LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
LES SACRIFICES
CONSIDÉRÉS DANS LEUR ENSEMBLE (Suite)
III. J'en viens maintenant au SACRIFICE DE
PROSPÉRITÉ. Nous y voyons
celui qui offre le sacrifice s'en nourrissant. Il y trouve sa
satisfaction aussi bien que le sacrificateur et Dieu lui-même.
Peut-on dire, en considérant le sacrifice sous cet aspect, que
le nôtre ressemble en rien à celui de Christ'? Nos
pauvres sacrifices peuvent-ils, en aucune manière, nous donner
de la satisfaction? Peuvent-ils en donner à Christ et à
Dieu? Ce n'est pas moi qui répondrai. L'important pour nous
est de savoir ce que nous dit le Seigneur dans sa Parole. C'est
là que nous verrons le sacrifice de prospérité
s'accomplissant non seulement en Christ, mais encore dans ses
membres.
Et d'abord, quant à Dieu, trouve-t-Il
satisfaction dans nos sacrifices? Le témoignage suivant est
assez clair: « N'oubliez pas aussi d'exercer la charité
et de faire part de vos biens; car Dieu prend plaisir à de
tels sacrifices» (Hébr. XIII, 16). Nous
voyons aussi que Dieu prenait plaisir à l'offrande
présentée à Paul par les Philippiens. « Ce
que vous m'avez envoyé comme un parfum de bonne odeur et un
sacrifice que Dieu accepte, et qui lui est agréable »
(Philip. IV, 18). Les mots
employés ici dans l'original sont les mêmes que ceux
qu'emploient les septante pour désigner le parfum
agréable dans le sacrifice de prospérité
(1). Aurions-nous besoin d'autre chose
pour nous prouver que Dieu prend plaisir aux offrandes de son Eglise
? « Dieu aime celui qui donne gaiement » ( 2 Cor. IV, 7). Et le don par
excellence, c'est de « se donner soi-même »
(2 Cor. VIII, 5). Offrir nos
corps en sacrifice vivant est un sacrifice qui lui est
agréable (Rom. XII. 1). Nous avons
besoin de nous le rappeler. Nous sommes en danger, dans noire
zèle à combattre la doctrine du salut par les oeuvres,
de nous imaginer qu'elles sont inutiles, qu'aucune ne peut lui
être agréable. Je crains bien qu'il n'y en ait beaucoup
qui, au moins pratiquement, ne soient dans l'erreur sur cette
question. Les oeuvres de la chair sont vraiment des oeuvres mortes;
mais les fruits de l'Esprit, en tant que c'est Christ qui les
produit, et qui sont un témoignage rendu à sa
grâce et à sa louange, sont devant Dieu et par sa
grâce un sacrifice « d'agréable odeur
».
Mais le sacrificateur aussi trouvait sa joie et
sa satisfaction dans le sacrifice dé prospérité.
Quant au plaisir que notre sacrificateur prend à nos
sacrifices quelques misérables et faibles qu'ils soient, il
suffit de se rappeler que c'est lui-même qui est
restauré par le verre d'eau froide, par le pain de celui qui
est altéré ou affamé. « J'ai eu faim, et
vous m'avez donné à manger ; j'avais soif et vous
m'avez donné à boire » (Matth. XXV, 35). Oh! si nous
pouvions nous représenter sa joie quand Il nous voit nous
offrir nous-mêmes à Lui, quand ses yeux rencontrent dans
ce monde qui le haïssait quelqu'un qui se souvient de Lui
pendant qu'Il est absent; si nous réalisions seulement combien
Il jouit d'une oeuvre de foi et d'amour, oubliée
peut-être par celui qui l'a faite dans sa faiblesse, mais
écrite dans le livre de celui qui n'oublie rien, nous aurions
alors plus de joie nous-mêmes à donner, nous ne le
ferions plus avec tant de réserve et de circonspection. Si
nous voyions Christ dans les pauvres, si nous réalisions que
c'est Lui qui reçoit nos dons, les ferions-nous avec tant de
parcimonie? Ne nous empresserions-nous pas de Lui offrir ce que nous
avons de mieux ? Si nous le savions dans le besoin, manquant de pain
ou de vêtements, malade ou souffrant, ne mettrions-nous pas
joyeusement à son service notre temps et notre argent? Eh
bien! nous pouvons le faire encore maintenant. « J'étais
malade, et vous m'avez visité; j'étais étranger,
et vous m'avez recueilli. En vérité, je vous dis, qu'en
tant que vous avez fait cela à l'un de mes frères, vous
me l'avez fait à moi-même » (Matth. XXV, 40).
