DEVANT LA CROIX
Pâques
DE LA CROIX A LA VIE
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Afin que la vie de Jésus soit
manifestée dans notre chair
mortelle...
2 Corinthiens 4 : 11.
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Les poètes aiment à parler
de résurrection à propos du
printemps; et l'on a plus d'une fois vu dans le
renouveau de la nature, dans ce réveil de la
vie, précisément à cette
époque de l'année qui ramène
le matin de Pâques, comme un symbole du grand
fait que chante l'Évangile.
Je ne peux me laisser prendre au charme
d'une semblable comparaison, et les poètes
ici ont tort. La vie renaît au printemps et
semble triompher du long hiver et de cette
espèce de mort qui enveloppe comme d'un
suaire une nature immobile et
dépouillée. Mais l'hiver est un
sommeil et non pas une mort.
Et puis, au printemps, c'est la vie qui
renaît, indistinctement, celle de l'arbre qui
donnera ses fruits, de la, plante qui donnera ses
fleurs, et celle aussi de
l'ivraie et du chiendent, et des épines qui
étoufferont le froment.
Pâques, par contre, est quelque
chose d'unique; ce n'est pas la vie triomphante de
la mort - comme si la vie, en soi et quelle qu'en
fût la qualité, possédait une
valeur d'éternité - Pâques,
c'est la vie de Jésus, c'est cette vie-la
triomphant de la mort. C'est cette vie-là
à qui Dieu a conféré cette
valeur suprême, absolue, ce dynamisme sans
précédents, cette force
d'épanouissement et cette floraison
splendide par delà la mort, comme si Dieu
avait voulu nous montrer par là, clairement,
la route qui de la mort conduit à la vie, la
route sur laquelle, seule, nous pourrons
réaliser notre destinée
véritable.
C'est cette vie-là, la vie de
Jésus, qui est la vie voulue par Dieu, la
vie dont les prolongements sont.
éternels.
Quand Jésus se dressant devant
nous, dans toute la sublime majesté de son
amour et de sa sainteté, nous disait :
« je suis le chemin, je suis la
vérité, je suis la vie »,
quelque chose en nous acquiesçait;
c'était au fond de nous-mêmes comme un
mystérieux frémissement d'ailes; nous
avions le pressentiment que la
était notre divine
vocation, et que Jésus était bien
l'homme dans toute sa vérité, l'homme
répondant enfin aux ambitions et aux
espérances du Père.
Pourtant, je ne sais quel doute pouvait
subsister encore, soulevé par notre
égoïsme invétéré
et notre orgueil en révolte, aggravé
par le dénouement lugubre du
Calvaire.
Mais voici Pâques! Voici
Jésus triomphant mystérieusement de
la mort, et sa vie devenant contagieuse, suscitant
des dévouements héroïques, des
enthousiasmes et des consécrations sans
réserves! Voici, à travers
l'histoire, la traînée lumineuse, le
sillage éblouissant du Christ vainqueur,
précédant l'humanité sur les
chemins de sa longue et douloureuse ascension, et
partout, autour de lui, en de surnaturelles
éclosions, faisant jaillir la vie, une vie
qui a sa source en lui, et qui s'apparente à
la sienne ! Alors le doute n'est plus possible. Le
vrai chemin c'est Jésus, nous conduisant au
service, au sacrifice, au renoncement à
nous-mêmes. La vérité, c'est
Jésus, dans sa sainteté et dans son
amour. La vie, la vie véritable, celle qui
mérite seule le nom de vie,
c'est-à-dire celle contre laquelle la mort
n'a point de prise, la vie,
c'est Jésus, et si je veux vivre, il faut
que ma vie soi en moi comme le jaillissement et le
prolongement de sa vie à lui, il faut que
« sa vie soit manifestée en ma chair
mortelle ».
Notre chair mortelle, c'est tout d'abord
notre nature égoïste et
pécheresse. Saint Paul voyait dans la chair
la source même et le siège du
péché. Et de fait, toutes les
hérédités sont inscrites dans
notre chair, les tendances généreuses
et altruistes mais, plus profonds, tous les obscurs
instincts de l'animalité!
