TERRE DE
DIEU
Christ dans ta vie
LE BERGER
Les premiers artistes chrétiens ont
représenté le Christ sous les traits
d'un berger portant une brebis sur ses
épaules. Aucune recherche de ressemblance.
Ce n'est pas le charpentier de
Nazareth, le Maître qu'ont connu les
disciples. C'est un symbole. Vous avez
peut-être présente à l'esprit
cette statuette gracieuse que l'on voit sur tous
les livres d'art chrétien. C'est un jeune
homme, presque un enfant, sans barbe, sans
auréole, au profil grec, au regard clair et
enthousiaste.
L'image du « Bon Berger»
était chère aux premières
générations de chrétiens.
juifs, Grecs, Italiens, ils connaissaient bien la
vie pastorale, les grands troupeaux de brebis, les
risques et les responsabilités du
gardien.
Des mots qui
ont vieilli?
Me trompé-je en pensant que
l'image du Bon Berger a perdu pour nous de sa
puissance dynamique? Nous avons
relégué comme désuètes
les expressions de «brebis du Seigneur»
pour désigner les chrétiens,
«troupeau» pour désigner la
communauté, « ouailles»,
c'est-à-dire brebis, pour désigner
les paroissiens. Seul le mot de «
pasteur» (berger) a subsisté. Mais nous
ne l'employons plus guère pour parler du
Christ : le «Bon Pasteur», ou le
«Bon Berger». On préfère,
surtout lorsqu'on s'adresse à la jeunesse,
parler de lui comme du Chef, du Capitaine, de
l'Entraîneur. Et plutôt que de nous
comparer à des brebis, nous
préférerions comme
symbole le lion ou même le loup. (Pensons au
succès du terme scout : les petits loups et
les mères louves.)
Réhabilitation du
berger
Faut-il abandonner le terme de «
Bon Berger»? Mais en somme qu'est-ce qu'un
berger?
Dépouillons notre pensée
de toutes les images mièvres que la
littérature nous a données du berger
et de la bergère. Évoquons les grands
troupeaux de brebis - non pas ceux que nous voyons
dans notre petit canton - ceux qui déferlent
comme une houle sur les pâturages de la
Judée près de Bethléem ou de
la Samarie, près du mont Garizim. C'est
tantôt un grouillement tumultueux,
tantôt une dispersion de toutes les brebis
dans la vaste étendue. Les voici soudain qui
s'élancent toutes, de près et de
loin, de tout l'espace du pâturage et se
pressent comme attirées par une force
irrésistible. Elles dévalent sur les
pentes gazonnées, elles enjambent les petits
murs de pierre, elles se hâtent en
bêlant.
Le berger, fière silhouette
campée sur son bâton, les rassemble;
elles ont reconnu sa voix; elles le suivent. C'est
l'heure de passer dans un autre pâturage. Le
berger a senti se lever le vent. Il conduira son
troupeau dans un endroit plus abrité. Il
presse ou ralentit la marche
selon la nature du chemin; il fait garder le flanc
du troupeau par ses chiens afin que les brebis ne
se dispersent pas; il porte dans ses bras les
agneaux nés aux champs, incapables de suivre
leur mère. Il croise une tribu de nomades,
aux yeux pleins de convoitise. Les brebis n'ont pas
peur. Le berger les protège. Il a son
bâton ferré, il a sa fronde. Il
saurait s'en servir, si quelque pillard voulait
S'emparer d'un agneau, comme il a su chasser les
loups, et l'ours au sourd grondement, et même
le lion, dont le lointain rugissement sur les
plateaux de Transjordanie a fait trembler le
troupeau. Le berger conduit ses brebis et combat
pour ses brebis, et il donnerait sa vie pour ses
brebis car il les aime, et son honneur de berger
veut que pas une de ses brebis ne soit perdue.
Comme le dit un vieux dicton: « Brebis de bon
berger ne meurt jamais. » Mais il est un autre
dicton qui dit : « Qui troupeau a, guerre a.
