CHAPITRE
IV
Les Croisades et les Ordres militaires
(1).
Abordons à présent l'étude
des grandes expéditions lointaines
auxquelles nous avons déjà fait
allusion, les Croisades, expression enthousiaste et
naïve mais fâcheuse de
l'idéalisme chrétien, que la foi du
Moyen-Age appela « des actions de Dieu »
(gesta Dei), selon l'expression de Guibert,
abbé de Nogent, parce qu'elles avaient pour
objet la délivrance des Lieux Saints.
Leurs deux causes immédiates
furent les mauvais traitements infligés par
les Turcs Seldjoucides aux pèlerins qui
visitaient la Palestine, en quête
d'édification et de reliques, et l'appel
d'Alexis Comnène, empereur de Byzance,
menacé par les envahisseurs. Ému par
ces souffrances et ces angoisses, le pape Urbain
II, reprenant une idée de Grégoire
VII, réclama la croisade au concile de
Clermont (1095). Du haut d'une plate-forme, il
dépeignit avec une éloquence
enflammée les dévastations des Turcs
« race maudite », et promit aux
croisés le secours du Christ et la «
couronne incorruptible » du paradis.
Français il adressa un appel spécial
et pressant à ses compatriotes en vantant
leurs exploits
(2). La foule
enthousiasmée s'écria : « Dieu
le veut! Dieu le veut! » - « Oui, reprit
le pape, que ce soit votre cri de guerre ! Vous
êtes les soldats de la croix. Portez-la sur
vos poitrines ou sur vos épaules ! »
(3).
L'élan de Clermont se poursuivit
dans la chrétienté, stimulé
par Pierre l'Ermite, moine d'Amiens qui, au retour
de son pèlerinage à Jérusalem,
avait, dit-on, rapporté à Urbain Il
les appels du patriarche Siméon
(4). Monté
sur un âne, la face émaciée et
hagarde, les pieds nus, armé d'une grande
croix, il secouait les foules par sa rude
éloquence. Les gens, dans leur
délire, arrachaient les poils de la queue de
son âne pour en faire des reliques. Une
ère nouvelle commençait : la
chrétienté surexcitée
s'unissait contre les Infidèles.
Le concile avait fixé le
départ de la croisade au 15 août 1096.
Ce délai parut long.
Précédée par quatre bandes
désordonnées et sans
expérience, qui se firent massacrer,
l'armée régulière,
formée de plus de trois cent mille hommes,
finit par s'ébranler. Elle était
commandée par Godefroy, de Bouillon en
Lorraine, et la fleur de la noblesse
française. Les victoires se
succédèrent, malgré la
duplicité de l'empereur Alexis : prise de
Nicée (19 juin 1097), défaite des
Turcs à Dorylée, en Phrygie, prise
d'Antioche (28 juin 1098), entrée des
croisés à Jérusalem (15
juillet 1099), où ils firent un abominable
massacre d'infidèles et de Juifs. Huit jours
après leur triomphe, ils fondèrent le
royaume latin de Jérusalem. Godefroy,
descendant de Charlemagne, prince très pieux
et désintéressé et d'une force
physique incroyable, fut nommé roi, mais il
n'accepta que le titre de « baron et
défenseur du Saint-Sépulcre ».
On fonda deux patriarcats latins,
à Jérusalem et à Antioche. Un
code intitulé, Assises de Jérusalem,
organisa le pays conquis. Ce royaume
prospéra sous Baudouin, comte d'Edesse,
frère et successeur de Godefroy (1100-1118),
et surtout avec son neveu Baudouin II (1118-1131)
qui s'empara de Tyr. Mais Zengi le Sanguinaire vint
arracher à Baudouin III (1143-1162) Edesse
et Damas. Le 2 octobre 1187, Saladin fit son
entrée à Jérusalem, sans
souiller sa victoire par des scènes de
sauvagerie. Il permit aux chrétiens
d'acheter leur liberté et de partir. Ce fut
la fin du royaume latin de Jérusalem
La seconde croisade
(5) fut
menée par Conrad III, empereur d'Allemagne,
et par Louis VII, roi de France. Elle eut pour
cause la chute et le massacre
d'Edesse et elle fut
stimulée par l'éloquence de saint
Bernard, auquel Eugène III avait
confié le soin de la prêcher.
