LA
VIE DE JÉSUS
CHAPITRE I
La jeunesse de
Jésus jusqu'à la
tentation.
3. La conception par le Saint-Esprit.
Ce qui avait été perdu par les
premiers hommes devait être abondamment
réparé par l'oeuvre de la
Rédemption.
L'homme pécheur est par sa
naissance un enfant de la mort. Pour
remédier à ce déplorable
état, qui durait depuis des siècles,
il fallait qu'une puissance de vie vint d'en haut
et fût inoculée à
l'humanité. Bien plus : il fallait non
seulement que les puissances de la vie, mais encore
que la source même de toutes ces puissances,
la Vie éternelle, personnelle et divine
(Jean I, 4), apparût dans ce
monde de péché et de mort. - L'Amour
éternel, du haut de son trône
céleste, a abaissé ses regards sur
les misères des hommes, et son coeur a
été ému d'une telle
compassion, qu'il s'est senti pressé de les
secourir. - Il réfléchit, et voici,
la chute de l'homme était si profonde, la
culpabilité de cette créature
formée, à l'image de Dieu
était si énorme, qu'elle ne pouvait
être expiée que par le Fils même
de Dieu. Ce qu'aucun homme ne pouvait faire,
quelque excellent qu'il fût, a
été accompli par notre Emmanuel
(Esaïe VII, 14), l'Homme-Dieu,
Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.
Personne ne pourra, en
aucune manière racheter son frère, ni
donner à Dieu sa rançon, car le
rachat de leur âme est trop cher et il ne se
fera jamais
(Ps. XLIX, 8. 9). Le Fils de Dieu
voulait non seulement opérer ce
rachat, mais encore
rétablir en sa personne la relation entre
l'homme et Dieu, afin que par Lui, des puissances
régénératrices pussent affluer
dans toute l'humanité, et que le royaume de
Dieu pût être fondé sur la
terre. C'est pourquoi le Fils de Dieu ne s'est pas
associé à un homme quelconque, mais
Il s'est fait homme Lui-même. La Parole a été faite
chair et elle a habité parmi
nous
(Jean I, XIV). Il s'est anéanti
Lui-même en prenant la forme de serviteur et
en se rendant semblable aux hommes
(Philip. II, 7).
Cette incarnation du Fils de Dieu
n'était possible que parce que l'homme
était créé à l'image de
Dieu. Mais c'est là le grand, le profond,
l'inexprimable mystère : Dieu
manifesté en chair (1 Tim. III, 16). Mais
plus a été profond l'abaissement du
Fils de Dieu, plus vif est l'éclat dont
brille son amour par cette manifestation.
Cette incarnation eut lieu de la
manière suivante : Un ange vint vers
Marie, une descendante de David, qui était
fiancée à un charpentier nommé
Joseph et lui dit : Je te salue, toi qui es
reçue en grâce ! le Seigneur est
avec toi ; tu es bénie entre les
femmes
(Luc I,33).
L'humble Marie fut effrayée par
cette salutation ; mais l'ange la rassura en
lui disant : Marie,
ne crains point, car tu as trouvé
grâce devant Dieu. Et tu concevras et tu
enfanteras un fils à qui tu donneras le nom
de Jésus. Il sera grand et sera
appelé le Fils du Très-Haut, et le
Seigneur Dieu lui donnera le trône de David,
son père. Il régnera
éternellement sur la maison de Jacob, et il
n'y aura point de fin à son
règne
(Luc I, 30-33).
Marie ne douta pas, bien qu'elle ne
comprit pas. Alors elle dit à l'ange :
comment cela se fera-t-il,
puisque je ne connais point d'homme ? (I, 34).
L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit
surviendra en toi et le Très-Haut le
couvrira de soin ombre ; c'est pourquoi aussi
le saint enfant qui naîtra de toi sera
appelé le Fils de Dieu
(v. 35).
Il fallait que l'Homme-Dieu, qui devait
délivrer l'humanité pécheresse
fût pur, saint, et naquit sans
péché. Celui qui se chargeait de nous
racheter de nos péchés ne pouvait pas
être engendré par une
génération pécheresse. Comme
homme, il fallait qu'il eût pour mère
une femme, mais il ne pouvait pas être
engendré selon des voies naturelles et avoir
pour père un homme, s'il ne devait pas,
dès les premiers moments de sa vie
terrestre, sentir en lui l'attrait du
péché.