Par ma chair, je suis un être de
violence et de proie, prêt à me jeter
les poings fermés sur le prochain comme un
agresseur brutal et injuste dès qu'il me
contrecarre ou me contredit. Il y a en chacun de
nous, a-t-on pu dire, un fauve qui sommeille, mais
qui parfois se réveille et rugit, tandis
qu'une lueur de sang passe dans son regard!
Par ma chair, je suis un être de
sensualité et de désir. Oh ! toutes
les hérédités troubles qui
montent des profondeurs obscures de l'organisme !
Oh! cette puissance terrible de
la chair, qui mène les
hommes et en fait de pauvres esclaves, esclaves de
leurs passions, esclaves de leurs instincts
!
Par ma chair, je suis un être de
lâcheté et de paresse, reculant devant
l'effort, et devant la souffrance, et ne demandant
qu'à m'étendre aux molles
litières des instincts satisfaits; un
être plein de sommeil et de
fainéantise, qui repousse les tâches
et les devoirs qui astreignent comme l'animal se
dérobe sous le bât.
Par ma chair, je suis un être
irritable et nerveux, qui s'exaspère vite,
se cabre devant la moindre
contrariété et, pour un rien,
s'abandonne au découragement et à la
mauvaise humeur.
Ah! je comprends que saint Paul ait pu
parler de « cette chair de péché
» ; je comprends son mystérieux
langage, lorsqu'en contemplant par la pensée
le Christ crucifié, il a eu comme la vision
du péché crucifié avec lui, en
sa chair !
Je finis même par comprendre, tout
en déplorant leur erreur, ceux qui, pour
triompher du péché et de ses
suggestions, ont flagellé leur chair et
l'ont martyrisée, parfois avec une sorte de
violence farouche, pensant éteindre par la
le feu des passions mauvaises. Mais ce n'est
pas ainsi qu'on triomphe, ce
n'est pas du dehors, ce n'est point par des moyens
de contrainte matérielle; on ne fait souvent
par la qu'exaspérer la chair qui se
révolte et affaiblir la résistance de
l'âme. Ce qu'il faut, c'est un jaillissement
intérieur, une mystérieuse
poussée faisant, à travers ces
instincts, ces hérédités
bestiales, ces passions profondément
gravées en notre chair, s'épanouir
des forces nouvelles, des tendances nouvelles, une
vie nouvelle!
Ce qu'il faut, c'est « qu'en cette
chair mortelle, soit manifestée la vie de
Jésus ! »
Et elle peut l'être car elle l'a
été ! La chair a été
domptée, non point par les coups et les
privations, mais par la communion avec le Christ,
par le principe de vie que lui, le Christ,
insère dans les âmes.
La chair a été
domptée! Des êtres violents ont
accepté de souffrir et même de mourir
sans révolte, une prière de pardon
sur les lèvres, à l'exemple de
Jésus pardonnant à ses bourreaux. Des
êtres adonnés à leurs passions
coupables ont retrouvé la maîtrise
d'eux-mêmes, et le Christ a
créé en eux comme une fraîcheur
et une pureté nouvelles. Des êtres
lâches et égoïstes ont
été transformés en
héros ; des vaincus sont
devenus victorieux; en des âmes
frémissantes, l'amour a triomphé de
la rancune et de la haine, et la puissance de
l'hérédité elle-même a
pu être brisée.
Voilà ce qu'a fait le Christ
vivant, voila ce qu'il peut et veut faire en chacun
de nous ! Voilà ce que saint Paul appelle
« connaître la puissance de sa
résurrection ».
Ah! que servirait-il de connaître
la croix, et l'amour de Jésus, que
servirait-il même de croire au pardon, de
chanter en un jour comme aujourd'hui
l'allégresse de la résurrection, si
la vie de Jésus restait pour nous quelque
chose d'extérieur et d'étranger et ne
devenait pas en nous une force contagieuse?
« Que la croix de Christ ne soit
pas rendue vaine! » s'écriait saint
Paul, et le Vendredi Saint nous a redit ce message.