Au printemps de 1146, Louis VII, qui
avait un grand crime à expier, réunit
un concile à Vézelay. Bernard y fut
si émouvant que la foule réclama la
croisade « Il fut obligé, écrit
Odo, chapelain du roi de France, de déchirer
ses vêtements pour en faire des croix. »
Il visita Bâle et les villes situées
le long du Rhin jusqu'à Cologne, il
prêcha même devant Conrad III avec une
telle puissance que le souverain, tout en larmes,
s'écria : « Je suis prêt à
servir Dieu ! » Mais l'expédition
allemande échoua par la trahison de Manuel,
l'empereur grec. Louis VII, qui rejoignit Conrad
III, d'accord avec lui et avec Baudouin III,
entreprit le siège de Damas, mais les
querelles des trois princes paralysèrent
leurs efforts. Conrad rentra en Allemagne
(septembre 1148), et Louis VII revint en France au
printemps suivant. Bernard souffrit beaucoup de
l'échec de cette croisade mais il en rejeta
la responsabilité sur les chefs (De
Consideratione, Il, 1).
La troisième croisade (1189-1192)
eut pour objectif la reprise de Jérusalem
tombée, en 1187, au pouvoir de Saladin. Elle
fut conduite par trois grands rois, que secondait
la fleur de la chevalerie médiévale
(6).
À la nouvelle des succès
de Saladin, Urbain III mourut de douleur. Son
successeur Grégoire VIII, malgré son
grand âge, lança un brûlant
appel à la chrétienté. Richard
Coeur de Lion, qui venait de succéder
à Henri Il d'Angleterre, se rencontra
à Vézelay avec Philippe-Auguste. De
son côté, Frédéric
Barberousse avait déjà atteint le
Bosphore. Sans s'arrêter à
détrôner le perfide empereur grec,
Isaac Angelus, il gagna la
Cilicie, où il se noya (1190). Son fils,
Frédéric de Souabe, mourut de la
peste devant Saint-Jean-d'Acre. Cette vaste
cité cosmopolite et luxueuse fut
assiégée par Richard et
Philippe-Auguste et prise (12 juillet 1191) au prix
d'effroyables pertes, mais l'avance vers
Jérusalem fut retardée par leurs
rivalités Se sentant éclipsé
par Richard, qui se rendit célèbre
par sa force physique, ses exploits et sa
cruauté, Philippe-Auguste rentra en France,
en laissant la direction de ses troupes à
Hugues, duc de Bourgogne. Les divisions,
l'ivrognerie et la débauche
arrêtèrent l'élan des
coalisés. Après une belle victoire
à Jaffa, Richard conclut avec Saladin un
traité qui assurait aux chrétiens
pour trois ans la côte de Tyr à Jaffa
et la protection des pèlerins de
Jérusalem, et il repartit en octobre 1192,
rappelé par les menées perfides de
son frère Jean sans Terre. Le 4 mars 1193,
Saladin mourait, entouré du respect non
seulement de ses sujets, mais des chrétiens,
admirateurs de son courage chevaleresque et de sa
magnanimité.
La quatrième croisade (1200-1204) fut
inspirée par Innocent III
(7) qui
écrivit lettres sur lettres à
plusieurs rois et souscrivit la dîme de ses
revenus (8).
Foulques de Neuilly, son porte-parole
éloquent, gagna de
puissants seigneurs, dont Villehardouin,
maréchal de Champagne. Réunis
à Soissons en 1200, ils
décidèrent d'attaquer
l'Égypte, base de ravitaillement pour les
Sarrasins. On connaît les
péripéties de cette croisade vite
déviée : la prise et la destruction
de Zara, capitale de la Dalmatie, rivale de Venise
dont les vaisseaux transportaient les combattants
(24 novembre 1202), l'arrêt à
Constantinople, juin 1203, où l'on remit sur
le trône l'empereur Isaac Angelus
chassé par son frère, la prise de
cette capitale (12 avril 1204), où un nouvel
usurpateur s'était installé. Elle fut
affreusement saccagée, à la grande
indignation d'Innocent III (voir son
épître 133). Églises et autels
furent dépouillés ; on s'empara de
nombreuses reliques
(9), pour les
expédier en Europe occidentales. Soissons
reçut de son évêque la
tête de saint Étienne et l'un des bras
de Jean-Baptiste ; Innocent III eut un morceau de
la vraie croix. Philippe-Auguste acheta à
Baudouin Il la vraie couronne d'épines, et
la porta solennellement, en chemise et pieds nus
à travers Paris.
