Une étoile nouvelle,
surgissant sur le fond bleuâtre de la nuit,
quelle, apparition émouvante ! Devant cette
reine de, lumière, à laquelle les
astres coutumiers semblent faire cortège, le
savant tressaille... Il scrute avec passion, il
photographie bien des lois cette clarté qui
grandit jusqu'à s'imposer au regard en plein
midi, face au soleil, puis décroît par
soubresauts pour. s'effacer en quelques
mois...
L'étoile
nouvelle n'est-elle pas le symbole de celui qui a
reçu, le nom de LUMIÈRE DU MONDE ? Le
Christ a fait, lui aussi, un court passage à
notre horizon. Il a disparu sans laisser plus de
traces que l'AIGLE ou, le CYGNE ; il n'est
resté de lui aucun objet personnel, aucun
écrit. Mais, selon la forte expression de
Pascal, comme il avait « éclaté
aux esprits » c'est-à-dire aux
âmes ! Quelle impression il avait faite sur
un groupe illettré mais fidèle !
Quelques rayons de cet astre unique se sont
fixés dans ces coeurs fervents et ces
mémoires fraîches, et pareils aux
plaques sensibles qui garderont à jamais
l'aspect de l'étoile évanouie, les
vieux documents évangéliques
conservent l'image imparfaite mais toujours
vivante, de, la radieuse et bienfaisante
apparition.
Depuis lors, bien des
générations se sont
succédé, se réchauffant
l'âme à la lumière
condensée dans ces pages
vénérables et à la chaleur
spirituelle des témoins du Christ et de
leurs successeurs, et leurs expériences
religieuses, leurs luttes et leurs victoires
morales constituent une grande histoire, d'autant
plus attachante qu'elle se prolonge encore dans nos
moeurs, humanisées par le Christianisme, et
jusque dans notre pensée qu'il a
spiritualisée.
Cette reconstitution
ne peut se faire sans un travail critique
consciencieux. Les vieilles traditions
chrétiennes ne doivent pas, en effet,
prétendre à un traitement de laveur,
et il faut qu'elles soient passées au
crible, comme les récits profanes.
L'historien, soucieux avant tout de dégager
les laits, doit se souvenir qu'elles ont
été parfois influencées par
des préoccupations autres que celle de la
pure vérité. Il doit également
se soustraire à l'emprise des tableaux
parfois tendancieux du, Christianisme, que le
zèle confessionnel a inspirés, en
songeant que la projection de Jésus dans les
âmes, moins brillante que l'astre
lui-même, a été
altérée par leurs imperfections qui
faisaient dire déjà à saint
Paul : « Nous avons ce trésor dans des
vases de terre » (2 Cor. 4, 7). Quelles que soient l'admiration et
la sympathie qu'elle lut inspire , il doit sentir
que l'idéaliser par piété
serait trahir la vérité ! L'historien
protestant, en particulier, serait infidèle
à son grand principe du libre examen s'il
s'en tenait, sans une sérieuse discussion,
à des opinions contestées, et si,
sous prétexte que les savants sont
faillibles, il discréditait leur noble
labeur ou paraissait l'ignorer.
Il ne faut pas
oublier, d'ailleurs, que la critique ressemble au
dur mistral de mars qui fait périr, avec les
êtres vieillis , les fleurs des vergers et
leurs promesses. Si elle arrache les
légendes manifestes et les traditions
incertaines qui sont venues s'enrouler autour du
vieux tronc chrétien, elle peut aussi
l'ébranler lui-même ou. faire choir
ses branches maîtresses, en mutilant ses
grandes réalités spirituelles. Elle
risque d'emporter, avec les excroissances de la foi
chrétienne, cette foi
elle-même.
Aussi, est-il
nécessaire que des historiens, de formation
scientifique et d'éducation
évangélique, tentent de reconstituer
l'histoire du Christianisme, en exposant les laits,
autant qu'on peut les saisir, sans les embellir
mais sans les rapetisser pour mieux les expliquer.