L'incrédulité s'attache
à cette conception par le Saint-Esprit et
déclare impossible qu'une vie humaine soit
appelée à l'existence sans la
coopération d'un homme.
Mais tout est possible au Dieu
Tout-Puissant. Il a créé Adam non
seulement sans la coopération d'un homme,
mais encore sans la coopération d'une femme.
Il a créé, Eve avec la
coopération d'un homme, mais sans le secours
d'une femme. On doit par conséquent pouvoir
admettre qu'il a créé Jésus
sans la coopération d'un homme, bien qu'il
se soit servi d'une femme. Il a opéré
ce miracle dans le corps de Marie par la puissance
créatrice du Saint-Esprit.
Marie se confia avec une sainte candeur
à la volonté de Dieu. Voici, je suis la servante du
Seigneur, qu'il m'arrive selon que tu as
dit
(Luc I, 38). L'ange se retira, et
elle se trouva de nouveau seule. Le serviteur
s'éloigne lorsque le Maître
approche : Jésus était
conçu.
Nous lisons dans les Évangiles
que les gens le désignaient constamment
comme le fils du charpentier Joseph. Et
l'incrédulité s'en prévaut
pour nier la conception surnaturelle du Sauveur.
Que Jésus fut regardé par le peuple
comme le fils de Joseph, cela est tout naturel.
Cela se voit encore aujourd'hui. Lorsqu'un homme
adopte et élève un enfant
étranger, comme le sien propre, il tient
à ce que cet enfant porte soit nom.
Marie ne pouvait pas publier le miracle
divin qui s'était opéré en
elle sans s'exposer aux plus injurieux
soupçons. On cache ces choses, et on les
réserve pour les coeurs bien
disposés, qui sont en état d'adorer
la merveilleuse puissance créatrice de Dieu.
- Mais afin que Joseph, le fiancé de Marie
ne l'abandonnât pas et n'attirât pas
sur elle l'opprobre public, Dieu lui fit
connaître la vérité par un
ange. Alors Joseph prit sa
femme avec lui, mais il ne la connut pas
jusqu'à ce qu'elle eut enfanté son
fils premier-né
(Matth. I, 25). Et elle l'appela
Jésus, nom qui lui avait été
donné par l'ange, avant qu'il fût
conçu dans le sein de sa mère.
Car c'est Lui qui sauvera
son peuple de ses pêchés
(Matth. 1.21).
.
4. Annonciation de la naissance de
Jean-Baptiste.
Luc I, 5-80.
Dieu avait fait cette promesse par le
prophète Malachie : Voici, je vais envoyer mon ange et
il préparera la voie devant moi, et
aussitôt le Seigneur que vous cherchez et
l'ange de l'alliance que vous désirez
entrera dans son temple
(Mal. III, 1).
Quatre cents ans s'étaient
écoulés et aucun prophète
n'avait parlé à Israël. Dans les
montagnes de Juda, probablement dans la ville
Lévitique d'Hébron, vivait, au temps
d'Hérode, un sacrificateur nommé
Zacharie avec sa femme Elisabeth. Ils
étaient tous deux justes et craignant Dieu,
et observaient tous les commandements et toutes les
ordonnances du Seigneur d'une manière
irrépréhensible, en attendant la
consolation d'Israël. Ils n'avaient point
d'enfants, car Elisabeth était
stérile, et ils étaient tous deux
avancés en âge. Souvent ils avaient
prié Dieu de leur donner des enfants, car
ils savaient que les
enfants sont une bénédiction et que
ce fruit du mariage est une
récompense
(Ps. CXXVII, 3). Mais il semblait que
leurs prières ne seraient jamais
exaucées.