L'empire latin de Constantinople,
fondé après la prise de la ville,
dura de 1204 à 1261. Baudouin de Flandre,
couronné à Sainte-Sophie par le
légat pontifical appliqua aussitôt
à soumettre l'Église grecque au pape.
Ce dernier nomma patriarche le Vénitien
Thomas Morosini. La fondation de cet empire eut
pour effet d'élargir l'abîme qui
séparait l'Église grecque de l'Eglise
latine. Il fut renversé par Michel
Paléologue.
Le zèle d'Innocent III pour la
délivrance de la Palestine fit
décider, comme on sait, par le IVe concile
du Latran (1215) une cinquième croisade,
mais il mourut, de même que son successeur,
sans l'avoir vue. En 1219, Guillaume de Hollande
prit Damiette (récit dans l'ouvrage de
Jacques de Vitry). Enivré
par son succès, il refusa
l'offre de Malik-al-Jameel, sultan d'Égypte,
qui lui proposait, en échange de cette
ville, de rendre Jérusalem et presque toute
la Palestine. Il eut à s'en repentir, car il
perdit Damiette (1221) Cette croisade atteignit son
but par la diplomatie plus que par
l'épée, avec le traité que son
chef, Frédéric Il d'Allemagne,
conclut pour dix ans avec Malik et qui obtint la
restitution de Jérusalem. À partir de
1244, la situation des chrétiens en
Palestine devint précaire. Ils perdirent
Jérusalem, Gaza et Ascalon. Le pape Innocent
IV s'émut. Au pressant appel du concile de
Lyon (1245), saint Louis répondit. Ce furent
la VIe et la VIIe croisades.
Le 12 juin 1248, Louis IX,
idéaliste ardent et ingénu qui
mêlait la piété du moine
à l'esprit du chevalier, partit avec ses
trois frères et trente-deux mille hommes
(10). Il prit
Damiette et marcha sur le Caire, mais sa petite
armée, affaiblie par les fièvres, la
dysenterie et des attaques incessantes, fut battue
à Mansourah (1250). Fait prisonnier avec son
frère, Alphonse, comte de Poitiers, le roi
montra une admirable fermeté. Il
négocia la rançon de ses troupes et
dut consentir, pour recouvrer sa liberté,
à rendre Damiette et à quitter
l'Égypte. Il resta trois ans a
Saint-Jean-d'Acre, fortifiant à grands frais
Jaffa et d'autres places, mais il n'alla pas
visiter Jérusalem, malgré l'offre du
sultan de Damas, persuadé, comme Richard
Coeur de Lion, serait au-dessous de sa
dignité d'entrer dans une
ville qu'il ne pouvait pas conquérir. La
mort de sa mère, Blanche de Castille le
rappela en France (1254).
L'échec était complet,
mais Urbain IV et Clément III
renouvelèrent leurs funestes appels, et, en
1267, la main sur la couronne d'épines,
Louis IX annonça aux seigneurs sa
résolution de repartir pour l'Orient.
Malgré sa faiblesse physique, qui
l'empêchait de porter son armure, et sourd
aux protestations de ses nobles, de Joinville en
particulier, avec la douce obstination des
illuminés, il mit à la voile pour
Tunis avec soixante mille hommes (1270). À
peine avait-il campé à Carthage que
la peste éclata. Il vit venir la mort avec
résignation. Il ordonna qu'on
plaçât son corps sur un lit de
cendres. Il répétait une
prière où il demandait la force de
mépriser la prospérité et de
ne pas craindre l'adversité. Une de ses
dernières pensées fut pour
Jérusalem. Ses restes furent
transportés à Saint-Denis, et en 1297
il fut canonisé. Il le méritait par
sa soumission à l'Eglise et par ses belles
qualités, son haut idéal
chrétien, son instinct de justice et de
charité et sa constance dans le malheur,
mais la perte de tant de Français, que sa
piété inintelligente envoya à
la mort, a laissé une large tache de sang
sur sa mémoire.
