LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
L'OFFRANDE DE GATEAU
(Suite)
Que voyons-nous maintenant chez les
chrétiens, même les plus dévoués ?
Hélas! le levain est mêlé à toutes leurs
offrandes! Mais notre Dieu connaît ce mal et y a pourvu. Ainsi,
au sacrifice de la Pentecôte et au sacrifice de
prospérité (qui sont les emblèmes des offrandes
de l'Eglise), l'Israélite devait offrir des gâteaux
levés, qui, quoique agréés, ne pouvaient
cependant pas être consumés en offrande
d'agréable odeur. Je parlerai plus tard de ces offrandes. Je
les mentionne ici seulement pour faire observer que l'huile, symbole
de l'Esprit, ne pouvait, en aucun cas et dans aucune mesure,
contrebalancer l'effet du levain. On aurait eu beau oindre d'huile un
gâteau à plusieurs reprises, s'il renfermait du levain,
il ne pouvait pas être offert sur l'autel. Quelle leçon
à l'adresse de ceux qui, comme fondement de leur salut,
regardent à la présence de l'Esprit en eux,
plutôt qu'à ce que Christ a fait pour eux ! Les
opérations de l'Esprit, quelque puissantes qu'elles soient, ne
changeront jamais la vieille nature et ne la détruiront pas.
Les orties produiront des figues avant que la chair puisse produire
autre chose que le péché. L'eau salée ne
deviendra jamais de l'eau douce; vous pouvez y ajouter de l'huile,
mais le mélange n'aura jamais lieu ; « ce qui est
né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit
est esprit » (Jean III, 6). La chair
subsistait en Paul, même après qu'il avait
été ravi jusqu'au troisième ciel; c'est pourquoi
il avait encore besoin d'une écharde dans la chair pour
être tenu dans l'humilité (2 Cor. XII, 4. 7). L'action
de la chair peut être surveillée et son énergie
restreinte ou affaiblie, mais le levain est encore en nous,
n'attendant qu'une occasion pour se montrer. La racine d'amertume est
là, quoique peut-être on ne l'aperçoive pas et
qu'elle n'ait pas poussé des rejetons visibles.
Quelle différence pour le Seigneur
Jésus ! Il Était né de Dieu. Sa nature, aussi
bien que sa marche, était exempte de péché; car
Il était « conçu du Saint-Esprit ». Ainsi,
quand une épreuve de bien des siècles eut montré
combien l'homme répondait mal à ce que rappelait
l'holocauste et le sacrifice de gâteau, Jésus' vint dans
« le corps qui lui était préparé »
pour faire la volonté de son Père. Ces offrandes nous
montrent typiquement comment Il l'a accomplie; et son
obéissance a été acceptée comme
étant la nôtre.
3° Mais
l'offrande de gâteau différait encore des autres
sacrifices, en ce point qu'elle n'était pas entièrement
brûlée. Christ, en accomplissant ce que l'homme doit
à Dieu, - c'est ce que figurait l'holocauste - était
comme une nourriture qui lui était présentée;
aussi l'holocauste était-il tout entier consumé sur
l'autel. Mais Christ, en accomplissant ce qu'il doit à
l'homme, - c'est ce que figurait l'offrande de gâteau - est
aussi une nourriture pour lui; car les sacrificateurs mangeaient ce
qui restait de l'offrande. « Et le reste de l'offrande de
gâteau sera pour Aaron et pour ses fils :
c'est une chose très sainte entre les sacrifices de l'Eternel
faits par feu » (v. 3). Mais, ici encore, il
faut que Dieu ait sa part. « La pleine poignée, mise eu
mémorial sur l'autel, nous enseigne qu'en accomplissant ce que
l'homme doit à l'homme, Christ, en même temps, a fait
« une offrande à l'Eternel ».