» Car il faut protéger le troupeau
contre les ennemis du dehors, discipliner le
troupeau, veiller sur lui et de jour et de nuit.
« Si le berger s'endort à l'ombre,
néglige la sévère conduite des
bêtes, les chiens ralentissent leur
vigilance, les moutons se dispersent, les plus
vagabonds entraînant les autres. La
liberté est belle, le plaisir de courir et
de flâner fait oublier qu'on
se trouve là pour brouter.
Les heures passent et les ventres sont creux.
»
Noblesse de la
vie pastorale
Tout au long de la journée, le
berger conduit son troupeau, règle sa
marche, choisit le pâturage, assiste les
brebis qui mettent bas, soigne celles qui sont
malades. Et, le soir, il est le dernier
couché. Il s'enroule dans son lourd manteau
qui lui sert de lit auprès de ses
bêtes, dans un coin du bercail pour qu'entre
lui et son troupeau la vie commune soit totale,
pour qu'elle se confonde dans une même
chaleur d'amitié. Souvent il se couche en
travers de la porte, éveillé au
moindre bruit, mettant son corps entre le troupeau
et le rôdeur qui voudrait s'introduire dans
le bercail à la faveur de la nuit. Il est
lui-même la porte. C'est sans doute le sens
de l'expression de Jésus: « je suis la
porte des brebis. »
Le rude berger, tout bruni par le
soleil, endurci par sa vie de plein air, sans autre
société que 'celle de ses brebis et
de son chien, aime son troupeau. Parfois il
l'emmène sur des pâturages
éloignés du village, et ne peut le
ramener pour la nuit. Il faut alors passer les
veilles de la nuit à garder les troupeaux,
comme ces bergers qui veillaient près de
Bethléem dans la nuit de
Noël. Car berger ne dort quand il y a
danger.
J'emprunte bien des traits de cette
description à un ouvrage tout
récemment publié par un berger des
Hautes-Alpes sur la vie des troupeaux
(1). Et voici ce
qui m'a encore vivement frappé : Pour
être un bon berger, il ne suffit pas
d'être courageux, combatif, de commander avec
autorité. « La brebis est très
sensible à tous les impondérables
remous que l'homme déplace autour de lui par
sa seule présence, à l'état
extérieur dans lequel il se présente,
gestes, mouvements du corps, habillement, à
l'état d'esprit qui l'anime,
nervosité, orage du coeur, même
à l'imperceptible halo de sentiments qui
l'entoure et dont il est lui-même
inconscient. Qu'il pénètre dans une
bergerie sans cette disposition d'âme requise
qui veut le repos dans les sentiments, la
modération, le sang-froid, sans ce niveau de
grâce atteint, on verra les brebis se ruer en
avant, se débander, prises d'une panique
soudaine. Comme si cette entrée les
eût boutées hors d'elles-mêmes,
rejetées du recueillement dans lequel elles
se tenaient. ... C'est pourquoi on ne peut
être bon berger que si l'on
est de pacifique complexion, maître de
soi-même, aussi bien de son âme que de
son corps, pur dans ses moeurs, calme dans son
humeur, appareillé à l'allure
même de cette tranquillité
qu'inspirent les troupeaux. »
Jésus,
le Bon Berger
Il est pour les siens, pour cette foule
qui le presse, le berger. Sans lui, ils
étaient « comme des brebis sans
berger», ces Galiléens
abandonnés à eux-mêmes, et
c'est une pauvre existence que celle d'une brebis
sans berger, brebis errante, brebis affolée,
brebis aux abois, proie facile pour ceux qui la
guettent.
Ils étaient las de suivre les
mauvais bergers qui s'étaient offerts pour
les garder : pharisiens pleins d'orgueil et de
mépris, ordonnant des choses qu'ils ne
faisaient pas eux-mêmes, rabbis et docteurs
de la loi habiles à couper les cheveux en
quatre et à interpréter les
commandements sans en comprendre l'esprit, chefs
politiques désireux de secouer le joug de
Rome, à l'âme fanatique,
assoiffée de vengeance, sadducéens
amis de la paix, mais au prix de quels compromis
avec le monde païen !
