PLUS QUE VAINQUEUR!
VIII
«
D'éternité en éternité.
»
(INVOCATION.)
« D'éternité en
éternité tu es DIEU. »
Dans l'éternité
du passé, dont je suis sorti sur ton ordre, tu
régnais sans moi. Aucun souci, aucun désir
chez moi aujourd'hui ne pourrait rien y changer, rien y
ajouter, rien en retrancher.
Et pour ce qui est de
l'éternité de l'avenir, que me demandes-tu?
Que je te l'abandonne aussi complètement que
l'éternité du passé était
à toi.
Alors mon existence, dans
l'éternité de l'avenir, sera un repos aussi
parfait que celui de mon néant, dans
l'éternité du passé. Si un souci quant
au passé ne peut profiter à rien, un souci
quant à l'avenir, pourrait-il profiter
davantage?
Si tout a été
bien dans un passé qui pour moi n'est autre chose que
DIEU, tout ne serait-il pas bien dès que Dieu seul
devient mon avenir? Pourrai-je en désirer ou en
choisir un meilleur ?
Entre ces deux
éternités, sur l'étroit plateau du
présent, tu m'as fait paraître. Respectueux du
libre arbitre que tu m'as donné, tu présentes
à mon choix les deux seuls gouvernements possibles :
le mien ou le tien; les deux seuls dieux possibles:
moi ou toi.
Force m'est de prendre une
décision. Ayant maintenant une existence immortelle,
étant sorti à tout jamais du néant, je
serai infailliblement ou heureux ou malheureux. Tu me
montres comment je pourrai posséder le premier de ces
deux états, et éviter le second. Tu me dis:
« Veux-tu me prendre pour ta fin, moi qui suis ton
origine? Issu de moi, sans ton choix, veux-tu rentrer en moi
par ton choix? A cette seule condition je puis te faire
participer à ma propre nature, et t'unir à
moi, car je ne puis te faire violence, même dans ton
propre intérêt. Tu es un être
libre.
« Je suis heureux parce que je
suis bon. Toi aussi tu seras heureux, uni à moi,
puisque tu seras bon. Tu participeras à ma sagesse et
à mon immutabilité. Tu m'adoreras en esprit et
en vérité. »
J'entends sa voix.
Je mesure du regard cet
étroit plateau où je me trouve, entre deux
éternités; un abîme à chaque
côté, un abîme au-dessous de moi;
derrière moi l'inconnu; devant moi
l'impénétrable; autour de moi l'espace; et
partout Dieu.
La gravité de ma position me
saisit.
Et que puis-je, infime atome
dans l'espace? Saurais-je me diriger, moi, sans force, moi
qui ne puis voir un pas devant moi?
Je ferai la seule chose qui me
reste à faire: je m'abandonnerai
à Celui qui est. Il sera mon Dieu. Il sera mon tout.
En lui, je serai en sécurité. En lui, je
m'avancerai en paix vers l'inconnu. Il sera mon bouclier et
ma très grande récompense.
Je choisis pour demeure DIEU, celui
qui a été, d'éternité en
éternité.
Tout, en dehors de Dieu, sera
néant pour moi dans l'éternité de
l'avenir, comme tout, sauf Dieu, était néant
pour moi dans l'éternité du
passé.
Et pourquoi m'a-t-il
appelé du néant? Afin de ne pas garder pour
lui seul la félicité suprême que lui
confère sa nature sainte. Il a voulu avoir des
enfants et des amis qui participent à cette nature
divine et à son propre bonheur, qui soient capables
de s'associer avec lui dans ses oeuvres merveilleuses. Il
m'a créé pour sa gloire, pour mon bonheur et
pour le bien de l'univers.
Lui - il est donc le seul but. Tout ce
qui est moins que lui ne peut servir que de moyen. Ma vie,
mon entourage, ma nourriture, mes amis, les êtres qui
me sont les plus chers, tout ne sert que de moyen pour
avancer sa gloire. Laisser occuper par ces objets
intermédiaires la place qui doit lui revenir, serait
de l'idolâtrie - une atteinte portée à
ses droits. Mais aussi, en cherchant premièrement le
royaume des cieux et sa justice, j'assurerai le bonheur
éternel des miens.
Et alors, mon oeuvre, que doit-elle
être?
Ce qu'est la tienne, ô
mon Créateur!
Je ne dois pas garder pour moi
seul la félicité suprême que me
confère la participation à ta nature sainte.
Je dois en amener d'autres à y participer. A mon
tour, je dois répandre le bonheur par le bien,
jusqu'à ce que tu sois devenu tout en tous,
d'éternité en éternité.
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Seigneur, tu as
été pour nous un refuge
De
génération en
génération.
Avant que les
montagnes fussent nées,
Et que tu eusses
créé la terre et le monde,
D'éternité en
éternité tu es Dieu.
Tu fais rentrer les
hommes dans la poussière,
Et tu dis: Fils de
l'homme, retournez!
Car mille ans sont,
à tes yeux,
Comme le jour d'hier,
quand il n'est plus,
Et comme une veille
de la nuit.
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