Que la résurrection du Christ ne soit pas,
non plus, rendue vaine! nous redit l'apôtre
en ce matin de Pâques. Et elle le serait, si
le Christ ne devenait pas en nous le principe d'une
vie renouvelée,
régénérée,
transformée, si malgré la puissance
du péché, de nos habitudes
invétérées et de nos
hérédités ancestrales, si
malgré tout cela, et à travers tout
cela, repoussant, refoulant toutes
les forces mauvaises, la vie de
Jésus ne s'épanouissait pas,
victorieuse, en notre chair mortelle, notre chair
de péché !
Ainsi, tout l'Évangile, et la vie
du Sauveur et la croix et la résurrection,
tout ce drame grandiose, de rédemption et de
salut, a comme fin suprême, - car c'est la le
salut! - « la vie de Jésus
manifestée en notre chair
mortelle!»
La vie de Jésus ! cet esprit
d'amour, d'obéissance absolue, de service,
de sacrifice cet esprit de douceur, de patience, de
bonté cet esprit de pureté, de
simplicité, de miséricorde, l'esprit
des Béatitudes, l'esprit qui rayonne au
Calvaire d'un inextinguible éclat ! Voila ce
qui doit rayonner aussi, humblement, dans nos vies,
en ma chair de péché ! Lui devenir
semblables, à Lui, le Fils, et, par la,
devenir nous-mêmes de véritables fils
du Père, voilà notre glorieuse
vocation, notre divine destinée,
voilà le salut, voilà ce que Dieu
veut, voilà ce pourquoi Jésus-Christ
est mort et ressuscité !
La vie de Jésus ! Ta vie,
Seigneur, s'épanouissant en ce corps vil et
souillé ; ton regard d'amour et de
pitié rayonnant à travers mes yeux
où passa si souvent l'éclair mauvais
de la colère et de la haine ; ta patience,
ta bonté s'exprimant par
mes lèvres que plissa si souvent le sourire
amer du mépris ; tes compassions de bon
Samaritain se manifestant par le labeur de mes
mains qui si souvent ne surent travailler que pour
moi! Seigneur, quelle rénovation ! quelle
transfiguration ! quelle résurrection! 0
Toi, le grand Vainqueur, remporte sur moi, sur ma
chair coupable, les victoires de ton Esprit!
Notre chair mortelle, c'est encore notre corps
avec ses faiblesses, ses lassitudes, ses maladies,
ses infirmités.
Oh! la douloureuse évocation! Le
corps que l'on traîne parfois comme un
boulet, ce corps qui nous empêche de faire
tout ce qu'il faudrait faire, qui est là,
sans cesse, comme un obstacle, se refusant trop
souvent à faire le service de l'âme !
Et puis ce corps qui souffre, ce corps qui saigne,
ce corps parfois déchiré,
mutilé, torturé ! Oh! le pauvre et
misérable vase de terre, dont parlait
l'Apôtre, fait d'argile grossière, et
que le moindre choc suffit à briser
!
Et cependant c'est dans ce corps, faible
et fragile, qu'il faut que se manifeste la vie de
Jésus !
N'est-ce pas à travers un corps
semblable qu'elle s'est manifestée aux jours
de sa chair? Il a connu nos fatigues, lui qui
s'asseyait, accablé par la longueur du
chemin et la chaleur du jour, sur la margelle du
puits de Jacob. Il a connu comme nous la faim et la
soif. Ses pieds ont saigné sur les sentiers
pierreux de la Palestine, et, au jour de sa
crucifixion, oh! la pauvre chose que son corps
déchiré sur la croix ! Et cependant,
à travers ce vase de terre, rayonne
l'Esprit. Son corps n'est plus que l'enveloppe
transparente de son âme, et au Calvaire, ce
n'est pas le corps qui arrête nos regards, ce
corps meurtri, saignant, souillé; je ne vois
plus que l'âme dans sa sublime beauté,
je ne vois plus que l'amour de cette âme et
sa patience et son obéissance. À
travers ce corps brisé, l'âme
éclaire à jamais le monde. « La
Parole a été faite chair! »
C'est le miracle même de l'Incarnation
!
