CHAPITRE III
Les Pères d'Orient et d'Occident au
III e siècle
Le Christianisme se
répandit largement en Asie Orientale, au
IIIe siècle, surtout sous l'influence
d'Origène, venu se fixer à
Césarée. Parmi les écrivains
les plus en vue, nommons Jules surnommé
l'Africain, esprit curieux et chrétien assez
superstitieux et étrange, officier,
architecte, historien et savant, avec une
ingénuité qui fit de lui un adepte
des sciences occultes, particularité qui n'a
rien de surprenant à cette époque de
grande fermentation intellectuelle, si bien
dépeinte par Jean Réville. Né
à Jérusalem vers l'an 175, il fit
divers voyages et finit par s'établir
à Nicopolis (l'ancien Emmaüs),
où se trouvait une colonie de
vétérans. Vers 222, ses concitoyens
le chargèrent de demander à,
Alexandre Sévère la restauration de
leur ville. Pendant son séjour à
Rome, il fonda pour l'empereur une
bibliothèque au Panthéon. Il mourut
à Nicopolis vers 240. Son ouvrage le plus
important est une Chronologie, en cinq livres,
largement utilisée par Hippolyte,
Eusèbe, etc.
(1). Partant de
l'idée préconçue que la Bible
donnait la chronologie exacte des grands
événements, il notait, dans des
tableaux synchroniques parallèles, les dates
importantes de l'histoire profane et de l'histoire
sacrée, depuis la Création
jusqu'à l'année 221. Il divisait la
durée totale du monde en six jours de mille
ans chacun, et en plaçait la fin à
près de trois siècles après
lui. Il écrivit aussi les Cestes, ou
Broderies (grec Kestoï), recueil varié
de réflexions militaires, de
préceptes agricoles,
voire même de recettes
magiques et aphrodisiaques... Il en reste d'assez
nombreux fragments.
À cette époque vivait
Alexandre, devenu vers 216, par l'insistance des
chrétiens de Jérusalem,
évêque de cette ville. On se rappelle
l'appui qu'il accorda, tandis qu'il était
évêque en Cappadoce, à
Clément fuyant la persécution. Il
soutint aussi Origène, lorsqu'il
était en butte à l'hostilité
de son évêque. Ancien
élève de l'École d'Alexandrie,
il avait gardé, en effet, une affection
reconnaissante à ses maîtres, ses
«pères à), comme il
l'écrivait à Origène. Il fonda
dans sa ville une bibliothèque, qui devait
être fort utile à Eusèbe. Il
mourut en 250, pendant la persécution de
Décius.
Nommons après lui le prêtre
Pamphile, doué d'éminentes
qualités, au dire d'Eusèbe, son ami,
qui a raconté sa vie. Il ouvrit à
Césarée une École de science
sacrée et enrichit la bibliothèque
qu'Origène y avait créée. Il
corrigea de nombreuses copies des livres saints
d'après le texte établi par ce
dernier. Il composa pour lui une Apologie
(2), dans la
prison où il devait périr au cours de
la persécution de 309.
Plus intense encore qu'en Palestine fut
l'activité des églises en Syrie, en
particulier dans la métropole d'Antioche
(3). Ses
principaux évêques furent
Sérapion, de 190 à 211, et surtout
Paul de Samosate, de 260 à 272
(4), singulier
personnage, aux moeurs assez suspectes, qui
paradait avec une escorte, s'asseyait sur -un
trône dans l'église et faisait chanter
par des femmes des psaumes à sa louange. Son
laisser-aller, ainsi que ses
idées sur le Logos, dans lequel il voyait
non une personne mais une propriété
du Père, soulevèrent contre lui de
vives oppositions. Un synode se réunit, mais
l'accusé s'y défendit avec
habileté, et il n'y eut pas de
décision. À un second synode, tenu
(d'après Bardy) en 268,
l'évêque, soumis à un
interrogatoire très serré de
Malchion, dialecticien subtil qui dirigeait une
École à Antioche, fut reconnu
coupable et déposé. Il refusa de
céder, et la majorité de ses
paroissiens le soutint. Mais, en 271,
Aurélien, passant à Antioche au
retour de sa victoire sur les princes de Palmyre et
prié d'intervenir, décida qu'on s'en
remettrait au jugement des «
évêques d'Italie et de Rome ».