Leur oeuvre a sa place marquée en face des
grandes constructions orthodoxes où, dans le
Cadre d'une érudition. magnifique, la
liberté intellectuelle est mal à
l'aise, et des monuments laïques, admirables
de savoir et de pénétration, mais
où la préoccupation naturaliste vient
altérer parfois la vérité. A
plus forte raison doivent-ils l'opposer aux
édifices élégants mais
fragiles de l'hypercritique, assez semblables -
pour user d'une comparaison malgache - au riz mal
mûr « qui a bel aspect mais ne nourrit
pas ».
Telle est la
tâche que nous avons assumée.
Elle est immense
autant que délicate. Quel travail
d'élagage, parfois douloureux comme le
serait le devoir d'un chirurgien obligé
d'opérer l'un des siens ! Et puis, quelle
fatigue pour l'historien pliant sous le poids des
innombrables travaux de la critique ! Et comment
gardera-t-il quelque originalité devant ce
prodigieux effort collectif qui a tout vu et tout
supposé ? Ne risque-t-il pas de ressembler
à l'arbre greffé, chanté par
Virgile ? Heureux s'il peut faire un bon choix
entre des sèves si diverses, garder celles
qui ont le parfum de loi vérité et en
tirer quelques fruits savoureux !
Récolte
incomplète, dira quelque spécialiste,
et il aura raison. Pans les limites étroites
de noire livre, les lacunes sont nombreuses autant
qu'inévitables. Mais, ne pouvant être
complet, nous avons tâché de dire
l'essentiel, sous la forme vivante sans laquelle il
n'y a pas d'histoire digne de ce
nom.
Récolte
décevante, dira peut-être, à
son tour, quelque chrétien, peiné de
l'amputation de telle tradition qui lui
était chère, et il aura tort. Le
Christ demeure, avec sa personnalité unique,
son enseignement sur, bien, des points
définitif, son exemple toujours attirant,
son rayonnement qui a mis une auréole sur
les grandes figures du Christianisme. Comme
l'éclat des yeux survit à la
fraîcheur du visage usé par le temps,
il reste jeune devant le vieillissement des dogmes
qui ne tirent pas de lui leur sève, et il
fait sans cesse éclore des vies
nouvelles.
Puisse, notre
tentative, à la fois sincère, et
respectueuse, de peindre le Christ historique et la
vraie physionomie de l'Eglise adolescente,
contribuer à faire aimer ce grand
passé !
.
PRÉLIMINAIRES
Les plus anciennes sources de
l'histoire du Christianisme antique sont les livres
du Nouveau Testament (1). Rares sont, les
témoignages profanes ou juifs : quelques
allusions de Tacite et de; Suétone,
certaines indications de, Josèphe
(2) et de Pline le Jeune, que nous
citerons plus loin. Pour être
renseigné sur la vie et la pensée de
Jésus, on doit consulter les quatre
évangiles ; pour connaître les
origines et la croissance de l'Eglise, il faut
étudier les Actes des Apôtres, les
épîtres de Paul et le, reste du,
Nouveau Testament. Les précieux
et émouvants détails que l'on trouve
dans les trois premiers évangiles (les
Synoptiques) sur le Christ et ses disciples doivent
être utilisés avec précaution.
Ces écrits, en effet, sont anonymes et
postérieurs d'environ un demi-siècle
aux grands événements qu'ils
retracent. Selon l'opinion la plus plausible
(3), Marc, qui paraît le plus
ancien des trois, a, dû être
rédigé au plus tôt vers l'an
75, et Matthieu, ainsi que Luc, dateraient de l'an
80 environ. De plus, sans être des oeuvres de
partis, comme l'a, cru l'Ecole de Tubingue, ils
sont, parfois, selon la, formule de l'Ecole
allemande de l'Histoire des Traditions
(évangéliques), des documents non pas
strictement historiques, mais religieux, traduisant
ce; que Jésus a été pour la
piété de l'Eglise primitive
(4). Ils étaient destinés,
en réalité, à exalter sa
divinité (Marc, 1, 1), ou à prouver qu'il
était le Messie (l'« oint » de
Dieu) annoncé par les prophètes
(Matth. 1, 22-23, etc.), ou à montrer en lui le
prédicateur démocratique, du salut
pour tous (Luc 1, 76 ss.). Il faut tenir compte. aussi de,
leur caractère composite
(5), qui implique des sources de valeur
inégale, dont plusieurs exagèrent le
surnaturel.
