LA
VIE DE JÉSUS
CHAPITRE I
La jeunesse de
Jésus jusqu'à la
tentation.
1. Les vérités admises.
De ce qui vient d'être dit, il ressort que
ces pages supposent l'acceptation de certaines
vérités religieuses non
démontrées et comptent sur des coeurs
bien disposés.
Lorsque nous prenons à
tâche d'étudier la Vie de
Jésus, le scepticisme nous demande de nous
dépouiller de toutes nos convictions
religieuses. Il veut que nous oubliions qu'il
existe un Dieu personnel qui a créé
les cieux et la terre, et qui exauce les
prières de ses enfants. Il nous demande
d'oublier que nous avons un Dieu qui vient à
notre aide et qui, étant le Seigneur des
seigneurs, nous délivre de la mort
(Ps. LXVIII, 21). Il veut que nous
regardions comme impossible que Dieu ait
créé des esprits purs, et se soit
manifesté à nous par ses paroles et
par ses oeuvres, Il veut que nous admettions comme
une chose convenue, que la Bible est un livre
semblable à tous les autres, écrit
par des hommes, et que nous rejetions absolument
l'affirmation de saint Pierre
(2 Pierre I, 21) : Les saints hommes de Dieu,
étant poussés par le Saint-esprit,
ont parlé. Il veut que nous
regardions comme une impossibilité que Dieu
fasse des miracles ; qu'enfin nous admettions
comme une chose qui se comprend d'elle-même,
que Jésus-Christ était à la
vérité un homme très bon,
très doux, un sage et pieux Docteur du
peuple, mais qu'il n'était rien de plus.
Nous devons nous ôter de l'esprit qu'il est
véritablement Dieu, engendré du
Père de toute éternité et
en même temps
véritablement homme né de la vierge
Marie. En un mot, à chaque témoignage
de l'Écriture, nous devons
répéter la question de l'ancien
Serpent : Dieu
aurait-il dit cela ?
(Gen. III, 1) et croire à
l'esprit qui répond : certainement
non ! et d'après lequel la
vérité est précisément
le contraire de ce qu'enseigne l'Écriture
sainte. Nous devons oublier tout ce que, dès
notre jeunesse, nous avons regardé comme
saint. À ces conditions,
l'incrédulité nous prouvera qu'elle a
raison.
Mais si nous abandonnons tout ce qui a
fait jusqu'ici notre consolation dans la vie et
notre espérance dans nos combats, ce serait
peine perdue que de chercher à nous rendre
incrédules, puisque nous le serions
déjà.
Aussi ne nous laisserons-nous pas
troubler dans notre foi par
l'incrédulité ; au contraire,
nous méditerons pleins de foi, la vie de
Celui qui, étant en
forme de Dieu
(Philip. Il, 6) a été
poussé par son miséricordieux amour
à revêtir notre pauvre nature humaine,
afin de faire de nous d'heureux enfants de Dieu
(2 Cor. VIII, 9). Nous admettons par
conséquent, comme véritable et
parfaitement fondée, cette confession de
Pierre : Tu es le
Christ, le Fils dit Dieu vivant
(Matth. XVI, 16). Ainsi, nous ne
jugeons pas nécessaire de démontrer
que Jésus est venu en chair
(2 Jean, 7), et que ce même
Jésus est le vrai Dieu et la vie
éternelle
(1 Jean V, 20) mais nous croyons au
témoignage de l'Écriture sainte, et
nous espérons que les lecteurs qui, sans
être encore unis à Christ par une foi
vivante, reconnaîtront, dès qu'ils
s'approcheront de sa sainte personne avec des
coeurs altérés, que l'eau que
Jésus offre, apaise éternellement
toutes les soifs, et qu'ils feront avec nous la
bienheureuse expérience qu'avait faite saint
Jean, lorsqu'il disait : Nous avons vu sa gloire, une gloire
telle qu'est celle du Fils unique venu du
Père, pleine de grâce et de
vérité
(Jean I, 14). Soyez certains que
Celui qui a promis de ne pas éteindre le
lumignon qui fume encore, est fidèle. Il
ranimera ce lumignon par le souffle de sa bouche,
afin que vous puissiez vous écrier avec les
disciples d'Emmaüs : Notre coeur ne brûlait-il pas
en nous, lorsqu'Il nous parlait en chemin et qu'Il
nous expliquait les
Écritures ?
(Luc XXIV, 32).
Lorsque nous parlons de Dieu, nous avons
en vue le Dieu personnel et,
vivant, qui a créé les cieux et la
terre, le Père de notre Seigneur
Jésus-Christ. Nous avons en vue,
conformément à la simple foi
biblique, le Dieu qui fait des miracles, le
Seigneur des Seigneurs, qui, d'après nos
conceptions, est infiniment élevé
au-dessus de nous, mais que nous nous
représentons cependant comme un Moi
personnel, auquel nous pouvons nous adresser, avec
une confiance filiale, lors même que ce Dieu
se révèle, dans les saintes
Écritures et dans ses oeuvres, en trois
personnes : comme Père, comme Fils et
comme Saint-Esprit, il demeure cependant une seule
et unique essence divine, ainsi qu'Il le dit
à son peuple : Écoute, Israël,
l'Éternel toit Dieu est le seul
Éternel
(Deut. VI, 4).