Paul de Samosate fut condamné par un
concile, et l'autorité civile
l'expulsa.
Il faut mentionner aussi le martyr
Lucien, mis à mort en 312, inspirateur de
l'École exégétique d'Antioche.
Il fit une recension du texte sacré qui fut
répandu, au IVe siècle, en Syrie, en
Asie-Mineure et ailleurs.
En Cappadoce, Firmilien,
élève d'Origène,
évêque de
Néo-Césarée à partir de
230 environ, exerça une grande influence.
Dans le débat sur la validité du
baptême conféré par les
hérétiques, il s'y déclara
hostile et se rangea énergiquement du
côté de Cyprien contre Etienne,
évêque de Rome, dont il blâma
l'intransigeance
(5). Il condamna
les « innovations » de Paul de Samosate,
mais, trompé par les promesses de
l'accusé, il se prononça pour une
solution pacifique. Désabusé, le
noble évêque partit pour le second
synode d'Antioche, mais il mourut avant la
session.
Plus renommé fut Grégoire
dit le Thaumaturge
(6), de son vrai
nom Théodore. Né d'une famille
aisée de Néo-Césarée,
il devint chrétien après la mort de
son père, qui
était païen, et prit le nom de
Grégoire, cher aux fidèles. De
passage à, Césarée, il
entendit Origène, et il fut subjugué.
Il resta, d'après son témoignage,
huit ans auprès de lui, et, quand il partit,
il prononça, devant une nombreuse assistance
et en présence du maître
lui-même, un Discours de remerciement
à Origène
(7). Il y
raconte, avec un enthousiasme qui n'exclut pas la
finesse un peu maniérée du style,
mais qui, au jugement de Puech, annonce la grande
éloquence chrétienne du IVe
siècle, sa rencontre avec l'illustre
docteur, qui « alluma une flamme au fond de
son âme ». Il décrit cette
ouverture d'esprit aussi large que son savoir, qui
lui permit d'utiliser les sciences et la
philosophie et d'éclaircir l'Écriture
sainte. Il célèbre sa vie
dominée par la vertu et sa ferveur
communicative.
Peu de temps après, il fut
nommé évêque de
Néo-Césarée, en une
région retirée et assez sauvage. En
250, lors de la persécution de
Décius, on le voit se réfugier dans
les montagnes avec une partie de ses
fidèles. Vers l'an 254, il consacra tout son
zèle à réparer les
désastres causés à son pays
par une invasion des Goths. Il écrivit,
à cette occasion, une épître
canonique à un évêque dont le
nom est inconnu : il y condamne à la
pénitence tous ceux qui avaient
profité de la détresse
générale pour s'enrichir. Il
exerça une action profonde sur ses
contemporains, à tel point que la
légende s'empara de sa vie. On
célébra son double rôle de
missionnaire et de thaumaturge
(8) Parmi les
écrits authentiques ou non, qu'on lui a
attribués, nous ne citerons que son
Exposition de la Foi, dirigée, croit-on,
contre l'hérésie sabellienne qui
faisait évanouir dans l'unité divine
la pluralité des personnes de la
Trinité. Grégoire y proclame «
un seul Dieu, père du Verbe vivant ; un seul
Seigneur, Dieu issu de Dieu ; un
seul Esprit saint, qui tient l'être de Dieu
et a été révélé
par le Fils,... Trinité parfaite
».
Un dernier nom à citer dans
l'histoire de la chrétienté de l'Asie
orientale, au IIIe siècle, est celui de
Méthodius, évêque d'Olympe, en
Lycie, au sud de la montagne qui a reçu ce
nom (9). Sa vie
est racontée, non pas dans doute par
Eusèbe, qui n'a pas voulu le mentionner
parce qu'il avait combattu Origène, mais par
Jérôme, qui signale six de ses
écrits et son martyre en Grèce (De
Viris, 83).
