LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
L'HOLOCAUSTE (Suite)
Voici donc la première pensée qui
nous est présentée dans l'holocauste: c'est que Dieu
s'en nourrit en quelque sorte, qu'Il trouve sa satisfaction dans ce
sacrifice. Dans d'autres, Christ nous est présenté
comme le fidèle Israélite fournissant par son offrande
à l'entretien des sacrificateurs. Ici, nous le voyons
répondant à toutes les exigences de la sainteté
divine. « L'autel est la table du Seigneur » (Mal. I, 12). Tout ce qui y
était placé était la nourriture de Dieu
(Lévit. XXI, 6.
8. 17. 21. 22). Le feu du ciel,
emblème de la sainteté de Dieu, consume l'offrande; et,
tout entière, elle monte devant Lui comme un encens
d'agréable odeur (1).
Et de même que, dans l'holocauste, le feu
tombant du ciel et consumant le sacrifice sur l'autel, était
pour celui qui l'offrait un gage que le sacrifice était
agréé, ainsi Dieu trouvait sa satisfaction dans le
parfait sacrifice de Jésus. Cette victime sans tache, qui
s'offrait elle-même, était un festin pour le Dieu des
cieux. C'était là quelque chose qu'Il agréait,
où il trouvait son plaisir.
C'est une pensée que nous n'avons pas
toujours quand nous sommes occupés du sacrifice de
Jésus. Nous pensons à sa mort, mais bien peu à
sa vie. Nous considérons bien peu ses voies pendant son
pèlerinage ici-bas, et cependant c'est en elles que Dieu a
pris son plaisir. Nos vues sont égoïstes et bien
limitées. Pourvu que nous soyons sauvés, nous ne
recherchons rien d'autre. La plupart des saints ne voient donc
presque exclusivement que Christ livré pour nos offenses.
Dieu, cependant, a mis l'holocauste avant les autres sacrifices, car
c'était particulièrement la part qui lui appartenait en
Jésus. Et, à proportion qu'un croyant fait des
progrès dans la grâce, nous le voyons tourner ses
pensées du côté des évangiles où il
apprend à connaître toujours mieux les voies et la
personne de Jésus; à mieux connaître, non pas
seulement son oeuvre, mais le Seigneur Lui-même. Ce qu'il
désire, c'est de voir en toutes choses comment Il était
un parfum agréable à Jéhova.
2° Mais
l'holocauste n'était pas seulement un sacrifice
d'agréable odeur, c'était aussi un sacrifice de
propitiation, c'est-à-dire que celui qui l'offrait y trouvait
la certitude d'être agréé. C'est ainsi que nous
lisons dans Lévit. I, 3: «Il
l'offrira pour être agréé (2)
». Pour bien comprendre cela,
considérons un moment la position que Christ occupait comme
étant Lui-même celui qui offrait le sacrifice. Il
était comme un homme sous la loi; et, étant sous la
loi, il devait être parfait pour être accepté.
« Dieu avait créé l'homme droit, mais ils ont
cherché beaucoup de discours. » Chaque dispensation avait
montré l'inutilité des efforts de l'homme pour se
rendre agréable à Dieu et digne d'être
reçu par Lui. Les siècles s'étaient
succédé sans qu'il se fût trouvé un seul
fils d'Adam qui pût accomplir la loi de Dieu et réaliser
le modèle placé devant lui. La loi fut la
dernière épreuve de l'homme; elle devait montrer si, en
connaissant la volonté de Dieu, il pourrait ou voudrait
obéir. Mais cette épreuve, comme les autres, se termina
par une chute: « Il n'y avait point de juste, non pas même
un seul. »
Comment donc l'homme sera-t-il
réconcilié avec Dieu ? Comment pourra-t-il satisfaire
aux exigences de sa sainteté? Il restait un moyen, un seul, et
c'est celui-là que le Fils de Dieu a employé: «Il
D'a pas pris les anges; mais Il a pris la postérité
d'Abraham » (Hébr. II, 16); et,
dans sa personne, une fois pour toutes, l'homme a été
réconcilié avec Dieu. En le faisant, Jésus,
comme représentant de l'homme, a pris la place de l'homme tel
qu'Il l'a trouvé, sous la loi, et là, en
obéissance à la loi, il a offert son sacrifice «
pour être agréé». La question était
si l'homme pouvait présenter une offrande digne d'être
agréée de Dieu et qui pût le satisfaire;
Jésus, comme homme, l'a offerte; Il s'est donné
lui-même et son sacrifice a été accepté.