Nous ne songeons pas non plus à
prouver que non seulement l'Écriture sainte
contient la Parole de Dieu, mais qu'elle est
elle-même cette Parole ; nous en sommes
convaincus et nous nous inclinons humblement et
avec foi devant elle. D'où savons-nous
cela ? - Celui qui
est de Dieu écoute les Paroles de
Dieu
(Jean VIII, 47). Mes brebis entendent ma
voix
(Jean X, 27). Quiconque est pour la
vérité, écoute, ma
voix
(Jean XVIII, 37). L'Écriture
se prouve elle-même comme Parole de Dieu
à tout homme dans
l'esprit duquel il n'y a point de fraude
(Ps. XXXII, 2), par le
témoignage immédiat du Saint-Esprit.
Nous croyons à la sainte Écriture,
parce qu'en elle nous entendons la voix d'un
Père. Nous croyons à la sainte
Écriture, parce que la conscience intime que
nous avons de Dieu lui rend témoignage,
parce qu'elle nous donne la clef de l'histoire de
l'humanité et de l'antagonisme que nous
trouvons en nous-mêmes qu'elle nous fournit
le mot de l'énigme de notre existence et
satisfait pleinement les aspirations et les
espérances de nos âmes.
Nous ne prouverons pas non plus que les
miracles rapportés dans les Évangiles
ont été opérés
réellement. Nous ne nous laisserons pas
ébranler dans notre foi à ces actes
de puissance, par les assertions d'une
incrédulité subtile, d'après
laquelle les miracles seraient impossibles et
répugneraient aux lois de la nature,
établies par le Créateur. Nous savons
que rien n'est impossible
à Dieu
(Luc I, 37), que la main du Seigneur n'est pas
raccourcie pour ne plus pouvoir
délivrer
(Esaïe LIX, 1), que notre Dieu est dans les
cieux et qu'il fait tout ce qu'il
lui plaît
(Ps. CXV, 3). Nous savons que notre
Dieu ne ressemble pas à un homme qui,
après avoir construit une machine et l'avoir
mise en mouvement, s'en va et abandonne à
lui-même l'ouvrage de ses mains ; mais
qu'après avoir créé le monde
par sa Parole puissante, Dieu le conserve et le
soutient par celle même Parole
(Héb. I, 3). Si Dieu
l'abandonnait, son oeuvre serait bientôt
anéantie. C'est uniquement à la vertu
toute-puissante de la Parole divine que l'univers
doit sa création.
La nature, avec ses lois organiques,
n'est pas une machine morte qui s'arrête
dès que les rouages n'engrènent pas
continuellement les uns dans les autres. Au jour de
la création, l'Esprit de Dieu se mouvait sur
les eaux. Cette incubation du Saint-Esprit ne
consiste pas dans une proximité
matérielle, mais dans une force qui domine,
vivifie et féconde la matière ;
cette force divine, qui agit dans la nature, est la
source vivante des puissances et des lois
naturelles. La nature n'est pas quelque chose
d'isolé en soi, un tout indépendant
de Dieu ; elle est soumise toute
entière à sa puissance, qui trace
leur route à l'air, aux nuages et aux vents
et les fait concourir à la
sécurité et au bien de ses enfants
sur la terre.
On pourrait se demander si Dieu ne peut
pas envoyer son secours à ses enfants par
les lois naturelles qu'il a établies. Si
Dieu recourt à des moyens extraordinaires,
n'est-ce pas une preuve qu'il y a des lacunes dans
l'ordre de choses qu'il a créé ?
Les miracles eux-mêmes, ces moyens
extraordinaires que Dieu emploie, ne semblent-ils
pas indiquer une imperfection dans les lois de la
nature ?
Ces questions seraient parfaitement
fondées, si la création était
restée telle qu'elle est sortie des mains
toutes-puissantes de Dieu, c'est-à-dire
très
bonne. L'homme n'aurait pas connu la
souffrance, parce qu'il n'aurait pas
péché, et, dans une sainte communion
avec son Père céleste, il aurait
dominé la nature, selon la volonté de
son Créateur
(Gen. I, 28). Il n'y aurait eu aucun
désaccord ni entre Dieu et l'homme, ni entre
l'homme et la nature. Mais la pureté et
l'harmonie primitives ont été
troublées par la puissance du mal. À
cause du péché de l'homme, la
malédiction de Dieu repose sur la terre
(Gen. III, 17), et la créature
est assujettie à la
vanité
(Rom. VIII, 20, 21). Depuis sa
révolte contre Dieu, la puissance sur la
création a été retirée
à l'homme, afin qu'il sentît sa
faiblesse et sa misère. Toute la nature qui
l'entoure le contraint à se livrer à
un travail pénible en vue de sa subsistance,
afin que cette fatigue l'humilie, lui fasse
connaître son péché et le
dispose à rechercher volontairement la
sainteté intérieure. Tout cela n'est
pas seulement la suite du péché, mais
encore un châtiment et une sainte discipline
ordonnés de Dieu.