Mais, quoique Dieu eût ainsi une part
dans l'offrande de gâteau, elle est néanmoins
spécialement la nourriture de l'homme. Elle est pour l'homme,
sous deux points de vue, d'abord comme ayant été
offerte à Dieu pour nous, puis, comme nous étant
donnée à nous, afin qu'en notre qualité de
sacrificateurs, nous en fassions notre nourriture. Jésus,
notre offrande de gâteau, répondit à tout ce
qu'exigeait la créature. Ne fut-il pas notre
représentant auprès de Dieu, le substitut de tous ceux
qui se confient en Lui ? Ne fut-Il pas ainsi une offrande de
gâteau pour nous auprès de Dieu ? C'est sous ce point de
vue que l'offrande de gâteau procure le pain à nos
âmes, et c'est ici que nous avons à faire acte
d'acceptation. Mais, si nous avons ainsi trouvé la paix de
notre âme, ce n'est pas là tout, ce n'est là
qu'une partie de ce qui nous revient, une partie de notre lot
précieux. Quoique justifiés déjà,
n'avons-nous pas des besoins encore ? N'avons-nous pas besoin
d'être continuellement nourris, de recevoir chaque jour une
nouvelle onction ? A ces nouveaux besoins, c'est encore sa
grâce qui répondra, sa grâce surabondante. Oui,
nous avons besoin de notre Jésus. Ah! rendons grâces
à Dieu pour ce frère qui a accompli la loi pour nous;
oui, toute la loi, car « Il est venu non pour abolir, mais pour
accomplir » (Matth. V, 17).
D'après la loi, les sacrificateurs devaient vivre de l'autel;
ils n'avaient pas besoin, comme les autres, de travailler pour gagner
leur vie. Dieu voulait que les pieux Israélites fussent
chargés de leur entretien. Jésus, pas plus que le pieux
Israélite, ne manquera à ceux qui servent à
l'autel. Que ses sacrificateurs (vous êtes une sacrificature
royale [1 Pierre II, 9]) soient
seulement à la place où ils doivent être, et ils
ne manqueront de rien. «Je bénirai abondamment ses
vivres, je rassasierai de pain ses pauvres » (Ps. CXXXII, 15).
Nous ne considérons pas suffisamment
Jésus sous cet aspect, comme s'offrant lui-même à
Dieu pour la nourriture de l'homme. Et cependant cette pensée
se retrouve, pour ainsi dire, à chaque page dans les
évangiles, Jésus, complètement consacré
à Dieu, était encore le serviteur dévoué
de tous ceux qui l'entouraient. Qui est-ce qui jamais vient faire
appel en vain à sa miséricorde et à sa
puissance? Qui s'en retourna jamais à vide après
s'être adressé à Lui ? Sa main fut toujours
largement ouverte à ses frères, aux pauvres et aux
nécessiteux. A quelle peine, à quelle
nécessité, à quelle épreuve refusa-t-il
jamais son secours et sa sympathie ?
Quelle bénédiction de
considérer ainsi Jésus comme étant pour nous
l'offrande de gâteau! Nous cherchons souvent, sans le trouver,
un coeur où puiser de la force et de la sympathie. Le monde
qui nous entoure est sans coeur, et souvent nos frères
eux-mêmes ne nous comprennent pas, ou sont dans
l'impossibilité de nous aider. Nous pensons peut-être
que, si Jésus était maintenant sur la terre, comme
l'Homme de douleur, nous irions tout naturellement nous adresser
à Lui pour Lui raconter nos peines. Mais Il est le même
que dans le temps de son humiliation; « le même hier,
aujourd'hui et éternellement » (Hébr. XIII, 8). Oui,
Il est le même pour ceux qui viennent à Lui. Ah !
sachons nous en approcher, et Il répondra à toutes nos
difficultés! Si nous sommes pauvres, Il nous donnera du pain;
si nous pleurons, Il séchera nos larmes. Pèlerins
fatigués! Jésus est l'offrande de gâteau, Il est
puissant pour répondre à ce que réclame votre
état, aussi bien qu'à ce qu'exigent les droits de Dieu.