Pourtant, si les
auteurs des Synoptiques sont inconnus, ils se
rattachent à des apôtres ou à
des disciples d'apôtres. Le second
évangile semble avoir utilisé des
souvenirs rédigés par Marc, compagnon
de Pierre. Matthieu est largement tributaire d'un
recueil de discours de, Jésus (Logia),
attribuables à Matthieu. Luc, avec, sa.
largeur toute paulinienne, dénote
l'influence d'un disciple du grand apôtre,
probablement de Luc. De plus, bien qu'ils
aient été composés dans le
recul d'un demi-siècle, « ils
appartiennent, dans leur contenu essentiel »,
comme le, dit Harnack, « à la
période paléontologique du
christianisme » (6), et l'on sent que, à tout
prendre, le portrait tracé de Jésus
est ressemblant. Dans Marc, écrit Renan,
« la, forte impression laissée par lui
se retrouve tout entière »
(7). « Un témoin; dit
Wernle, n'aurait pu écrire, autrement »
; son témoignage, dit F. Godet, « porte
encore; le fard du fruit tombant de l'arbre ».
Dans Matthieu, se détachant de la gangue des
éléments légendaires, brillent
(,les maximes et des paraboles d'une
originalité et d'une inspiration qui font
éclater leur authenticité. Il en est
de même pour Luc. Au reste, dans ces trois
évangiles, bien des récits, surtout
ceux de la Passion, offrent les principaux
caractères de l'historicité.
La nature du IVe
évangile, sorte de poème dogmatique,
en l'honneur du Christ, - ce qui lui a fait donner
le nom d'« évangile! de la gloire
» (8), - et sa dépendance. à
l'égard du mysticisme hellénique et
de la pensée philonienne empêchent de
voir en lui une, histoire, mais on y a reconnu
(9) des détails précieux,
empruntés à une source
sérieuse, qui corrigent parfois les
indications des Synoptiques. Les discours qu'il
contient, tout en portant la marque du
rédacteur, sont émaillés de
paroles « qui se ramènent sans trop de
difficulté au type synoptique »
(10). On, peut dire, avec Jean
Réville, auteur d'une savante étude
sur le IVe évangile (1901), que « sur
beaucoup de points il a dégagé,
l'âme de Jésus des formes
inférieures auxquelles la tradition
primitive! l'avait enchaînée ».
