ALFRED SAKER
Pionnier Missionnaire au Cameroun
de 1845 à 1876
PROGRÈS
On pourrait se demander à quoi rime tout
ce déploiement de vaillance, toute cette
dépense d'énergie que d'aucuns
qualifieraient de gaspillage, car n'aurait-on pu
leur trouver ailleurs un emploi plus fécond
? Sur ce point, citons les résultats
enregistrés par M. Saker lui-même.
Après quatre ans d'Afrique, il a fini par
fixer le douala, en a établi la grammaire ;
il a traduit et imprimé en cette langue une
partie du Nouveau Testament et créé
trois livres scolaires. Déjà en
octobre 1849, les élèves
indigènes de l'école missionnaire
commencent à lire la Bible en
anglais.
« Le 5 novembre 1849,
écrit-il, est un jour mémorable dans
les annales de la Mission Baptiste au Cameroun, car
c'est la date du baptême dans les. eaux du
fleuve, de Smith, le premier converti sur place qui
ait résolu de rendre ce témoignage
public. »
L'après-midi de ce même
jour fut consacré à la formation
d'une Église dont M. et Mme Saker, Horton
Johnson et sa femme, et le néophyte Smith
constituèrent le noyau. Cette journée
se termina par un service de Sainte Cène.
«Je viens donc de le vivre, ce
jour tant désiré, où j'ai
enfin pu poser les assises d'une oeuvre solide au
Cameroun et fonder une Église
chrétienne. Ah, si je pouvais maintenant
voir cette Église s'étendre et gagner
jusqu'à mille âmes ! Mon
espérance n'est pas vaine, car l'Esprit de
Dieu est à l'oeuvre; plus de vingt personnes
sont en quête du salut et boivent
littéralement mes paroles quand je leur
explique l'Évangile. Les traits de
férocité qui défiguraient ces
visages humains s'adoucissent peu à peu en
une expression d'innocence et de candeur ; et ceux
qui, naguère, en voulaient à ma vie,
me demandent maintenant
« Que dois-je faire pour
être sauvé ? »
Est-il besoin d'un autre
témoignage de l'efficacité de
l'oeuvre de M. Saker ? Ainsi encouragé par
des résultats tangibles, il continue
à se dépenser avec constance pour
gagner ces âmes à Dieu.
Mais la santé de Mme Saker et
celle du petit Fernando donnent de
l'inquiétude. Un nouveau séjour en
Angleterre s'impose. Mme Saker s'embarque avec son
fils en février 1854. Nouvelle
séparation, nouvelle solitude pour son mari.
Pourtant, M. Saker n'a pas le temps de s'apitoyer
sur lui-même. Écoutons-le : «
J'ai de la besogne jusque par-dessus la tête,
et le coeur plein de sollicitude pour toutes les
familles qui se sont jointes à nous et dont
je dois assurer la subsistance ; et puis il faut
avoir l'oeil à tout, surveiller le travail
d'apprentis dont les coups d'essai sont rien moins
que des coups de maître, quelle que soit leur
évidente bonne volonté,
suppléer aux lamentables défections
de ceux qui bâclent leur travail ou le
désertent, faute d'avoir le coeur à
l'ouvrage.
En l'absence de Mme Saker, la petite
indigène qu'elle avait initiée au
ménage reste seule à la tâche
de préparer les repas pour vingt personnes
chaque jour; or, on ne peut rien acheter sur place
et parfois il faut envoyer un garçon en
tournée toute une matinée pour
trouver de quoi faire un seul repas. Il faut,
veiller aussi constamment sur les vêtements
pour les préserver des mites et des rats. La
construction surtout réclame une attention
de tous les instants, les terrassements, les
fondations, la maçonnerie, le soudage des
barres de fer en faisceau pour former des poutres
solides, tout cela exige un soin, une
précision, une technique que l'oeil vigilant
et la main exercée du missionnaire sont
seuls à pouvoir assurer. Bien d'autres
incidents réclament son attention : c'est
une blessure à bander, une fièvre
à calmer, un membre déchiré
par un crocodile à amputer, un combat
à faire cesser, une querelle à mort
à composer, des conseils à donner aux
rois et aux chefs tourmentés de
problèmes temporels et spirituels,
l'imprimerie à diriger, et surtout et
par-dessus tout, la Bible à traduire . . .
