MARIE DURAND Prisonnière à la Tour de Constance (1715-1768) PREFACE
Il n'était pas possible que la
biographie de Marie Durand, cette héroïne populaire de la
foi huguenote, cessât d'être lue dans les églises
protestantes, parce que l'édition en était
épuisée. Trop de souvenirs émouvants, trop de
grandes leçons de fidélité et de fermeté
dans l'épreuve s'attachent au nom de cette humble femme, pour
laisser le voile de l'oubli s'étendre peu à peu sur son
histoire, parmi les générations nouvelles.
Mais, d'autre part, un trop grand nombre de
documents ont été découverts et mis en oeuvre,
dans des travaux récents qui éclairent d'un jour
très vif cette période de notre histoire, pour qu'il
soit possible de rééditer purement et simplement un
ouvrage, excellent d'ailleurs, qui date de plus de cinquante ans. Un
proverbe familier dit : « les morts vont vite ». Il indique
par là qu'ils disparaissent rapidement de la mémoire
ingrate et infidèle des vivants. Raison de plus pour les faire
revivre avec toute l'exactitude à laquelle on peut atteindre,
quand leur souvenir est entré, chargé de richesses et
d'exemples bienfaisants, dans le patrimoine que nos pères nous
ont laissé.
C'est pourquoi la Nouvelle
Société d'éditions de Toulouse (Dieulefit), a
chargé M. le pasteur André Fabre de réviser le
travail de Daniel Benoît, pour le faire
bénéficier des recherches historiques, qui ont
été si fructueuses dans ce domaine, depuis un
demi-siècle.
M. Fabre est tout à fait qualifié
pour cette entreprise. Biographe du pasteur Pierre Durand,
frère aîné de Marie, il a su faire revivre, avec
autant d'exactitude que de clarté, la figure sympathique de ce
pasteur du désert, mort à Montpellier sur
l'échafaud, victime du devoir qui s'imposait à sa
conscience. Ainsi entré, par une sympathie active, dans
l'intimité de la famille Durand, M. Fabre se trouvait
naturellement dans les conditions les plus favorables pour raconter
la vie de la soeur, comme il avait raconté celle du
frère.
Sans suivre pas à pas l'oeuvre de Daniel
Benoît, qu'il a dû modifier sur bien des points, en
même temps, qu'il la complétait, il s'est attaché
à n'en rien perdre. Son récit, conçu sur un plan
un peu différent et avec le souci de laisser les leçons
se dégager d'elles-mêmes des faits, se poursuit clair,
vivant, évocateur. Il nous est particulièrement
agréable de relever, à côté des
qualités d'un style simple et objectif, l'aisance de
l'exposition et l'habileté à rattacher sans cesse
à l'histoire générale l'histoire d'un
personnage. Tout cela dénote un historien de race, duquel nous
attendons d'autres travaux. Il permettra bien à son ancien
professeur de lui en témoigner ici, et très
affectueusement, sa confiance.
Ce livre se fera sa place dans nos
bibliothèques. Il contribuera à répandre dans
nos milieux protestants, avec la connaissance d'un passé qui
nous est cher, parce qu'il est fait de la vie, des espoirs, des
luttes et des souffrances de nos aïeux, l'amour de l'Evangile,
dont les dévouements qu'il a inspirés et les
sacrifices, que des hommes ou des femmes ont acceptés pour lui
rester fidèles, nous disent la valeur infinie.
Jean BARNAUD.
Montpellier, 21 mai 1935.
SCEAU DES
ÉGLISES SOUS LA CROIX
.
NOTE DES EDITEURS
Les Editeurs expriment ici leur profonde
gratitude à tous ceux qui ont contribué au
succès du présent ouvrage par leur vif
intérêt et leur bienveillante collaboration.
Pour la mise au point du texte, nous citerons
:
- M. le Pasteur André Fabre, de
Générac (Gard), qui a si heureusement
réalisé la refonte de l'ancien ouvrage de D.
Benoît ;
- M. le Pasteur Charles Bost, du Havre, et M.
Aurenche, de Paris, qui ont permis une généreuse
utilisation de leurs travaux historiques (Editions de « La Cause
», Bulletin de la Société d'Histoire du
Protestantisme) ;
- M. le Professeur Barriaud, de la
Faculté de Théologie de Montpellier, dont la
Préface sanctionne un bienveillant travail de
révision.
L'illustration abondante de l'ouvrage est due
au concours de :
- M. le Pasteur Pierre Bourguet, de Vincennes,
auteur de la plupart des dessins in-texte et de la couverture
;
- M. le Pasteur Jacques Pannier et la
Société d'Histoire du Protestantisme français
;
- M. Gaston Tournier et M. Pierre Hugues, du
Comité du « Musée du Désert ».
Le « cheminement spirituel » de cet
ouvrage, dans les coeurs et les esprits, sera le fruit
légitime de cette harmonieuse collaboration.
------
P.-S. 1938. - L'accueil fait à la
première édition (1935) de cet ouvrage nous crée
l'agréable obligation de cette réédition. Nos
voeux ont donc été largement
dépassés.
