LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
L'OFFRANDE DE GATEAU
Nous en venons maintenant à l'offrande
de gâteau, qui nous donne un autre aspect du parfait sacrifice
de Jésus. Nous la considérerons d'abord dans les
contrastes qu'elle présente avec les autres sacrifices, et
ensuite dans ses différentes classes.
I. ET D'ABORD, QUANT AUX
CONTRASTES, nous aurons à
étudier cinq points principaux, qui feront ressortir à
nos yeux le caractère distinctif de cette offrande. Si nous
les saisissons bien, nous comprendrons aussi comment Jésus a
été pour nous l'offrande de gâteau.
1° L'offrande de gâteau était un sacrifice
d'agréable odeur. En cela, il est en contraste avec le
sacrifice pour le péché, mais en parfait accord avec
l'holocauste. Je ne développe pas ce point, sur lequel j'ai
déjà insisté au sujet de l'holocauste. Qu'il me
suffise de rappeler que la pensée du péché ne se
trouve pas dans les sacrifices d'agréable odeur; ils
représentent l'homme parfaitement obéissant et offrant
à Dieu une offrande qu'Il accepte et qui lui plaît. Les
sacrifices pour le péché ne sont pas des sacrifices
d'agréable odeur; l'homme y est considéré comme
un pécheur sous le poids de la peine due à ses
péchés.
2°
L'offrande de gâteau différait encore des autres
sacrifices quant aux ingrédients qui entraient dans sa
composition. C'était la fleur de farine, l'huile et l'encens
(v. 1). Ici il n'y a pas de vie
sacrifiée. C'est ce point en particulier qui fait la
différence entre l'offrande de gâteau et l'holocauste.
L'Ecriture nous fournit-elle le moyen de discerner la signification
dé cette différence? Je n'en doute nullement, car elle
répond à toutes nos questions. Elle s'explique par
elle-même. Et d'ailleurs, le Saint-Esprit est là pour
nous guider, surtout quand c'est Jésus qui est l'objet de nos
recherches. Dieu est son propre interprète. C'est parce que
nous oublions cette vérité que l'Ecriture est souvent
si obscure pour nous; et c'est là assurément la cause
de notre ignorance. Ce que nous recherchons est bien dans la Parole;
mais, faute d'être en communion avec Celui qui nous l'a
donnée, nous ne connaissons pas assez sa pensée pour
saisir ce qu'Il a voulu nous dire, même quand Il a parlé
clairement.
Mais revenons à notre sujet. J'ai dit
que la grande distinction à faire entre l'holocauste et
l'offrande de gâteau, c'était qu'une vie était
offerte dans un des cas et des fruits dans l'autre. L'Ecriture
explique cette distinction dans plus d'un endroit. C'est ainsi que,
dans le premier chapitre de la Genèse, nous lisons que Dieu
mit à la disposition de l'homme la partie de la
création qui devait satisfaire à ses besoins: «
Voici, je vous ai donné toute plante portant semence, qui est
sur la face. de toute la terre, et tout arbre dans lequel il y a un,
fruit d'arbre portant semence; cela vous sera pour nourriture»
Gen. I, 29). Ainsi le fruit
de l'herbe et des arbres, voilà la portion donnée
à l'homme; tandis que la vie était celle de Dieu et lui
appartenait tout entière. Ce ne fut qu'après le
déluge (et cela aussi, je le crois, était typique) que
l'homme fut autorisé à manger de la chair des animaux.
Cependant, même alors, la vie était la portion de Dieu,
comme il est écrit: « Vous ne mangerez pas la chair avec
sa vie, c'est-à-dire son sang » (Gen. IX, 4).
Nous comprendrons maintenant sans
difficulté la signification de la différence qui existe
entre l'holocauste et l'offrande de gâteau. La vie est ce que
Dieu, dès le commencement, réclamait comme sa part dans
la création ; et, comme emblème, elle représente
donc ce que la créature doit à Dieu. Tandis que les
fruits de la terre sont la part de l'homme dans la création.
