LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
LE SACRIFICE POUR LE
PÉCHÉ
(Lévitique IV et V, 1-13.)
Nous en venons maintenant aux SACRIFICES QUI NE
SONT PAS D'AGRÉABLE ODEUR.
Le sacrifice pour le péché et
celui pour le délit appartiennent à cette classe. Ils
nous présentent le sacrifice de Christ pour nous sous un tout
autre aspect que les précédents. Jusqu'ici, nous
n'avons rencontré aucune idée de péché
dans les sacrifices. L'holocauste, l'offrande de gâteau et le
sacrifice de prospérité, quelques différents
qu'ils fussent, se ressemblaient pourtant en ceci que tous
étaient destinés à satisfaire aux exigences des
droits de Jéhova et Lui présentaient quelque chose qui
lui était agréable. Mais ici, dans le sacrifice pour le
péché et dans celui pour le délit, nous voyons
le péché en rapport avec le sacrifice. Le
péché est confessé, il est jugé, il exige
un sacrifice et l'effusion du sang; mais, cependant, c'est le
péché expié, effacé et
pardonné.
On pensera peut-être que ce sacrifice,
qui nous rappelle le péché, doit être moins
précieux, moins plein de joie et de consolation pour nous que
ceux dont il a déjà été question ; ce
serait le cas si nous étions autres que nous ne le sommes, et
si le sacrifice pour le péché était autre que ce
que Dieu l'a fait pour nous. Si nous étions des êtres
innocents, si nous ne connaissions pas le péché, nous
pourrions ne pas avoir besoin personnellement de ce sacrifice nous
révélant la grâce de Celui qui, bien
qu'étant le saint, est Celui qui justifie le pécheur.
Mais nous, qui nous reconnaissons pécheurs, et, comme tels,
sujets à la juste colère et au jugement de Dieu, et qui
avons cru en Celui qui « est devenu malédiction pour nous
» (Gal. III, 13), ce sacrifice
est peut-être de tous le plus précieux. Le sacrifice
pour le péché nous montre que le péché a
été jugé et que, en conséquence, si nous
croyons, le sentiment du péché ne saurait en rien
ébranler notre sécurité. Le péché
nous est ici présenté comme étant souverainement
coupable et odieux devant Dieu; mais nous voyons, en même
temps, qu'il a été parfaitement jugé et
expié et que le sacrifice a tout effacé.
Le fait est, d'ailleurs, que l'on voit plus
facilement Christ dans ce sacrifice pour le péché que
dans l'holocauste et l'offrande de gâteau. C'est ce dont
l'expérience nous donne de nombreux témoignages. Tout
comme dans le type, les sacrifices pour le péché,
quoique les derniers dans l'institution, étaient constamment
offerts en premier lieu (1);
ainsi, dans l'expérience des saints, Christ
est saisi d'abord comme le sacrifice pour le péché.
Longtemps avant de comprendre tous les détails de l'oeuvre
parfaite de Christ accomplissant toute justice comme homme, et
étant accepté de Dieu comme une victime
d'agréable odeur, le chrétien voit Christ comme Celui
qui a porté les péchés et son sacrifice comme un
sacrifice pour le péché. Et quoique, comme le type nous
le montrera, on ne saisisse peut-être cela que d'une
manière indistincte, confuse ; quoiqu'il puisse y avoir
d'immenses différences quant au degré et à la
manière dont les chrétiens comprennent cet aspect du
sacrifice de Christ, c'est le côté qu'ils saisissent
toujours le premier.
J'ai fait observer que, dans l'institution des
sacrifices, telle qu'elle nous est rapportée au commencement
du Lévitique, les sacrifices d'agréable odeur
précèdent les autres; mais que, dans l'application,
l'ordre est inverse. Il y a sans doute une raison pour cela, raison
qui se justifiera d'elle-même quand on observera les
différents caractères de ces sacrifices. Les sacrifices
d'agréable odeur, c'est, comme nous le savons, Christ dans sa
perfection s'offrant pour nous à Dieu sans
péché; dans les autres, au contraire, nous le voyons
s'offrant comme notre représentant pour le
péché. Dans l'institution, ces sacrifices nous sont
donnés dans l'ordre où Dieu les voit; c'est dire que,
Christ s'offrant sans péché, précède
naturellement Christ s'offrant pour le péché. S'Il
n'avait pas été lui-même ce que l'holocauste et
l'offrande de gâteau représentent, c'est-à-dire
une victime parfaite se livrant volontairement, Il n'aurait pas pu
s'offrir en sacrifice pour le péché. Mais, s'il s'agit
de l'application des sacrifices, l'ordre est différent: c'est
celui de l'oeuvre de Christ tel qu'Israël la voit, et ici comme
ailleurs, Israël commence par ce qui répond à son
péché en l'expiant. C'est pour cette raison, je n'en
doute pas, que, dans leur application, les sacrifices pour le
péché précèdent les holocaustes.