Vous avez des droits sur Lui, ceux que constituent vos besoins. Venez
donc à Lui comme à Celui qui peut vous donner tout ce
qui vous est nécessaire. Il a plus de joie à donner que
vous à recevoir. Tout peut manquer, mais Lui nous reste, et Il
a pourvu à ce que le sacrifice de gâteau fût
toujours prêt pour nous.
J'ai dit que ce sacrifice n'était pas
entièrement consumé sur l'autel ; mais que rien
n'était laissé à la disposition de celui qui
l'offrait. Tout, entièrement, était consacré
à Dieu et à ses sacrificateurs. Quel enseignement
à la fois simple et substantiel dans ce fait ! Si nous
accomplissions tout ce que nous devons à Dieu et aux hommes,
sans en rien retrancher et selon la mesure que Dieu nous a
donnée, - si nos corps étaient véritablement
offerts en sacrifice vivant - si « nous servions d'aspersion sur
le sacrifice et le service de la foi », comme Jésus nous
en a donné l'exemple, que resterait-il de quoi nous pussions
disposer ? Rien absolument, comme il ne restait rien non plus de
l'holocauste ni du sacrifice de gâteau. Le serviteur du Dieu
saint et de l'homme avec tous ses besoins absorbe tout.
Ah! si ceux qui croient pouvoir gagner le ciel
par l'accomplissement de la loi comprenaient vraiment ce qu'est la
loi, et combien ils sont loin de pouvoir l'accomplir 1 L'holocauste
et l'offrande de gâteau nous donnent la mesure de
l'obéissance que nous devons à Dieu. Elle doit
être parfaite. L'holocauste exige la perfection et
l'entière consécration de tout l'être : la
tête, les entrailles, les membres, tout devait être
offert sur l'autel. L'offrande de gâteau donne un autre aspect
de la complète consécration, mais suppose
également un dévouement absolu, comme le prouvent le
grain broyé, l'huile, l'encens et le sel qui donnait la saveur
à tout. Voilà la seule mesure que Dieu mette à
notre dévouement, la seule qui puisse le satisfaire. Un seul a
jamais pu répondre à toutes ces exigences; Lui seul
aussi est le principe et la source de toute notre joie.
4° Une
autre chose que je veux faire remarquer dans l'offrande de
gâteau, c'est que, quoique consommée en grande partie
par l'homme, elle était néanmoins offerte à Dieu
(Lév. II, 1). Ceci est
bien digne de toute notre attention. Dans l'offrande de gâteau,
le sacrifice était offert pour la nourriture de l'homme ; il
était consommé par les sacrificateurs, et cependant
c'était à l'éternel et non à eux qu'elle
était présentée. Le premier Adam s'empara non
seulement de ce qui lui était donné, mais aussi de ce
que Dieu s'était réservé. Le second Adam, lui,
se présentait comme une offrande à Dieu, en
satisfaisant aux exigences de l'homme sur Lui.
Et nous, combien de grâces ne
recevons-nous pas en les consacrant à l'homme plutôt
qu'à Dieu! Et même, quand nous sommes le plus
dévoués à son service, quelle recherche,
peut-être inconsciente, de la gloire et de l'estime des hommes!
Il y a toujours en nous quelque secret désir de nous
élever par le service même ,que nous accomplissons. Nous
recherchons les dons de Dieu et la puissance de l'Esprit en vue d'une
position à occuper dans ce monde, en vue d'obtenir de la
gloire, non de la part de Dieu, mais de la part des hommes. C'est
sans doute pourquoi Dieu restreint ses dons, de peur que nous ne nous
en servions pour nous exalter nous-mêmes, au lieu de glorifier
Son nom. Comme il en était autrement pour notre Maître
et même pour ses apôtres! « Nous n'avons pas
recherché, dit Paul, la gloire qui vient des hommes, ni de
votre part, ni de la part des autres » (1 Thess. II, 6). Notre
vocation, c'est de n'être rien dans le monde; mais nous sommes
appelés encore à n'être rien, même parmi
nos frères, à prendre la place la plus
rapprochée de Celui qui a vraiment occupé la plus
humble.