Avec nos pensées si bornées sur ce que Jésus
était pour le Père, nous ne comprenons pas que Lui, le
bien-aimé, ait eu besoin d'offrir quelque chose « pour
être agréé ». Mais ce n'était qu'un
des nombreux degrés d'humiliation par lesquels Il passa pour
l'amour de nous et comme notre représentant. Et cela explique
l'expression que nous trouvons au verset 4: « Et il sera agréé pour lui, afin
de faire propitiation pour lui ». Ces mots pourraient
suggérer l'idée du péché, à propos
de l'holocauste; ce qui serait une erreur. Le mot propitiation, ici
comme ailleurs, signifie proprement l'acte de donner satisfaction.
Mais il faut distinguer deux manières de donner satisfaction,
selon qu'il s'agit de satisfaire aux exigences d'un Dieu saint et
plein d'amour, ou de satisfaire la justice offensée. Dans les
deux cas, il y aurait satisfaction; l'holocauste est le premier, le
sacrifice pour le péché le second.
La propitiation du sacrifice pour le
péché est d'une tout autre nature que celle de
l'holocauste. C'est ce qui se voit dès l'abord si l'on compare
ce qui est dit de l'un et de l'autre; car, dans le sacrifice pour le
péché, il est expressément dit que c'est une
propitiation faite pour le péché de celui qui offre le
sacrifice (3), ce qui n'est jamais
dit à propos de l'holocauste; au contraire, il est dit qu'il
est offert pour être agréé. La propitiation de
l'holocauste est la satisfaction que Dieu reçoit de la
perfection de l'offrande qui lui est présentée. La
propitiation du sacrifice pour le péché est expiatoire;
celui qui l'offre satisfait par là la justice offensée.
Dans le sacrifice pour le péché, c'est bien pour le
péché que se fait la propitiation; le sacrifice donc
n'est pas présenté comme étant d'agréable
odeur; la victime chargée du péché de celui qui
l'offre à cause de la violation de la loi est rejetée
au loin et brûlée hors du camp, car elle ne pourrait
l'être au milieu du peuple. Dans l'holocauste, celui qui offre
le sacrifice de propitiation se présente comme un adorateur et
sans péché; le Seigneur reçoit son sacrifice
comme une offrande d'agréable odeur et l'homme est
considéré comme ayant satisfait à toutes les
exigences de Dieu. Je n'ai pas besoin de dire qu'il n'y en a qu'un
qui l'ait jamais fait parfaitement, Celui qui s'est donné pour
nous et qui s'est mis complètement à notre place
(Eph. V; 2; Tite II, 14).
3° Une
vie était offerte sur l'autel; c'est le troisième point
de vue à considérer dans l'holocauste : « Il
égorgera le jeune taureau devant l'Eternel... et il fera
aspersion du sang tout autour sur l'autel » (Lévit. I, 5). C'est
en cela que l'holocauste diffère de l'offrande de gâteau
à laquelle il ressemble d'ailleurs parfaitement. Dans
l'offrande de gâteau, on présentait du blé, de
l'huile, de l'encens; tandis qu'ici, c'est une vie qu'on offre. Si
nous saisissons bien la signification de ce fait, nous comprendrons
mieux ce qui caractérise particulièrement l'holocauste.
La vie est cette partie de la création que, dès le
commencement, Dieu a réclamée comme Lui appartenant.