Ce nouvel ordre de choses n'est pas
destiné à durer toujours ; il
doit être détruit avec le
péché. Dieu a envoyé son Fils
unique dans ce monde, afin qu'il fit
disparaître les conséquences du
péché et la funeste puissance de la
mort. Dieu
manifesté en chair (
1 Tim III, 16) ! Devant ce
mystère, mon esprit s'incline et adore. Vrai
Dieu et cependant vrai homme ! c'est le
miracle des miracles, celui pour lequel tous les
autres ont eu lieu. Quiconque regarde les autres
miracles comme impossibles, doit d'abord nier
l'incarnation du Fils de Dieu, mais que celui qui
déclare qu'il est impossible que Dieu se
soit fait homme, nous indique une autre voie pour
parvenir à la délivrance du
péché et de la mort ; ou bien,
qu'il ait le courage de nous dire
ouvertement : Désespérez,
périssez dans vos péchés et
devenez la proie de la mort corporelle et
éternelle !
Mais avec Christ est descendue dans
notre misérable vie terrestre la
plénitude des puissances célestes,
par lesquelles il oppose sa vertu salutaire
à l'action dévastatrice que le
péché exerce sur la terre. Par ses
souffrances et par sa mort, il a vaincu la
puissance du péché et de la
mort ; par ses miracles, il s'oppose à
leurs conséquences. Chaque miracle est une
preuve, que Dieu ne veut pas laisser le monde sous
l'empire du péché et de la
mort.
Dans sa communion personnelle avec
Christ, le croyant expérimente
continuellement cette merveilleuse communication
des puissances de la vie céleste, car Il
nous donne son Esprit et nous attire à Lui
par sa Parole. Par les sacrements, Il verse en nous
la vie de son corps glorifié. Par cette
action merveilleuse et surnaturelle, exercée
sur notre vie personnelle et naturelle, Il veut
glorifier notre corps infirme pour le rendre
conforme à son corps glorieux
(Philip. III, 21). Celui dont le nom
est l'admirable
(Esaïe IX, 6) créera
aussi, à la fin des jours, de nouveaux cieux
et une nouvelle terre où la justice habite
(2 Pierre III, 13). Et lorsqu'Il aura
détruit tous ses ennemis, y compris la mort,
Dieu sera tout en tous
(I Cor. XV, 24).
Comme nous lisons dans les
Écritures, que Jésus et les
apôtres enseignent l'existence des anges,
nous ne voyons aucun motif raisonnable d'en douter.
Les anges sont des esprits purs et bien heureux,
destinés à
servir ceux qui doivent avoir l'héritage du
salut
(Héb. 1, 4). Il est même
extrêmement consolant pour nous de savoir
qu'en dehors et au-dessus de ce monde visible, il
existe un royaume invisible des esprits, dans
lequel la volonté de Dieu est
observée avec joie, comme elle devrait
l'être sur la terre. Les anges sont
envoyés par Dieu auprès des hommes
pour leur porter ses messages et pour
exécuter ses desseins
(Matth. I, 20). Ils prennent la part
la plus vive à l'établissement du
règne de Dieu sur la terre. Ce sont eux qui
ont annoncé la naissance du Seigneur
(Luc. Il, 9. 15) ; ce sont eux
qui vinrent le servir après la tentation
(Matth. IV. 11) ; c'est un ange
qui vint le fortifier en Gethsémané
(Luc XXII, 43) ; ce sont les
anges qui annoncèrent sa résurrection
(Luc XXIV, 4-7) et son retour lors de
son ascension
(Act. I, 10). Ilsprendront part au
jugement du monde
(Matth. XIII, 41 ;
XXIV, 31). ils protègent et
gardent les hommes pieux et se réjouissent
pour chaque pêcheur qui se convertit
(Luc XV, 10). Un des plus puissants
de celte armée d'esprits célestes n'a
pas persévéré dans la
vérité
(Jean VIII, 44). Abusant de sa
liberté, il s'est séparé de
Dieu et, en compagnie d'autres anges qu'il a
entraînés dans sa chute, il a
fondé un royaume sur lequel il règne
comme prince des ténèbres et ennemi
déclaré de Dieu et des
hommes.
Ainsi, lorsque
l'incrédulité déclare
péremptoirement qu'il n'existe pas de Dieu
personnel, qu'il n'y a ni anges, ni démons,
ni miracles ; que la Bible est un livre qui
renferme des erreurs comme tous les autres ;
que Christ est bien véritablement homme,
mais non véritablement Dieu, nous confessons
non moins péremptoirement que nous
croyons toutes les propositions contraires
à ces négations. Nous n'envions
nullement la prétendue sagesse de
l'incrédulité, et nous savons que
c'est une folie de dire qu'il n'y a point
de Dieu
(Ps. XIV, 1). Mais lorsque lés
incrédules commenceront une fois à
concevoir des doutes sur la valeur de leur
incrédulité, alors nous souhaitons
que le temps de la grâce ne soit pas
passé pour eux. - En face de la mort, et en
général dans les heures d'angoisse,
la conscience se réveille, et dans les
profondeurs du coeur luit d'en haut un brillant
éclair, à la lumière duquel
tous les fondements de l'incrédulité
sont renversés.