Or, il arriva que Zacharie, suivant le
rang de sa famille, entra dans le temple du
Seigneur pour offrir les parfums. Alors un ange lui
apparut, se tenant debout du côté
droit de l'autel des parfums, et lui dit :
Zacharie, ne crains point,
car ta prière est exaucée, et
Elisabeth ta femme t'enfantera un fils, et tu lui
donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet
de joie et de ravissement, et plusieurs se
réjouiront de sa naissance. Car il sera
grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin
ni cervoise et sera rempli du Saint-Esprit
dès le sein de sa mère ; il
convertira plusieurs des enfants d'Israël au
Seigneur leur Dieu et il marchera dans l'esprit et
dans la vertu d'Elie, pour ramener les coeurs des
pères vers les enfants et les rebelles,
à la sagesse des justes, afin de
préparer au Seigneur un peuple bien
disposé
(Luc I, 13-17).
Quelle joie ne lui eût pas
causé ce message s'il lui avait
été apporté quelques
années plus tôt. Mais maintenant, il
lui semblait qu'il était trop tard. Une
telle faveur lui paraissait impossible. Aussi
exprime-t-il ses doutes en disant à
l'ange : À
quoi connaîtrai-je cela,
car je suis vieux et ma femme est avancée en
âge ? Mais l'ange lui
répondit : Je
suis Gabriel, qui assiste devant Dieu, et j'ai
été envoyé pour te parler et
pour t'annoncer ces bonnes nouvelles. Et voici, tu
seras muet et tu ne pourras parler jusqu'au jour
que ces choses arriveront, parce que tu n'as pas
cru à mes paroles, qui s'accompliront en
leur temps
(Luc 1).
C'est par la langue qu'il a
péché dans le sanctuaire ; c'est
par la langue qu'il sera châtié.
Lorsque Zacharie sortit pour bénir le
peuple, il ne pouvait plus parler et on reconnut
qu'il avait en une vision dans le temple.
Bientôt il expérimenta ce qu'il
n'avait pas cru ; c'est que l'ange lui avait
dit, la vérité, car quelque temps
après, Elisabeth conçut. Toutefois,
quelque grand que fût le bonheur de Zacharie,
il ne pouvait pas en parler à sa femme. Son
coeur était plein, mais sa bouche ne pouvait
pas exprimer ses sentiments, sa langue était
liée. Il a obtenu une
bénédiction, mais il est
châtié par cette
bénédiction même. Cette grande
joie qu'il était obligé de contenir,
était pour lui une peine. Son fils
était un prédicateur de la repentance
même avant d'être né.
Six mois plus tard, lorsque Marie eut
reçu la promesse de devenir l'instrument de
l'incarnation du Fils de Dieu, elle se leva et s'en
alla visiter sa cousine Elisabeth. Aussitôt
que celle-ci eut entendu la salutation de Marie, le
petit enfant tressaillit dans son sein,
Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit, elle
éleva sa voix et s'écria :
Tu es bénie entre
les femmes et le fruit que tu portes est
béni. Et d'où me vient ceci, que la
mère de mon Seigneur vienne me
visiter ? Car la voix de la salutation n'a pas
plus tôt frappé mes oreilles, que le
petit enfant a tressailli de joie dans mon sein.
Heureuse celle qui a cru, car les choses qui lui
ont été dites de la part du Seigneur
auront leur accomplissement
(Luc I, 42-45).
C'est ainsi qu'Elisabeth, cette simple
et humble femme, devint prophétesse, comme
autrefois Marie et Débora. Mais à
peine eut-elle fini de parler, que Marie, dans un
cantique de louange, répandit son coeur
devant Dieu et dit : Mon âme magnifie le Seigneur,
et mon esprit s'est réjoui en Dieu, qui est
mon Sauveur ; parce qu'il a regardé la
bassesse de sa servante. Et voici désormais
que tous les âges m'appelleront bienheureuse.
Car le Tout-Puissant m'a fait de grandes
choses ; son nom, est saint ; et sa
miséricorde est d'âge en âge sur
ceux qui le craignent.
Il a
déployé avec puissance la force de
son bras ; il a dissipé les desseins
que les orgueilleux formaient dans leur
coeur ; il a détrôné les
puissants et il a élevé les
petits ; il a rempli de biens ceux qui avaient
faim, et il a renvoyé les riches à
vide ; se souvenant de sa miséricorde,
il a pris en sa protection Israël son
serviteur, comme il en avait parlé à
nos pères, à Abraham et à sa
postérité pour toujours
(Luc I, 46-55). Et Marie demeura
environ trois mois auprès de son amie, pour
savourer avec elle les promesses du
Seigneur.
