand tu vois celui qui est nu, tu le couvres
et que tu ne te caches point de ta propre chair,
alors la lumière éclora comme l'aube
du jour, et la guérison germera
incontinent ; la justice ira devant toi, et la
gloire de l'Éternel sera ton
arrière-garde
(Ésaïe LVIII, 7.
8).
Ici se trouve la solution d'un
problème de la vie chrétienne :
c'est que beaucoup de croyants
ne jouissent pas d'une véritable paix et ne
parviennent pas à une joie réelle, en
sorte qu'ils n'appartiennent pas à ce peuple heureux, qui a sujet de
jeter des cris de réjouissance à
l'Éternel
(Ps. LXXXIX, 16). Leur foi est une
lumière qui est placée sous le
boisseau, et ne projette aucun rayon de
miséricordieux amour. Si leur vie
était une manifestation éclatante de
cet amour miséricordieux, leur
lumière éclorait comme l'aurore, et
leur coeur apprendrait à jeter des cris de
joie.
Heureux ceux
qui ont le coeur pur, car ils verront
Dieu. C'est
là une parole sérieuse, qui a bien
souvent rempli d'inquiétude et d'angoisses
le coeur de chrétiens fidèles.
Cependant il est évident que le Sauveur ne
proclame pas heureux le coeur naturellement pur.
car parmi les impurs nul, n'est pur ; et tous
sont obligés de s'écrier : Je suis un homme souillé de
lèvres et j'habite parmi un peuple
souillé de lèvres
(Ésaïe VI, 5).
Quel chrétien oserait se joindre
aux enfants du monde, qui, lorsque leurs
péchés sont ostensiblement
châtiés, se consolent en disant :
« Il y a sans doute des taches dans ma
vie, mais mon coeur est pur. »
Erreur ! Non seulement la conduite est pleine
d'impureté ; mais aussi le coeur est
entaché de mauvaises convoitises,
d'égoïsme, d'ambition, sans
véritable crainte de Dieu, sans amour pour
le prochain, amateur de vanités.
Le coeur proclamé heureux est
donc, non celui qui serait pur de sa nature, mais
celui qui a été purifié par la
grâce de Dieu et par l'action bien
édifiante du Saint-Esprit. C'est le coeur
des pêcheurs reçus en grâce qui
ont éprouvé les effets de la
miséricorde divine par le pardon de leurs
péchés, et qui, remplis d'un ardent
désir de se purifier, répètent
avec ferveur cette supplication du Psalmiste :
« Oh ! que mes voies soient bien
réglées pour garder tes statuts
(Ps. CXIX, 5) ! »
Cet ardent désir pousse chaque
jour l'âme à rechercher la
sanctification, sans laquelle nul ne verra le
Seigneur
(Héb. XII, 14). Mais c'est une
douleur journalière pour tout coeur
chrétien, de sentir que, malgré nos
combats, le péché est toujours
attaché à nous, nous rend paresseux
pour toute espèce de bien, et que nous
sommes si souvent vaincus par lui. D'un autre
côté, cette connaissance nous
entretient dans l'humilité et nous
préserve de l'illusion qui nous persuaderait
que nous avons
déjà atteint la
perfection. Elle nous force de purifier toujours de
nouveau, par la foi, nos coeurs, dans le sang du
Fils de Dieu.
Oui, heureux
ceux qui ont le coeur pur, car ils verront
Dieu. Le coeur pur, c'est-à-dire
le coeur qui cherche et trouve chaque jour le
pardon de ses péchés dans le sang de
l'Agneau et qui y lave ses vêtements, - le
coeur pur est l'oeil qui contemple Dieu. Chaque
péché non pardonné, rend le
coeur aveugle et trouble la joie de la
prière. Le coeur humain, impénitent
et impur, ne voit autour de lui que la
poussière de la terre, et au-dessus de lui
que vapeur et brouillard. Si le coeur est comme la
mer agitée, dont les flots ne jettent que de
la vase et du limon, il ne peut ni contempler ni
connaître Dieu, malgré toute sa
science et toute sa connaissance.
Tandis que le coeur purifié par
l'amour de Dieu, devient un miroir qui
reçoit les rayons de la face de Dieu en
Jésus-Christ.
Heureux ceux
qui procurent la paix, car ils seront
appelés enfants de Dieu. Lorsque
le Seigneur nous console dans les afflictions que
nous causent nos péchés, et nous fait
expérimenter les effets de cette
parole : La paix soit
avec vous, c'est déjà
réellement une béatitude. Mais
il y a plus de bonheur à donner qu'à
recevoir. Les biens du ciel ne nous rendront jamais
véritablement heureux, si nous ne pouvons
les communiquer à d'autres.
La grande joie pour l'enfant de paix,
c'est de pouvoir apporter et établir la paix
parmi les hommes. Là où des coeurs
ont été divisés et
irrités par de mauvaises langues, les
enfants de paix répandent leur semence de
paix par de bonnes paroles, et réparent
autant que possible le mal qui a été
fait. Mais ils ont mieux à faire que
d'amener les hommes à se supporter les uns
les autres avec douceur. Ils s'efforcent de faire
connaître la paix de Dieu aux coeurs qui en
sont privés. C'est là un saint et
bienheureux effort. C'est pourquoi ceux qui le font
sont appelés enfants de Dieu. Ils
sont engendrés par la divine semence de la
nouvelle naissance, une étincelle de la
flamme divine. Leurs divins traits de famille
doivent être reconnus déjà sur
la terre, par tous ceux qui ont les yeux sains.