Dans le nord de l'Amérique vivait
un colonel incrédule qui avait une femme
pieuse. Une fille unique, qu'ils aimaient
tendrement, fut conduite au Seigneur par sa
mère. L'incrédulité de son
père lui causait un profond chagrin. Le
Seigneur la coucha sur un lit de douleur. L'enfant
fut entourée de soins. Mais bientôt
les hommes de l'art
désespérèrent de la sauver, et
les parents eux-mêmes virent que la fin
approchait rapidement. Alors la jeune fille appela
près de son lit son père
désolé et lui dit : Père,
je meurs. Dans quels principes veux-tu que je
meure, dans les tiens ou dans ceux de ma
mère ? Le père se
détourna et se retira en sanglotant dans la
chambre voisine. La jeune mourante le rappela et
lui adressa de nouveau la même question. Cela
brisa le coeur du père, mais il ne
répondit rien. Il murmurait contre Dieu,
auquel il n'avait pas cru jusqu'alors, et
l'accusait de cruauté. L'enfant se mourait.
Elle fit encore signe à son père de
s'approcher et, d'une voix éteinte, elle
répéta la même question. Alors
le père, abîmé dans sa douleur,
tomba à genoux devant ce lit de souffrance,
couvrit de baisers le pâle visage de sa fille
et s'écria : « Pour l'amour
de Dieu, meurs fidèle aux principes dans
lesquels ta mère t'a
élevée ! ». L'enfant
mourut, - mais l'incrédulité du
père fut vaincue pour toujours. À
l'heure de la séparation, cet homme sentit
très bien que tout ce qu'il avait
jusqu'alors nié et raillé
était la vérité.
Mais la foi donne-t-elle une certitude
élevée au-dessus de tout doute ?
- Assurément. La
foi est une vive représentation des choses
qu'on espère et une démonstration de
celles qu'on ne voit point
(Héb. XI, 1).
L'incrédulité tient un langage tout
à fait contraire ; elle regarde la foi
comme une croyance à des choses qui n'ont
aucune certitude, tandis qu'elle tient pour
parfaitement sûr ce que le témoignage
des sens lui présente comme tel. Aussi
l'incrédulité se glorifie-t-elle de
son savoir et regarde-t-elle
orgueilleusement la foi, qu'elle considère
comme une manière de voir dépourvue
de toute espèce de fondement. Mais ils sont
dans une profonde erreur, ceux qui regardent le
savoir humain comme une connaissance parfaite et
raisonnée, et la foi comme une acceptation
aveugle de ce qui nous a été dit.
Toutes deux ressortissent à des domaines
complètement différents. Si
l'intelligence humaine se livre à
l'étude du monde visible et de ses lois,
elle peut, dans cette sphère qui lui
appartient, parvenir à une connaissance
approximative des choses. Mais en dehors et au
dessus de ce monde visible, il est un monde des
esprits dans lequel l'intelligence humaine,
privée de la lumière divine, ne
pourra jamais pénétrer, obscurcie
comme elle l'est par le péché.
L'homme naturel ne
comprend point les choses qui sont de l'Esprit de
Dieu, car elles lui paraissent une folie, et il ne
peut les comprendre, parce que c'est
spirituellement qu'on en juge (
1 Cor Il, 14).
Mais le pressentiment de ce monde
invisible et l'aspiration après le Dieu
vivant, sommeillent dans le coeur de l'homme. Ce
sont les restes de l'image de Dieu qui a
été formée en nous. Même
les païens ont exprime ce pressentiment
lorsqu'ils ont dit : « Nous sommes
de la race de Dieu »
(Act. XVII, 28). Il y a dans notre
âme une indestructible certitude que nous
sommes destinés à vivre en communion
avec Dieu. Mais la conscience de tout homme droit
lui rend ce témoignage, que le
péché a creusé un abîme
entre lui et Dieu. Ce témoignage fait
naître en nous le sentiment que nous avons
contracté une dette envers Lui, et que nous
sommes sous le coup de sa colère, et
malgré cela, le coeur humain ne peut pas
abandonner l'espoir que cette colère sera
une fois apaisée et que cette dette de
l'homme sera payée. Les sacrifices
sanglants, offerts par tous les peuples
païens, témoignent chez eux d'un vague
sentiment que le péché, auteur de la
mort, peut être expié par l'immolation
d'une victime, et qu'ainsi l'accès de la
divinité pourra lui être rouvert.
Ainsi naît, dans les profondeurs du coeur
humain, l'ardente aspiration à rentrer dans
la communion de Dieu dont il s'est
éloigné. C'est cette aspiration
impuissante que Dieu, dans son
miséricordieux amour, vient pleinement
satisfaire par le sang de son Fils, répandu
en Golgotha. Et lorsque la nouvelle de ce sacrifice
divin pénètre le
coeur de l'homme, alors il s'écrie avec
transport : « Voilà ce qu'il
me faut ! » Alors aussi il accepte
l'Évangile avec joie, et se donne avec un
reconnaissant amour au divin Crucifié. C'est
là la foi dont parle saint Jean lorsqu'il
dit : Celui qui croit
au Fils de Dieu, a le témoignage de Dieu en
soi-même
(I Jean V, 10).
Mais quiconque a comprimé ou a
peut-être complètement détruit
cette foi par quelque interdit ou par l'orgueil, ou
la sensualité, a perdu toute aspiration pour
les choses invisibles et éternelles.