Et dans ces derniers jours où, à
cause de l'iniquité qui abonde, l'amour de plusieurs se
refroidit, où le service qui convient à ces temps est
le seul que l'Eglise ne veuille pas accepter, l'exemple de Christ,
tel que nous le voyons dans l'offrande de gâteau, est
infiniment précieux pour nous. Le service qu'Il accomplissait
auprès de ses frères était toujours une «
offrande faite au Seigneur ». C'est ainsi qu'Il se
dépensait pour les autres, quoiqu'il fût d'autant moins
aimé qu'Il les aimait davantage. Puissions-nous l'aimer de
telle sorte que, par grâce, nous demeurions fermes. Mais, si
nous ne travaillons que pour obtenir la faveur de l'homme, nous
renoncerons à ce travail dès qu'il aura cessé de
lui être agréable. Et voilà sans doute le secret
de notre manque de zèle dans le service. Quand nous servons
les autres, offrons-nous, comme Jésus, au Seigneur et non pas
à l'homme; alors, quelque faible qu'il soit, le travail de
notre amour sera agréé par Celui à qui nous
l'offrons.
Nous avons ainsi fait remarquer quatre points
particuliers dans lesquels l'offrande de gâteau
différait des autres sacrifices. C'était un sacrifice
d'agréable odeur ; en cela il différait du sacrifice
pour le péché et du sacrifice pour le délit.
Puis, les sacrificateurs s'en nourrissaient, et en cela, aussi bien
que dans ce qui composait le sacrifice, il différait de
l'holocauste. Autre point à remarquer: rien n'était
réservé pour celui qui offrait; et en cela il
différait du sacrifice de prospérité.
Il me reste à noter:
5° La
différence qui existait entre l'offrande de gâteau et
l'offrande des prémices à la Pentecôte. Le verset
12 nous fait voir cette
différence. « Pour l'offrande des prémices, vous
les présenterez à l'Eternel; mais ils ne seront point
brûlés sur l'autel en odeur agréable ».
L'offrande de gâteau était d'odeur agréable;
l'offrande des prémices, quoique assez semblable à
l'offrande de gâteau, ne l'était pas. Pour avoir la
clé de tout ceci, lisons au Lévitique XXIII, où
nous est rapportée la loi concernant l'offrande des
prémices. Ce chapitre nous donne l'énumération
des fêtes. Vient d'abord la Pâque, le quatorzième
jour du mois (Lévit.XXIII, 5), puis
le jour où le sacrificateur devait tournoyer la gerbe (le
lendemain du sabbat [Lév. XXIII, 11]);
cinquante jours après, on offrait les premiers fruits à
la Pentecôte (Lév. XXIII, 15-17).
La gerbe, le lendemain du sabbat, pouvait être
brûlée sur l'autel en odeur agréable
(Lév. II, 14-16); mais
l'offrande des premiers fruits à la Pentecôte ne devait
pas l'être (Lév. II, 12).
La raison de cette différence, c'est
que la gerbe était sans levain, tandis que « l'offrande
des premiers fruits à la Pentecôte en renfermait »
(Lév. XXIII, 17).
L'application typique de tout cela est trop
facile à saisir pour que nous nous y arrêtions. Christ,
notre Pâque, a été mis à mort pour nous en
son temps (Jean XVIII, 28; 1 Cor. V, 7). Ensuite, le
lendemain du sabbat, c'est-à-dire le premier jour de la
semaine (Marc, XVI, 1. 2), Il est
ressuscité d'entre les morts et est devenu les prémices
de ceux qui sont morts (1 Cor. XV, 20). Il n'y avait
pas de péché, pas de levain en Lui ; Il était,
en lui-même, une odeur agréable à Jéhova.