Mais c'est dans le ciel que leur nom d'enfants de
Dieu brillera sur leur front comme une
étoile divine. Les saints anges et les
bienheureux les salueront comme
enfants de Dieu, et on verra la
réalisation de ces paroles de l'Apocalypse
(XXII, 3. 4.) : Ses serviteurs le serviront, ils
verront sa face et son nom sera écrit sur
leurs fronts.
Heureux ceux
qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des cieux est à
eux. Le monde ne veut pas faire sa paix
avec Dieu. Il repousse loin de lui les messagers de
paix. Lorsque les pécheurs ne veulent pas se
laisser déranger dans leur funeste
manière de vivre ; lorsqu'ils refusent
de se rendre aux invitations des enfants de paix,
d'être justifiés devant Dieu par la
repentance et par la foi au Prince de la paix, ils
répondent à ces exhortations pleines
d'amour, par la persécution. Malgré
cela, lorsque les martyrs ont eu à souffrir
pour la justice, ils étaient cependant
heureux. Les consolations du royaume des cieux
restauraient leur âme au milieu des plus
horribles tourments corporels, en sorte qu'ils
purent non seulement rester fidèles
jusqu'à la mort, mais encore chanter
joyeusement des cantiques de louanges. Ici le
Sauveur a surtout en vue les disciples, qui
subiront les premiers le choc de l'inimitié
du monde.
Vous serez
heureux lorsqu'à cause de moi on vous dira
des injures, qu'on vous persécutera et qu'on
dira faussement contre vous toute sorte de mal.
Réjouissez-vous alors et tressaillez de
joie, parce que voire récompense sera grande
dans les cieux, car ils ont ainsi
persécuté les prophètes qui
ont été avant vous. On a
dit que la haine du monde est la marque distinctive
du chrétien. Elle est le sceau que le monde
appose sur leur vocation et leur élection
célestes. Cependant, ce ne sont pas les
souffrances et les persécutions en
elles-mêmes qui font les martyrs, ce sont les
causes de ces persécutions et de ces
souffrances. Lorsque les hommes disent de nous un
mal qui est vrai, et qu'à cause de cela nous
sommes injuriés et persécutés,
ceci n'est assurément pas une
béatitude. Mais lorsque le mal qu'ils
disent de nous est faux ; lorsque le motif de
leurs injures et de leurs persécutions n'est
autre que la confession que nous faisons du nom de
Christ, par nos paroles et par notre conduite, ceci
est en tout cas une béatitude. Les
injures que nous souffrons pour Christ, constituent
le plus grand honneur qu'un chrétien puisse
obtenir et une précieuse garantie de sa foi.
Ceux qui sont
persécutés pour le nom de
Jésus, voient entre les pierres d'un monde
qui les lapide, le ciel ouvert et le Fils de
l'homme assis à la droite de Dieu. Ce regard
jeté sur la gloire de Dieu, les rend en
toutes choses plus que vainqueurs. Grâce
à ces persécutions, les disciples se
trouvent en communion avec les prophètes,
qui ont eu à souffrir pour le même
témoignage.
Lorsque l'impératrice Eudoxie
cherchait à mettre à mort le
vénérable père de l'Eglise,
Chrysostôme, il disait : « Si
l'impératrice veut me faire scier, qu'elle
le fasse. » La même chose est
arrivée au prophète Esaïe.
Veut-elle me faire jeter à la mer ? je
penserai au prophète Jonas. Veut-elle me
faire brûler dans une fournaise ? je
souffrirai avec les trois hommes de Dieu. Veut-elle
me jeter aux bêtes ? je me souviendrai
de Daniel dans la fosse aux lions. Veut-elle me
faire décapiter ? j'aurai pour
compagnon Jean-Baptiste. Veut-elle me faire
lapider ? Qu'elle le fasse ; saint
Étienne n'a pas été mieux
traité. »
On peut reconnaître dans les
béatitudes un ordre, une gradation qui nous
montre le commencement, les progrès et la
consommation de la Justice
chrétienne. Le commencement est
opéré par une humble connaissance de
soi-même et une sainte tristesse dans nos
rapports avec Dieu et avec les hommes
(v. 3-5). Le progrès consiste
dans un effort sérieux pour réaliser
la justice devant Dieu, dans l'exercice de la
miséricorde, dans la pureté du coeur
et dans la tendance à procurer la paix
(v. 6-9). La consommation se
caractérise par la patience sous la croix
pour l'amour de Jésus
(v. 10-12). L'ensemble est une
chaîne d'or de béatitudes, depuis le
premier anneau jusqu'au dernier. C'est une
véritable échelle de Jacob, dont le
premier échelon s'appuie sur la terre, et
dont le dernier touche le ciel. Aucun degré
ne doit être négligé ;
aucun échelon ne doit manquer. C'est
pourquoi ces béatitudes ne sont pas au fond
différentes l'une de l'autre; c'est une
seule et même béatitude
considérée sous différentes
faces. Seulement, il ne faut pas regarder les
premiers degrés comme un simple passage. La
pauvreté en esprit et la tristesse selon
Dieu, sont les traits fondamentaux du
caractère chrétien.
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