Jésus a été pour
eux le berger dont ils avaient besoin.
Spontanément ils se sont rangés
autour de lui, ils lui ont fait
confiance, ils ont écouté sa voix.
Comme un bon berger, Jésus sait ce qu'il
faut à ses brebis, il les conduit à
la source de la vie, il sait que leurs coeurs sont
inquiets jusqu'à ce qu'ils aient
été ramenés à Dieu. Il
les détourne des steppes arides, de ce qui
fait illusion et ne rassasie pas, de la
conquête des richesses. Il
révèle à la Samaritaine la
source d'eau vive. Il conduit à Dieu ceux
qui ont longtemps erré à la recherche
des biens de ce monde ou de la sagesse des hommes,
il sait quels sont les bons pâturages, et
ceux qui se laissent conduire par lui sont
rassasiés.
Comme un bon berger, il garde ceux qui
se confient en lui. Il vient à leur secours,
quand ils sont assaillis par le doute ou par
l'hostilité des hommes ou par les offensives
du prince des ténèbres. « J'ai
prié pour toi, afin que ta foi ne
défaille pas. » « Pourquoi
avez-vous peur, gens de peu de foi? » «
Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et
ne peuvent tuer votre âme. » « Ne
crains point, crois seulement. » Le Bon Berger
est fort. « Prenez courage, j'ai vaincu le
monde. » N'est-il pas le bon, le fort berger,
le fier berger, celui qui devant Pilate parle pour
ses brebis? Il n'a point trompé ni
séduit les hommes, et il donnera sa vie pour
eux, puisqu'il le faut. En donnant
sa vie, il agit en berger; en
ressuscitant, il conduira tous ceux qui ont mis en
lui sa confiance, tout le troupeau que son
Père lui a donné, jusqu'aux
célestes domaines, là où les
loups et les pirates ne pourront plus rien sur les
brebis rachetées, gardées.
Comme un berger, il est l'âme du
troupeau; ceux qui viennent à lui, juifs,
Grecs, esclaves et hommes libres, riches et
pauvres, séparés par tant de
barrières que les hommes ont dressées
entre eux, deviennent un seul troupeau. Un lien
plus fort que le lien du sang, le lien de la race,
ou celui d'intérêts communs ou
d'idées communes, unit tous ceux qui sont
gardés par le Bon Pasteur.
Qui troupeau a,
guerre a
Il parle avec autorité. Il exige
une stricte discipline de ceux qui le suivent. Il
est sévère quand les brebis
s'égaillent dans les champs emblavés,
ou s'attardent paresseusement. Il tance ses
disciples qui s'égarent en vaines
discussions: « Vous ne savez de quel esprit
vous êtes animés ! » Qui troupeau
a, guerre a. Non seulement guerre avec ceux du
dehors, pharisiens et hérodiens. Guerre pour
discipliner son troupeau. Car les hommes sont plus
difficiles à conduire que des brebis. «
Il est certain, écrit
Calvin, que de nature nous ne sommes rien moins que
brebis, mais plutôt nous naissons tous lions,
tygres, loups et ours, jusqu'à ce que
l'Esprit du Seigneur Jésus nous apprivoise,
et que de bestes sauvages et farouches, il nous
face brebis. »
Et même quand nous sommes brebis,
ne sommes-nous pas des brebis
déconcertantes? Des brebis qui
s'évadent sur toutes sortes de
pâturages, permis ou interdits, des brebis
qui écoutent avec plaisir toutes sortes de
bergers à la voix séduisante et aux
appels flatteurs, des brebis qui, le soir, à
l'heure du danger, viennent se blottir près
de leur Bon Berger, la laine encore toute
souillée de la boue des marécages
où elles ont erré pendant le jour. Et
demain nous recommencerons cette vie
disloquée entre les mauvais bergers et le
bon, jaloux de notre indépendance, heureux
en même temps de nous savoir gardés.
De quelle patience fait preuve le berger!