Comme tels, ils représentent ce que nous devons à
l'homme. Ainsi, clans l'holocauste, la vie offerte à Dieu,
c'est l'accomplissement de ce que l'homme lui doit; l'homme donnant
à Dieu la portion qui lui revient pour satisfaire à ce
qu'Il. réclame comme son droit. Dans l'offrande de
gâteau, le don des fruits et de l'huile, c'est l'homme
s'acquittant de ce qu'il doit à son prochain, tout en se
consacrant lui-même à Dieu dans son offrande. Ainsi
l'holocauste est le parfait accomplissement de la première
table de la loi, et l'offrande de gâteau celui de la seconde.
Naturellement, dans un cas comme dans l'autre, l'offrande est celle
du corps de Jésus; mais ce corps offert est vu sous des
aspects différents. Dans un cas, c'est l'homme satisfaisant
aux exigences de Dieu, lui donnant sa portion et recevant le
témoignage qu'il est agréé de Lui; dans l'autre,
c'est l'homme rendant à son semblable ce qu'il lui doit et lui
donnant sa portion comme une offrande faite au Seigneur.
Comme les exemples ici choisis
représentent bien la perfection du sacrifice! Les exigences de
Dieu sont parfaitement satisfaites dans l'holocauste, celles de
l'homme également satisfaites dans l'offrande de gâteau.
S'il n'y avait eu d'autre offrande que celle de l'holocauste, l'homme
n'aurait pas eu sa part, et il n'aurait pas été fait
droit à ses exigences; et, s'il n'y en avait pas eu d'autre
que celle de gâteau, Dieu n'aurait pas eu sa part. Mais il ne
pouvait en être ainsi; c'est pourquoi, quand vînt la loi,
l'offrande de gâteau fut ajoutée à l'holocauste.
Ainsi le livre des Nombres parle souvent de l'offrande de
gâteau comme liée à l'holocauste. Après
avoir indiqué la quantité de fine farine qui devait
entrer dans l'offrande de gâteau destinée à
accompagner l'holocauste (Nomb. XXVIII, 12. 13), la
loi parle, de l'holocauste et de son offrande de gâteau
(Nombres XXIX). De même, dans Esdras, il est dit, à
propos des offrandes pour l'autel: « Tu achèteras des
boeufs, des béliers, des agneaux et leurs offrandes de
gâteaux » (Esdras VII, 17)
(1).
L'offrande de gâteau était, de
fait, l'offrande de Caïn, mais présentée par un
homme qui aurait d'abord offert celle d'Abel.
L'offrande de Caïn était composée « des
fruits de la terre » offerts à Dieu sans effusion de
sang. Comment ce qui reconnaissait seulement les droits de l'homme
aurait-il pu satisfaire Celui qui avait aussi ses droits sur ses
créatures? Telle était la faute et l'erreur de
Caïn: celle d'un homme tombé, qui, à cause de sa
chute, avait été chassé d'Eden, et qui,
méprisant l'aspersion du sang, ne reconnaissait pas les droits
de Dieu sur lui. Et cet homme a la prétention de s'approcher
de Dieu et de satisfaire à ce qu'il Lui doit en Lui ,offrant
les fruits de la terre, c'est-à-dire ce qu'il doit à
l'homme. Qu'ils sont nombreux aujourd'hui encore ceux qui offrent le
sacrifice de Caïn, se trompant eux-mêmes en entretenant
l'idée fausse que, telle qu'elle est, cette offrande peut
être agréée. Si un homme avait pu se justifier
devant Dieu par un service accompli en faveur d'une autre
créature, c'est bien le Sauveur; et cependant Lui-même
n'est pas venu sans offrir un sacrifice. Christ a parfaitement
accompli toute justice à l'égard de l'homme; mais cela
n'a pas suffi, il a fallu encore sa complète
consécration à Dieu, même jusqu'à la mort.
Et toute cette perfection n'aurait servi de rien aux pécheurs,
si cet être parfait n'avait pas été
jugé.
D'une manière générale, on
peut dire que l'offrande de gâteau, c'est Christ se
présentant lui-même à Dieu comme la nourriture de
l'homme. C'est très doux et très précieux pour
l'âme du croyant de considérer Jésus de cette
manière.
Voyons quelle est la signification typique et
particulière de chacun des ingrédients qui entraient
dans la composition de l'offrande de gâteau.