Cependant le terme d'Elisabeth
était venu, et elle enfanta un fils. Huit
jours après la naissance de l'enfant,
lorsqu'il fallut le circoncire et lui donner un
nom, la famille voulait l'appeler Zacharie, comme
son père ; mais sa mère
déclara qu'il serait nommé Jean.
Comme leurs amis étaient
étonnés, on fit signe à
Zacharie, qui écrivit sur ses
tablettes : Jean est soit nom. À
l'instant, sa bouche s'ouvrit, sa langue fut
déliée et il parlait en
bénissant Dieu. Il rend grâce au
Seigneur de ce qu'il exécute
fidèlement les promesses qu'il avait faites
à son peuple par les prophètes, de le
délivrer de ses ennemis et de la main de
ceux qui l'opprimaient. Puis, il décrit la
mission de son fils en ces termes : Et toi, petit enfant, tu seras
appelé le prophète du
Souverain ; car tu marcheras devant la face du
Seigneur, pour lui préparer ses voies, et
pour donner la connaissance du salut à son
peuple, par la rémission de ses
péchés, par les entrailles de la
miséricorde de notre Dieu, par lesquelles le
soleil levant nous a visités d'en haut, pour
éclairer ceux qui demeurent dans les
ténèbres et dans l'ombre de la mort,
et pour conduire nos pas dans le chemin de la
paix
(Luc 1, 76-79).
C'est ainsi que le
vénérable sacrificateur Zacharie
indique quelle était la nature de la
repentance que Jean était appelé
à prêcher. Ce n'était pas une
frayeur semblable à celle de Caïn,
inspirée par la colère de Dieu, ni un
tremblement ou une angoisse causée par la
perspective du jugement, mais une sainte tristesse
à salut.
Et le petit
enfant croissait et se fortifiait en esprit, et il
demeura dans les déserts jusqu'au jour
où il devait être manifesté
à Israël.
.
5. Naissance de Jésus.
Comme il était arrêté
dans les conseils de Dieu que Jésus
naîtrait dans la ville de David, le
prophète Michée, inspiré par
l'Esprit de Dieu, l'annonça des
siècles à l'avance : Et toi, Bethléem, vers
Ephrata, quoique tu sois petite entre les milliers
de Juda, c'est de toi que me sortira celui qui doit
être dominateur en Israël, et ses issues
sont d'ancienneté, dès les jours
éternels
(Michée V, 2).
Ce qui conduisit Joseph et sa
fiancée à Bethléem, fut le
dénombrement que l'empereur Auguste ordonna
en vue de la répartition officielle des
impôts, dans toutes les provinces de l'empire
romain. Ce dénombrement commença par
la rédaction du cadastre, lorsque Quirinus
devint pour la première fois gouverneur en
Syrie, et fut terminé seulement lorsque ce
magistrat occupa ce poste pour la seconde fois.
Lorsque Joseph et Marie furent arrivés
à Bethléem, Marie mit au monde son
fils premier-né, Jésus. Et comme ils
n'avaient pas trouvé de place dans
l'hôtellerie, vu l'énorme affluence de
ceux qui étaient venus dans le même
but, elle emmaillota
l'enfant et le coucha dans une
crèche.
La nouvelle de cet
événement fut apportée
à des bergers qui paissaient leurs troupeaux
dans les plaines de Bethléem, par un ange
qui leur dit : Voici,
je vous annonce une grande joie, c'est
qu'aujourd'hui le Sauveur, qui est le Christ, le
Seigneur vous est né
(Luc II, 10. 11). La bonté et
l'amour de Dieu notre Sauveur ont été
manifestés (Tite III, 4) ; mais les
habitants de Bethléem, de Jérusalem
et de toute la terre dormaient d'un profond
sommeil, comme si le petit enfant couché
dans la crèche ne les concernait pas. En
revanche, à cette même heure, les
cieux s'ouvrirent, et des multitudes de
l'armée céleste se
présentèrent pour honorer ce Roi qui
faisait son entrée dans la vie humaine, et
pour lui faire cortège, en chantant ce
cantique de louanges : Gloire à Dieu au plus haut
des cieux, paix sur la terre, et bonne
volonté envers les hommes
(Luc II, 14).