Car tous n'ont pas la
foi
(2 Thess. III, 2). Dieu nous
préserve d'un pareil malheur !
Amen !
2. L'accomplissement des temps.
Après l'emprisonnement de Jean-Baptiste,
le Sauveur débuta dans son activité
publique, en disant : Le temps est accompli, le
règne de Dieu approche
(Marc I, 15). Et saint Paul
écrit : Lorsque les temps furent accomplis,
Dieu envoya son Fils, né d'une femme, et
assujetti à la loi, afin qu'il
rachetât ceux qui sont sous la loi et que
nous reçussions l'adoption des
enfants
(Gal. IV, 4-5).
Le salut qui est en Christ n'est pas
apparu inopinément ; le sol lui avait
été préparé des
siècles à l'avance, aussi bien au
sein du peuple élu qu'au milieu des
païens. Immédiatement après la
chute, Dieu annonçait que la
postérité de la femme
écraserait la tête du serpent
(Gen. III, 15), et plus tard il
promettait à Abraham que toutes les familles
de la terre seraient bénies en lui
(XII, 3). Cette
postérité d'Abraham devait être
préparée, par l'amour paternel de
Dieu, à recevoir le salut Dieu se
révèle à ce peuple comme le
Créateur du ciel et de la terre, comme le
Tout-Puissant qui, revêtu de sa divine
majesté, parle et la chose arrive ;
Il ordonne et la chose
existe
(Ps. XXXIII, 9) et devant lequel
toute la création n'est que cendre et
poussière. Il se révèle comme
le Dieu saint qui ne prend
point plaisir à la méchanceté
et avec lequel le méchant ne saurait
habiter
(Ps. V, 5), comme celui qui est
séparé des hommes pécheurs par
un infranchissable abîme
(Esaïe LIX, 2), et qui
dit : Soyez saints, car je suis saint
(Lév. XI, 44). Mais ce Dieu
promet aussi de faire grâce, afin
qu'Israël soit préservé du
désespoir de Caïn qui
disait : Ma peine est
plus grande que je ne puis la porter
(Gen. 4, 13). Tandis que les
païens tournent tristement leurs regards vers
l'âge d'or du passé, Israël est
le peuple de l'espérance, de l'attente
ardente, soutenue par une prophétie
continuelle, toujours plus précise et plus
claire, et par des sacrifices, surtout par des
sacrifices sanglants. Ces sacrifices devaient
rappeler sans cesse au peuple, d'un
côté, que l'homme a
mérité la mort par ses
péchés, et, de l'autre
côté, que Dieu ne veut pas la mort du
pécheur, mais qu'il sacrifie la victime,
afin que le pécheur puisse trouver
grâce. Seulement, le sang des animaux en
pouvait pas purifier la conscience, ni
réconcilier l'homme avec Dieu ; mais
ces immolations devaient, par leur constante
répétition, diriger les regards et
les espérances sur l'avenir, sur le
sacrifice expiatoire dont parle Esaïe
(LIII, 4-6) ; sur la seule
oblation parfaite, qui a
amené pour toujours à la perfection
ceux qui sont sanctifiés
(Héb. X, 14).
La loi devait donner la connaissance du
péché et de la culpabilité, le
sacrifice et la promesse devaient faire
naître l'espérance de la grâce.
La circoncision, comme signe de l'alliance,
était destinée à élever
un mur de séparation entre le peuple de Dieu
et le monde, et à annoncer que l'on ne
pouvait pas appartenir à ce peuple en vertu
de la seule naissance naturelle. Après la
délivrance de la servitude d'Égypte,
Dieu institua la Pâque. Cette
cérémonie n'était pas
seulement une fête commémorative de ce
que Dieu avait fait autrefois. Car pour le Dieu
éternel, il n'y a point de passé.
Jéhovah est le même hier, aujourd'hui
et éternellement. Il est immuable et fait
toutes choses nouvelles. Mais la Pâque est un
signe permanent que Dieu veut faire grâce
à son peuple par le sang de la
réconciliation, une prédiction
certaine de la Pâque parfaite, de Christ immolé pour
nous
(I Cor. V, 4) et par lequel Dieu nous
accorde en effet et en vérité ce qui
nous était promis par des signes sous
l'ancienne alliance.
Et lorsque ce peuple, dans les temps de
sommeil moral, courait le danger d'être
séduit par son voisinage païen,
Jéhovah, dans sa miséricorde
paternelle, lui envoyait des prophètes qu'Il
armait de la puissance extraordinaire de son Esprit
; afin de châtier et si possible de ramener
ceux qui étaient tombés, de fortifier
les coeurs abattus, et de
consoler les fidèles affligés.
Grâce à cette discipline paternelle et
à ce filial exercice de la foi, l'attention
du peuple élu était toujours de
nouveau ramenée sur le Sauveur qui devait
venir, jusqu'à ce qu'enfin la période
des prophètes fut close par
l'avènement de Jean-Baptiste qui, dans
l'esprit et la vertu d'Elie, devait convertir les
coeurs des pères envers les enfants et le
coeur des enfants envers les pères ; et
alors devait se lever le
soleil de justice qui porte la santé dans
ses rayons
(Mal. IV, 2, 5).