Mais considérons maintenant les
sacrifices eux-mêmes. Il suffit d'un peu d'attention pour voir
que les sacrifices qui n'étaient pas ceux d'agréable
odeur, sont de deux sortes - d'abord les sacrifices pour le
péché (Lévit. IV,
V, 1-13), et ensuite ceux
pour le délit (Lévit. V, 14-19;
VI, 1-7). Quand un
chrétien a appris a faire cette différence, c'est qu'il
a été à l'école de Dieu et qu'il en a
profité, et vraiment c'est un signe sur lequel il n'est pas
possible de se méprendre, - du pauvre état de la
généralité des chrétiens, qu'un si grand
nombre d'entre eux semblent ne pas saisir la différence que
Dieu voit entre le péché comme principe et les
péchés comme acte. Cette différence existe en
présence de ces sacrifices; il est impossible d'en douter. Il
est évident au moins que Dieu voit cette différence;
heureux le saint qui la voit comme Lui. Je dis heureux, car, quoique
en elle-même la connaissance du péché ne puisse
jamais être une cause de joie, cependant c'est un pas vers la
bénédiction, de voir et de juger quelque chose comme
Dieu lui-même le juge ; c'est d'ailleurs tout aussi
sûrement une marque de communion avec Lui. Sans doute, c'est
faute de comprendre cette vérité que tant de
chrétiens gémissent quand ils devraient rendre
grâces; car ils ne voient pas que l'expiation a
été faite et acceptée pour le
péché qui est en eux, aussi bien que pour leurs actes
de transgression. Je n'aborderai cependant ce sujet qu'après
avoir considéré plus en détail le
caractère du sacrifice pour le péché. Quand nous
l'aurons fait et que nous aurons ainsi une intelligence plus claire
de la signification et de la valeur de ce sacrifice> nous serons
mieux en état de distinguer entre le péché et
les actes de transgression.
J'en viens donc à considérer le
SACRIFICE POUR LE PÉCHÉ.
Nous pouvons le considérer d'abord dans
ce qui le distingue des autres sacrifices; nous verrons ensuite ses
différentes classes. En premier lieu donc, nous verrons quel
est l'aspect particulier du sacrifice de Christ que représente
ce type; et, en second lieu, comment les chrétiens saisissent
cet aspect, selon leurs différents degrés
d'intelligence spirituelle.
I. En CE QUI DISTINGUE LE SACRIFICE POUR LE
PÉCHÉ DES AUTRES SACRIFICES, il y a trois points
à noter :
1. Quoiqu'il fût sans défaut, ce
n'était pas un sacrifice d'agréable odeur.
2. Il était brûlé non pas
sur l'autel dans lé tabernacle, mais sur la terre nue hors dit
camp. Dans ces deux points, le sacrifice pour le péché
différait de l'holocauste.
3. C'était un sacrifice pour le
péché et non pour les actes de transgression, et, en
cela, j'ai à peine besoin de le faire remarquer, il
diffère du sacrifice pour le délit.
1° Le
sacrifice pour le péché, quoique la victime fût
sans tache, n'était pourtant pas un sacrifice
d'agréable odeur (ch. IV). J'ai
déjà insisté plus d'une fois sur la
signification de ces mots « d'agréable odeur ». Je
puis donc m'en référer à ce que j'ai dit pour
montrer comment Jésus, la victime sans tache, pouvait ne pas
être une victime d'agréable odeur.