»
.
MORT DE FERNANDO
Au plus fort de ces travaux absorbants, M. Saker
fut appelé d'urgence au chevet de son petit
garçon dont l'état ne laissait plus
d'espoir. Toute la science médicale
appelée à son secours
s'avérait impuissante à le sauver
d'une mystérieuse maladie tropicale. M.
Saker s'embarqua donc pour l'Angleterre en juillet
1855 dans l'espoir de revoir encore l'enfant
vivant. Hélas, cette maigre consolation lui
fut refusée. Quand il arriva, le Seigneur
avait déjà rappelé à
Lui cette petite âme. Ce fut une cruelle
épreuve pour les Saker qui avaient
fondé tant d'espoirs sur la précieuse
petite vie pour le service de Dieu et l'avenir de
la mission. Mais ils savaient que la main qui
frappe est bien plus souvent encore celle qui
bénit, et ils acceptèrent humblement
ce nouveau deuil.
Du reste, rien désormais ne
pouvait détourner M. Saker de l'oeuvre qui
vivait en lui et dont la vision le soulevait
au-dessus des possibilités humaines. Aussi
le voyons-nous, quatre mois après, reprendre
encore une fois avec sa femme le chemin de
l'Afrique. Ils y abordent en février 1856
et, cette fois, reçoivent de la population
un accueil enthousiaste. Quel heureux contraste
avec celui du début, onze ans auparavant !
Toutes les activités interrompues reprennent
aussitôt de plus belle et
bénéficient d'une ardeur
renouvelée, d'une énergie accrue par
ces quelques mois de repos mérité et
bienfaisant.
.
OPPOSITION
En mai 1858, M. Saker fit une visite au poste de
Clarence. Il y prêcha le dimanche matin sur
« Christ, le fondement » (1, Cor., III :
11), et le soir sur « Arrêtez et sachez
que c'est moi qui suis Dieu » (Ps. XIVI :
11).
Le lendemain, il était
occupé à charger des provisions dans
le bateau pour rentrer au Cameroun, lorsqu'il
aperçut un navire qui approchait de
l'île et qui se trouva être de mauvais
augure. C'était un bâtiment espagnol,
le Balboa, ayant à bord Don Carlos Chacon,
commandant de l'escadre navale espagnole et
gouverneur général des îles
espagnoles de la côte ouest-africaine. Il
amenait avec lui six prêtres jésuites
et était chargé de faire
exécuter les ordres de la Couronne. Il
proclama la religion catholique seule
autorisée à Fernando Po, à
l'exclusion de toute autre, exactement comme dans
le royaume d'Espagne.
À cette nouvelle, M. Saker
fut frappé de l'à propos de son
message de la veille: « Arrêtez et
sachez que c'est moi qui suis Dieu, » et il
décida de tenir une réunion de
prières ce même soir à sept
heures.
Le 24 mai, le gouverneur manda M.
Saker et lui fit savoir que les jésuites
étaient outrés de trouver des
missionnaires hérétiques dans
l'île et qu'ils allaient sans tarder en
extirper le protestantisme. Ils refusaient de
reconnaître les libertés
accordées aux termes de la constitution de
1843.
« J'étais souffrant cet
après-midi-là, note M. Saker, et
pensais m'absenter de la réunion du soir ;
mais, tandis que je méditais sur les
événements, le verset 7 du chapitre 3
de l'Apocalypse s'imposa à mon esprit et une
voix au-dedans de moi semblait dire: « Va,
porte ce message à ce peuple : C'est moi qui
ai les clefs. » J'oubliai vite mon
indisposition et me rendis à la
réunion. J'y parlai longuement et avec
puissance à une assemblée attentive,
jusqu'à près de neuf heures. Tous les
amis de la mission y étaient accourus, tous
croyant se réunir pour la dernière
fois. Dernière ou non, j'ai le coeur en
repos : Jésus a la clef !