Mais pendant quatre siècles,
durant lesquels Dieu cessa de parler à son
peuple, Israël devait dès lors
s'habituer à vivre des
révélations qui lui avaient
été abondamment accordées dans
la loi et les prophètes, par les sacrifices
et la circoncision, et se les approprier de la
manière la plus intime. Or, c'est ce qu'il
ne fit pas. L'immense majorité du peuple se
nourrissait du souvenir de sa grandeur
passée. On ne vivait plus comme auparavant
dans une confiance filiale au Dieu toujours
présent. Autrefois, lorsque Dieu,
irrité contre son peuple, le frappait de sa
verge, Israël criait à
l'Éternel ; maintenant, comme les
pensées et les coeurs ne sont plus
tournés vers Lui, on ne comprend plus ses
dispensations. Dieu ne répond plus à
son peuple parce que son peuple ne l'invoque plus.
On espère bien encore un glorieux et
brillant, avenir, mais cette espérance n'a
plus ses racines dans une communion personnelle
avec le Dieu de l'alliance, Jéhovah. On
cherche à le satisfaire par des oeuvres de
piété, par une conduite
extérieurement honnête, en
obéissant à la lettre de la loi. On
se courbe sous l'oppression d'un présent
misérable, parce que le peuple de Dieu est
tombé, à cause de son
incrédulité, sous la domination de
puissances étrangères. Mais on
espère pour l'avenir un brillant
dédommagement, dans l'orgueilleuse
persuasion d'avoir largement satisfait aux
obligations qu'on a contractées envers Dieu.
On n'a plus aucune idée de la
félicité qui fait battre le coeur,
lorsqu'on peut s'écrier avec David :
Éternel, qui es ma
force, je t'aimerai d'une affection cordiale
(Ps. XVIII, 2). On ne comprend plus
qu'un coeur qui possède le Seigneur comme
son souverain bien, soit indifférent
à toutes les gloires du ciel et de la terre.
On ne se doute plus qu'on puisse être
élevé au-dessus de toutes les
souffrances du corps et de tous les tourments
de l'âme, lorsqu'on peut
dire : Dieu est le
rocher de mon coeur et mon partage à
toujours
(Ps. LXXIII, 26).
Cependant, il y avait encore des
âmes qui louaient Dieu en silence dans Sion
et qui méditaient
jour et nuit la loi de
l'Éternel
(Ps. 1, 2), tâchant de découvrir
pour quels temps et pour quelles conjonctures
l'Esprit de Christ, qui avait été
dans les prophètes
(1 Pierre I, 10-11) avait
annoncé l'ère de
prospérité qu'on espérait,
attendant avec un ardent désir la
consolation d'Israël. Quelques-unes de ces
personnalités excellentes nous sont bien
connues. C'étaient Zacharie et Elisabeth,
les bergers de Bethléem, Siméon et
Anne, et avant tous les autres, Joseph et celle qui
est bénie entre les femmes, la vierge Marie.
Que ceux-là ne fussent pas les seuls qui
eussent soif du Dieu fort et vivant, c'est ce que
nous apprend saint Luc, lorsqu'il dit qu'Anne
parlait de Jésus à tous ceux qui
attendaient la délivrance d'Israël
(Luc II, 38).
Quoique dans les temps passés,
Dieu ait laissé
marcher toutes les nations (les païens) dans leurs propres
voies
(Act. XIV, 16), afin qu'ils cherchent le Seigneur
et puissent comme le toucher de la main
(Act. XVII, 27), Il n'a pourtant pas cessé
de leur donner des témoignages de ce qu'il
est. En agissant ainsi, Dieu n'a pas
rejeté les païens ; Il a seulement
voulu les préparer, par une autre voie, pour
le salut qui est en Christ. De même qu'Il a
voulu conduire les Juifs à ce but par
l'abondance, Il a voulu y amener les païens
par la disette ; et cela afin qu'il fût
évident que l'homme ne peut pas venir
à Dieu par ses propres forces, si Dieu, par
une paternelle condescendance, ne s'approche de son
enfant. Le besoin de se rattacher à un
être supérieur, élevé
au-dessus de la faiblesse humaine, est
profondément enraciné dans le coeur
de l'homme. Mais, ne pouvant trouver Dieu au-dessus
de la nature, il l'a cherché dans la nature.
Dans le sentiment de son péché, et
refusant de se laisser châtier par le
Saint-Esprit, l'homme avait peur du Dieu saint. Et
c'est ainsi que les forces de la nature, attirant
son attention par leur beauté ou par les
avantages qu'elles lui procuraient, obtinrent de
lui des hommages divins.
D'où vient donc, demandait
quelqu'un, que les païens adorent les
créatures au lieu du Créateur ?
Il en est des hommes, lui répondit-on, comme
de ce jeune garçon qui alla pour
la première fois à
la cour du roi. Dès qu'il rencontrait un
homme richement vêtu, portant des
décorations, une épée et une
écharpe, il le prenait pour le roi. C'est
ainsi que l'homme borné, privé de la
lumière de la vérité, prend
tantôt le soleil, la lune, les
étoiles, tantôt quelque
créature excellente pour Dieu
lui-même. Sachant qu'il y a un Dieu, et ne
l'ayant pas glorifié comme Dieu et ne lui
ayant pas rendu grâces, les hommes se sont égarés dans
de vains raisonnements, et leur coeur
destitué d'intelligence a été
rempli de ténèbres. Ils ont
changé la gloire du Dieu incorruptible en
des images de l'homme corruptible
(Rom. 1, 21. 23).