Il faut se rappeler ici cette distinction : les
sacrifices d'agréable odeur étaient destinés
à rendre agréable à Jéhova celui qui les
offrait; ils faisaient partie du culte, tandis que les autres
étaient des sacrifices d'expiation. Dans les premiers, le
péché ne paraît pas du tout; c'est simplement le
fidèle Israélite présentant à
Jéhova quelque chose qui lui plaît. Dans les sacrifices
pour le péché, c'est justement le contraire: la victime
est chargée du péché de celui qui l'offre. Dans
l'holocauste et les autres sacrifices d'agréable odeur, celui
qui offrait le sacrifice venait comme un adorateur apporter dans son
offrande, qui le représentait lui-même, quelque chose
d'agréable à Jéhova. Dans le sacrifice pour le
péché et le sacrifice pour le délit, celui qui
les offrait nous apparaît comme un pécheur recevant,
dans son sacrifice qui le représentait, le jugement dû
à son péché. Christ est Celui qui offre le
sacrifice, qu'il s'agisse du sacrifice pour le péché ou
de l'holocauste; mais, dans le premier, c'est nous sous l'imputation
du péché qu'il représente. Car, quoique en
Lui-même sans péché, Lui le saint, cependant Il
est devenu notre substitut, a confessé nos
péchés comme si c'étaient les siens et a
porté la peine qui leur était due. C'est ainsi que, se
chargeant des péchés de son peuple, il a pu dire:
« Mes fautes ne te sont pas cachées » (Ps. LXIX, 5); « des
maux sans nombre m'ont entouré; mes iniquités m'ont
atteint; elles sont plus nombreuses que les cheveux de ma tête,
et mon coeur m'a abandonné » (Ps. XL, 12). 0
mystère insondable ! « Celui qui n'a pas connu le
péché a été fait péché pour
nous! » (2 Cor. V, 21.) O amour
ineffable! le saint a été fait malédiction pour
nous qui étions maudits! (Gal. III, 13.)
Tel est donc le sens de la distinction
établie entre ce qui était d'agréable odeur et
ce qui ne l'était pas. Dans un cas, le sacrifice
accepté par le Seigneur et consumé entièrement
sur l'autel, montrait que celui qui le présentait était
accepté lui-même, et que Dieu trouvait son plaisir en
lui. Dans l'autre cas, la victime était brûlée,
non sur l'autel, qui est la table du Seigneur, mais dans le
désert et hors du camp, pour montrer que celui qui l'offrait
encourait le jugement de Dieu et sa malédiction ; qu'en
conséquence il était chassé de sa
présence. Dans l'un, après avoir traversé
l'épreuve du feu, celui qui offrait le sacrifice nous
apparaît en quelque sorte, et, si j'ose m'exprimer ainsi, comme
étant une nourriture agréable pour le Seigneur. Dans
l'autre, il venait comme un pécheur coupable portant dans son
sacrifice la peine de son péché. «Il s'est
livré Lui-même pour nous comme offrande et sacrifice
à Dieu, en parfum de bonne odeur » (Eph. V, 2). Voilà le
sacrifice d'agréable odeur. « Il s'est donné
Lui-même pour nos péchés » (Gal. 1, 4); « Celui
qui n'a pas connu le péché, Il l'a fait
péché pour nous » (2 Cor. V, 21). Voilà
le sacrifice pour le péché. Dans ce dernier, il ne
s'agit pas de culte, mais de l'expiation du
péché.
Et pourtant la victime du sacrifice pour le
péché devait être sans défaut
(Lévit. IV, 3), tout
aussi bien que celle de l'holocauste, et, en aucun sacrifice, la
perfection n'était plus rigoureusement requise. Il est
répété, en plusieurs endroits, qu'une victime
sans tare ni défaut pouvait seule être offerte dans le
sacrifice pour le péché (Voyez Lévit. IV, 3.
23. 28. 32, etc). Un seul
défaut, soit intérieur, soit extérieur,
c'était assez pour rendre la victime impropre à porter
le péché. Ainsi, c'est parce qu'Il était sans
péché, que Jésus a pu être une, victime
pour le péché, parce qu'Il était parfait qu'Il a
pu le porter.