Il est fort. Mais son autorité
n'est pas la contrainte brutale. Comme un bon
berger, il est maître de lui-même,
aussi bien de son âme que de son corps. Au
plus fort de la tempête, il reste calme. Il
donne la paix, il donne la joie, parce qu'il est
lui-même en paix; il déborde de cette
calme assurance, de cette joie paisible que Dieu
seul peut faire jaillir en ce monde.
Splendeur de
vivre sous la garde du Bon
Berger
Il est le Bon Berger. Il l'a
été pour Pierre et pour Jean, pour
Marthe et Marie, pour Nathanaël et
Bartimée. Par sa résurrection et sa
présence invisible dans l'Église il
continue d'être le Bon Berger. Dans la nuit,
quand la tempête fait rage au dehors, les
brebis serrées au, bercail ne voient pas le
berger. Mais elles ont confiance, elles savent
qu'il est là. Elles peuvent demeurer
paisibles. «Brebis de bon berger ne meurt
jamais. » Dans la nuit où se
débat notre humanité, nous ne voyons
pas le Christ, nous ne voyons que des
démons; tout le bercail est
ébranlé et secoué jusqu'en ses
fondements. Mais nous savons qu'il est là,
celui qui nous garde. Il combat pour les siens,
« il ne sommeille ni ne dort », il prend
dans ses bras les plus faibles et ceux que ce monde
brutal a blessés, ceux dont la foi est
ébranlée, ceux qui ne savent plus
même prier. Blessures mortelles? Non pas !
Car brebis de bon berger ne meurt jamais.
Appelez Jésus « le lion de
Juda », si vous voulez, car il peut être
terrible, et ses adversaires tremblent devant lui.
Dites avec l'Apocalypse qu'« il monte un
cheval blanc » et que « de sa bouche sort
une épée tranchante dont
il va frapper les nations ».
Dites qu'il est le « Roi des rois et le
Seigneur des seigneurs ».
Mais en le nommant le « Bon Berger
» nous aurons dit tout ensemble et sa force et
son amour.
Nous aurons dit aussi ce qu'il doit
être pour chacun de nous.
Car il ne me suffit pas qu'il soit
« le Bon Berger ». Il faut qu'il soit
« mon berger ». L'est-il vraiment? Le
considères-tu comme ton berger? Le
connais-tu comme les brebis connaissent leur
berger, n'écoutant que sa voix? Sinon, que
fais-tu pour le connaître? Lui
obéis-tu comme on obéit au berger,
fuyant les terres qu'il te dit de fuir,
renonçant aux nourritures qu'il te
défend, nourrissant ton esprit et ton coeur
de ce qu'il te donne? Sinon, pourquoi te dis-tu
chrétien? As-tu confiance en lui, ne
redoutant qu'une chose, lui
déplaire?
Jésus, Christ, mon berger ! je le
dis. Ou plutôt je veux le dire, je veux
n'avoir d'autre berger que toi. Dès l'aube,
je marcherai à ta voix, je te suivrai sur
les sentiers que tu me montreras. Et quand viendra
le soir, je n'aurai point de crainte. Je sais que
le jour où je ne pourrai
plus avancer le Bon Berger
prendra soin de sa brebis; il conduira toutes ses
brebis dans les demeures éternelles.
« je suis le Bon Berger.
»
« Nous sommes les brebis que tu
conduis. »
.
LE PAIN VIF
Je
suis le pain de vie qui est descendu du
ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il
vivra éternellement.
Jean 6, v. 51
|
Notre pain
quotidien
De toute antiquité le pain fut la
nourriture des hommes. Le cultivateur a
labouré la terre, semé le grain; les
pluies ont fertilisé les champs; le soleil a
fait lever le blé, il a mûri les
épis; les moissonneurs ont lié les
gerbes lourdes; ils ont battu le blé, ils
l'ont vanné; il a fallu moudre le grain,
pétrir la pâte, cuire le pain.