Chercher Dieu, telle est l'origine de
toutes les religions, et c'est aussi la portion de
vérité que renferment les religions
païennes. C'est cette recherche de Dieu qui
distingue des animaux, l'homme créé
à l'image de Dieu. Si même les dieux
des païens sont incapables d'étancher
leur soif, le culte qu'ils leur rendent
témoigne cependant de l'existence de cette
soif. Si le coeur altéré refuse de se
laisser remplir de Dieu, il cherche son bonheur et
sa jouissance dans les choses de la terre.
« Mangeons et buvons. demain nous
mourrons ! » Cette sentence,
éminemment païenne, était le mot
d'ordre de la grande majorité des peuples.
Les nobles âmes cherchaient à embellir
leur vie et à la rendre de plus eu plus
agréable par les arts et toute espèce
de connaissances. À travers les
siècles du paganisme, on remarque un
puissant effort des esprits pour parvenir à
la connaissance de la vérité, mais,
privé de la lumière d'En haut, cet
effort devait nécessairement aboutir
à ce désolant aveu « Il est
certain qu'il n'y a rien de
certain ».
Lorsque Christ apparut, la croyance aux
dieux, qui régnait dans le peuple,
était raillée et tournée en
ridicule par les classes élevées. La
question pleine de mépris, que Pilate
adresse au Sauveur, qui lui avait dit :
« Je suis roi, je suis né et je
suis venu dans le monde pour rendre
témoignage à la vérité,
cette question : Qu'est-ce que la
vérité ? » montre
combien le sens des choses spirituelles
était étouffé chez les hommes
cultivés et haut placés. C'est comme
s'il avait dit au Seigneur : « Es-tu
aussi de ces insensés qui
s'inquiètent de la
vérité ? La vérité
ne rapporte rien. » Le soupir secret
dés pauvres âmes qui aspiraient
à une consolation durable et à une
vérité certaine,
était comprimé, et le vide
intérieur était rempli par ce qu'on
pouvait voir et toucher.
L'incrédulité et la
superstition se disputaient l'empire des esprits.
Les guerres sanglantes, sans cesse
renouvelées, les horribles exactions des
Romains, qui avaient subjugué presque tout
le monde connu, avaient détruit le
bien-être des peuples. Le niveau moral
était tombé si bas qu'il approchait
de l'animalité. Voici comment
Sénèque, écrivain romain,
s'exprime sur les moeurs de son temps : « Tout est rempli de
crimes et de vices. Ils sont si nombreux et si
graves que le pouvoir est impuissant à les
réprimer. Une monstrueuse émulation
d'infamie règne partout. Chaque jour voit
croître l'attrait du mal ; chaque jour
la pudeur diminue. Le vice ne se cache plus ;
il s'étale effrontément à tous
les yeux. La corruption est devenue tellement
publique et elle enflamme tellement toutes les
âmes, que l'honnêteté n'est plus
même une exception, elle a
complètement
disparu. »
Il est vrai que pour embellir cette vie,
l'esprit humain avait fait de grandes et
magnifiques choses dans les arts et dans les
sciences. Mais toute cette grandeur était
tombée en ruines et toute cette magnificence
avait pâli. La fin de toutes les recherches
du paganisme est celle-ci :
« L'issue est ouverte ». La
suprême consolation du païen
était le suicide.
Toute cette désolation est
traversée par un obscur pressentiment, on
peut même dire un ardent désir d'une
aide, d'un libérateur. Les Perses, les
Indiens, les Chinois attendaient l'apparition de
quelque personnage saint qui descendrait du ciel et
apporterait un remède aux misères de
la terre. L'orient dirigeait vers l'occident les
regards de son espérance, et dans l'empire
romain on attendait en Judée
l'avènement d'une royauté
universelle.
Les coeurs étaient
préparés, mais les circonstances
extérieures aussi avaient frayé la
voie au Sauveur qui devait venir. Il est
très remarquable que le Seigneur soit
né sous l'empereur Auguste qui avait
élevé l'ancienne Rome païenne
à son plus haut degré de puissance et
de gloire. Tout le pouvoir politique était
dans ses seules mains. Tous les peuples vaincus,
dans toutes les provinces de cet immense empire,
tremblaient devant ce seul maître. Les
trésors de l'art et des
richesses immenses affluaient de toutes les
extrémités de la terre vers la grande
Rome, qui était le centre du monde alors
connu. De magnifiques routes, artistement
construites, sillonnaient les différents
pays qui composaient l'empire romain. Ici, des
messagers portaient avec une rapidité
prodigieuse les ordres de l'empereur jusqu'aux
extrémités les plus reculées
de ses vastes États. Là, les
légions marchaient avec la plus grande
facilité pour tenir dans l'obéissance
les peuples soumis. Ailleurs, c'était un
commerce actif entre les provinces et la capitale,
ou bien c'étaient des Romains de haut rang
qui voyageaient pour accroître leurs
connaissances.