« Les prêtres vont de
maison en maison, annonçant qu'ils
baptiseront bientôt tous les enfants. En
ville, les Espagnols s'emparent sans compensation
de toutes les volailles, canards, oeufs, ignames,
qu'ils trouvent. Ils ont fait savoir qu'une
proclamation serait faite aujourd'hui à
midi. Une furieuse tempête s'est entre-temps
déchaînée et c'est sous une
pluie torrentielle que quelques habitants, parmi
lesquels certains de nos amis, se sont
assemblés pour entendre le décret. A
leur retour, les femmes étaient en larmes.
je leur lus Esaïe, XXVI : 20 : "Va, mon
peuple, entre dans ta chambre . . . »
Après une courte allocution et de ferventes
prières, je renvoyai nos amis chez eux.
»
« Le dimanche suivant, un grand
silence régnait dans la colonie de Clarence;
on n'entendait plus les chants et les
prières qui, encore tout récemment,
montaient de la chapelle et de l'école en
sons joyeux; les fidèles s'étaient
groupés dans les maisons et y tenaient des
réunions en particulier et sans chanter. Ils
ignoraient encore, pourtant, qu'à bord des
vaisseaux espagnols les chefs se préparaient
à débarquer des troupes qui avaient
ordre de tuer ou de saisir toutes les personnes
rassemblées pour un service religieux. Le
silence qui régnait partout avait
déjoué leurs plans, dont M. Saker
lui-même n'eut connaissance que plus tard.
Quelle ne fut pas sa joie de constater alors que le
message que Dieu lui avait donné pour les
chrétiens de Clarence, avait
empêché ceux-ci de braver
l'opposition, prévenant ainsi un conflit
où beaucoup d'entre eux auraient
trouvé la mort.
Pour les aider pendant que ces lois
restrictives restaient en vigueur, il fut convenu
que les services religieux se tiendraient dans la
jungle à quelque distance de la ville.
Là, au moins on pouvait chanter et prier
sans crainte d'attirer la malveillance des
persécuteurs.
Entre-temps, les missionnaires
faisaient des démarches pour obtenir que
l'exécution du décret soit suspendue
jusqu'à ce que les habitants aient pu
communiquer avec la Cour espagnole. On n'avait
guère d'espoir de rien obtenir, mais cela
gagnait un temps précieux. En effet, un
nouveau problème s'imposait à M.
Saker : qu'allait devenir ce groupe de
chrétiens ? Toutefois, il ne s'abandonnait
pas à l'inquiétude : il savait que
leur sort était entre les mains de Dieu et
qu'Il saurait les tirer de ce mauvais pas.
Déjà ne leur avait-Il pas
envoyé M. Saker juste au moment critique ?
Ces gens s'en émerveillaient et, entourant
le missionnaire, lui demandaient, intrigués
: « Comment saviez-vous qu'il fallait venir
à Clarence juste maintenant ? Avant que nous
n'ayons eu le temps de nous effrayer, vous
étiez déjà venu à notre
secours ! »
Le consul britannique donna, en
l'occurrence, de précieux encouragements,
mais c'est à M. Saker qu'incombait la
tâche d'assurer l'avenir de ces colons
chrétiens et, en vérité, nul
pionnier n'était mieux qualifié que
lui pour inspecter les emplacements susceptibles de
leur donner asile, et pour faire un choix
judicieux. Il connaissait assez la côte du
continent pour avoir la certitude qu'elle recelait
quelque part un endroit sûr où
aménager un port et implanter une colonie.
Enfin arriva la réponse définitive du
gouverneur : il interdisait aux missionnaires de
rester dans l'île. M. Saker rassembla tout
son petit troupeau, le mit au courant de la
situation et on résolut de quitter en masse
ces rivages devenus inhospitaliers dès qu'on
aurait trouvé, pour y fixer la colonie, un
coin propice, en terre libre, où elle
pourrait jouir des libertés civile et
religieuse.
Et telle est la profonde
sagacité de M. Saker, la largeur et la
puissance de sa vision d'avenir, qu'il écrit
à son comité pour le mettre au
courant, et ajoute : « En ce qui concerne les
futurs arrangements, Jésus sera notre guide.