Les admirables appels du Christ aux coeurs
altérés de vie éternelle,
qu'il exprime en un style à la fois solennel
et tendre, justifient l'admiration de, Luther qui
l'appelait « l'évangile capital,
l'unique, le plus cher ». Les nombreux
détails, d'un si haut intérêt,
donnés par les Actes des Apôtres sur
l'Eglise, primitive et sur l'activité de
Pierre et surtout de, Paul, doivent être,
pesés avec la plus grand soin. L'auteur, qui
a vécu, semble-t-il, un demi-siècle
après les événements qu'il
raconte, sans aller, jusqu'à les
déformer d'une façon
systématique, comme l'ont prétendu
l'Ecole de Tubingue, et, tout récemment,,
Alfred Loisy, les a, parfois altérés
parce qu'il y a projeté ingénument,
la situation ecclésiastique de son temps,
mélange de paulinisme et de
judéo-christianisme adoucis
(11). De plus, ses récits ont pu
être influencés par son vif
désir de, prouver que le Christianisme
était l'héritier véritable des
prophètes d'Israël et qu'il avait droit
(comme l'a bien vu Loisy) à la protection
légale accordée au Judaïsme dans
l'Empire romain. Pourtant, ici encore, le roc,
historique se découvre assez souvent, et
l'on a pu discerner des sources, d'une
réelle valeur
(12), riches, au jugement de Goguel, en
« indications qui permettent
d'apprécier, de coordonner et d'encadrer les
données que l'on tire des
épîtres », et font du livre
« l'une des bases les plus essentielles sur
lesquelles repose l'histoire du christianisme
primitif » (p. 365-367). Les
épîtres authentiques
(13) de l'apôtre Paul, sont
considérées avec raison comme des
peintures, singulièrement précises et
colorées, de la vie morale et religieuse des
églises, vers le milieu du 1er
siècle. Sur celles dei la seconde
génération chrétienne (de l'an
70 environ jusque vers l'an 90), on trouve
dé précieux renseignements dans le
reste du Nouveau Testament : l'épître
aux Ephésiens, lettre circulaire
envoyée en Asie-Mineure par un disciple de
Paul, qui l'avait enrichie de larges extraits de
celle aux Colossiens ; les trois
épîtres dites pastorales, oeuvre d'un
disciple qui avait enchâssé quelques
billets pauliniens dans des. prescriptions
ecclésiastiques dirigées contre
certaines hérésies d'Ephèse et
de Crète; J'épître aux
Hébreux et l'épître de Jacques,
dues à des Juifs convertis, d'origine
hellénistique, peu favorables au ritualisme
judaïque ; la première
épître de Pierre, écho de la
pensée, de, cet apôtre, les trois
épîtres de Jean, provenant
d'Asie-Mineure, comme le IVe évangile dont
elles sont les soeurs, et enfin deux chapitres (le
IIe et le IIIe de l'Apocalypse, exhortations
adressées à sept églises
d'Asie-Mineure (14).
Pour l'ensemble de la
période qui nous occupe (des origines
jusqu'au, milieu du IVe siècle), les sources
de l'histoire ecclésiastique sont
dispersées dans les oeuvres des Pères
de l'Eglise, Pères apostoliques
(Clément de Rome, Ignace d'Antioche,
Polycarpe de Smyrne, etc.), Pères
apologistes (Justin Martyr, Tatien, etc.),
Pères hérésiologues ou
historiens et critiques des hérésies
(Irénée de Lyon, Hippolyte de, Rome,
etc.). On trouve aussi d'intéressants
détails dans des écrits anonymes,
tels que la Didakhé, et dans divers
fragments d'ouvrages hérétiques. Ici
encore, un triage rigoureux s'impose, car, si les
Pères ont eu d'éminentes
qualités, ils ont eu aussi d'étranges
illusions (15). Pourtant, on a la satisfaction de
constater ici encore que du moulin redoutable de:
la critique est sorti un important et savoureux
résidu.
Venons-en aux sources
si précieuses constituées par les
histoires ecclésiastiques proprement dites
que nous a léguées
l'antiquité. La. plus
considérable est celle d'Eusèbe,
évêque de Césarée
(16). Cette Histoire
ecclésiastique, en dix livres,
(17), abonde en détails
biographiques et en extraits de nombreux
écrits perdus. Eusèbe avait mis
à profit, pour l'écrire, la riche
bibliothèque, de son ami Pamiphile à
Césarée, celle de
l'évêque Alexandre, à
Jérusalem, et les archives de l'Empire que
lui avait ouvertes Constantin. Les huit premiers
livres Paraissent avoir été
achevés en 312, le neuvième en 315,
le dixième, vers 324. Eusèbe y
raconte l'histoire du Christ (L. 1), celle des
apôtres jusqu'à la guerre de
Judée (II) et de l'Eglise jusqu'à
Origène (III-V), la vie, et l'oeuvre, de ce
Père (VI), la période de 260 à
300 (VII), l'histoire contemporaine jusqu'en 311
(VIII), les événements de 311
à 324 (IX et X). Ce vaste ouvrage n'est pas
sans défauts. Il est une collection de faits
plutôt qu'une histoire suivie. On a,
reproché à Eusèbe des erreurs
de chronologie, une certaine
crédulité qui lui fait admettre, par
exemple, comme, authentique une correspondance de
Jésus avec Abgar, roi d'Edesse, et enfin
l'insuffisance de ses renseignements sur la
chrétienté occidentale, qu'il
connaissait mal. D'autre part, on a loué
à bon droit sa sincérité et la
sûreté relative de son sens critique,
qui lui a, fait écarter bien des
écrits apocryphes, et, en somme, « on
ne peut s'empêcher, déclare
l'éminent professeur Chastel, de lui
accorder un haut degré de, confiance
».