.
AVANT-PROPOS
Cet ouvrage, sensiblement différent de
celui que Daniel Benoît a rédigé sur le
même sujet, ne se donne cependant point pour offrir le
résultat de recherches inédites.
Depuis l'édition primitive, en 1884, il
a paru nombre d'articles, de notes, et même de volumes touchant
le drame dont le pasteur de Montauban s'était fait
l'historien.
En particulier, AI. le pasteur Charles Bost a
publié à maintes reprises, dans le « Bulletin de
la Société de l'Histoire du Protestantisme
Français », des communications très
étendues qui renouvellent le sujet ; et, en 1922, un livre
saisissant, « Les Martyrs d'Aigues-Mortes » (1), auquel tout lecteur
intéressé par ces questions devra recourir.
Pris d'émulation plusieurs auteurs se
sont également consacrés à ces recherches. M. le
professeur Marmelstein, d'Amsterdam, et M. L. Aurenche ont
donné eux aussi, dans le Bulletin, les intéressants
résultats auxquels ils sont parvenus, et qui éclairent
d'un jour nouveau les suprêmes amertumes connues par la
prisonnière après sa libération (1). Nous
avons pour notre part retracé la carrière de son
frère, pasteur du désert et mort martyr à
Montpellier en 1732 (2).
Nous ne pouvions donc songer à composer,
après tant de découvertes où nous n'avons
joué aucun rôle, un ouvrage qui fût
réellement de première main. Comme nous nous ouvrions
de nos scrupules à M. Bost, celui-ci nous a répondu
avec son habituel désintéressement, pour nous
encourager malgré tout à entreprendre notre travail, et
il ajoutait « que la mise en avant du fait devait passer avant
toute question d'amour-propre d'auteur ». Il nous incombe ainsi
le devoir très doux de lui redire une fois de plus une
gratitude depuis longtemps éveillée. Grâce
à ses savantes recherches nous pouvons présenter au
public protestant un ouvrage qui reste dans ses grandes lignes celui
que nos parents ont connu, mais remis au point et, croyons-nous,
exempt de certaines erreurs que notre devancier, moins bien
informé, n'avait pu éviter.
On verra que nous avons adopté pour la
mise en chapitres une répartition nouvelle et moins
morcelée. Elle nous paraît susceptible de faire
ressortir les phases et les aspects divers d'une histoire d'âme
qui, marquée par la foi la plus profonde, laisse aussi
découvrir les plus beaux élans de tendresse
humaine.
Nous nous sommes abstenu, pour autant qu'il
était possible, de tout commentaire, estimant que le simple et
sobre récit suffit par lui-même à mettre en
évidence les grandes leçons qu'il comporte.
La marque de la « Nouvelle
Société d'Editions de Toulouse » représente
un campanile surmonté d'une croix et, supportée par
lui, la cloche qui sonne le Réveil.
Le Réveil, il est toujours
nécessaire. Plus que jamais en ces jours d'universel
laisser-aller où nos églises elles-mêmes ne
restent pas à l'abri de la vague sinistre, et marquent le pas
ou reculent. Mais il n'est possible que dans l'obéissance
sincère et fidèle aux enseignements de l'Evangile,
précédant l'action de la grâce de Dieu.
Une vie comme celle de l'héroïne de
la Tour de Constance nous est la forte preuve de ce que cette
grâce a pu faire dans un coeur de femme, naturellement faible
et par cela même très près du nôtre, et
qu'il nous est arrivé durant nos recherches de voir prêt
à tomber dans l'erreur ou le découragement ; mais qui
s'est maintenu toujours « disponible » au souffle
d'En-Haut.
Puisse notre foi faire en sorte que le Dieu de
Jésus-Christ permette « à ce qui fut, d'être
de nouveau ».
André FABRE, pasteur.
Générac, 10
février 1935.
SOURCES UTILISEES
L. AURENCHE : La maison de Marie Durand, une
brochure, Fischbacher, 1935.
D. BENOIT » Marie Durand, un volume,
Société d'Editions de Toulouse, 1884.
Ch. BOST - Les martyrs d'Aigues-Mortes, un
volume, Editions « La Cause », 1922.
Ch. BOST : Mémoires inédits
d'Abraham Mazel et d'Elie Marion, un volume, Fischbacher,
1931.
Ch. DARDIER : Lettres de Paul Rabaut à
divers, deux volumes, Grassart, 1892.
André FABRE : Pierre Durand, un volume,
Editions « La Cause », 1930,
Bulletin de la Société d'Histoire
du Protestantisme Français, 54, rue des Saints-Pères,
Paris, articles divers
Années 1890, page 10.
- 1933, page 53 ss., M. le Professeur
MARMELSTEIN.
- 1934, page 289 ss., M. Ch. BOST.
- 1934, page 513 ss., M. L. AURENCHE (celui-ci
reproduit dans la brochure mentionnée ci-dessus).
(Cliché Musée du Désert).
PLAQUE
COMMÉMORATIVE APPOSÉE
SUR LA MAISON
NATALE DE PIERRE ET MARIE DURAND
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