Priez pour que nous soyons dirigés dans le
droit chemin. Voici quelques idées : le
Cameroun . . . est un pays plein d'avenir au point
de vue missionnaire et une porte ouverte sur
l'intérieur du pays. Il nous faut maintenant
un port où nous ayons la protection de la
métropole ; ... on pourrait installer un
dépôt de charbon pour la Marine, un
port sûr pour nos navires marchands, un port
franc pour le commerce des rivages voisins, un
asile inviolable pour les opprimés et les
esclaves. Voilà les grandes lignes du
programme. Mais, en tout premier lieu, il nous faut
trouver un refuge où chacun puisse d'abord
adorer Dieu en toute liberté, puis trouver
du travail et, s'il se peut, prospérer.
»
Cette lettre n'était pas
écrite depuis deux jours que M. Saker, sans
attendre la réponse, prend l'initiative
d'aller explorer la région montagneuse du
Cameroun, avec ses escarpements rocheux surplombant
la mer ou venant y mourir, ménageant entre
eux des baies, des anses, des îles
ignorées.
Il part un beau matin, si
préoccupé de son projet qu'il en
oublie de déjeuner. Il part dans un
frêle canot qui doit le conduire de Clarence
à la côte ouest-africaine à
travers 30 kilomètres de détroit
où la mer est si tumultueuse qu'il reste
quatre jours en route, ballotté sur les
vagues, exposé aux intempéries
tropicales, sans nourriture, en danger de mille
morts.
Débarqué à
Bimbia, il s'abouche avec le chef de l'endroit, le
roi William et obtient une promesse de vente de
terrain dans la baie d'Amboise. Puis, il revient
à Bethel préparer les
éléments d'une grande salle à
monter sur l'emplacement qu'il trouvera, afin d'y
loger les premiers émigrants. Encore
souffrant des suites de sa récente
traversée, il repart pour Bimbia et,
à peine à terre, oubliant encore de
manger, se met en route pour la baie d'Amboise. Il
s'en va par monts et par vaux, à travers
ravins et rivières, escalade crêtes et
falaises. Au déclin du jour il tombe dans un
précipice, s'accroche à des racines,
se retrouve sur un fond de roches noires que
lèche une marée menaçante
comme un monstre savoure d'avance, à petits
coups de langue, une proie inespérée.
Il faut à tout prix trouver une issue, fuir
une mort certaine; tout autour les parois sont
à pic; mais vers l'ouest s'estompe, dans une
dernière lueur du couchant éteint, la
ligne brisée d'un contrefort plongeant dans
la mer.
Là est le salut ; il faut
contourner le promontoire. Il tâtonne dans la
nuit survenue, s'aidant des genoux et des mains sur
les roches arrondies et glissantes et, en deux
heures de cette acrobatie, parvient à
doubler le cap hors de la portée de l'eau
perfide.
Tout le reste de la nuit, il
grelotte à la belle étoile. Le
lendemain, couvert de boue, les vêtements en
lambeaux et les mains déchirées, il
arrive enfin à Amboise Bay et reste confondu
devant la providence de Dieu qui lui fait trouver
là le lieu idéal,
préparé depuis des millénaires
: pas d'habitants, un pays richement boisé
et d'aspect fertile. Un peu plus loin, dans un
repli de terrain, apparaît la plus belle
plage de tout le littoral, une grande
étendue de sable, une eau profonde que ne
viennent pas agiter les grands remous de
l'océan. « je voulais trouver juste un
bout de côte où l'on pût
seulement atterrir, dit-il, et voilà que
Dieu me mène à cette magnifique plage
de près de 3 kilomètres,
abritée du large et assez vaste pour y
mouiller quelque mille bateaux. Les brises marines
la rafraîchissent de jour et, la nuit, le
vent de la montagne y souffle dans toute sa
pureté. Climat parfait ! »
Tout réconforté de
cette trouvaille, il revient à Clarence
l'annoncer au petit groupe qui attend. . . . Trois
nouveaux navires de guerre espagnols sont
arrivés. Il est grand temps de leur
soustraire leur proie. Mais comment transporter sur
un seul canot minuscule toute une colonie à
travers la houle du sinistre
détroit?