Il faut insister
aussi sur sa grande Histoire Universelle. Dans la
première partie (Chronographie), il expose
les divers systèmes chronologiques. La.
deuxième se compose de, tableaux
synchroniques (chronicoï canones),
présentant les principaux
événements de l'histoire
générale, spécialement de
l'histoire, sainte. La dernière des cinq
sections va de la mort du Christ à
l'année 333. On peut aussi puiser d'utiles
indications dans deux autres ouvrages
d'Eusèbe, sa Préparation
évangélique (en quinze livres) et sa
Démonstration évangélique (en
vingt livres, dont neuf sont perdus), où il
montre la supériorité du
Judaïsme sur le paganisme, puis celle de la
foi chrétienne sur le Judaïsme
(18).
Signalons,
après Eusèbe, les principaux
historiens grecs qui Font suivi en s'inspirant de
sa méthode : Socrate, savant jurisconsulte
de Constantinople qui écrivit une, histoire,
de l'Eglise en sept livres, à, partir de
Constantin jusqu'en 4.39 ; Sozomène, avocat
dans la même ville, et Théodoret,
évêque de Cyr (en Syrie
euphratésienne), qui traitèrent le
même sujet. Ils se placent tous les trois au
point de vue orthodoxe, et ils ne cachent pas leur
admiration pour Constantin. Ils se montrent,
d'ailleurs, assez bien informés. La
même histoire, vue du; point de vue, arien, a
été, écrite par Philostorge,
en douze livres (19), d'Arius, à 425 (il en reste
quelques fragments).
On trouve,
également, chez certains écrivains de
langue latine, de précieux renseignements.
Rufin, prêtre d'Aquilée, en Illyrie
(dcd 410), traducteur de l'Histoire
Ecclésiastique d'Eusèbe, y ajouta
deux livres qui la continuaient jusqu'à la
mort de, Théodose, en 395
(20). Jérôme, auteur de la
célèbre traduction latine (Vulgata)
de, l'Ancien, Testament d'après l'original
hébreu (achevée vers l'an 405), donna
une suite, (de 325 à 378) à la
Chronique d'Eusèbe, dont il avait traduit,
en 380, la deuxième, partie. Son oeuvre
historique, principale est le De Viris illustribus
(392) où, en 135 notices, il
énumère tous les écrivains
chrétiens dont les noms lui sont connus,
depuis saint Pierre jusqu'à lui-même,
et indique les titres et l'objet, de leurs
ouvrages, catalogue très important,
malgré ses lacunes et ses erreurs. Il fut
continué par Gennadius, prêtre
à Marseille (fin du Ve siècle),
historien consciencieux, qui y ajouta, 97 notices,
d'écrivains chrétiens, avec,
résumé dei leur vie et indication de
leurs écrits. Ce catalogue lui-même
fut complété par, le grand
compilateur Isidore, évêque de
Séville, qui rédigea, vers 616, 33
chapitres additionnels. On lui doit aussi une
Chronique et une intéressante Histoire des
rois goths, vandales et
suèves.