Après ces deux efforts
infructueux de saint Louis, on ne vit plus que des
tentatives isolées, également
stériles. Grégoire X s'efforça
de rallumer le zèle, mais le concile de Lyon
(1274) fut sans effet. Des voix s'élevaient,
niant la valeur religieuse des croisades. On voyait
dans tous ces échecs une réprobation
de Dieu. Au matérialisme catholique qui
poussait la vénération pour un
sépulcre jusqu'à sacrifier
d'innombrables vies humaines pour le reprendre,
l'on opposait l'esprit évangélique
qui interdit de tirer l'épée au
profit de la religion et d'envahir le territoire
d'autrui, et l'on aboutissait à cette
conclusion que, plus tard, Érasme devait
exprimer en ces termes : « Il ne sied pas de
nous déclarer chrétiens en tuant
beaucoup de gens, mais en les sauvant, en
envoyant des milliers de
païens en enfer, mais en les rendant
chrétiens. » Pourtant, Nicolas IV et
ses successeurs continuèrent à
réclamer une croisade, mais, heureusement,
leur voix se perdit dans le désert.
Les croisades eurent à la fois
d'heureux résultats et de funestes effets
(11). Elles
portèrent la chrétienté vers
ce que Gibbon appelle « un haut idéal
d'enthousiasme », et, en l'élevant,
elles l'unirent. Elles donnèrent l'essor
à l'esprit chevaleresque et aux tendances
romantiques. Elles favorisèrent la
réaction contre la tyrannie dogmatique de
l'Eglise en éveillant, à la flamme
cuisante des défaites subies,
l'indépendance d'esprit et le devoir de
critique.
En politique, elles amenèrent la
décadence de la féodalité,
avec l'absence prolongée des seigneurs, au
profit des communes et des rois. Elles firent
progresser les études historiques et
géographiques et donnèrent une grande
impulsion aux échanges commerciaux, en
déversant sur les marchés de
l'Occident les étoffes de coton et de soie,
le safran et divers fruits fournis par l'Orient.
Mais les croisades ont fait aussi beaucoup de mal.
Elles ont troublé les esprits en les
surexcitant
(12) ; elles
ont propagé le funeste préjugé
de la guerre sainte, niée par l'idéal
évangélique ; elles ont
démoralisé les croisés avec
les séjours prolongés dans les camps
et les cruels excès de la lutte et de la
victoire ; elles ont aggravé le schisme
entre l'Eglise d'Orient et celle d'Occident,
allumé la haine et le mépris des
Mahométans révoltés par la
sauvagerie des croisés.
Ajoutons que, « en favorisant le
système des indulgences papales, qui devait
être étendu à la lutte contre
les hérétiques, elles ont fait un mal
incalculable au sens moral de la
chrétienté » (Schaff).
Les croisades donnèrent naissance
à trois grands Ordres de moines-soldats :
les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem,
les Templiers et les Chevaliers teutoniques. Ils
versèrent largement leur sang dans les
batailles contre les Sarrasins et furent les
gardiens vigilants des institutions latines en
Terre Sainte. Après le désastre de
Tibériade (1187), ils se
concentrèrent à Saint-Jean-d'Acre,
et, après sa chute (1291), passèrent
en Europe. Ils furent vite populaires et riches,
mais la prospérité leur devint
funeste. Leurs rivalités et leurs combats
fratricides devant Saint-Jean-d'Acre
causèrent de douloureux scandales.
L'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean
(13), ou
Hospitaliers (hospitalarii), tire son nom de
l'église de saint Jean-Baptiste a
Jérusalem, dont leur hôpital
était voisin
(14). Il eut
d'abord un caractère philanthropique : il
soignait et entretenait les pèlerins. Il
prospéra très vite. Bien
dirigé par un de ses chefs, Raymond du Puy,
protégé par Godefroy de Bouillon et
Baudouin, reconnu par Pascal II en 1113, il
reçut divers privilèges des papes
suivants. À cette activité
hospitalière qui continua, même
après son transfert à Rhodes, vint
s'ajouter un caractère militaire. À
côté des chapelains et des
frères laïques, il y
eut - et ce fut la
majorité - des chevaliers ou «.
frères militaires ». Leur devise
était pro fide (pour la foi). Leur
vêtement fut un manteau rouge avec une croix
de Malte blanche sur le côté gauche de
la poitrine. Après la chute de
Saint-Jean-d'Acre, ils se retirèrent en
Chypre, et, en 1310, à Rhodes. D'où
leur nom de « chevaliers de Rhodes »,
auquel s'ajouta, à partir du XVIe
siècle, celui de « chevaliers de Malte
». Sous leur grand-maître La Valette,
ils défendirent cette île avec
vaillance contre la flotte de Soliman le
Magnifique, qui fut battue à Lépante
(1571). À partir de celle époque,
l'Ordre entra en décadence
(15).