Cette gerbe tournoyée ne se trouvait donc associée
à aucun sacrifice pour le péché; elle
n'était offerte qu'avec un holocauste et une offrande de
gâteau (Lév. XXIII, 12. 13).
Mais, cinquante jours après, au jour de la Pentecôte,
c'est l'offrande des premiers fruits, type de l'Eglise, qui est
présentée au Seigneur; car nous sommes les
prémices aussi bien que Jésus. « Nous sommes, dit
Jacques (1, 18), comme les
prémices de ses créatures ». Mais cette offrande,
qui avait du péché en elle et qui était
mêlée avec du levain, ne pouvait ni supporter
l'épreuve du feu, ni être une offrande d'agréable
odeur à l'Eternel. Cependant, elle devait être,
également offerte et reçue: « Vous les
présenterez à l'Eternel, mais ils (les sacrifices) ne
seront point brûlés » (Lév. II, 12). Mais
pourquoi et comment ce gâteau, contenant du levain, (levait-il
être reçu ? Il ne pouvait l'être que parce qu'il
était offert avec autre chose. On offrait avec ce pain
levé un holocauste, une offrande de gâteau, un sacrifice
de prospérité et un sacrifice pour le
péché (Lév. XXIII, 18. 19) ;
car, comme il y avait du levain dans l'offrande des premiers fruits,
il devait nécessairement y avoir un sacrifice pour le
péché. « Et le sacrificateur les tournoiera avec
le pain des premiers fruits, en offrande tournoyée devant
l'Eternel » (Lév. XXIII, 20).
L'Eglise, de même, se présente à Dieu avec
Christ, et forte de toute la valeur de son oeuvre. Par
elle-même, elle ne peut affronter l'épreuve de la
sainteté de Dieu, car l'huile, en quelque mesure que ce soit,
ne saurait changer la nature du levain ; mais, en Christ et avec
Christ, et pour l'amour de Christ, elle est acceptée au
même titre que Lui, et a ainsi la douce assurance que son
péché a été expié.
On demandera peut-être pourquoi c'est le
sacrifice de gâteau qui représente ici l'Eglise
s'offrant elle-même à Dieu, puisque ce sacrifice est en
relation avec la seconde table du décalogue! Je réponds
que l'Eglise n'est pas toujours considérée comme
offrande de gâteau. C'est à la Pentecôte qu'elle
apparaît sous cet aspect. Il y a dans la loi bien des types de
l'Eglise. On la voit comme fille dans la maison du Père, comme
femme dans celle du mari (Nombres XXX), et dans bien
d'autres relations encore; elle est victime, sacrificateur,
prophète, chandelier. Mais, à la Pentecôte, elle
se présente à nous spécialement comme offrande
de gâteau, c'est-à-dire comme s'associant à
l'oeuvre que, dans son amour, Christ a accomplie en faveur d'un monde
perdu. C'est alors que l'on vit Parthes, Mèdes, Elamites,
Romains, Juifs, Prosélytes, Crétois et Arabes, recevant
tous également la bonne nouvelle par le moyen d'hommes qui,
bien qu'ayant en eux du levain, étaient cependant une offrande
de gâteau ordonnée par le Seigneur et
agréée par Lui.
Tel est le caractère
général de l'offrande de gâteau ainsi qu'il
ressort de ses différences avec les autres sacrifices. Je vais
maintenant la considérer brièvement dans :
II SES DIFFÉRENTS DEGRÉS OU
CLASSES, qui sont au nombre de trois,
et qui correspondent aux différentes manières de saisir
Jésus selon la mesure d'intelligence spirituelle à
laquelle les saints sont parvenus. Le premier degré, celui de
la fleur de farine (Lévit. II, 1), est le
type le plus parfait que présente l'offrande de gâteau ;
les gâteaux cuits au four constituaient le second degré
(Lévit. II, 4-7) ; des
épis nouveaux rôtis au feu, voilà le
troisième degré (Lévit. II, 14).