Il faut signaler
encore Sulpice Sévère, prêtre
gaulois (dcd 420), dont, les deux livres de
Chroniques, de: faible, valeur, critique, retracent
à, grands traits l'histoire universelle,
surtout celle (le l'Eglise, qu'ils conduisent
jusqu'au consulat de Stilicon, en 400. Il composa
aussi une Vie de saint Martin de Tours,
déparée par le, merveilleux, et deux
Dialogues où il célébrait,
également ses vertus. Paul Orose, disciple
de saint Augustin, écrivit, à sa
demande, sept livres contre les Païens, dont
les, récits vont de la création du
monde, jusqu'à Van 417, vaste compilation
dont la fin seule est personnelle et que le
Moyen-Age a beaucoup appréciée.
Terminons cette nomenclature en indiquant
l'Histoire ecclésiastique tripartite, que le
savant moine Cassiodore
(21), grand animateur de la copie! des
manuscrits (dcd 562), composait en s'aidant de
Socrate, Sozomène et Théodoret ; les
Chroniques de Grégoire de Tours (dcd 595),
qui racontent les grands événements
de l'histoire, en insistant, sur celle des Gaules,
et la Bibliothèque du patriarche oriental
Photius (dcd vers 890), avec 279
notices.
Pour les
hérésies, les sources principales
sont les ouvrages qui furent composés contre
elles, surtout le célèbre,
traité d'Irénée,
évêque de Lyon, l'Adversus Hoereses,
en cinq livres, (fin du IIe siècle) et celui
d'Hippolyte, évêque schismatique de
Rome, les, Philosophoumena, (début du IIIe
siècle), dont nous parlerons plus loin (L.
Il ch. IV et L. III ch. IV). On doit aussi à
Hippolyte, un court maïs important ouvrage,
appelé, d'après le grec, Syntagina
(traité). Il a été perdu, mais
les, savants croient l'avoir reconstitué
grâce aux citations conservées d'ans
les trois livres suivants : le Pseudo-Tertullien,
ainsi nommé, parce qu'il a été
trouvé à la suite du grand ouvrage,
de Tertullien, le De Praescriptione Hoereticorum
(22), catalogue de trente-deux
hérésies connues à la, fin du
ne siècle ; le Liber de Hoeresibus
(23) de Philaster, évêque,
de Brescia, en Lombardie (dcd vers 387), et enfin,
le Panakion (Boîte à remèdes),
où Epiphane; , évêque de
Constantia, dans l'île de Chypre, (fin du IVe
siècle), combat, quatre-vingts
hérésies à peu près
dans, l'ordre chronologique. Ce dernier
traité est une mine de renseignements,
où l'on doit pourtant déplorer
l'étroitesse d'esprit, due au monachisme, le
ton acerbe et les défaillances du sens
critique (24).
(1) L'édition la
plus commode du N. T. grec, est celle d'Eberhard
Nestle, - combinaison du texte de Tischendorf,
de celui de Westcott et Hort, et de
l'édition de B. Weiss. La 13e éd.
Londres (1927), faite par son fils Erwin Nestle,
utilise aussi les variantes de von Soden. Les
meilleurs manuscrits sont le Sinaïticus
(désigné par Aleph ou a
hébreu), le Vaticanus (B), l'Alexandrinus
(A), le Claromontanus, de Th. de Bèze
(D), le Codex Ephrem (C), le Syrus Curetonianus,
publié à Leipzig, en 1885, le
Syrus Sinaïticus, notre plus ancien texte,
palimpseste édité à
Cambridge en 1894. - Parmi les traductions du N.
T. en français, nous recommandons celle
de la Société biblique protestante
de Paris, avec introductions et notes, parue
chez Payot (1929).
.
(2) Historien juif,
né vers l'an 38 de notre ère,
auteur de La Guerre juive et des
Antiquités Judaïques, etc.
.
(3) Voir notre livre Les
Origines du N. T. 1928, ch. 1.
.
(4) K.-L. Schmidt, Die
Rahmen der Geschichte lesu, Berlin, 1919.
.
(5) En ce qui touche
Marc, ce fait a été
démontré avec éclat par
Wrede, Das Messiasgeheimniss in den Evang.