Son ouvrage le plus
célèbre - dont on a le texte grec
intégral - est le dialogue intitulé
Le Banquet des dix Vierges. Il y
célèbre l'ascétisme en un
style parfois animé, où l'on sent les
procédés dramatiques de Platon, mais
alourdi par de fastidieuses longueurs. Ce dialogue
a été composé sous l'influence
du Banquet du grand philosophe grec, dont les
réminiscences y abondent, mais l'auteur a
substitué à Éros une Vertu
bien chrétienne, la Virginité, que
dix jeunes filles exaltent tout à tour. Il
suppose un repas, présidé par
Arété (la Vertu), fille de
Philosophie, au pied d'un arbre symbolique
(l'agnus-castus), dans une sorte de paradis
terrestre. Marcelle, la plus âgée.
vante la virginité avec tant d'ardeur
qu'elle semble condamner l'amour légitime,
au point de provoquer une réplique de
Théophile. Thalie, qui parle la
troisième, concilie leurs thèses en
s'inspirant d'Ephésiens V, où l'union
mystique du Christ et de l'Église est
proclamée. Six autres jeunes filles rendent
ensuite leur témoignage enthousiaste
à la chasteté. Arété
donne la palme à Thécla
(l'élève prétendue de saint
Paul), qui chante les couplets successifs d'un
cantique, dont le refrain est
répété en choeur par ses
compagnes.
Méthodius écrivit aussi un
Traité du libre Arbitre (conservé
dans un texte slave). C'est un intéressant
dialogue, où un orthodoxe soutient, contre
deux disciples de Valentin, que le mal est
imputable, non à la matière, car ce
serait ériger un second principe en face de
Dieu, mais à l'homme qui a
désobéi. Il faut signaler aussi son
dialogue intitulé Aglaophon ou La
Résurrection. Un médecin de ce nom,
chez qui plusieurs amis sont réunis, rejette
la thèse de la résurrection de la
chair. Si le corps renaissait, dit-il, le
péché renaîtrait avec lui, car
c'est de la chair qu'il procède. D'ailleurs,
le corps doit passer puisque, comme l'a
montré Aristote, ses éléments
se renouvellent sans cesse. Proclus, s'autorisant
d'Origène, n'admet qu'un corps spirituel. Il
déclare que, seule, la forme (grec : eidos)
du corps physique peut ressusciter. Eubulius,
interprète de l'auteur, affirme, au
contraire, que la chair n'est pas mauvaise en soi,
et, en des termes qui rappellent la Genèse
ainsi que le Timée de Platon, il
célèbre l'oeuvre du Créateur.
Le mal vient de la volonté humaine, et la
chair peut et doit ressusciter. Mémian,
répondant lui aussi à Aglaophon,
conteste sa théorie du flux perpétuel
de la matière. Il lui oppose le fait de la
croissance des arbres, et, en un poétique
langage, il déclare que les corps des justes
«braveront le feu des derniers jours, comme
l'agnuscastus verdoie sans être
éprouvé par le feu qui jaillit de la
montagne d'Olympe ». Mémian reproche
ensuite à Origène d'admettre la
disparition, dans la vie future, de la « forme
humaine, la plus charmante de toutes les formes
attribuées aux êtres vivante 3)
(10).
Signalons ici, en terminant, à
cause de ses nombreux emprunts à
Méthodius, le dialogue La Foi droite
(Pèri tés eis Théon
orthés Pistéôs)
(11),
antérieur à Rufin
qui le traduisit en latin. Ce dialogue a
été attribué à,
Origène parce que le porte-parole de
l'orthodoxie s'appelle Adamantius (de fer), surnom
de l'illustre docteur, mais la faiblesse de sa
pensée écarte cette hypothèse.
Adamantius y discute avec deux Marcionites, puis
avec trois disciples de Valentin, et il
réfute leur dualisme en présence du
païen Eutropius qui lui donne raison.
En Occident, le premier écrivain qui ait
attiré les regards, après Tertullien,
est Hippolyte, fondateur d'une église
schismatique à Rome au début du IIIe
siècle.
Sa vie, longtemps obscure, a
été éclairée par la
découverte que fit en 1842, au Mont Athos,
Mynoïde Mynas, que M. Villemain avait
envoyé en mission, d'un manuscrit
(12) contenant
le grand traité, Réfutation de toutes
les Hérésies
(13), où
l'on s'accorde, en général, à
voir son oeuvre
(cf Appendice I). Avant cette date,
que savait-on de lui ? Eusèbe lui attribuait
les fonctions épiscopales, sans nommer la
ville où il les avait remplies (H. E. VII,
20, 22). Le poète latin Prudence lui
assignait comme siège le Portus romanus
(Ostie), et disait qu'il avait soutenu à
Rome la cause du rigorisme (Hymne XIe).