Le 9 juin, il retourne à
Amboise Bay et prend officiellement possession du
terrain, sur lequel lui et ses compagnons se
recueillent un instant en prière pour le
succès de l'entreprise. Geste touchant, il
donne à cet endroit le nom de Victoria, en
songeant à la bonne et gracieuse souveraine
de son pays lointain. Puis, fébrilement car
le temps presse, il se met à
défricher avec l'aide d'un groupe
d'indigènes. Il faut abattre des arbres,
brûler la broussaille, assainir le sol, faire
de la place pour bâtir des maisons. De Bethel
on apporte des matériaux. Bientôt
quelques bâtiments s'élèvent
sur la clairière, dont une chapelle. Et tout
de suite, les services religieux sont
institués : cultes du dimanche,
réunions du mercredi et du vendredi,
école, tout comme à
Clarence.
M. Saker en outre construit une
route d'accès à la rivière
distante d'environ 500 mètres. Il trace la
rue principale de la ville future, et prospecte les
alentours.
Pendant les premiers mois de 1858,
sa femme tomba gravement malade ; il dut la faire
transporter à Sierra Leone, où il
l'embarqua pour l'Angleterre.
Revenu seul à la
brèche, il continue sa besogne avec l'aide
de tout un personnel qu'il a lui-même
initié, formé, façonné,
et qui le décharge de bien des travaux
manuels. Il mène de front les trois stations
de Clarence, de Bethel et de Victoria où se
poursuit, sous sa direction et surveillance, la
préparation du refuge destiné aux
chrétiens de Clarence. Il va les voir, un
jour, et encore une fois arrive juste à
temps pour faire face à de nouvelles
difficultés.
Le gouverneur espagnol venait de lui
adresser sur place une lettre
réquisitionnant tout le terrain de la
mission et lui enjoignant d'avoir à vider
les lieux immédiatement. Un exode en masse
s'imposait. Il envoie dire à tous les
fidèles que ceux qui veulent quitter
Clarence doivent le lui signifier dès le
lendemain en indiquant leurs noms, le nombre de
personnes dans chaque famille et la valeur de leur
maison.
Le jour suivant, il va trouver le
gouverneur et parlemente, lui exposant ses
préparatifs à Victoria. Le gouverneur
est très courtois, cordial même, mais
ses ordres sont formels ; il pourrait même
expulser tous ces chrétiens séance
tenante ! Il comprend les difficultés de
transport et regrette de n'avoir pas de bateau
à mettre à la disposition des bannis.
M. Saker, laissé ainsi à ses propres
ressources, dut faire la navette entre Clarence et
Victoria, passant chaque fois dans son canot trop
petit et chaque fois surchargé, quelques-uns
des émigrants et leurs bagages. Cela n'alla
pas sans incidents dûs surtout à
l'inclémence des éléments.
Mais tout a une fin, même les tours de force
; et le 16 janvier, 1859, M. Saker enregistre enfin
avec satisfaction que le transfert de la colonie de
Clarence est heureusement
terminé.
Ainsi, grâce à lui, 90
personnes venaient d'échapper à
l'extermination.
Malgré les fatigues que lui
avait causé cette entreprise, et dont on se
demande comment il a pu les supporter, il
recommence à Victoria ce qu'il a fait
à Bethel ; il crée de toutes
pièces une deuxième station
missionnaire pour assurer un refuge inviolable
à ces enfants du Seigneur. Puis il donne
à la colonie quelques règles de
conduite simples et équitables, qui doivent
lui assurer paix et prospérité. Et
c'est là le couronnement de son oeuvre,
où éclate plus encore qu'en toute
autre chose, la profonde sagacité de ce
grand pionnier de l'Évangile.
L'effort que lui a
coûté ce transfert reste comme
buriné dans sa chair : « J'ai
peiné jour et nuit, écrit-il, j'ai
usé ma vitalité jusqu'à
l'extrême limite, mes yeux et mes mains
aussi. » Il a bien mérité de son
Seigneur, et le comité de Londres le
reconnaît en ces termes, dans un rapport
daté de 1860 : « Il est difficile de
décrire M. Saker, tant ses travaux sont
nombreux et variés. Si l'on considère
les circonstances de ses débuts et l'oeuvre
extraordinaire qu'il a accomplie et qui, sous
certains aspects, relève des plus hautes
connaissances scientifiques, on se rend compte
qu'il est plus qu'un missionnaire éminemment
qualifié ; il est véritablement l'un
des hommes remarquables de notre époque.
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