Quand Jésus prenait un pain pour
le rompre entre ses disciples, il rendait
grâces, il évoquait la providence de
Dieu et la peine des hommes. Lorsque Jésus
apparut aux disciples en route
vers Emmaüs, ils ne le
reconnurent point à ses paroles ni à
ses gestes. Mais « quand il fut à table
avec eux, il prit le pain, et après avoir
prononcé la bénédiction, il le
rompit et le leur donna. Alors, dit
l'Évangile, leurs yeux s'ouvrirent et ils le
reconnurent. » Il n'y avait que le
Maître pour mettre tant de clarté dans
ce geste familier.
« Mange ton pain avec joie »,
dit l'Ecclésiaste.
« Mange ton pain avec
émotion », dit Ezéchiel.
« Mange ton pain paisiblement
», dit saint Paul.
Les méthodes de travail ont
changé de nos jours, mais c'est toujours la
même terre qu'il faut labourer, le même
soleil qui fait lever le blé; le pain est le
fruit d'un long labeur; en lui se résume la
peine des hommes et celle de Dieu.
« Donne-nous aujourd'hui notre pain
quotidien. »
Béni sois-tu pour ce pain. Que
nous sachions le partager avec ceux qui n'en ont
pas.
Mais « l'homme ne vit pas de pain
seulement ». Il ne lui suffit pas de nourrir
son corps. Dans l'abondance, il
peut se trouver misérable. Les besoins du
coeur, l'inquiétude, les aspirations
profondes de la nature humaine, le pain ne peut les
rassasier. Que feraient toutes les richesses
matérielles du monde à celui qui est
seul, qui pleure un de ses bien-aimés, que
ronge le remords ou qui tremble devant
l'éternité?
L'homme ne vit pas de pain seulement, du
pain qui nourrit son corps; il lui faut d'autres
nourritures.
Pain de
mort
Les uns n'ont pour pain que leur
chagrin; ils peuvent dire avec le psalmiste :
« Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit.
»
D'autres se nourrissent de rancunes et
de haines, ils attendent le jour des
réparations, l'heure de la vengeance; leur
pain est âcre, et ils ne sont jamais
rassasiés. Ils font leur pâture
quotidienne d'une déception; ils ne peuvent
accepter un échec, une blessure
d'amour-propre, une humiliation; et ils n'ont
d'autre nourriture que de ronger cette peine
secrète, pain dur comme une pierre, poivre
au lieu de pain.
D'autres encore se nourrissent
d'illusions et de rêves; ils croient que la
vie est un roman, ils attendent la chance, la
fortune, le gros lot; trouvant
leur vie monotone, ils vivent de chimères;
leur pain est sans consistance et ne les nourrit
pas, sable au lieu de pain.
Nourritures
terrestres, nourritures d'un
jour
Il y a heureusement d'autres pains,
d'autres nourritures du coeur qui n'ont pas cette
saveur de mort. Les uns vivent d'une noble
ambition, les autres se nourrissent de la joie du
travail, joie de l'effort physique, joie du
sportif, joie du montagnard qui conquiert une cime,
joie de l'étude ou de la recherche
scientifique, joie de servir sa patrie ou
l'humanité souffrante, joie d'agir et de se
dépenser, émotions
artistiques.
Tout cela, C'est du pain pour nos
coeurs, un pain pour lequel il faut savoir rendre
grâces à Dieu.
Béni sois-tu, Seigneur, de nous
avoir donné ce pain-là et celui de
l'amitié et celui de l'amour ! Ce
pain-là n'est pas un pain de mort ! Mais ce
n'est pas encore le « pain de vie
».
Toutes ces joies sont terrestres et
limitées, et nous sommes en marche vers
l'éternité, et nous avons besoin
d'infini. Qui chérit un être
bien-aimé tremble en pensant à
l'inéluctable séparation. Qui aime
l'effort, la joie de
l'étude et du travail,
voit ses forces diminuer avec les années; le
sportif devient, un vétéran et
regrette ses vingt ans; l'ouvrier se voit refuser
le travail parce qu'on le trouve trop vieux. Et
celui qui dans l'âge mûr ou dans sa
jeunesse est arrêté par la maladie,
quel sera son pain?