Mais celui qui offrait le sacrifice de
prospérité, s'en nourrissait aussi. Et, sans doute,
nous sommes encore étrangers au sacrifice de nous-mêmes,
si nous avons besoin qu'on nous parle de la joie qu'il apporte
à celui qui l'accomplit. Mais que trouvons-nous dans la
Parole? Paul dit aux Philippiens, en parlant de son ministère
« Et si même je sers d'aspersion sur le sacrifice et
l'offrande de votre foi, j'en ai de la joie et je m'en réjouis
avec vous » (Philip. II, 17); et aux
Colossiens : « Je me réjouis maintenant dans les
souffrances que j'endure pour vous, et j'achève de souffrir en
ma chair le reste des afflictions de Christ » (Coloss. I. 24). Il dit
encore : « Mais je ne me mets en peine de rien, et ma vie ne
m'est point précieuse, pourvu que j'achève avec joie ma
course» (Actes XX, 24). Non seulement
il est vrai que, quant à notre service, « chacun recevra
sa propre récompense selon son propre travail»
(1 Cor. III, 8); mais, dans
notre service, il y a, à nous donner à Dieu, une joie
que le monde ne connaît point, « il y a plus de bonheur
à donner qu'à recevoir» (Actes XX, 35). Et celui qui
se donne lui-même à Dieu connaîtra cette joie.
« Affligés, peut-être, et cependant toujours dans
la joie, pauvres, et cependant enrichissant plusieurs »
(2 Cor. VI, 10). Plus le
sacrifice sera grand, plus grande aussi sera notre joie, si nous
savons que celui auquel nous le faisons, s'en réjouit avec
nous.
IV. Nous
n'avons considéré jusqu'ici que les sacrifices
d'agréable odeur comme types de la marche du chrétien.
Ceux qui nous restent à étudier, le SACRIFICE POUR LE PÉCHÉ et CELUI POUR LE
DÉLIT, correspondent-ils
également à notre état spirituel ? Je le crois,
mais c'est d'une manière indirecte. Que Dieu me garde de la
pensée que le saint petit offrir une expiation pour
lui-même ou pour les autres. Nous appliquer dans ce sens le
sacrifice pour le péché, ce serait mettre de
côté l'oeuvre de Christ. Mais il y a un sens dans lequel
le sacrifice pour le péché a sa contre-partie en nous;
un sens dans lequel le chrétien peut porter le
péché et passer dans sa chair par le jugement que le
péché mérite. L'holocauste, dans sa
première et parfaite application, nous montre Christ s'offrant
lui-même en sacrifice pour l'homme, répondant ainsi aux
justes exigences de Dieu et nous réconciliant avec lui pour
toujours; cet holocauste, offert pour nous et nous garantissant notre
propre acceptation, s'applique aussi à notre marche, en nous
montrant comment l'homme doit s'offrir en Christ et se donner
lui-même à Dieu par l'Esprit. Il en est de même du
sacrifice pour le péché et du sacrifice pour le
délit. Sans empiéter aucunement sur l'expiation
parfaite opérée par le grand et unique sacrifice pour
le péché, et tout en maintenant que c'est par ce
sacrifice parfait, et seulement par ce sacrifice que le
péché peut être effacé, comme il est dit :
« Il a fait par lui-même la purification de nos
péchés » (Héb. I, 3), et encore
: « Il a paru une fois pour abolir le péché,
s'étant offert lui-même en sacrifice »
(Hébr. IX, 26); je dis
qu'il y a encore un sens dans lequel le chrétien peut et doit
trouver un exemple à suivre dans le sacrifice pour le
péché aussi bien que dans l'holocauste. Faute d'avoir
compris cela, beaucoup de chrétiens épargnent cette
chair que la croix de Christ nous appelle à crucifier.