Goettingue 1901, et J. Weiss, Das älteste
Evang. Goettingue 1901.
.
(6) L'essence du
Christianisme, trad. franç. Parle 1902,
p. 23.
.
(7) Les Evang. et la
seconde Génér. chrétienne,
Paris 1877, p. 116.
.
(8) Voir Tomy Fallot,
Comment lire la Bible.
.
(9) Spitta, Das Johannes
Evang. Goettingue 1910 ; Ed. Meyer, Ursprung und
Anfänge des Christ. Stuttgart 1921, T. I.,
p. 310 ss. ; Goguel, Le IVe Évangile, ch.
XI.
.
(10) H. Monnier, La
Mission historique de Jésus, 2e
éd. Paris 1914, p. X.
.
(11) Cette thèse
d'Overbeck a été
développée avec ampleur par Goguel
(Le Livre des Actes, Paris 1922). Voir aussi
Henri Monnier, Revue de Strasbourg, n° de
sept.-oct. 1922, p. 427-433.
.
(12) Voir l'article
d'Eugène le Faye, De la Valeur
documentaire du Livre des Actes (Revue de
Strasbourg, juillet-août 1921). Cf aussi
nos Origines, ch. IlI.
.
(13) Nous rangeons sous
cette rubrique les deux épîtres aux
Thessaloniciens, les deux aux Corinthiens,
celles aux Galates, Philippiens, Romains,
Colossiens et le billet à Philémon
(Cf nos Origines, ch. IV-VIII).
.
(14) Pour la
justification de ces vues, voir Origines, ch.
IX-XII.
.
(15) Pour s'en
convaincre, qu'on lise Le Témoignage des
Pères (Fischbacher, Paris 1897), de J.
Pédézert, professeur de
Patristique à la Faculté
protestante de Montauban.
.
(16) Avant lui,
Hégésippe, Juif palestinien
converti (IIe siècle) avait écrit
des Mémoires, en cinq livres, mais il
n'en reste que des fragments.
.
(17) Edition Grapin
(collection Hemmer et Lejay, Picard, Paris).
.
(18) On doit aussi
à Eusèbe une Vie du bienheureux
Constantin, écrite peu après la
mort de cet empereur (337), panégyrique
de son grand ami et protecteur, dont il ne
relate que les vertus et les bonnes actions.
Avant cette date, il avait composé des
récits historiques de moindre importance
: la Vie de Pamphile, mort martyr en 309 (il
n'en reste qu'un fragment), une relation sur les
Martyrs de Palestine, victimes de la
persécution de Dioclétien (on en
possède deux rédactions, l'une
courte, l'autre développée), une
collection des Actes des anciens Martyrs
(fragments).
.
(19) Signalons encore
l'Histoire chrétienne, en trente-six
livres, assez confuse et de faible valeur
critique, du prêtre Philippe de Side, en
Pamphylie (publiée vers 430), et
l'Histoire Lausiaque, ainsi nommée
à cause de Lausus, grand chambellan de
Théodose Il, pour qui elle fut
écrite, mémoires très
vivants sur les moines et les femmes
ascètes d'Egypte, écrits par
Palladius, nommé en 400
évêque d'Hélénopolis,
en Bithynie.
.
(20) On lui doit aussi la
traduction en latin de nombreux ouvrages de
Pères grecs, surtout du Des Principes
d'Origène.
.
(21) Fondateur du
célèbre monastère de
Vivarium, en Calabre.
.
(22) Son attribution
à Tertullien a été
rejetée par Oehler. Voir l'édition
de Bindley (,Oxford 1893). Harnack le place vers
l'an 220.
.
(23) Edité par
Oehler, Berlin 1856, dans son Corpus
hoereseologicum, T. 1. Philaster y nommait 156
hérésies (d'après
Augustin).
.
(24) Il s'en prend
surtout à Arius ainsi qu'à
Origène, abhorré des couvents, et,
à ses yeux, père. de l'Arianisme.