Il y a une bénédiction pour nous
à méditer ce sujet: la perfection et la
réjection de la victime dans le sacrifice pour le
péché; car c'est là que nous apprenons tout ce
qui concerne le péché et son expiation. S'il y avait eu
en Christ quelque chose d'imparfait, un défaut quelconque, un
acte, une parole, une pensée, un regard qui ne fût pas
saint, son sacrifice n'aurait pu expier le péché. Il
n'aurait pas pu porter la malédiction pour les autres.
Lui-même aurait eu besoin d'une expiation. Mais, après
avoir été tenté ou éprouvé par
l'homme, par Dieu, par le démon, Il est sorti victorieux de
l'épreuve qui n'a servi qu'à prouver qu'Il était
« le Saint de Dieu ». Et cependant « il a plu à
l'Eternel der le meurtrir » (Es. LIII, 10). Quoiqu'Il
fût le Saint, Il fut rejeté hors du camp. La seule
victime parfaite qui ait jamais existé, non seulement l'homme
l'a rejetée, mais Dieu l'a jugée et l'a
frappée.
Jésus, lui le parfait, ne serait donc
pas une victime d'agréable odeur! Jésus, lui le
parfait, serait maudit de Dieu, tenu éloigné non
seulement du tabernacle, mais « du camp », comme un
être souillé! « Il a été
blessé pour nos transgressions, Il a été meurtri
pour nos iniquités: le châtiment qui nous apporte la
paix a été sur Lui, et par ses meurtrissures nous
sommes guéris » (Es. LIII, 5). C'est
là que nous pouvons apprendre de quel amour Jésus nous
aime, et combien notre position est sûre, puisque nous avons
déjà été jugés en Lui. Il a
jeté sur nous des regards d'amour, Il a vu notre ruine absolue
et la malédiction qui pesait sur l'homme déchu; alors
Il a dit: «Voici, je viens ». Et Il est venu en effet, et
Il a été maudit pour les pécheurs. Comme notre
représentant, Il a confessé des péchés
qui n'étaient pas les siens, mais les nôtres, prenant
sur Lui ce qui aurait fait de nous pour toujours les objets de la
colère divine; comme notre représentant, Il a
porté la malédiction pour nous et a reçu de la
main de Dieu le jugement que nous méritions. Il a
été jugé, pour nous, la justice est satisfaite;
nous qui croyons, avons ainsi déjà été
jugés en Lui, et Dieu est « fidèle et juste pour
nous pardonner » (1 Jean 1, 9) ; car «
Christ a porté nos péchés en son corps sur le
bois, afin qu'étant morts au péché, nous vivions
à la justice » (1 Pierre II, 24) ; «
Car en ce qu'Il est mort, Il est mort une fois pour toutes au
péché » ; mais en ce qu'Il vit, Il vit à
Dieu. De même vous aussi, tenez-vous vous-mêmes pour
morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le
Christ-Jésus » (Rom. VI, 10. 11).
Mais j'en viens à l'autre trait
caractéristique du sacrifice pour le péché. Il y
a d'ailleurs déjà été fait
allusion.
2° Le
sacrifice pour le péché était brûlé
hors du camp (Lévit. IV, 12-21).
Les autres sacrifices, sans exception, étaient
brûlés sur l'autel. « Et la peau du taureau et
toute sa chair, avec sa tête et ses jambes et son
intérieur et sa fiente, tout le taureau, il l'emportera hors
du camp et il la brûlera sur du bois au feu »
(Lévit. IV, 11. 12).
Nous avons déjà plus d'une fois fait remarquer la
signification de ce fait, qui nous montre la victime si
complètement identifiée avec le péché,
qu'elle était considérée comme étant le
péché lui-même; c'est pourquoi elle était
repoussée du camp et envoyée dans le désert. Une
partie toutefois, « la graisse » (Lévit. IV, 8),
était brûlée sur l'autel pour montrer que la
victime, tout en portant nos péchés, était
parfaite en elle-même. Mais le corps de la victime, «tout
le taureau », était porté hors du camp. «
C'est pourquoi aussi Jésus, afin qu'Il. sanctifiât le
peuple par son propre sang, a souffert hors du camp »
(Hébr. XIII, 12). Il
dut mourir hors de Jérusalem, comme s'Il eût
été indigne de la cité de Dieu.