I. Le premier est la fine
farine. Le type est ici en parfait
accord avec cette parole d'Esaïe: «Il broie le blé
pour le pain» (Es. XXVIII, 28). Le pain est
ce qui soutient essentiellement la vie, et Christ, qui est notre
pain, nous est ici représenté comme celui qui a
été froissé pour nous. Cet emblème de
grain moulu réveille en nous l'idée d'une profonde
souffrance. Ce n'est pas le blé qui s'élève
plein de vigueur et qui mûrit sous l'influence des pluies du
ciel et de la chaleur du soleil.
L'idée rappelée ici est celle
d'une chose écrasée et broyée, d'une douleur
intense. Jésus ne fut pas éprouvé par le feu
seulement; ce n'est pas la sainteté de Dieu seule qui l'a
consumé. En répondant aux besoins de l'homme, son
âme aimante fut sans cesse froissée et affligée.
Et l'épreuve, ici, venait de ceux qu'Il assistait, de ceux
auxquels Il se donnait chaque jour. Qui peut lire les
évangiles sans le reconnaître? Jésus se
dépense pour les autres, pour ceux qui ne le comprennent pas.
Son âme est affligée, son esprit est abattu à
cause de l'aveuglement et de la dureté de leur coeur!
Oh! quel spectacle de complet dévouement
cette humble vie ne nous présente-t-elle pas ! Voyez-le quand
Il commence sa course avec la parfaite connaissance de toutes les
épreuves qui devaient l'atteindre; prévoyant sa
réjection et la fin pleine d'opprobre de sa carrière
terrestre! Il est rejeté quand Il veut apporter la
bénédiction; mal compris quand Il donne une
instruction; souffrant non seulement au milieu de ses ennemis, mais
bien plus encore par le fait de ceux qui l'entourent; c'est à
la foule qui s'attachait à ses pas qu'Il s'adresse en disant :
« Jusqu'à quand vous supporterai-je ? »
(Marc IX, 19). Rejeté,
mal compris, en proie à la souffrance, Il va en avant sans
perdre courage; Il ne faiblit pas un instant dans son
ministère de dévouement. A la fin de sa course, comme
au commencement, Il est la nourriture de tous ceux qui ont besoin de
Lui et qui le reçoivent.
Quand l'épreuve fond sur nous, nous
pensons que c'est le moment ou jamais de songer à nous. Pour
Jésus, il n'en était pas ainsi. Nous jugeons qu'il doit
y avoir des limites à notre dévouement. Mais le
Seigneur Jésus n'en mettait point au sien. Nous pensons qu'il
est de notre devoir de veiller à nos intérêts,
à la conservation de notre crédit ou au moins de notre
vie; que des avances, une fois rejetées, ne doivent pas se
répéter; nous trouvons bien légitime d'aspirer
à un temps de repos et de relâche. Oh! comme en tout
cela notre Bien-aimé, notre humble Maître était
différent de nous et au-dessus de nous! Rien
n'ébranlait la fermeté de son coeur, rien ne le
détournait de faire le bien; rien ne l'arrêtait, ni la
stupidité de ses disciples, ni la rage de ses ennemis, ni les
machinations de Satan. Il n'y avait jamais de lenteur ni
d'hésitation dans cette vie si absolument consacrée
à Dieu. 'Mais Il ne sentait pas toutes ces choses, dirons-nous
peut-être. Ah! Dieu seul connaît la mesure de ses
souffrances, Dieu seul sait combien Il a été
profondément affligé pour nous. En tant qu'homme, Il a
été tenté, comme nous le sommes
nous-mêmes, mais sans péché; c'est là
précisément ce qui aggravait ses souffrances. Dans
plusieurs endroits, les Psaumes nous permettent de jeter un regard
sur les douleurs qui l'accablaient, mais jamais nous n'entendons un
murmure s'échapper de ses lèvres. «L'opprobre,
dit-il, m'a brisé le coeur. » (Ps. LXIX, 20). « Ce
n'est pas un ennemi qui m'a outragé, alors je l'aurais
supporté; ce n'est point celui qui me hait qui s'est
élevé orgueilleusement contre moi, alors je me serais
caché de lui; mais c'est toi, un homme comme moi, mon
conseiller et mon ami nous avions ensemble de douces communications
nous allions avec la foule dans la maison de Dieu »
(Ps. LV, 12. 13. 14).