Telle devait être un jour la
mission de l'enfant qui venait de
naître ; rétablir l'honneur de
Dieu que les hommes avaient foulé aux pieds,
apaiser la colère du Saint des saints,
rétablir la paix sur la terre,
afin que Dieu puisse user de
bienveillance envers les hommes. Combien ils sont
insensés ceux qui croient qu'au-delà
de ce monde visible il n'y a qu'un morne et froid
néant, et qui déclarent
péremptoirement qu'il n'y a point
d'anges ; que n'étaient-ils là
pour entendre cette hymne de louanges ! Ils
auraient certainement chanté avec les
messagers célestes :
« Gloire soit
à Dieu au plus haut des
cieux ! »
Bien que la naissance du Sauveur
eût été hautement et
publiquement proclamée, personne ne
ressentit la grande joie, excepté les
coeurs qui attendaient la consolation
d'Israël. Les bergers allèrent en
hâte à Bethléem, sur
l'indication de l'ange. Ils cherchèrent et
trouvèrent l'enfant et
l'adorèrent. Et comme la bouche
ne saurait taire ce qui remplit le coeur, ils publièrent ce qu'ils
avaient vu touchant le petit enfant, et
devinrent ainsi les premiers missionnaires du
Sauveur.
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6. Circoncision de Jésus et sa
présentation au temple.
Par la circoncision qui eut lieu le
huitième jour, le Sauveur fut soumis pour
nous à la loi. Ce furent les
premières gouttes de sang qu'il versa dans
ses souffrances subies à notre place. Car il
n'y avait rien en Lui d'impur ni de souillé.
Il n'avait donc pas besoin de la circoncision pour
lui-même.
Lorsque les quarante jours furent
accomplis, Joseph et Marie portèrent
l'enfant au temple, pour le présenter au
Seigneur et pour offrir le sacrifice prescrit par
Moïse
(Exode XXXIV, 20 ;
Nomb. XVIII, 15. 16). À cette
occasion, l'enfant fut aussi présenté
au petit nombre de ceux qui adoraient Dieu en
silence, dans Sion, et qui attendaient la consolation
d'Israël. Le cantique d'actions de
grâces, que Marie avait chanté, dut
résonner de nouveau dans son coeur, lorsque,
dans la maison même de son Dieu, elle lui
consacra son premier-né.
Il y avait alors dans le temple le
vénérable vieillard Siméon,
qui avait
été divinement averti par le
Saint-Esprit qu'il ne mourrait pas avant d'avoir
vit le Christ du Seigneur
(Luc II, 26). Il avait cherché
d'un coeur sincère dans les Écritures
pour savoir quand et comment le Sauveur viendrait.
Il vint au temple par un
mouvement de l'Esprit et vit
Marie et son fils. La certitude que cet enfant
était le Messie, brilla comme un
éclair dans son esprit. Il s'avance vers lui
plein d'amour et d'adoration, le prend dans ses
bras ; mais une sainte et humble
timidité l'empêche de le caresser
comme on le fait d'ordinaire aux petits enfants. Il
sent que c'est son Sauveur, sa consolation, sa paix
et il entonne, lui aussi, son chant de
louanges : Seigneur,
tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix
selon la parole, car mes yeux ont vu ton salut, que
tu as préparé peur être
présente à tous les peuples, pour
être la lumière qui doit
éclairer les nations et la gloire de ton
peuple d'Israël
(Luc II, 29-32). Puis il bénit
Marie.
Il y avait aussi Anne la
prophétesse, fille de Phanuel, qui
s'avança vers l'enfant, en louant Dieu et
qui parlait de Jésus à tous ceux qui
l'attendaient.
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7. Les Mages d'Orient.
Joseph et Marie retournèrent à
Bethléem avec l'enfant. L'ange ayant
clairement désigné Bethléem
comme la ville de David, ils étaient
portés à croire que c'est là
qu'ils devaient désormais habiter. Cette
conviction était confirmée par la
prédication du prophète Michée
(V, 1). C'est là qu'ils
demeurèrent assez longtemps. D'après
saint Matthieu
(II, 16) il parait qu'il
s'était bien écoulé une
année lorsque les Mages vinrent à
Jérusalem et demandèrent :
Où est le Roi des
Juifs qui est né ?