Qu'était-ce que le SACRIFICE POUR LE
PÉCHÉ? C'était celui dans lequel nous voyons la
victime offerte en sacrifice pour le péché dont elle
était chargée. Mais jusqu'à quel point cela est
applicable au sacrifice du chrétien, c'est ce qu'il s'agit de
savoir. Le St-Esprit a-t-il à faire en nous quelque chose qui
réponde à la mort de la victime pour le
péché? L'Ecriture nous dit: « Christ a souffert
une fois pour les péchés, lui juste pour les injustes,
afin qu'il nous amenât à Dieu; étant mort selon
la chair, mais ayant été vivifié par l'Esprit
» (1 Pierre III, 18). Qu'en inférerons-nous? Que nous
sommes autorisés à laisser la chair en repos et
à fuir la souffrance? Ah! non, bien au contraire. La mort de
Christ dans la chair est pour nous un exemple : nous devons, par cela
même qu'Il est mort, mourir avec Lui. C'est pourquoi il est
dit: « Puis donc que Christ a souffert pour nous dans la chair,
vous aussi armez-vous de cette pensée, que celui qui a
souffert en la chair a cessé de pécher »
(1 Pierre IV, 1). Le saint a
été jugé dans la personne de Christ, il sait que
Christ a porté la croix pour lui, et, par cette croix
même, il continue a juger et à mortifier tout ce qu'il
trouve en lui de contraire à son Sauveur. Or, la chair lui est
opposée, donc elle doit mourir, et, bien loin de faire de la
croix de Christ un prétexte pour donner du répit
à la chair, l'enfant de Dieu emploiera la croix pour la faire
mourir. Que d'autres se servent de la croix de Christ comme d'une
excuse à leur marche relâchée, celui qui habite
en la présence de Dieu apprendra dans cette présence
même que, par la croix, nous sommes crucifiés avec
Christ. Si l'apôtre dit : « A Dieu ne plaise que je me
glorifie en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur
Jésus-Christ, » il ajoute aussitôt: « par
laquelle le monde est crucifié à mon égard, et
moi je le suis au monde » (Gal. VI, 14). Je sais qu'il
y a des « ennemis de la croix qui ont leur ventre pour Dieu,
» qui « mettent leur gloire dans ce qui est leur confusion
» (Phil. III, 19). Mais la
croix est loin de dispenser la chair ou le vieil homme de mourir,
puisque la Parole nous enseigne que c'est précisément
par elle qu'il doit être crucifié; et que la mort de
Christ, au lieu d'être une sorte d'autorisation à
pécher, ou un répit donné à la chair,
n'est pour ses membres que le sceau mis sur cette mortification de la
chair avec tous ses désirs (2).
L'enfant de Dieu qui, par ignorance de la
pensée de son Père, ou par désobéissance,
au lieu de juger le vieil homme avec ses oeuvres, accomplit ses
désirs, attire sur lui le jugement. Heureux sont ceux qui
apprennent à juger la chair en étant en communion avec
le Seigneur, plutôt que par les châtiments qu'Il leur
inflige. « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne
serions point jugés par le Seigneur » (1 Cor. XI, 31). Mais que
nous le fassions ou pas, la chair n'en doit pas moins mourir. Si nous
ne la mortifions pas nous-mêmes, Dieu sûrement le fera.
« Ceux qui sont à Christ ont crucifié la chair
avec ses passions et ses convoitises » (Gal. V, 24). «Notre
vieil homme a été crucifié avec Lui»
(Rom. VI, 6). Et tout comme,
parce que nous sommes vivants et ressuscités avec Christ, nous
pouvons offrir à Dieu, en esprit, des fruits de justice qui
lui sont agréables, ainsi, comme un avec Christ dans la
puissance du même esprit, nous devons mortifier nos membres qui
sont sur la terre et livrer notre chair à la mort pour
être crucifiés avec Lui.