Et combien il a dû en coûter
à notre bien-aimé Sauveur d'être ainsi
rejeté! c'est ce que nous ne comprendrons jamais
jusqu'à ce que nous voyions, comme Dieu les voit, la
sainteté de Christ et toute l'horreur du péché !
Qui dira tout ce qui s'est passé dans le coeur du Sauveur
à l'heure où eut lieu la terrible scène dans
laquelle nous le voyons emmené pour porter la peine due au
pécheur ? Ses propres paroles nous aideront peut-être
à lever ce voile: « Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'as-tu
abandonné ? » (Matth. XXVII, 4. 6.) C'est
comme homme - et Il fut parfaitement homme, semblable à nous
en toutes choses, si l'on en excepte le péché, - c'est
comme homme qu'Il endura les cruelles souffrances qui
précédèrent sa mort. Mais que son Père
lui ait caché sa face, parce que notre péché Lui
était imputé, voilà ce qui a été
pour Lui la cause de son angoisse. Sans doute Il souffrit
étant tenté; Il souffrit de l'opprobre, du
mépris, des outrages ; sans doute, Il fut sensible aux
moqueries de ses ennemis et à la lâcheté de ses
disciples. Les Psaumes nous révèlent tout ce qu'Il
souffrit alors. Mais ce n'est pas là ce qui le fit crier dans
son angoisse: Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné ?
Il avait « souffert étant tenté»
(Hébr. II, 18). Il
avait souffert nous laissant un modèle (1 Pierre II, 21); mais, ce
qui constituait la suprême souffrance pour Lui, c'est qu'Il
souffrait pour les péchés (1 Pierre III, 18).
Et en cela consistait son épreuve, que
Celui qui avait toujours été en communion avec son
Père, dut, pour un moment, être privé de sa
présence et ne plus voir sa face. Au moment où, dans le
Jardin de Gethsémané, sa pensée anticipait cette
heure d'angoisses, soupirant encore après cette communion avec
son Dieu, et tandis que sa sueur devenait comme des grumeaux de sang
tombant en terre, Il s'écria: « Père, si tu
voulais faire passer cette coupe loin de moi! » Mais Il ajoute
aussitôt: « Toutefois, que ce ne soit pas ma
volonté, mais la tienne qui soit faite » (Luc XXII, 42). Oui, Il
savait ce que cela veut dire : être abandonné de Dieu,
et Il vient à son Père, lui disant: « Non pas ma
volonté, mais que la tienne soit faite! » Il aurait pu
s'épargner tout cela s'Il l'avait voulu. Il aurait pu refuser
de vider cette coupe d'angoisse. Mais alors comment son Père
aurait-il été glorifié, comment aurions-nous
été rachetés pour sa gloire ? C'est pourquoi
« Il souffrit pour nos péchés, lui juste pour les
injustes ». Il prit notre place pour que nous puissions
être à la sienne. Il a été rejeté
pour que nous puissions être « rapprochés »
(Ephés. II, 13), et
cela pour toujours. Bien-aimé Sauveur, puissions-nous,
connaissant ton amour, apprendre à t'aimer davantage!
Quelle consolation pour celui qui gémit
dans le sentiment de son péché ou sous une forte
tentation, de savoir que Jésus, quoique sans
péché, a souffert pour les péchés, et
qu'en conséquence Il peut, que sûrement Il veut
sympathiser avec nous; et quelle sécurité pour nous
dans cette pensée: « Il y en a un qui a porté nos
péchés, Il en a senti le poids une fois ». C'est
à cause de notre incrédulité, ou parce que nous
oublions Celui qui a porté les péchés que, pour
un moment, nous en sentons nous-mêmes le fardeau. La foi voit
la victime pour le péché « hors du camp »,
elle voit que Jésus a expié nos péchés et
souffert à notre place.