Mais aussi ces belles routes furent
parcourues plus tard par les messagers de paix, qui
portaient la Bonne Nouvelle du salut, de ville en
ville, de contrée en contrée. C'est
ainsi qu'aujourd'hui les chemins de fer servent
à l'avancement du règne de Dieu.
Construits originairement dans un
intérêt purement terrestre, ils
hâtent puissamment le travail qui s'accomplit
en vue des intérêts spirituels des
âmes.
De ce centre unique partait un courant
intellectuel de pensées et un courant
matériel de marchandises qui aboutissaient
aux provinces, et vice-versa, des provinces
à la capitale. Déjà la seule
existence de cet empire, qui dominait le monde
presque tout entier, préparait les coeurs
à l'établissement de
l'Évangile qui devait embrasser toutes les
langues et toutes les nations.
La capitale installait ses dieux dans
les provinces, et celles-ci, à leur tour,
envoyaient les leurs à Rome, qui devenait
ainsi le rendez-vous des idées de toute la
terre. Cet échange et ce mélange de
dieux étaient un signe qu'ils avaient perdu
la confiance de leurs adorateurs. On cherchait sans
cesse de nouveaux dieux, dans l'espoir qu'ils
seraient plus puissants que les anciens. Plus
l'adoration d'une nouvelle divinité
paraissait aux peuples ancienne et
mystérieuse, plus on espérait trouver
auprès d'elle ce qu'on avait cherché
en vain auprès des siens propres. Depuis que
la Judée était réduite en
province romaine, la connaissance du vrai Dieu
était aussi parvenue à Rome.
Israël avait reçu de Dieu un
double appel. D'abord il devait être le
berceau de l'Église chrétienne, et
ensuite il devait lui préparer
l'accès du monde païen. Pour faire de
ce peuple le berceau de l'Eglise
chrétienne, Dieu l'avait strictement
séparé de tous les autres peuples et
lui avait confié ses oracles, par lesquels
Israël avait seul la connaissance du vrai Dieu
et de sa volonté. Pour être rendu
capable de frayer les voies au christianisme chez
toutes les nations de la terre, il fallait qu'il
demeurât parmi les païens et fût
en rapport avec eux. Or, Israël était
doué de manière à
répondre à ce double appel. Aucun
peuple n'a conservé sa nationalité
d'une manière aussi tenace, et ne s'est tenu
séparé des autres peuples avec autant
de raideur que celui-là. Et cependant il a
su s'introduire partout et s'adapter à
toutes les situations. Alors comme aujourd'hui et
aujourd'hui comme alors, le Juif sait s'acclimater
et se faire sa place partout, et il reste cependant
toujours Juif.
Lorsque Israël fut emmené en
captivité, la conscience de sa
nationalité était déjà
tellement développée qu'elle ne
perdit rien de sa force par la dispersion de ce
peuple parmi les étrangers. Lors du retour
de la captivité, tous ne revinrent pas dans
leur patrie. Un grand nombre de Juifs
demeurèrent à Babylone et dans les
contrées voisines. Ils fondèrent
partout dans les villes des maisons de
prières et des synagogues. Ces
établissements étaient les centres de
la vie juive et servaient aussi à
familiariser les païens avec les
Écritures de l'Ancien Testament. Mais le
Temple de Jérusalem était le point
central du Judaïsme dispersé sur toute
la surface de la terre ; et grâce
à cette dispersion, la connaissance et
l'adoration du seul vrai Dieu étaient
répandues parmi tous les peuples.
Même à Rome, sous le
règne de l'empereur Auguste, il y avait une
colonie de 80,000 Juifs. Tout le commerce se
trouvait presque exclusivement entre leurs mains.
L'intérêt commun de leur industrie, et
plus encore la communauté de leur foi, les
liaient les uns aux autres en face des païens,
au milieu desquels ils habitaient. La foi de ce
peuple au Dieu unique et vivant, sa Parole
révélée, le culte symbolique
qu'on lui rendait, la supériorité
morale de sa loi, les sacrifices, quelle attraction
toutes ces choses ne devaient-elles pas exercer sur
les païens qui avaient reconnu le néant
de leurs anciens dieux et qui cherchaient quelque
chose de meilleur ! Aussi, sans s'astreindre
à la circoncision ni à l'observation
de la loi cérémonielle, beaucoup
d'âmes altérées de salut se
joignaient à la synagogue pour servir le
seul vrai Dieu, garder le sabbat
et prier avec les Juifs. C'étaient là
les hommes et les femmes « craignant
Dieu », si souvent mentionnés dans
les Actes des Apôtres, Tous ces coeurs, qui
avaient abandonné les idoles, dans lesquels
le sentiment du péché avait
été réveillé par la
loi, et le besoin de salut excité par les
prophètes, étaient ouverts à
la prédication de l'Évangile de
Christ et disposés à le recevoir. Les
païens craignant Dieu, sont toujours les
premiers à ouvrir leur coeur à la
prédication de saint Paul à Philippes
(Act. XVI, 14) et à
Thessalonique
(XVII, 4).
C'est ainsi que les voies étaient
préparées à cet
Évangile, qui
devait commencer sa course victorieuse
parmi tous les peuples de la terre. Les temps sont
accomplis pour recevoir le Christianisme.
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