La journée est courte, et nous
mangeons notre pain à la hâte, comme
un bien précieux qui peut nous être
ôté d'un moment à l'autre. En
nous, il y a toujours une faim inassouvie, une faim
d'éternité, non pas seulement le
désir de prolonger notre vie et nos
affections au delà de la mort, mais le
désir d'être en communion dès
ici-bas avec l'infini. Nous sommes à la
trace d'un paradis perdu.
Nous sommes comme ces avions que nous
montrent les images de la guerre, avions abattus,
avions aux ailes brisées. Quoi de plus
triste que ces épaves d'avions ! Triste
parce que nous y voyons notre propre destin; nous
sommes là, comme eux, jetés à
terre, nous qui avions la nostalgie des cimes;
inutiles, nous qui voulions servir; souillés
et maculés de péché, nous qui
voulions nous élever au-dessus des
turpitudes; blessés à mort, nous qui
voulions vivre à jamais.
Y a-t-il un pain qui puisse
répondre à notre faim d'absolu,
d'éternité?
En ce
temps-là, des hommes avaient
faim
Ouvrons les Évangiles. Nous y
trouvons des gens qui connaissent cette
faim-là.
La Samaritaine a mangé le pain de
luxure; mais elle cherche un autre pain; elle a
faim de pardon et d'éternité.
Le péager Lévi a du pain
en abondance; mais il a pris en dégoût
sa fortune et son métier véreux.
Comme l'enfant prodigue, il « meurt de faim
».
Les pêcheurs du lac de
Génésareth, Jean et Jacques, les
« fils du tonnerre», ont connu la joie de
l'effort physique, de le péché
laborieuse; ils ont la force et l'audace de la
jeunesse. Mais pourquoi leur regard se perd-il au
loin, vers quels rivages plus hauts que les
collines de la Galilée?
Simon le Zélote s'est nourri de
rêves révolutionnaires; il a connu
l'exaltation, des complots; il voit
déjà Jérusalem
délivrée, l'humiliation des juifs
lavée dans le sang. Mais ce pain le
brûle au lieu de le faire vivre.
Nicodème, l'intellectuel, a
mangé le pain de la science; il s'est nourri
de philosophie, de gloire aussi, celle que lui vaut
sa situation brillante à Jérusalem.
Ce pain n'a plus de saveur. Et il ne résout
pas la question: « Que faut-il faire pour
avoir la vie éternelle? »
Marie-Madeleine a connu un grand amour,
passion coupable qui lui a procuré des
heures d'exaltation. L'ivresse est passée;
il lui reste le sentiment d'une
déchéance, d'un irréparable
péché. Elle est brisée. Elle a
faim.
Ils ont faim de pardon, de vie nouvelle,
d'infini, d'amour plus fort que le
péché, plus fort que la mort.
Ceux-là et tant d'autres, la
Bible nous les montre qui s'acheminent par des
sentiers tous différents mais convergeant
vers Celui qui a dit : JE SUIS LE PAIN DE
VIE.
Littéralement: « je suis le
pain, le pain vivant, le pain qui descend du ciel.
Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra
éternellement. »
Ceux-là et tant d'autres,
l'Évangile nous les montre apaisés,
consolés, rassasiés,
transfigurés par la présence du
Christ.
« À qui irions-nous
qu'à Toi, tu as les paroles de la vie
éternelle! »
Tu es le pain de vie, Toi qui ne m'as
pas condamné> mais pardonné et
relevé.
Tu es le pain de vie, Toi en qui j'ai
trouvé Dieu tout proche, car ma faim
était la faim de Dieu.
Tu es le pain de vie, Toi qui m'associes
à ta vie sainte et m'appelles à
être ouvrier avec Toi.
Tu es le pain de vie, Toi qui m'as
ôté la peur de la mort, puisqu'avec
Toi mourir est un gain.
Parce que tu m'as aimé, je ne
puis plus douter, parce que tu m'as relevé,
je ne suis plus découragé, parce que
tu es fort, je serai fort, parce que tu es le
Vivant, je vivrai.