Bien des enfants de Dieu ne comprennent
peut-être pas cela; c'est qu'ils ne savent rien jusqu'ici du
service, mais qu'ils suivent seulement Jésus en se
dépensant pour les autres, et ce type du « blé
moulu » cessera d'être quelque chose d'étrange pour
eux. Et, vraiment, que de choses dans les souffrances de Christ dont
nous n'avons pas d'idée jusqu'au moment où, par la
grâce, ses circonstances sont devenues les nôtres, et
où nos frères, que nous voudrions servir, deviennent
pour nous souvent, sans qu'ils s'en doutent, eux-mêmes un sujet
d'épreuve et d'amertume!
Après ce coup d'oeil jeté sur
quelques-unes des épreuves spirituelles de Christ, que dire de
celles qu'Il a endurées dans son corps, des
difficultés, des angoisses, de la faiblesse par où Il a
dû passer pour subvenir aux besoins des autres! (Ps. XXII, 15; CII, 4. 5). Il était
tellement épuisé qu'Il ne pouvait pas même porter
sa croix (Marc XV, 21) et qu'on fut
obligé d'en charger quelqu'un d'autre. Et, sans doute, ce
n'était pas par bonté, mais par nécessité
qu'on agissait ainsi envers Lui. Déjà la victime
brisée était prête pour l'autel.
Quelle leçon pour le croyant qui
désire se consacrer au service de ses frères ! Ce
passage, comme d'ailleurs toute l'Ecriture, montre que le service
c'est l'abandon, le sacrifice de soi-même. Christ consentit
à être froissé pour le salut des hommes;
aujourd'hui encore le grain de blé doit être
broyé; plus notre service se rapproche de la mesure du sien -
quelque éloigné qu'il en soit toujours - plus nous
ressemblons à Celui qui a été froissé et
brisé pour nous.
Mais il y a encore une autre pensée
renfermée dans cet emblème. Ce qui entrait dans la
composition de l'offrande de gâteau, ce n'était pas
seulement de la farine, c'était de la fleur de farine (v.
1). Dans la fleur de farine,
il n'y a point d'inégalité, juste emblème de ce
que Jésus était. En Lui, il n'y avait rien
d'inégal. Peut-être à aucun autre égard le
contraste n'a été plus grand entre Lui et les
meilleurs, les plus dévoués de ses serviteurs.
Jésus était toujours égal à
lui-même, toujours au-dessus et indépendant des
circonstances. Sa marche, toujours semblable à
elle-même, ne, présentait jamais de contradiction. En
Lui, toutes les grâces étaient à l'état de
perfection, tout était dans la mesure convenable et rien ne
manquait. Quoiqu'Il fût toujours ferme, calme, digne, Il
était affable, doux et humble comme personne ne le fut. En
Lui, la fermeté ne dégénérait jamais en
obstination, ni son calme en stoïcisme indifférent. Sa
douceur ne devenait jamais de la faiblesse, et
l'élévation de son âme ne se traduisait jamais
par du mépris. Chez nous les grâces semblent souvent
s'exclure l'une l'autre ou se contredire. Notre désir
même de vivre et de mourir pour Celui qui nous a aimés,
et nos propres efforts, montrent combien peu nous lui sommes
semblables.
Voyez ses disciples, même les plus
dévoués, comme Paul, Jean ou Pierre! Partout nous
trouvons des inégalités, une grâce qui semble
avoir la prépondérance sur les autres: chez Paul c'est
l'énergie, chez Pierre le zèle, chez Jean l'amour. Et
ces grâces même révèlent leurs
infirmités. L'énergie de Paul le pousse à aller
en Macédoine quand une porte lui est ouverte en Troade
(2 Cor. II, 12. 13): il se
repent de sa lettre aux Corinthiens, et ensuite ne s'en repent plus
(2 Cor. VII, 8). Pierre
aussi, par excès de zèle, prend plus d'une fois une
place à laquelle la grâce ne l'a point appelé: il
marche sur les eaux et enfonce (Matth. XIV, 28-31); il suit
Jésus, mais pour le renier (Matth. XXVI, 58, etc.) Que
voyons-nous encore chez le disciple bien-aimé? Son affection
pour son Maître ne fait que nous montrer combien il lui est peu
semblable: il ambitionnait la première place auprès du
Seigneur dans son royaume (Matth. XX, 20-24); une autre
fois il voulait faire tomber le feu du ciel sur tous ceux qui ne
L'avaient pas reçu (Luc IX, 54).