3° Il
faut remarquer encore, au sujet de ce sacrifice, que c'était
un sacrifice pour le péché et non pour le délit
(3). Cette distinction, comme tout ce que
Dieu a voulu qui nous fût dit, est pleine d'instruction et de
consolation pour nos âmes. Elle est tout aussi précise
([ne toutes celles que nous avons déjà
rappelées. Si l'on saisit mal cette distinction, c'est que
l'on a peu compris ce que l'homme est et ce que Dieu est. Notre vue
est si courte, nous sommes si peu en état de
pénétrer au-delà de la surface, que nous voyons
naturellement ce que l'homme fait plutôt que ce qu'il est; et
si nous avouons volontiers qu'il tait le mal, nous avons plus de
peine peut-être à admettre qu'il est lui-même
méchant. Mais Dieu juge ce que nous sommes aussi bien que ce
que nous faisons; notre péché, le péché
qui est en nous aussi bien que nos transgressions. Il voit le
péché en nous, notre mauvaise nature tout aussi bien
que nos transgressions, qui sont le fruit de cette nature. Il n'a pas
besoin de voir les fruits pour juger la racine qu'Il sait être
mauvaise et qui ne peut rien produire de bon.
Le sacrifice pour le péché et
celui pour le délit correspondent à la distinction que
nous venons d'indiquer: l'un est pour le péché dans la
nature , l'autre pour ses fruits. L'examen attentif de, ces
sacrifices, dans tous leurs détails, suffira pour le prouver.
Ainsi, dans le sacrifice pour le péché, il n'est pas
question d'un acte particulier de péché, mais d'un
homme qui se reconnaît pécheur; dans le sacrifice pour
le délit, ce sont des actes qui sont mentionnés, et
l'homme, la personne, ne parait absolument pas. Dans le sacrifice
pour le péché, je vois un homme qui a besoin d'une
expiation et qui offre un sacrifice pour lui-même, comme
pécheur; dans le sacrifice pour le délit, je vois
certains actes qui ont besoin d'une expiation, ainsi que le sacrifice
pour ces péchés particuliers. C'est ce que nous verrons
toujours mieux, à mesure que nous avancerons dans notre
étude.
Naturellement, dans le sacrifice pour le
péché, quoiqu'il s'agisse de l'homme plutôt que
de ses actes, il faut pourtant nécessairement prouver qu'il
est un pécheur. Toutefois, qu'on le remarque bien, cette
preuve est fournie non par l'énumération de certains
actes de transgression, quoique ce soit par des actes particuliers
que se manifeste le péché qui est en nous, mais
simplement par le fait admis que la loi qui condamne le
péché a été violée (Lévit. IV, 2.
13. 14. 22. 27, etc). Dans le sacrifice
pour le délit, c'est exactement le contraire: il est question
de péchés particuliers, soit contre Dieu, soit contre
le prochain.
A propos du sacrifice pour le
péché, remarquons ce fait que le péché a
été manifesté parle commandement, comme il est
dit: « Si quelqu'un a péché par erreur contre
quelqu'un des commandements .... » (Lévit. IV, 2). Nous
avons ici la raison, je pense, pour laquelle, avant la loi, il n'y
avait ni sacrifice pour le péché, ni sacrifice pour le
délit. Nous voyons, en effet, que les patriarches offraient
des holocaustes et des sacrifices de gâteau ; mais il n'est
jamais dit qu'ils aient offert des sacrifices pour le
péché, car « là où il n'y a pas de
loi, il n'y a pas non plus de transgression » (Rom. IV, 15) (3). «
Par la loi, dit l'apôtre, est la connaissance du
péché » (Rom. III, 20) ; « le
pêche n'est pas mis en compte quand il n'y a pas de loi »
(Rom. V, 13). C'était
la loi qui convainquait l'homme de péché et qui rendait
nécessaire pour lui le sacrifice pour le péché.
«La loi est intervenue afin que la faute abondât, mais
là où le péché abondait, la grâce a
surabondé » (Rom. V, 20). La loi est
intervenue et elle a montré que l'homme est un pécheur
et que la chair en lui est irrémédiablement mauvaise.
Mais la grâce a fait ce qui était impossible à la
loi; Dieu, pour nous sauver, a envoyé son propre Fils «
en ressemblance de chair de péché et pour le
péché » (Rom. VIII, 3). La loi
donnée par Moïse l'a été non pour rendre
l'homme saint ou montrer qu'il l'était, mais plutôt pour
montrer ce que nous sommes, c'est-à-dire des pécheurs
et rien que cela, et Dieu nous voit tels depuis la chute. Mais comme,
ici encore, Satan a trompé l'homme, il voudrait nous persuader
que nous sommes saints par cela même que Dieu a donné
pour montrer que nous sommes pécheurs.