Que d'enseignements pour nous dans le sacrifice
pour le péché, si nous le considérons sous cet
aspect et comme un exemple pour nous! Quel sceau mis sur cette
vérité que nous sommes si lents à recevoir, que
la chair, le vieil homme, doit être jugé et
mortifié! Mais comment les chrétiens comprennent-ils
cet aspect du sacrifice de Christ et le sacrifice de,
nous-mêmes? On aime à répéter de nos jours
que Christ crucifié est prêché partout. Mais
l'est-Il d'une manière complète, et la doctrine de la
croix est-elle saisie dans son intégrité ? Que la vie
de ceux qui se réjouissent ainsi de la prédication de
la croix réponde elle-même! Sans nullement les accuser
d'un relâchement dans les moeurs, ne peut-on pas dire cependant
qu'ils marchent selon la chair et qu'ils en accomplissent les
désirs ? Entrons dans quelques détails; on n'est
embarrassé que pour le choix. Quel cas ne fait-on pas, par
exemple, de la noblesse, d'une illustre descendance, des relations de
famille ? D'autres regardent à l'apparence, à un
extérieur avantageux, à l'élégance des
vêtements. Et que ne fait-on pas pour le confort, que de
dépenses folles pour le luxe des appartements, pour la table
et pour mille autres choses! Qu'a-t-on acquis par de si grandes
dépenses de temps et d'argent ? Et quel est le
caractère de l'éducation que la plupart des
chrétiens donnent à leurs enfants? Que de
manières différentes de travailler pour la chair en
dehors de ce qui est décidément considéré
comme péché!
Quel est le but de toutes les
découvertes de la science, de tous les perfectionnements des
arts ? Et, s'il s'agit des affaires, en vue de quoi travaillent
même les chrétiens dans la plupart des transactions
commerciales ? Tout cela est-il en accord avec la profession que nous
faisons de nous reconnaître comme morts quant au vieil homme?
Est-ce là ce que l'Ecriture entend par le crucifiement de la
chair ? Hélas! beaucoup de ceux qui font aujourd'hui
profession de christianisme montrent qu'ils n'ont compris qu'à
moitié la doctrine dont ils se glorifient ou l'enseignement
que nous donne la croix. Ils comprennent que Christ a
été crucifié pour eux, mais non qu'ils doivent
être crucifiés avec Lui, expression dont ils limitent le
sens à l'imputation de sa mort pour notre justification; -
c'est une partie de la vérité, mais non toute la
vérité; car c'est en vain que, dans cette explication,
nous chercherions une réponse à l'objection que
l'apôtre prévoyait; elle la confirme plutôt, car
elle ne fait que fournir à la chair un moyen d'échapper
à la mort. Et quand la mort elle-même vient donner un
démenti à cette idée, et montrer que le
chrétien n'est pas sauvé dans la chair, alors se montre
l'effet de ce relâchement dans la marche. Car, au lieu de
saluer la mort comme l'exécution de la sentence
prononcée sur la chair, sentence qu'il a déjà
réalisée d'avance, et avec laquelle il s'est
familiarisé pendant son voyage dans le désert, et
depuis qu'il a connu Christ comme crucifié pour lui, au lieu
« d'être fait une même plante avec Lui dans la
conformité à sa mort, et de se glorifier maintenant
dans ses infirmités, dans la faiblesse et la destruction de la
chair - comme une victime qui a déjà subi la sentence
de sa mort avant l'arrivée de celui qui doit
l'exécuter, - ce n'est qu'avec peine qu'il se résigne
à mourir, c'est avec impatience qu'il souffre dans la chair.
Et pourquoi ? parce qu'il n'a jamais bien saisi, ou plutôt pas
expérimenté la vérité que la croix de
Christ était destinée à nous apprendre, savoir
que le salut ne s'accomplit pas dans la chair, mais dans l'esprit;
qu'il ne dispense pas de mourir, mais qu'il fait triompher de la
mort; que ce n'est pas la restauration de la vieille nature, mais
l'entrée en possession d'une nouvelle nature par la mort et la
résurrection avec Christ.
V. Il ne nous reste plus à parler que
du SACRIFICE POUR LE DÉLIT, en
rapport avec la marche des saints. C'était là le
sacrifice qui parlait de restitution, de réparation à
faire pour un tort. A la restitution totale, le transgresseur devait
ajouter un cinquième en sus. Nous avons vu comment cela a
été accompli en Christ pour nous, comment Dieu a
reçu de Lui plus que ce dont Il avait été
privé. Nous avons vu aussi la conséquence de ce fait
pour ceux qui sont en Christ; ils sont parfaits en Celui par lequel
nous avons reçu l'expiation. Nous nous demandons maintenant
comment, par le fait de notre union avec Christ, cet aspect de son
sacrifice deviendra un exemple pour nous, et quelle influence Il
exercera sur notre marche.