(Matth. Il, 2) car nous avons vu son
étoile en Orient, et nous sommes venus pour
l'adorer.
Que toute la ville de Jérusalem
fut troublée par la
nouvelle de la naissance du Sauveur, et
que cet événement y fut resté
jusqu'alors complètement inconnu, cela se
comprend très bien, malgré toute la
publicité que les bergers et Anne la
prophétesse avaient donnée à
cette nouvelle, les uns à Bethléem,
l'autre à Jérusalem. Il y avait
certainement dans ces deux villes un grand nombre
d'âmes qui avaient appris la naissance du
Messie ; mais c'étaient, comme ceux qui
la leur avaient annoncée, des gens simples,
de bas état, ignorants et obscurs. Quant aux
gens cultivés, ils ne s'en étaient
jamais occupés. Nous savons assez comment
les gens des villes traitent les croyances et les
expériences des bons campagnards. Au moyen
de quelques mots
tranchants : « rêves de
pâtres, bavardages de femmes, » on
raille ces choses et on les chasse de son esprit.
Seulement, lorsque des savants de haut rang
viennent de l'Orient et s'informent du Roi des
Juifs nouvellement né, cela fait sensation,
et l'on se dit qu'il doit cependant y avoir quelque
chose de réel. - Et Jérusalem avait
sans doute des raisons pour être
effrayée de la naissance de ce Roi. Si
Hérode dont les mains étaient toutes
dégoûtantes de sang, voyait dans cet
enfant un compétiteur au trône, il est
probable qu'il se livrerait à de nouvelles
cruautés, et chacun devait craindre le
soupçon d'être en rapport avec cet
enfant redouté.
Les Mages sont envoyés à
Bethléem et ils s'y rendent.
L'incrédulité se moque du
récit d'après lequel l'étoile marcha devant eux
jusqu'à ce qu'étant arrivés
sur le lieu où était le petit enfant,
elle s'arrêta
(Matth. II, 9).
Mais le célèbre astronome
Kepler dit à ce propos : « La
Bible parle des choses de la vie humaine avec des
hommes, et comme les hommes ont l'habitude d'en
parler. Elle n'est pas un manuel d'optique ou
d'astronomie, elle vise un but plus
élevé. »
C'est ainsi que nous parlons du lever et
du coucher du soleil. Nous savons fort bien que le
soleil est immobile ; mais nous exprimons de
cette manière ce que nos yeux croient
apercevoir. De même les paroles Matth. II, 9
peignent seulement l'impression que l'apparition de
l'étoile fit sur les Mages. Pendant qu'ils
marchaient, l'étoile semblait marcher devant
eux, tandis que c'étaient eux-mêmes
qui se mouvaient.
Ils trouvèrent l'enfant et
l'adorèrent, puis ils exprimèrent la
joie et l'amour de leurs coeurs par les dons de
leurs mains. Les présents qu'ils firent
à l'enfant devaient, dans les vues de Dieu,
servir aux parents pour effectuer leur voyage en
Égypte. Quant aux Mages, Dieu leur ordonna
de ne plus retourner près d'Hérode,
mais de regagner leur pays par un autre chemin.
.
8. La fuite en Égypte.
Furieux d'avoir été trompé
par les Mages, Hérode fit mettre à
mort tous les enfants mâles de
Bethléem âgés de deux ans et
au-dessous. Ce furent les premiers martyrs. Les
mères qui, dans leurs lamentations sur leurs
enfants, ne veulent pas être
consolées, ont sûrement béni
Dieu plus tard de ce qu'Il les avait
rappelés à Lui de bonne heure. En
effet, s'ils avaient grandi avec Jésus,
combien n'auraient-ils pas été
exposés, devant le tribunal de Pilate,
à crier comme les autres : Que son sang soit sur nous et sur
nos enfants ? L'Eglise se souvient
de ces innocents, le lendemain de Noël,
à côté de saint Jean et de
saint Étienne.