Chacun nous présente Jésus comme offrande de
gâteau, c'est-à-dire comme répondant aux droits
de l'homme sur Lui, si l'on ose ainsi dire: dans tous il est
également agréé de ,Dieu; mais le second
degré donne une plus haute idée de sa perfection que le
troisième, et le premier degré est supérieur aux
deux autres. C'est une offrande telle qu'en apportent les princes
(1). La suivante nous offre quelque chose
d'un peu Moins élevé (2).
Le dernier degré nous montre l'offrande dans
sa forme la plus simple: « les épis nouveaux rôtis
au feu. »
Que le Seigneur nous donne de saisir
Jésus plus complètement! Puissions-nous vraiment
atteindre le premier degré, afin que notre joie et notre force
s'accroissent! Et nous serons dans la joie à proportion que
nous Le verrons mieux dans sa perfection; car son sacrifice nous
appartient tout entier: « Il s'est offert pour nous
».
Remarquez maintenant les principales
distinctions à faire entre les différents degrés
de l'offrande de gâteau:
1° Tandis
que dans le premier degré nous avons l'indication de tous les
ingrédients (Lévit. II, 1. 2), le
second décrit l'offrande dune manière
générale: ce sont simplement des gâteaux sans
levain, « pétris à l'huile » (Lévit. II, 4). La
signification de cette différence est facile à saisir.
Combien de saints reconnaissent sans peine qu'il n'y avait point de
levain en Jésus; ils savent qu'il est sans
péché; mais ils sont loin d'avoir compris toute sa
perfection. C'est un état relativement inférieur. Nous
pouvons dire: Il n'a pas commis de péché : «il n'y
avait pas de fraude en sa bouche», longtemps avant de pouvoir
discerner tout ce qui était en Lui, ou d'avoir compris comment
il s'est entièrement consacré au service des
autres.
2° Une
autre différence bien remarquable. Dans le premier
degré, celui qui offre le sacrifice, en prélève
lui-même le mémorial (Lévit. II, 2
(3); dans le second, c'est le
sacrificateur qui le fait (Lévit. II, 9) ;
tandis que, dans le dernier, - celui des épis rôtis - il
n'est rien dit à ce sujet (Lévit. II, 16). Nous
avons observé une distinction semblable à celle-ci au
sujet de l'holocauste ; dans le premier degré, la victime est
immolée par celui qui l'offre ; dans le dernier, elle l'est
par le sacrificateur. Il y a un enseignement pour nous dans cette
différence. Dans l'un des cas, nous avons Christ dans sa
personne, comme celui qui offre le sacrifice; dans l'autre, c'est son
office comme sacrificateur que nous voyons. Considérer Christ
comme s'offrant et se donnant personnellement, c'est plus que de le
voir .agissant en qualité de sacrificateur. Dans le dernier
cas, au moins, on perd de vue un côté précieux du
sacrifice de Jésus. On voit bien l'office, mais la personne du
Seigneur disparaît complètement.
3° Mais
il y a une troisième différence que l'on saisira plus
facilement entre le premier degré et les autres. Dans le
premier, il est question de farine. Fleur de farine, est-il dit. Dans
les autres, elle est à peine mentionnée ; il est
plutôt parlé de pains ou de galettes (4). En effet, nous pouvons
considérer Jésus comme notre pain, et même comme
celui de Dieu, sans entrer dans les pensées que nous
rappellent la fleur de farine et l'encens. L'absence absolue de toute
inégalité et les douloureux brisements qu'Il endura
pour répondre aux exigences de notre état, le parfum de
l'offrande dont l'excellence n'était que mieux sentie par
l'épreuve du feu, ce n'est pas là ce que l'on comprend
dès l'abord. On n'arrive au contraire à voir tout cela
qu'en dernier lieu, précisément parce qu'il s'agit de
ce qui est le plus parfait.