Il faut d'abord qu'il y ait restitution. Christ
se présentant à la place de l'homme, offre une pleine
restitution pour les torts et les transgressions de l'homme; Il expie
toutes nos transgressions, « non pas avec des choses
corruptibles, comme l'argent ou l'or » (1 Pierre I, 17. 18), mais
par son précieux sacrifice. Dans ce sens, nous ne pouvons
faire nous-mêmes aucune réparation. Si Christ ne l'a pas
faite, nous sommes perdus. Quand toute notre vie serait
désormais consacrée à Dieu, elle ne pourrait
jamais expier nos transgressions, et chaque jour nous verrions
s'augmenter notre dette. Nous ne pouvons pas nous créer un
trésor d'oeuvres surérogatoires. Cependant, il y a une
mesure et un sens devant lequel le saint, en communion avec Christ,
peut faire une restitution, non pas, sans doute, en se rendant digne
d'être accepté, mais en montrant comment, selon sa
mesure, il sympathise avec Christ par l'Esprit. Ainsi que dans les
jours d'autrefois, et comme esclave du péché, il a
attenté aux droits de l'homme et à ceux de Dieu, de
même maintenant qu'il a été délivré
du péché, il devient le serviteur de la justice. «
Mais ayant été maintenant affranchis du
péché, et étant devenus esclaves de Dieu, vous
avez pour votre fruit la sanctification, et pour fin la vie
éternelle » (Rom. VI; 22).
Mais il fallait encore ajouter un
cinquième. Si Dieu ou l'homme avait été
offensé par la transgression, non-seulement Il recevait la
réparation due à l'offensé, mais il fallait plus
que cela encore, il fallait qu'une vie fût sacrifiée, et
c'est ce qui constituait le sacrifice pour 16, délit. Sous la
loi, Dieu et l'homme avaient chacun leur droit sur l'homme: et la
mesure de ce droit, c'était la justice. Si l'homme agissait
selon la justice envers Dieu et envers son prochain, c'était
tout ce que la loi pouvait exiger de lui; il n'y avait rien là
qui ressemblât à la grâce. Mais il en fût
tout autrement depuis la transgression. Alors la simple justice ne
fut plus la mesure de ce que l'homme doit aux autres. Si nous
étions sans péché, la loi suffirait pour nous
mettre en sûreté, et nous rendrions à chacun ce
qui lui est dû. Mais si l'Ancien et le Nouveau-Testament
signifient quelque chose dans l'enseignement qu'ils nous donnent sur
ce point, nous devons admettre que le transgresseur est l'homme
coupable qui veut faire valoir ses droits. Par le fait que nous
sommes des transgresseurs, Dieu a des droits sur nous, non seulement
pour la réparation du tort primitif, pour la simple
revendication de ce qui lui est dû, mais, comme transgresseurs,
nous lui devons encore autre chose. Quand nous donnons aux hommes
plus qu'ils ne sont en droit de réclamer, nous disons que nous
agissons en grâce. Dans un sens, en effet, c'est une
grâce, et c'en serait une à tous égards si nous
étions nous-mêmes sans péché devant Dieu.
Mais comme nous sommes des transgresseurs, et des transgresseurs qui
se glorifient d'être sous la grâce, nous devons, nous qui
rendons témoignage à cette grâce et au besoin que
nous en avons, agir en conséquence avec les autres. «Vous
avez entendu qu'il a été dit: Oeil pour oeil et dent
pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister à
celui qui vous fait du mal. Faites du bien à ceux qui vous
haïssent, et priez pour ceux qui vous outragent et qui vous
persécutent » (Matth. V, 33-44). «
Mais, quand vous vous présentez pour faire votre
prière, pardonnez si vous avez quelque chose contre quelqu'un,
afin que votre Père vous pardonne aussi vos fautes »
(Marc XI, 25. 26). «
Car, si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous
en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie aiment aussi ceux qui
les aiment? Et si vous ne faites du bien qu'à ceux qui vous en
font, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de
mauvaise vie font la même chose? Et si vous ne prêtez
qu'à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré
vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie prêtent
aussi aux gens de mauvaise vie, afin d'en recevoir la pareille! C'est
pourquoi aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans en
rien espérer, et vous serez les enfants du Très-Haut,
parce qu'Il est bon envers les ingrats et les méchants »
(Luc VI, 32-35).