Et maintenant, pour en venir à nous,
nous n'avons pas besoin, je pense, que l'on nous fasse remarquer
toutes nos inconséquences. Il nous arrive d'être devant
nos frères tout autres que nous ne l'avons été
devant Dieu. Nous luttons parfois dans la solitude et nous prions
pour être délivrés d'actes insensés que
nous commettons en public, tantôt reculant par manque de
courage, tantôt nous laissant aller à une hâte
intempestive; montrant une grande fermeté dans une
circonstance, de l'hésitation dans une autre. Et ce ne sont
pas nos péchés seuls qui montrent ces
inconséquences. Elles se révèlent par les
grâces mêmes que nous possédons quand l'une est en
nous à un degré supérieur à
l'autre.
Pourquoi remarquons-nous en Paul, en Jean, en
Pierre une grâce particulière, tandis que cette
pensée ne nous vient pas quand nous considérons notre
bien-aimé Sauveur? Serait-ce que ses serviteurs le
surpassaient en énergie, en zèle ou en tendresse
d'affection? La vraie raison, c'est que Jésus était
parfait. Son absolu dévouement était toujours le
même. Il n'y avait pas de grâce particulière
à remarquer là où tout était
parfait.
II. Le second ingrédient qui se
trouvait dans l'offrande de gâteau était
l'huile. « Il versera de l'huile
sur elle » (v. 1) ; sans cet
ingrédient, l'offrande n'aurait pas été
complète. La signification typique est ici facile à
saisir, car le Nouveau-Testament est plein d'allusions à
l'huile. L'huile, qui a la propriété de nourrir et de
guérir, est le constant emblème de l'action de
l'Esprit. Jésus, comme l'homme obéissant, était
plein du Saint-Esprit; et c'est dans la puissance de l'Esprit dont Il
était oint qu'Il s'offrit lui-même en sacrifice. C'est
à quoi Luc fait de fréquentes allusions. Son
évangile est celui du Fils de l'homme. Ainsi, au moment
où Il entrait dans son ministère public, où Il
commençait à offrir son offrande de gâteau, pour
parler typiquement, nous lisons que le Saint-Esprit descendit sur Lui
d'une manière visible (Luc III, 22).
Immédiatement après nous lisons : « Jésus,
plein de l'Esprit saint, s'en retourna du Jourdain »
(Luc IV, 1). Et plus loin, au
verset 14, il est dit : « Et Jésus s'en retourna en
Galilée dans la puissance de l'Esprit.» Et aussitôt
après (v. 16), dans la synagogue de
Nazareth, quand on lui donna le livre du prophète Esaïe,
Il lut le passage où il est parlé de cette onction de
l'Esprit, qu'Il devait recevoir et de ce qui la suivrait: «
L'Esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi Il m'a oint; Il m'a
envoyé pour annoncer l'Evangile aux pauvres, pour
guérir, ceux qui ont le coeur brisé »
(Luc IV, 18). « Dieu a
oint du Saint-Esprit et de puissance Jésus de Nazareth, qui
allait de lieu en lieu en faisant du bien » (Actes X, 38). C'est bien
là exactement ce que représente l'offrande de
gâteau; et c'est aussi ce que nous retrouvons à chaque
page des évangiles. Prenons un exemple dans le chapitre de Luc
que nous avons cité: pas plus tôt notre Seigneur eut-il
commencé son ministère qu'ils « se
levèrent, est-il dit, et qu'ils le chassèrent hors de
la ville » (Luc IV, 29). Partout
où Il allait, Il était toujours l'offrande de
gâteau; le grain broyé et l'huile vont toujours
ensemble.