« Mon Seigneur et mon Dieu
»
Je suis votre
pain
« Venez à moi, vous tous qui
êtes fatigués et chargés...
» « je suis le pain de vie.
»
Le Christ s'adresse à chacun de
nous. Il sait., jeunes gens, que vous avez faim et
que votre coeur est inquiet et tourmenté
jusqu'à ce qu'il ait trouvé Dieu. Il
est le pain de vie.
Il sait, affligés, que votre pain
est mêlé de larmes, il connaît
votre lassitude. Il est le pain de vie.
Il sait, hommes forts, qui avez cru
pouvoir vous passer de religion, que vous
êtes inquiets du lendemain et
déçus de vous-mêmes. Il est le
pain de vie.
Il sait, malades privés pour un
temps ou pour toujours du pain que mangent les
autres hommes, il sait votre souffrance. Il vous
offre une vie que la maladie ne pourra plus
affaiblir. Il est le pain de vie.
Donne-nous
toujours ce pain-là
Dans les temps où tout chancelle
autour de nous, où la pensée de la
mort nous devient familière, où l'on
a honte de soi-même, où le
découragement abat les plus robustes,
à qui irions-nous qu'à celui qui
donne le pain de vie?
Il n'est pas loin de nous. Au moment
où tu l'invoques, où tu le pries, il
est là, car il y a longtemps qu'il te
cherche.
Il est là tout près, dans
ta chambre, à ton chevet. C'est le Christ de
ton enfance,, C'est le Christ de Noël, c'est
le Christ des Évangiles, c'est le Christ
dont chaque croix te rappelle la mort
rédemptrice. Ouvre ta Bible.
Élève vers lui ton coeur. Dis-lui :
« Seigneur, aie pitié de moi. »
« Kyrie eleison. » « Christ, viens
à mon secours ! »
Prends et mange. Le pain de vie t'est
donné. Nourris ton coeur de sa
présence. C'est lui qui t'a
protégé, c'est lui qui a fait
naître en toi ces élans de courage, ce
dégoût du péché, cette
soif d'absolu, cette certitude que tout peut
recommencer et qu'il y a des réalités
invisibles plus sûres que celles que nous
voyons. Il t'a déjà donné la
nourriture qui fait vivre avant même que tu
l'aies demandée.
Mais ne te contente pas de chercher de
temps en temps la présence du Christ.
Cherche d'abord, cherche
premièrement, cherche toujours le Pain de
vie. Il donnera leur vraie saveur à toutes
les nourritures passagères que tu as
déjà reçues de Dieu. Tout est
transposé sur un plan nouveau, plan
d'éternité. Nous ne nous
détachons pas de ceux que nous aimons ni des
oeuvres qui nous appellent, mais il y a dans notre
amour et dans nos oeuvres quelque chose que la mort
ne pourra plus détruire. Tout ce que le
Christ, le Vivant, a touché, devient, comme
lui, éternel.
Christ, notre pain !
Et nous aurons la franchise et le
courage de renoncer aux pains de mort auxquels nous
avions goûté. Car on ne peut vouloir
en même temps la présence de Dieu et
celle des démons, la paix du Christ et la
satisfaction de nos passions, Dieu et Mammon. Un
choix s'impose: Pain de vie ou pain de
mort.
Marguerite de Navarre dit dans une de
ses « Chansons spirituelles» :
- « Si Dieu m'a
pour chef Christ donné,
- Faut-il que je suyve
aultre maistre
- S'il m'a le pain vif
ordonné,
- Faut-il du pain de
mort repaistre ? »
Loué sois-tu, Seigneur, pour le pain qui
nourrit nos corps !
Loué sois-tu pour toutes les
bonnes nourritures que tu as données
à nos coeurs ! Loué
sois-tu surtout pour le «
pain vif », le pain d'éternité,
Christ, notre pain !
« Mon âme, bénis
l'Éternel, et n'oublie aucun de ses
bienfaits. »
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