Les Templiers
(16) furent,
dès l'origine, un corps purement militaire,
constitué en 1119 par Hugues de Payens.
Baudouin Il leur donna un emplacement dans son
palais sur le mont Morija, près de
l'emplacement du temple de Salomon, - d'où
leur nom de Templiers
(17). Cet Ordre
essaima très vite, encouragé par les
papes et par saint Bernard, dont le traité
De laude novae Militiae (Éloge de la
nouvelle Milice, Migne, T. 182)
célébra leur simplicité et
leur gravité. Les Templiers se divisaient en
trois classes : les chevaliers, de noble naissance,
les frères servants armés (fratres
servientes armigeri) et les chapelains. Les
premiers portaient un manteau blanc avec une croix
rouge. Ils avaient près de Saint-Jean-d'Acre
un château-fort immense et magnifique. Leur
discipline militaire et leur bravoure furent
remarquables. Leur « grand-maître »
siégeait dans les conciles. Leurs richesses
devinrent énormes, et certaines de leurs
maisons furent des banques très actives
auxquelles les rois faisaient des emprunts
(18). Mais la
prospérité les
gâta. Ils se déshonorèrent par
leur ivrognerie
(19) et par
leur jalousie à l'égard des
Hospitaliers. Après la prise de leur ville,
ils se réfugièrent en Chypre, puis en
France, où leur Ordre devrait être
aboli par le cupide Philippe le Bel avec la
complicité de Clément V.
Le troisième Ordre, celui des
Chevaliers teutoniques, s'appela également
Chevaliers de l'hôpital de Sainte-Marie de
Jérusalem, parce qu'il se rattachait
à un établissement de ce nom
fondé vers 1099 (Perlbach, Die Statuten des
Deutschordens, Halle 1890). Fondé en 1190
par des pèlerins allemands en Terre Sainte
et reconnu presque aussitôt par le
Saint-Siège, il fut d'abord philanthropique,
mais il devint un Ordre militaire en 1198, sous
l'égide d'Innocent III. Il resta
exclusivement allemand. L'habit de ces chevaliers
était un manteau blanc avec une croix noire.
Ils eurent des hôpitaux en Allemagne, et leur
grand-maître eut la dignité de prince
d'empire. Après la prise de
Saint-Jean-d'Acre leur quartier
général fut transporté
à Venise, puis, en 1309, à
Marienbourg, sur la Vistule. Leurs possessions
comprirent cinquante cités et des
territoires avec une population de deux millions
d'âmes. Ils
évangélisèrent les côtes
de la Baltique. Mais la gourmandise et la paresse
les corrompirent, et en 1523 leur
grand-maître, le margrave Albert de
Brandebourg, suivant le conseil de Luther, devait
les quitter et se marier. Il jeta les bases du
duché de Prusse et de la dynastie des
Hohenzollern, et il introduisit le
luthéranisme dans ses États.
(1) Bibliographie générale. -
Recueil des historiens des Croisades,
magnifiquement édité par
l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres. La série Historiens
occidentaux (cinq vol., Paris 1841-1895)
comprend, entre autres ouvrages anciens :
l'Historia rerum in partibus transmarinis
gestarum, de Guillaume, archevêque de Tyr
(mort après 1184) ; les Gesta Francorum
Jherusalem perigrinantium (1095-1127), par
Fulcher, chapelain du comte de Chartres ;
l'Historia Jherus., de Robert le moine les Gesta
Dei per Francos, par Guibert de Nogent
l'Historia Jherus., par Albert,
d'Aix-la-Chapelle, l'Historia orientalis et
Historia occidentalis, par le cardinal Jacques
(de Vitry-sur-Seine, mort en 1244) ; l'Historia
de Hierosolym itinere (1095-1099), par le
prêtre Tudebod, du diocèse de
Poitiers. - Historiens orientaux, quatre vol.,
1872-1898, et Historiens grecs, deux vol.,
1875-1881, édités également
par l'Académie. - Ouvrages modernes :
Michaud, Hist. des Croisades, Paris 1812, 7e
éd., 1862 ; A. de Laporte, Les
Croisades..., Paris 1881 ; Archer and Kingsford,
Story of the Crusades, New-York 1895 ; L.
Bréhier, L'Eglise et l'Orient au M. A. :
les Croisades, Paris, 5e éd., 1928.
.