Quel contraste frappant entre ce que nous
voyons en Jésus et ce qui se passe en nous! Vu dans son
humanité, Lui, le grain broyé, est parfaitement oint.
C'est pour cela que, tout broyé qu'Il est, Il est rempli de
puissance. Mais pour nous qu'en est-il? Nous ne sommes ni
broyés ni brisés, mais nous n'avons pas de puissance.
Nos efforts sont paralysés, quand le peu que nous faisons pour
les autres nous l'accomplissons avec notre énergie naturelle
plutôt que dans la puissance de l'Esprit. Si nous allons
faisant le bien, est-ce, je le demande, avec la puissance de
l'onction d'en haut cru avec celle que nous donnent les
circonstances, notre position ou nos talents naturels? Ne nous
croyons-nous pas autorisés à rechercher telle et telle
chose qui donne de la puissance quand nous nous en sentons
dépourvus? Mais ce n'est pas là la force dans laquelle
Christ marchait: l'offrande de gâteau était ointe
d'huile.
Non, sans l'Esprit, le zèle le plus
ardent, la connaissance la plus étendue ne seront d'aucune
utilité pour agir sur les autres. Lisez la dernière
entrevue de Christ avec ses disciples: « Alors Il leur ouvrit
l'esprit pour leur faire entendre les Ecritures » (Luc XXIV, 45). « Il
leur montre ce qui est écrit de Lui dans la loi de Moïse,
dans les prophètes et dans les Psaumes » (Luc XXIV, 44). Il leur dit
encore qu'ils étaient ses « témoins ». «
Il éleva alors ses mains en haut et Il les bénit.
» - Sont-ils maintenant parfaitement prêts pour l'oeuvre
qu'ils ont à accomplir? Non. Il leur dit: «Demeurez dans
la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la
puissance d'en haut. » Ils ont la connaissance de Christ; ils
ont reçu de Lui son message; ils ont sa
bénédiction: mais il leur manque encore la puissance.
C'est la raison pour laquelle Il leur dit: « Demeurez ».
Ils doivent attendre la puissance d'en haut, et cette puissance c'est
l'Esprit. Quand aurons-nous appris que nous avons besoin non
seulement de la vérité, mais de la puissance, et que la
seule qu'il nous importe d'avoir dans notre ministère, c'est
celle du Saint-Esprit?
J'ai autre chose à remarquer ici.
L'huile devait entrer comme ingrédient dans l'offrande de
gâteau, mais non dans l'holocauste. Dans l'holocauste, l'Esprit
se présente sous la forme de l'eau (Lévit 1, 9. Voir
page
65), et dans l'offrande de
gâteau, sous celle de l'huile. C'est dans nos rapports avec
l'homme, dans le service pour le prochain, que la grâce et la
puissance de l'Esprit sont particulièrement
nécessaires. La présence de la. chair chez nos
frères est pour nous une épreuve, ainsi d'ailleurs que
les mille difficultés qu'entraîne notre contact avec le
mal. Pour tout cela, il nous faut la grâce et l'onction de
l'Esprit. Mais Jésus fut-il assez dépendant pour avoir
besoin de cette onction ? En eut-il besoin, pour sa position de
serviteur au milieu de ceux qui l'entouraient ? Oui, Il s'est
humilié jusqu'à ce point, jusqu'à avoir besoin
comme un homme humble et dépendant de la grâce qu'Il
apportait aux autres.
Bien-aimé Sauveur! puissions-nous de
plus en plus apprendre à être dépendants comme
toi!
III. Le troisième ingrédient
de l'offrande de gâteau est l'encens: « Il mettra de l'encens dessus »
(Lévit. II,1). Tandis
qu'il est dit: « Vous ne ferez point fumer de miel comme
sacrifice par feu à l'Eternel » (v. 11). La signification de ces
emblèmes est facile à saisir et bien remarquable.
L'encens est le plus précieux des parfums, il répand
longtemps une délicieuse odeur. Comme cela rappelle bien le
sacrifice de notre bien-aimé Sauveur! Quant au miel, quoique
doux, il se corrompt facilement; il fermente et s'aigrit très
vite. L'encens ne répand tout son parfum que sous l'action du
feu. Pour le miel, c'est le contraire; la chaleur le
gâte.