D'après Jérôme, il prêcha
une homélie devant Origène, venu
à Rome (De Viris, 61). Une inscription en
hexamètres latins, apposée, au IVe
siècle, par le pape Damase, sur un mur de la
crypte où Hippolyte avait été
enseveli, le long de la voie Tiburtine,
déclare qu'il fut prêtre et martyr. Le
Liber pontificalis
(14) raconte
que la persécution de
Maximin (235), qui visait les
têtes de l'Église, amena sa
déportation avec celle de
l'évêque de Rome, Pontien, dans
l'île insalubre de Sardaigne, et que leurs
corps furent ramenés à Rome. Enfin,
on a retrouvé une liste de ses ouvrages
gravée à la base de sa statue,
exhumée en 1551, sur le terrain de l'ancien
cimetière de la voie Tiburtine et
conservée au Musée de Latran.
On a pu compléter ces
détails sommaires par des renseignements
puisés dans le grand ouvrage d'Hippolyte
contre les hérésies. Il nous apprend
(L. IX) que son auteur était un
schismatique, entré en conflit avec
l'évêque de Rome, Zéphyrin et
son successeur Calliste. Contre le premier
(15),
défenseur de la « monarchie »
(unité de Dieu), il maintenait la
divinité du Christ. Il le blâmait
aussi de se laisser dominer par Calliste, qui,
à l'en croire, n'était qu'un
dangereux intrigant (IX, 1). En face de lui, il
dressa sa propre église, qu'il
présenta comme la seule fidèle
tradition et dont il devint l'évêque.
Lorsque Calliste remplaça Zéphyrin,
Hippolyte lui reprocha d'absoudre les
péchés d'idolâtrie,
d'immoralité et même d'homicide et
d'interdire la déposition des
évêques en état de très
grave péché (IX, 12). Mais, lors de
la persécution de Maximin, il dut rentrer
dans l'église régulière,
puisqu'elle l'a regardé comme un de ses
martyrs et l'a honoré comme tel.
Le nombre de ses ouvrages est assez
considérable. La liste gravée sur son
monument doit être complétée
par les catalogues d'Eusèbe et de
Jérôme. D'après l'abbé
d'Alès, le chiffre réel
s'élève à quarante-deux
(16).
Les plus célèbres sont ses
deux traités contre les
hérésies. Le premier, le Syntagma, a
été perdu, mais,
comme nous l'avons
déjà noté (p. 18), il a
été en partie reconstitué, Le
second, Réfutation (Elenkos) de toutes les
Hérésies, retrouvé en 1842, se
compose de, dix livres, dont le deuxième et
le troisième manquent dans le manuscrit du
Mont Athos. On lui a donné le nom de
Philosophoumena, titre arbitraire qui ne s'applique
qu'au livre I, exposé assez superficiel des
idées philosophiques grecques
(17).
Après avoir traité de la
religion des mystères (ta mystica), dans les
livres Il et III, Hippolyte critique (L. IV) les
théories courantes sur les « astres
» et les « grandeurs »
(mathématiques). Examen partial, car il
voyait avec irritation dans ces systèmes et
ces superstitions la source de toutes les
hérésies. Il y poussait l'outrance
jusqu'à railler des savants tels
qu'Archimède et Ptolémée. Dans
les livres V-IX, il étudie sans beaucoup
d'ordre les nombreuses hérésies, en
particulier celles de Justin, Simon le Magicien,
Valentin, Basilide, Marcion, Cérinthe,
celles des Ébionites, (les Docètes,
des Montanistes, de Sabellius dont il raconte les
démêlés avec Zéphyrin et
Calliste. Le livre X précise la vraie foi et
lance un vibrant appel à tous les hommes de
bonne volonté.
Ce traité est postérieur
à la mort de Calliste (222 environ).
L'exposition en est claire, la langue ni incorrecte
ni choisie, le style simple non sans artifices de
sophistique. Sa classification des
hérésies n'est guère
rationnelle. Ses sources sont assez
sérieuses. Parfois il suit
Irénée, qu'il complète
à l'occasion. Les documents qu'il utilise,
au livre Ve, sur diverses sectes, ne sont pas
l'oeuvre d'un faussaire, comme le pensaient Salmon
et Staehelin; d'après de savants critiques
(Bousset, E. de Faye), ils sont authentiques et
méritent quelque confiance
(18). Quant aux
renseignements sur Zéphyrin et Calliste,
malgré l'exagération
probable des critiques, ils
jettent une précieuse lumière sur une
importante période de l'histoire de la
papauté.