À peine l'enfant est-il
né, que ses ennemis en veulent à sa
vie. C'est ce qui arrive encore aujourd'hui.
Lorsque la vie de Dieu naît dans un coeur,
aussitôt celui qui est meurtrier dès
le commencement
(Jean VIII, 44) cherche à
l'étouffer. Mais tous ses efforts sont
inutiles. Sans doute l'ennemi peut tuer, et il ne
s'en fait pas faute. Quels torrents de sang les
persécuteurs n'ont-ils pas
répandus ! Mais ils ne peuvent
empêcher le règne de Dieu de
s'établir sur la terre.
Avant que l'ordre meurtrier ne fût
parvenu à Bethléem, Joseph avait
déjà été divinement
averti de prendre l'enfant
et sa mère et de s'enfuir avec eux en
Égypte
(Matth. II, 13). Dieu choisit.
l'Égypte, ce pays plein de corruption, pour
servir de refuge à son Fils. L'Égypte
était le grenier de l'empire romain dans les
temps de disette ; elle devait être,
pour le règne de Dieu, l'asile où la
sainte semence pût croître et donner au
monde le pain de vie. C'est là qu'Abraham se
réfugia pendant une famine survenue dans son
pays
(Gen. XII, 10). C'est là que
Jacob put subsister pendant les sept années
de famine
(XLVI, 6). C'est là que
Joseph, Marie et le petit enfant demeurèrent
jusqu'à la mort d'Hérode.
Après cet événement, il fut
divinement averti de se retirer en Galilée,
et c'est ainsi qu'il vint habiter Nazareth.
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9. L'enfance de Jésus.
C'est dans le silence et l'obscurité que
Jésus grandit, sous les soins de Joseph et
de Marie. L'enfant croissait et la grâce de
Dieu était sur lui
(Luc II, 40). Il n'est pas
devenu notre Sauveur, il est né tel.
Depuis le commencement de son existence terrestre,
il est le Fils de Dieu fait homme. Mais il est
né et a vécu une véritable vie
d'enfant ; il a ainsi sanctifié notre
enfance. Il est né faible, débile. Il
a grandi peu à peu ; il a appris
à se tenir debout et à marcher
absolument comme les autres enfants. Le coeur de
Marie dut battre de joie comme celui de toutes les
mères, lorsque Jésus commença
à parler, et lorsque les premiers mots qu'il
prononça lui arrachèrent à
lui-même des cris de joie. C'est ce
même enfant dont la vue procura une mort
heureuse et paisible au saint vieillard
Siméon, le même qui était
l'objet des voeux et des espérances des
pieux patriarches. C'est cet enfant que tous les
anges adorent et qui un jour, assis sur le
trône de sa gloire, doit juger les peuples de
la terre.
L'enfant se
fortifiait en esprit et était rempli de
sagesse
(Luc II, 40). Sa divinité ne
pouvait croître ni se fortifier ; mais
il en avait de jour en jour une conscience plus
claire. De même qu'il reposait corporellement
sur le sein de sa mère, il reposait
spirituellement dans le sein de Dieu
(Jean I, 18).
La Parole de Dieu était le
trésor de Marie, elle la repassait dans son
coeur ; elle se nourrissait de l'Ancien
Testament. Ainsi, elle put répandre de bonne
heure les grains de la divine semence dans le coeur
de son enfant, et celui-ci fût bientôt
familiarisé avec l'histoire de son peuple.
À mesure qu'il prenait conscience de
lui-même, se développait aussi en lui
la conscience de sa relation exceptionnelle avec
Dieu. Sa faible humanité croissait en
sagesse, et devenait de plus en plus apte à
servir d'instrument au Saint-Esprit qui devait
habiter en lui sans mesure. Nous voyons ici que
l'humanité, non corrompue par le
péché, est tout à fait capable
de devenir la demeure du Saint-Esprit. Et plus elle
est apte à recevoir ce don, plus
glorieusement se manifeste en elle la grâce
et le bon plaisir de Dieu.
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10. Jésus à l'âge
de douze ans.