L'application de tout ceci, comme se rapportant
au sacrifice de Christ, se comprend d'elle-même. Jésus a
été éprouvé par le feu de Dieu, mais tout
en Lui s'est montré parfum précieux, rien que parfum.
La sainteté de Dieu a manifesté des grâces que
nous n'aurions jamais connues s'Il n'avait pas souffert. Oui, le
précieux parfum qui s'exhalait de ce sacrifice de Christ
était le résultat de cette rude épreuve. Mais,
que voyons-nous chez les croyants ? Chez plusieurs une douceur
naturelle qu'il peut être très agréable de
rencontrer, mais qui ne tiendra pas à l'épreuve du feu;
elle s'aigrira à la première occasion. Quel est celui
qui, placé dans des circonstances critiques, où il y a
un conflit entre la sainteté de Dieu et nos
intérêts, ne découvrira pas en lui beaucoup de
choses qui seraient loin de répandre sur l'autel un parfum
d'agréable odeur? Et que de fois, quand des saints
étaient placés devant tel ou tel commandement de notre
Maître, commandement bien clair, mais négligé par
eux, n'avons-nous pas vu leur douceur, au lieu d'être du pur
encens, se transformer en miel fermenté? Il n'en était
pas ainsi pour le Seigneur Jésus: « Oint d'huile de joie
au-dessus de ses compagnons, celui dont les vêtements sont
myrrhe, aloès et casse » (Ps. XLV, 7. 8). - « Ses
parfums sont d'agréable odeur, son nom est un parfum
répandu » (Cant. de Salomon I, 3). Chez lui, tout est
arôme et douceur; mais non la douceur du miel: c'est une autre
douceur, celle du parfum de bonne odeur. Ah! certes, elle pouvait
bien s'écrier, son épouse : « Mon bien-aimé
est pour moi un bouquet de myrrhe, mon bien-aimé est pour moi
une grappe de Henguédi » (Cant. I, 13. 14.).
Voilà ce qu'était pour l'épouse le
Bien-aimé, voilà ce qu'Il était à ses
yeux: Celui qui s'est présenté pour elle devant
Jéhova en parfum de bonne odeur.
IV. Le quatrième et dernier
ingrédient de l'offrande de gâteau est le
sel: « Tu saleras aussi de sel
toute offrande de gâteau » (Lévit II, 13). Et, ce
qui en t'ait mieux ressortir la signification typique, c'est la
défense qui est ajoutée : « Aucune offrande de
gâteau que vous présenterez à l'Eternel ne sera
faite avec du levain », (v. 11).
La signification de ces emblèmes est
claire. C'est la même pensée présentée
positivement et négativement. Le sel, le préservatif
bien connu de la corruption, est l'emblème de la conservation
et de l'incorruptibilité ; tandis que le levain,
composé de pâte aigrie, est l'emblème tout aussi
connu de la corruption. Ainsi, quand l'apôtre veut
résumer en un mot l'incorruptibilité, la
gravité, la sincérité qui caractérise un
chrétien, il dit: « Que votre parole soit toujours dans
un esprit de grâce assaisonnée de sel »
(Col. IV, 6). Ainsi encore,
quand il est parlé d'une alliance comme étant
perpétuelle, elle est appelée une alliance de sel
(Nombre XVIII, 19). Le levain
est mentionné encore plus souvent. Il est question du «
levain des pharisiens » (Luc XII, 1), du levain des
Sadducéens (Matth. XVI, 6), et du levain
d'Hérode (Marc VIII, 15). Et, dans les
épîtres, nous sommes exhortés à ôter
le vieux levain » (1 Cor. V; 7) (2). Tous ces passages nous donnent la
clé de ces emblèmes. Non seulement le sacrifice de
Jésus renferme ce qui en assure le caractère
incorruptible, mais il préserve aussi du mal et de la
corruption ce avec quoi il est en contact. Mais les goûts de
l'homme sont loin d'être toujours en harmonie avec le
caractère de ce sacrifice!
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