Voilà qui est bien clair. Mais comment
cela est-il pratiqué par beaucoup de ceux qui se
réclament de Christ ? Pourvu qu'ils aient été
justes ou qu'ils aient cru l'être, cela leur suffit; mais qui
se demande s'il a usé de grâce avec son prochain ? Qui
n'a pas oublié le cinquième à ajouter au
sacrifice pour le délit? Qui se fait scrupule d'en appeler
à la loi ? (1 Cor. VI, 1. 7) ou de faire
valoir ses droits? Et qui hésiterait, si la loi
méconnaissait ses droits, à s'insurger contre cette
loi, soit en faisant de l'agitation politique, soit autrement,
oubliant que c'est la grâce et non le droit qui doit être
la loi, comme elle est l'espérance du transgresseur ? Mais je
m'arrête, car si Christ n'est pas écouté, comment
un de ses faibles serviteurs pourrait-il espérer de
l'être ?
« S'ils n'écoutent pas Moïse
et les prophètes, ils ne seraient pas non plus
persuadés quand même un des morts ressusciterait »
(Luc XVI, 31).
Telle est la Loi DES SACRIFICES. Ce n'est
qu'une ombre de Christ; mais que d'enseignements ne renferme-t-elle
pas, soit quant à notre marche, soit quant à notre
position! Fut-il jamais un temps où l'on eût plus besoin
qu'en celui-ci des vérités en relation avec le
sacrifice de Christ ? Comme dans les jours de Christ, on se sert
maintenant de la vérité divine pour propager l'erreur.
Tout comme la loi donnée pour Montrer la culpabilité de
l'homme servait aux pharisiens de prétexte pour exalter sa
justice, de même maintenant nous voyons que l'Evangile, qui
nous a été donné pour nous introduire dans un
autre monde, est, employé à faire de celui-ci un lieu
d'habitation agréable. Je parle de ce que chacun sait, de ce
que personne ne songe à nier. Notre siècle se vante que
l'Evangile accomplit aujourd'hui ce qu'il n'a jamais fait auparavant.
C'est à l'Evangile que l'on doit ce qui s'est fait pour la
tempérance, pour la paix universelle et l'abolition de
l'esclavage; c'est à l'Evangile, en effet, que l'on doit tout
ce qui tend à rendre plus commode et plus confortable le
séjour de l'homme de ce côté de la tombe. Mais,
en attendant, le monde est toujours le monde, et, comme avant,
l'homme est esclave de ses convoitises. Il fut un temps où les
chrétiens renonçaient au monde. Comme ils peuvent
maintenant l'améliorer, ils n'éprouvent pas le besoin
d'y renoncer. 0 ruse perfide du méchant! comme elle
réussit facilement à tromper les hommes! Au lieu de le
laisser dans son tombeau, on travaille au perfectionnement de l'homme
dans la chair; on en fait presque un dieu. La vérité de
Dieu est employée à soutenir ce qui doit être
détruit, au lieu de nous conduire à ce qui ne peut
être ébranlé, à donner un héritage
de ce côté du tombeau au lieu de le placer dans la
gloire qui doit être révélée.
Oh! comme tout cela est jugé en
présence du SACRIFICE qui nous parle de la croix, qui nous dit
que, si nous sommes un avec Christ, notre part ici-bas ne saurait
différer de la sienne 1 Et nous savons ce qu'elle a
été. Il a souffert sous Ponce Pilate, Il a
été crucifié, Il est mort, Il a
été enseveli, Il est ressuscité le
troisième jour, Il est monté au ciel, Il s'est assis
à la droite de Dieu, Il viendra de là pour juger les
vivants et les morts. Qu'a-t-Il eu ? qu'a-t-Il obtenu ici-bas ? Rien.
Il ne s'est pas trouvé chez lui dans un monde
non-purifié par le feu, dans une création encore sous
la malédiction. Au contraire, Il y a passé comme un,
pèlerin méprisé. Et quant à nous, si nous
voulons être semblables à Lui, ne nous attendons pas
à autre chose. Luther dit bien: « Notre époux est
pour nous un époux de sang» qui ne veut pas que nous
possédions ce monde, jusqu'à ce que Lui le
possède. Son jour viendra, et Il attend jusqu'à ce qu'
il vienne (Hébr. X, 13). Qu'il
nous suffise de l'attendre « encore un peu de temps ». Et
tandis que beaucoup voudraient réaliser d'avance son royaume,
un royaume qui serait privé de sa présence et de celle
des saints, regardons à la résurrection des morts et
à la vie dans le monde à venir.
FIN.
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