On doit aussi à Hippolyte des
ouvrages d'exégèse, de forme
homilétique, en particulier des commentaires
sur le Cantique des Cantiques et sur Daniel. Dans
le premier
(19), il se
livre comme Origène, mais avec beaucoup
moins de savoir et de pénétration,
à l'interprétation allégorique
qui cherchait à voir le Christ
préfiguré dans l'Ancien Testament.
À ses yeux, c'est lui qui est le
fiancé ; les bonds de ce dernier sur la
montagne figurent les grands actes de sa vie. Dans
la fiancée il voit la synagogue, d'où
sortira l'église. Son commentaire sur Daniel
(20), pour
réconforter les fidèles
éprouvés ou menacés
(21), annonce
le retour du Christ, dont il finit par fixer la
date à l'an 500 après sa
naissance.
Hippolyte s'est occupé aussi de
chronologie. Il écrivit un livre de
Chroniques, compilation sans critique,
d'après l'Ancien Testament et les
chronographies antérieures
(22). Il y
indique l'âge des patriarches, la
répartition géographique des fils de
Noé, et la succession des empires
jusqu'à la dernière année du
règne de Septime Sévère
(234-235), date où Il fut
déporté en Sardaigne
(23).
Ses principaux ouvrages de dogmatique
sont le traité sur la Résurrection
(il n'en reste que de courts fragments) ; celui sur
l'Antichrist (conservé), où il fait
des peintures catastrophiques, d'où le
règne de mille ans est d'ailleurs absent ;
celui sur l'Univers, en deux livres (fragments),
où il décrit l'enfer et le paradis et
annonce la résurrection des corps. Sa
dogmatique proclamait la doctrine du Verbe, qu'il
subordonnait, d'ailleurs, au Père.
La tendance schismatique à Rome,
enrayée par la résipiscence
d'Hippolyte, devait se raviver, au milieu du IIIe
siècle, avec Novatien.
Ce prêtre, intelligent et
ambitieux, protégé par
l'évêque Fabien, jouissait à
Rome, d'une autorité considérable.
À la mort de ce dernier, il écrivit,
au nom de l'église, deux lettres importantes
au sujet des renégats (Iapsi). La
première, en réponse à une
communication de Cyprien et en accord avec ses
vues, préconise une sévère
discipline à leur égard. La seconde,
motivée par une nouvelle lettre de
l'évêque de Carthage, le loue de sa
fermeté à, l'égard de quelques
lapsi qui refusaient de se soumettre à la
pénitence. Quand le clergé et les
fidèles de Rome appelèrent Corneille
à l'épiscopat, en mars 251, Novatien,
cruellement déçu, se fit sacrer par
trois évêques de la campagne et fonda
une église schismatique. Sur ces
rivalités se greffèrent des
divergences de vues au sujet de la question des
apostats. Le pseudo-évêque
déniait à l'Église le droit de
leur pardonner, pour le réserver à
Dieu seul. Mais son parti n'était pas assez
puissant. Excommunié à Rome, comme
à Carthage, il se dispersa jusqu'en Espagne
et en Syrie, et il fut assez vivace pour subsister
jusqu'au Ve siècle, en Orient.
Des divers ouvrages que lui attribue
Jérôme (De Viris, 70), il ne nous
reste que deux traités, sur la
Trinité et les Aliments juifs.
Le De Trinitate
(24), premier
ouvrage théologique écrit en latin
à Rome, avant l'an 250, expose avec une
logique ferme et en un style précis une
doctrine suivie, voisine de celle de Tertullien,
sur Dieu le Père, Jésus-Christ et le
Saint-Esprit, et la façon de concilier la
divinité du Fils avec l'unité divine.