Mais revenons à la différence
entre le sacrifice pour le péché et celui pour le
délit: l'un était offert pour le péché
dans notre nature, l'autre pour les fruits du péché.
Dans le sacrifice pour le péché, l'expiation est
considérée comme étant offerte non pour les
transgressions, fruits du péché, mais pour le
péché en lui-même, pour le péché
au-dedans de nous. Je voudrais que tous les enfants de Dieu
comprissent bien cela. Beaucoup de chrétiens, j'en suis
sûr, connaissent le sacrifice pour le délit sans avoir
une idée claire de celui pour le péché. Je ne
parle pas ici des inconvertis; pour eux, les actes de transgression
sont la seule chose qu'ils puissent discerner.
Généralement, ils ne croient pas au péché
en eux; dans tous les cas, ils n'en comprennent pas la
culpabilité. Le jeune chrétien même, combien peu
encore il comprend le péché! Il ne voit que les
transgressions: il a commis telle et telle faute, fait tel ou tel
mal; cela il le reconnaît, mais il admet difficilement qu'il
soit lui-même mauvais. Mais voyez un homme qui a fait quelque
progrès dans la grâce; il s'afflige non pas seulement de
ce qu'il a fait, mais de ce qu'il est. Pour lui, ce n'est pas tant
tel ou tel acte de transgression qui l'afflige et charge sa
conscience, mais c'est le sentiment constant du péché
qui habite en lui; c'est que; « quand nous voulons faire le
bien, le mal est attaché à nous ». Nous avons
commis tel ou tel acte coupable, nous l'avons confessé, et
nous savons qu'il est pardonné; mais le péché
qui reste, qui est toujours vivant en nous, voilà le fardeau
plus lourd que tout le reste. Il est vrai que l'Esprit dit dans nos
coeurs: « Abba! Père », et « l'Esprit qui est
en nous a des désirs contraires à la chair »; mais
nous trouvons que tout cela, au lieu d'améliorer la chair, ne
fait que la manifester en montrant qu' « elle a des
désirs contraires à ceux de l'Esprit »
(Gal. V, 17). Quelle joie
alors pour ceux qui font la douloureuse expérience de ce
qu'ils sont, de savoir que le péché qui habite en eux a
été confessé par Christ et expié par sa
mort, aussi bien que toutes leurs transgressions. Bien plus, si nous
n'avions pas souffert de ce mal, de ce péché de nature,
Christ n'aurait pas eu à offrir un sacrifice pour le
péché. C'est parce que nous étions ce que nous
sommes qu'Il l'a offert ; et c'est parce qu'Il l'a offert que nous
sommes sauvés, nous qui nous confions en Lui.
Oh! comme cela est peu compris! et combien, en
conséquence, il y a peu de paix parmi les saints ! Beaucoup
semblent penser que, puisque l'Esprit leur révèle leur
état de péché, leur incrédulité et
leurs doutes sont bien excusables; et parce que Dieu, dans sa
miséricorde, leur a montré qu'ils sont pécheurs
(4), ils en concluent qu'ils ne sont pas
sauvés. Je dirai à ceux qui raisonnent ainsi:
Sommes-nous sauvés par Christ comme pécheurs, ou le
sommes-nous parce que nous sommes saints ? Le témoignage de
Dieu est que nous sommes sauvés comme pécheurs, non par
l'oeuvre de l'Esprit en nous, mais par l'oeuvre de Christ pour nous.
Nous avons besoin, sans doute, de mieux comprendre l'oeuvre de
l'Esprit en nous. Que Dieu nous le donne! 'Mais, après tout,
ce n'est pas là le fondement de notre paix. Le type est bien
clair à cet égard: s'il est destiné à
nous montrer quelque chose, c'est bien ceci: que, en.
découvrant le péché en lui, le croyant ne doit
pas, pour cela, douter en aucune manière de son pardon ; car
si, ,par la foi, nous nous reconnaissons pécheurs, nous
voyons, en même temps, que le saint a été fait
péché pour nous. Douter du pardon parce que nous voyons
le péché en nous, c'est avoir peu de foi dans le
sacrifice offert pour nous; c'est montrer quelle idée mesquine
nous nous faisons de Christ, et combien peu nous avons de confiance
dans l'amour et dans la fidélité de Dieu.
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