4° La
différence entre le premier degré et le
troisième est encore plus frappante et plus évidente.
Cette dernière offrande nous donne l'idée de Christ
considéré comme « les prémices ; la
première gerbe faite avec le blé mur, plutôt que
le pain déjà préparé pour nourriture, ou
la fine farine que l'on trouve dans le premier degré
(5). Je n'ai pas besoin d'insister sur
cette différence, dont la portée est facile à
saisir. Qu'il me suffise de dire que, ici, comme dans les derniers
degrés des autres offrandes, le caractère distinctif de
l'offrande est un peu perdu de vue, et qu'une autre pensée
vient en quelque sorte s'y substituer. C'est ce que nous avons
déjà remarqué à propos de l'holocauste ;
nous verrons qu'il en est encore de même dans le sacrifice pour
le péché. Ces degrés correspondent bien, en
effet, à des mesures de l'intelligence spirituelle. Si elle
est peu développée, on confond l'une avec l'autre les
idées que rappelle le sacrifice. On voit l'édifice, -
pour reprendre une comparaison' déjà employée -
d'une manière trop peu distincte pour en observer les
différents aspects ; on en voit à la fois plusieurs
côtés, mais rien d'une manière très
distincte. C'est le cas ici, je n'en doute pas. On confond ainsi
l'offrande de gâteau avec la présentation des
prémices.
Combien n'y a-t-il pas de vrais
chrétiens qui n'ont pas des vues bien claires sur Christ, et
qui font dans leur esprit un mélange du sacrifice pour le
péché, de l'offrande de gâteau et de
l'holocauste.
Quand nous n'aurions rien appris d'autre par
cette étude des différents degrés que
présente cette offrande, elle nous aura au moins montré
ce que les chrétiens perdent, faute de les connaître.
Car, beaucoup de vérités précieuses, que le
premier degré nous révèle, sont perdues de vue
dans les degrés inférieurs. Par exemple, dans le
premier degré, sont énumérés tous les
ingrédients, la fleur de farine, l'huile, le sel, l'encens,
tandis que presque rien de tout cela ne se retrouve dans les
degrés intérieurs, où il est seulement dit que
le levain devait être exclu du sacrifice. Qui oserait dire que
cette idée purement négative, cette simple connaissance
de ce que Christ n'est pas, puisse avoir le même effet sur
l'âme que la pleine intelligence de ce qu'Il est
réellement ?
Dans le premier degré, nous l'avons vu,
c'est la personne de Christ qui nous apparaît: nous Le voyons
s'offrant Lui-même. C'est bien autre chose, nous le comprenons
sans peine, que de voir seulement l'office de Christ dans
l'expiation. Et ainsi du reste. Celui qui confond l'idée
renfermée dans l'offrande des prémices, avec celle que
l'offrande de gâteau nous rappelle, voit bien Christ, mais
seulement comme la première gerbe de la moisson; il ne Le voit
pas comme accomplissant la loi. Beaucoup de chrétiens croient,
sans doute, que Christ est ressuscité comme les
prémices de ceux qui dorment, mais ils ne se tiennent pas pour
pleinement acceptés par le sacrifice accompli pour eux.
Mais je n'en dirai pas davantage sur ce sujet.
Que ceux qu'il intéresse et qui le comprennent le continuent
eux-mêmes. le crains, d'ailleurs, que plusieurs n'aient
à peine compris cette simple esquisse, qui est tout ce que
j'ai voulu donner ici.
Ces quelques remarques, j'en ai la confiance,
nous pousseront à bénir Celui qui nous a donné
le Sauveur figuré dans cette offrande, et aussi à
désirer une connaissance plus étendue de tout ce que
Jésus a été pour nous. Que notre Dieu, qui nous
a ainsi aimés, soit béni éternellement!
Puissions-nous mieux connaître son amour!
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