Et saint Paul? Lui aussi est un vase de
terre, un pauvre vase brisé. J'évoque
les souffrances de. sa vie, les cicatrices
glorieuses de ce vieux lutteur, son corps souvent
flagellé, trois fois lapidé,
brûlé par la chaleur des
déserts, crevassé par le froid,
émacié de veilles et de
jeûnes, ce corps
déchiré par une mystérieuse
écharde! Ah! il pouvait bien dire «
qu'il portait en son corps la mort de Jésus
», qu'il avait imprimés en sa chair
« les stigmates de Jésus-Christ
»., Et je veux bien croire qu'il fut laid,
comme on l'a dit avec mépris ; mais à
travers ce corps brûlait une âme
ardente et se manifestait la vie qui s'était
allumée en lui au contact du
Ressuscité ! Écoutez-le : «
Serviteurs de Dieu, nous nous rendons
recommandables par une grande patience dans les
tribulations, dans les calamités, dans les
détresses, sous les coups, dans les prisons,
dans les séditions, par notre bonté,
notre charité sincère...
Attristés, nous sommes toujours
joyeux ; pauvres, nous enrichissons des multitudes,
dénués de tout, nous possédons
toutes choses... »
Ah ! la voila bien, la vie de
Jésus, rayonnant à travers un pauvre
corps douloureux, la vie de Jésus animant
celui qui s'écriait : « Je puis tout
par celui qui me fortifie! »
Et je pense à nous ! Je connais
nos lassitudes, nos infirmités, notre
faiblesse humaine, et le poids du corps qui, trop
souvent, arrête l'élan de l'âme
et la lie à la terre. Je pense aux
malades, à ceux qui
portent en leur corps, ou en leur âme, une
douloureuse et mystérieuse
écharde.
C'est au travers de tous ces obstacles
que doit, que peut rayonner la vie de Jésus
elle doit se manifester en cette chair mortelle par
un esprit de patience, de charité, d'humble
et confiante acceptation.
J'aime à me rappeler le sourire
d'une humble femme, couchée sur un lit
d'hôpital, loin de sa patrie, et cruellement
torturée dans son corps, Il y avait une
telle foi, une telle sérénité,
une telle patience, une telle joie même, dans
ce sourire, qu'à travers cette pauvre chair
flétrie, resplendissait pour moi dans toute
sa sublime beauté, la vie de Jésus
!
Oui, notre corps de chair peut
être transfiguré; il peut devenir
l'enveloppe transparente d'une âme lumineuse.
Au sein même de la souffrance, là
mieux qu'ailleurs parfois, peut se manifester la
vie de Jésus, une vie qu'il inspire, qu'il
soutient, qui plonge en lui toutes ses racines, une
vie qui est joie au sein de la douleur, qui est
confiance au sein de la nuit, qui est amour jusque
dans l'abandon et dans la solitude !
Notre chair mortelle, c'est enfin notre chair
périssable, condamnée à
mourir, notre chair qui est poussière et qui
retourne à la poussière.
Et il y a quelque chose de
mélancolique et de douloureux à
constater en notre corps les progrès de
cette lente destruction; vieillir, quand la
vieillesse ne s'éclaire point des
clartés du Christ, est une des choses les
plus tristes qui soient.
Mais au milieu de cette usure lente, au
sein de ces ruines qui s'annoncent, se
préparent et déjà
apparaissent, peut jaillir une vie qui, elle,
n'aura point de déclin, et qui ne
connaîtra jamais les
décrépitudes du vieillissement et les
affres de la mort. Cette vie, c'est la vie de
Jésus, la vie qui a sa source en lui, la vie
du Ressuscité dans nos âmes, c'est la
vie éternelle. « Christ
ressuscité ne meurt plus! »
s'écriait l'Apôtre avec un
frémissement d'allégresse, et celui
qui vit de sa vie, lui non plus, ne meurt pas
!
Oh ! joie de Pâques ! joie non pas
seulement de savoir que Jésus-Christ est
ressuscité, mais joie de sentir, dans la
mesure où nous sommes
unis à lui et où
nous vivons de sa vie, joie de sentir frémir
et palpiter en nous la vie éternelle !