À l'âge de douze ans, l'enfant
était considéré comme jeune
homme, et devenait disciple de la loi. En
cette qualité, il lui était permis
d'assister à la fête de Pâques
à Jérusalem. Lorsque les jours de
fête furent achevés, les parents de
Jésus quittèrent la ville sainte,
dans la persuasion que Jésus était
avec leurs amis. Ne le trouvant pas, ils revinrent
à Jérusalem et l'y cherchèrent
trois jours. Enfin ils le trouvèrent au
temple, parmi les docteurs, les écoulant et
leur adressant des questions
(Luc II, 44. 47). Marie lui dit d'un
ton de reproche : Mon enfant, pourquoi as-tu
ainsi agi avec nous ? voici, ton père
et moi nous te cherchions, étant fort en
peine
(48).
Mais il repousse ce reproche avec une
candeur enfantine. Il ne comprend pas qu'on puisse
le chercher ailleurs que dans la maison de Dieu, Ne
savez-vous pas, leur dit-il, qu'il me faut
être occupé aux affaires de mon
Père ? Ce sont là les
premières paroles que nous recueillons de la
bouche de Jésus. C'est la première
lueur qui brille dans son âme à la
faveur de laquelle il se reconnaît clairement
et expressément comme le Fils de Dieu.
Auparavant il en avait un pressentiment,
et avec la clarté croissante de la
conscience qu'il avait de lui-même, un ardent
désir s'emparait de lui, d'être au
clair sur sa relation avec Dieu. Maintenant il
entend dans le temple la Parole de Dieu et il
reconnaît en elle la voix de son Père.
Il sent dans son coeur comme un aimant qui l'attire
vers cette Parole. La Parole qui lui vient du
dehors est une bienheureuse confirmation de son
sentiment intérieur. Il se reconnaît
comme le Fils unique qui
est dans le sein du Père. Et il
en rend témoignage avec une
simplicité et une humilité toutes
filiales lorsqu'il dit : Ne savez-vous pas qu'il me faut
être occupé aux affaires de mon
Père ? - Il est dit que
Marie ne comprit pas cette parole
(Luc II, 50). Elle comprenait bien
les mots. Elle en comprenait sûrement aussi
la signification. Ils lui rappelaient la parole de
l'ange : Le saint
enfant qui naîtra de toi sera appelé
Fils de Dieu
(Luc I, 35). Cependant elle ne
pouvait pas encore sonder toute la profondeur et
saisir toute l'importance de cette parole.
Ne
savez-vous pas qu'il me faut être
occupé aux affaires de mon
Père ? Telle est la question
de l'enfant ; il entend par là que son
essence la plus intime est tellement unie à
l'essence de son Père, qu'il n'a pas besoin
de réfléchir un seul instant, pour
savoir où il doit être. Il ne peut
absolument pas faire autrement. Il faut
qu'il soit là où les affaires de son
Père l'appellent.
Cette nécessité,
cette obligation, qui s'allient cependant avec la
liberté de l'amour qui se donne,
dominèrent et
pénétrèrent toute sa vie,
toutes ses souffrances et sa mort. Lorsque plus
tard il vit sur son sycomore, l'homme de petite
taille qui désirait ardemment le voir, il
lui dit : Zachée, hâte-toi de
descendre, car il faut que je loge aujourd'hui dans
ta maison
(Luc XIX, 5).
En sa qualité de Jésus, il
ne peut pas ne pas avoir compassion. Lorsqu'il
jette un coup d'oeil sur le monde païen, il
dit : J'ai encore
d'autres brebis qui ne sont pas de celle bergerie,
il faut aussi que je les amène
(Jean X, 16). Quel homme pourrait
encore être indifférent à
l'égard des missions, lorsque ce Il faut de
son Sauveur brûle dans son coeur ?
Lors de son dernier voyage à
Jérusalem, il dit à ses
disciples : Voici, nous montons à
Jérusalem, et toutes les choses qui ont
été écrites par les
prophètes, touchant le Fils de l'homme, vont
être accomplies
(Luc XVIII, 31). Aucune
nécessité extérieure ne le
pousse dans la voie des souffrances. Mais il faut
qu'il souffre parce qu'il faut qu'il s'occupe des
affaires de son Père. Ce qui le contraint
à s'engager dans cette voie, c'est son
miséricordieux amour pour le monde
pécheur.
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