(2) D'après les témoins
Fulcher, Guibert, Robert le moine.
.
(3) Dans la première croisade, toutes
les croix étaient rouges. On y ajouta
plus tard les couleurs vertes et blanches.
.
(4) Le rôle de Pierre l'Ermite avant
le concile de Clermont, raconté par
Albert, d'Aix-la-Chapelle, et Guillaume, de Tyr,
est peut-être légendaire, car les
autres historiens ne le mentionnent pas
(Hagenmeyer, Peter der Eremite, Leipzig 1879).
.
(5) Sources anciennes : Odo (de Deuil,
près de Paris), De profectione Ludovici
VII in Orientem (1147-1149) Otton de Freising,
Chronicon, L. VII.
.
(6) Itinerarium peregrinorum et Gesta regis
Ricardi, dû, semble-t-il, à Richard
de Templo (éd. Stubbs, Londres 1864) ;
Chronicon de rebus gestis Ricardi, par Richard
de Devizes (éd. Londres 1838) ; Historia
de expeditione Freder., par Ansbert,
témoin oculaire (éd. Prague 1827).
.
(7) Épîtres d'Innocent III, L.
I, p. 353 ss.
.
(8) Byzantina Historia (1118-1206), par
Nicétas Acominatus, praticien de Byzance
; Hist. de la conquête de Const., par G.
de Villehardouin, avec la « continuation
» d'Henri de Valenciennes (éd.
Natalis de Wailly, 3e éd., Paris 1882) ;
La Prise de Const., par Robert de Clary (mort
après 1216), éd. Riant, Paris 1868
; Hist. Constantinopolitana, par Guntherus
Alemannus, cistercien, éd. Riant,
Genève 1875. - Ouvrages modernes : Paul
de Riant, Exuviae sacrae Const., deux vol.,
Genève 1877-1878; Tessier, IV, Croisade,
Paris 1884 ; A. Charasson, Un curé
plébéien au XII, siècle,
Foulques...., Paris 1905.
.
(9) Voir le récit
détaillé de Guntherus, qui tenait
ses renseignements de son abbé, Martin,
grand chasseur de reliques (Migne, T. 212, p.
251 ss.)
.
(10) Sources : Histoire de saint Louis, par
Jehan de Joinville (mort en 1319), 1ère
éd., Poitiers 1547, éd. Natalis de
Wailly, Paris 1868 ; Vie de saint Louis, par
saint Pathus, publiée par F. Delaborde,
Paris 1899 ; Vie de saint Louis, par Tillemont,
six vol., Paris 1847-1851 Wallon, Saint-Louis et
son Temps, 31 éd., Tours 1879
Franc-Nohain, Saint Louis, Flammarion, Paris
(Les Grands coeurs).
.
(11) Munro, Prutz et Diehl, Essays on the
Crusades, Burlington 1903.
.
(12) Rappelons le cas typique et douloureux
des deux croisades d'enfants qui, pareilles
à des incendies de pins, fusèrent
en 1212. Une caravane de jeunes Français
se rendit à Marseille, où elle
devint la proie des marchands d'esclaves ; un
essaim allemand partit de Brindes pour ne plus
revenir (Cf. des Essarts, La Croisade des
Enfants, Paris 1875 ; Isabel Stone, The little
Crusaders, New-York 1901).
.
(13) Abbé Vertot, Hist. des
chevaliers hosp. de Saint-Jean de
Jérusalem, quatre vol., Paris 1726 ; Le
Roulx, Cartulaire général de
l'Ordre des Hospitaliers, trois vol., Paris
1894, et Les Hospitaliers en Terre Sainte et
à Chypre (1100-1310), Paris 1904.
.
(14) D'après Le Roulx (Les
Hospitaliers), il se rattachait à un
hôpital fondé vers 1070 par un
marchand d'Amalfi.
.
(15) Sur l'ancien site de leur hôpital
à Jérusalem s'est
élevée l'église protestante
du Rédempteur, inaugurée le 31
octobre 1898 par Guillaume Il.
.
(16) Maillard de Chambure, Règle et
statuts secrets des Templiers (d'après
trois vieux mss), Paris 1840 ; Henri de Curzon,
La Règle du Temple, Paris 1886.
.
(17) On les appelait templarii, equites
templarii, etc.
.
(18) Léopold Delisle. Les
Opér. financ. des Templiers. Paris 1889.
.
(19) De là le dicton : bibere
templariter (comme un templier).