« Parce que je vis, vous vivrez ! »
disait-il aux siens. Joie de nous sentir
désormais vivant dans la communion avec le
Vivant! « Christ en nous »,
s'écriait encore l'Apôtre, «
Christ en nous, l'espérance de la gloire !
»
Viennent la vieillesse, et ses
limitations et ses infirmités ; vienne le
moment des écroulements douloureux, le
moment où notre chair mortelle retourne
à la poussière, ce ne sera la qu'un
vêtement usé et déchiré
qui tombe, et sur cette corruption et de cette
poussière, jaillira et s'épanouira la
vie véritable, la vie éternelle, la
vie qui aura puisé son inspiration et sa
force dans l'inépuisable vie du
Vivant!
La vie de Jésus,
manifestée en notre chair mortelle! Quel
programme pour la vie! Quelle espérance
à l'heure de la mort ! Ce dont le monde a
besoin, ce qu'il réclame pour croire, ce
sont des disciples qui manifesteront, à
travers le limon dont nous sommes tous
pétris, la vie de Jésus. Jésus
! il veut le voir pour croire en
Lui, et il le verra dans la
mesure où le lui montreront les
chrétiens, où, dans leur vie,
rayonnera l'Esprit et comme la vie même de
leur Maître!
Le christianisme est terriblement
attaqué de nos jours. Il lui faut se
défendre et ne négliger aucun des
moyens les plus modernes pour proclamer la
vérité dont il est le
dépositaire. Mais tout cela sera vain, si ne
se manifeste pas, dans la vie même des
chrétiens, la vie de Jésus et la
puissance de sa résurrection.
Des chrétiens qui aiment, qui
pardonnent, qui servent et se donnent; des
chrétiens qui ont pour les détresses
qu'ils coudoient les yeux et le coeur de
Jésus, et, en face des égoïsmes
et des hypocrisies, la conscience de Jésus;
des chrétiens qui ne cherchent pas à
tirer leur épingle du jeu, mais qui portent
eux aussi, comme leur Maître, le poids des
fautes et des responsabilités de leurs
contemporains et de leur époque; des
chrétiens qui savent se sacrifier, ou
seulement sacrifier pour les grandes causes du
Règne de Dieu un peu de cet argent qu'il est
si difficile de conserver et qui ne les suivra pas
dans la tombe; des chrétiens qui savent
souffrir, et malgré leurs corps meurtris
peut-être, pardonner et
prier, et manifester la patience même de
Jésus-Christ! Ah! voila ce qui seul peut
triompher de l'opposition et de la haine, et
assurer la victoire!
Non! L'Église n'a pas à
prendre parti dans les querelles du forum; elle n'a
pas à défendre ou à promouvoir
tel régime politique ou telle organisation
économique. Son rôle est spirituel. Il
lui faut dresser le Christ devant les hommes : le
Crucifié et le Vivant, afin qu'il allume,
lui, sa vie dans les âmes, et que cette vie
divine soit manifestée, triomphalement, et
rayonne à travers les vases d'argile
grossière que sont toujours ses
disciples!
C'est le miracle de l'Incarnation,
l'Incarnation qui n'est pas seulement un moment de
l'histoire mais qui est une loi de l'histoire. la
loi même du Règne de Dieu. L'Esprit de
Christ s'incarne, c'est-à-dire se fait
chair, anime et transfigure, par sa présence
en nous, notre chair mortelle!
Mes frères, en ce jour de
Pâques, ouvrons-nous à cette vie
divine, à cet Esprit de l'Eternel vivant.
Pour tel d'entre vous ce sera peut-être comme
une résurrection, comme une lourde pierre
sépulcrale qui se soulève et laisse
jaillir la vie; pour d'autres ce
sera comme une floraison nouvelle de cette vie dont
déjà vous vivez. Mais que la vie de
Jésus se manifeste en chacun de nous, dans
l'infirmité de nos corps et de nos vies; que
sa force se déploie dans notre faiblesse, et
que sa vie s'épanouisse sur tout ce qu'il y
a de mortel en nous !
Amen.
J.-D. B.
27 Mars 1932.
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