Le De Cibis judaïcis
(25) est une
lettre pastorale, ingénieuse et
agréable, adressée par Novatien
à ses fidèles sur le sens à
donner à la distinction établie par
le Lévitique entre les animaux purs et
impurs. Désireux de lui ôter son
étrangeté, il lui assigne une
interprétation allégorique, qui
devait être amplement reprise au Moyen-Age
(26). Il y voit
un moyen employé par Dieu pour
détourner des vices
représentés par le porc, la fouine et
autres bêtes « impures », et pour
inspirer le goût des vertus
symbolisées par les ruminants, les poissons
et autres bêtes réputées «
pures ». Il faut noter, dit de Labriolle, le
spiritualisme et la largeur de cette
réglementation.
(1) Reconstituée, d'après les
fragments, par Gelzer, dans son Sextus Julius
Africanus, Leipzig 1880-1898.
.
(2) En cinq livres, auxquels Eusèbe
ajouta un sixième. Le premier s'est
conservé (trad. Rufin).
.
(3) Cf Bouchier, A short history of Antioch,
Oxford 1921.
.
(4) Bardy, Paul de Samosate, Bruges 1923 ;
Loofs, Paulus von Samosata, Leipzig
1924.
.
(5) Lettre conservée (en latin) dans
la correspondance de Cyprien.
.
(6) Sources : Eusèbe, VI. 30 - VIl.
28 ; Jérôme, De Viris, 65:
panégyrique de Grégoire par
Grégoire de Nysse. Voir Puech, Il. p.
490-510.
.
(7) Il a été conservé
par Pamphile et Eusèbe dans leur Apologie
pour Origène. Édition Koetschau,
Fribourg 1894.
.
(8) Basile et Rufin prétendent qu'il
dessécha un étang, parce que ses
poissons étaient la cause d'une sanglante
rivalité entre deux frères.
.
(9) Cf Bonwetsch Methodius von Olympus
éd nouvelle, Leipzig 1917 ; Puech,
Littér. grecque, II, p. 511-536.
.
(10) Parmi les ouvrages perdus de
Méthodius, il faut indiquer son
traité Contre Porphyre, disciple de
Plotin, qui avait attaqué le
Christianisme et le Judaïsme dans un
écrit en quinze livres. Dans les
fragments qui restent, on constate que
Méthodius défendait l'Incarnation
et en exaltait les bienfaits.
.
(11) Édition van de Sande Bakhuysen,
Leipzig 1901.
.
(12) Le premier livre (sur les opinions des
Philosophes), était déjà
connu.
.
(13) Éditée par Miller, Oxford
1851.
.
(14) On appelle ainsi une série de
notices sur les papes, commencée par un
clerc romain vers 497 et achevée vers
530.
.
(15) Abbé d'Alès. La
Théologie de saint Hippolyte, Paris 1906.
.
(16) Plusieurs ont été
conservés dans le texte grec, d'autres
dans des traductions slaves, d'autres ne sont
connus que par des fragments.
.
(17) Édition Wendland, Leipzig 1916
(Gr. Chr. Schriftsteller).
.
(18) Cf E. de Faye, Introd. à
L'étude du Gn., p. 24-32 et 62-72.
.
(19) Conservé dans une traduction
géorgienne. Édition Marr (russe,
avec trad. all.), Saint-Pétersbourg 1901.
.
(20) Conservé, une partie en grec,
une partie en slave. Édition Bonwetsch,
Gr. Chr. Schriftsteller, Leipzig 1897.
.
(21) D'après d'Alès, ce doit
être de peu postérieur au rescrit
de Septime Sévère contre la
propagande des Juifs et celle des
chrétiens.
.
(22) Connu par une version
arménienne. Une partie du texte grec a
été retrouvée dans un ms de
Madrid.
.
(23) On lui doit aussi une
Démonstration des temps de la
Pâque, où il soutenait que la
fête revient à la même date
tous les seize ans. Il fallut corriger son
comput (cycle) erroné, et plus tard
l'abandonner. La seconde partie de cet
écrit se composait de tables ou «
canons » présentant les
résultats de ses calculs. On en a
trouvé des fragments au pied de sa
statue.
.
(24) Édité par Yorke Fausset.
Cambridge 1909.
.
(25) Longtemps attribué à
Tertullien, il a été
restitué à Novatien par Jacques de
Pamèle, en 1579. Le meilleur texte est
celui qui appartient au célèbre ms
découvert en 1893 à la
Bibliothèque de
Saint-Pétersbourg
.
(26) Cf Taylor, The Médiaeval Mind.
2e éd. 1914, T. II, p. 67
-130.