Dieu a un droit sur ses créatures, et la vie est un
emblème de ce que nous Lui devons. C'est, je n'en doute pas,
la pensée que nous avons ici. Naturellement ici, comme
ailleurs, l'offrande présentée, c'est le corps de
Jésus, ce corps qu'Il a revêtu et qu'Il a donné
pour nous. Mais une vie offerte à Dieu, c'est bien plus encore
que le froment et l'encens; c'est là, au fond,
l'accomplissement de la première table de la loi. Donner sa
vie, voilà donc ce qui constitue le devoir de l'homme
vis-à-vis de Dieu; et Il nous est ici présenté
comme la donnant complètement. On me demandera quel est
l'homme qui l'a jamais fait. Je répondrai : un seul, l'homme
Christ-Jésus (I Tim. II, 5). Lui seul, de
tous les fils d'Adam, a accompli parfaitement tout ce que l'homme
doit à Dieu; Il a été parfaitement juste, et Il
a ainsi répondu à tous les droits de Dieu sur Lui. Et,
je le répète, Il l'a fait pour nous et nous sommes
« acceptés en Lui ».
4° Le
quatrième et dernier trait caractéristique de
l'holocauste, c'est qu'il devait être complètement
consumé sur l'autel. « Le sacrificateur fera fumer le
tout sur l'autel ; c'est un holocauste, un sacrifice par feu, une
odeur agréable à l'Eternel » (Lévit. I, 9). En cela
l'holocauste différait de l'offrande de gâteau et du
sacrifice de prospérité, dans lesquels une partie
seulement était consumée par le feu; il ne
différait pas moins des sacrifices pour le péché
qui, quoique complètement consumés, ne l'étaient
pas sur l'autel.
Cette différence bien significative est
en rapport exact avec le caractère de l'offrande. Ce que
l'homme doit à Dieu, ce n'est pas de lui donner une de ses
facultés, mais de les lui consacrer toutes. C'est ainsi que
Christ, répondant au docteur qui lui demandait quel
était le plus grand commandement, répondit: «Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton
âme et de toute la pensée» (Matth. XXII, 37). C'est
cela, je n'en doute pas, que doit rappeler
l'énumération des parties de la victime; car la
tête, la graisse, les jambes, les entrailles sont
indiquées séparément (Lévit. 1, 8. 9). La
tête est l'emblème ordinaire de la pensée; les
jambes le sont de la marche et les entrailles le symbole constant des
sentiments et des affections du coeur. Que signifie «la
graisse»? C'est ce qu'on ne voit pas au premier abord, quoique
ici encore l'Ecriture vienne à notre aide pour résoudre
la question (Ps. XVII, 10; XCII, 14; CXIX, 70; Deut. XXXII, 15). Nous
voyons par ces passages qu'elle représente l'énergie,
non pas d'un membre ou d'une faculté, mais la santé
générale et la vigueur de tout l'être. En
Jésus, tout a été consacré à Dieu,
et tout était sans tache ni défaut. Qu'une seule
pensée dans l'esprit de Jésus n'eût pas
été parfaitement consacrée à Dieu; qu'une
seule des affections de son coeur n'eût pas été
soumise à la volonté de son Père; qu'un seul de
ses pas eût eu pour but sa propre satisfaction plutôt que
la gloire de Dieu, et il n'aurait pu s'offrir Lui-même ni
être agréé comme un holocauste à
Jéhova. Mais Jésus a tout donné, Il ne s'est
rien réservé ; tout a été
brûlé et consumé sur l'autel.
Je ne crois pas qu'il y ait rien de plus digne
d'être remarqué dans le parfait sacrifice de notre
Maître bien-aimé. Tout ce qu'Il faisait ou disait
était pour Dieu. Du commencement à la fin, le moi n'eut
aucune place en Lui. L'oeuvre de son Père, la volonté
de son Père, c'était tout pour Lui. Les
premières paroles qui nous sont rapportées de Lui dans
son enfance sont: « Il faut que je sois occupé des
affaires de mon Père. » Et quand Il prononça sur
la croix ces dernières paroles: « C'est accompli! »
c'était bien que toute sort oeuvre ici-bas était
achevée. Toute sa vie était si complètement
consacrée à son Père que, en lisant les
évangiles, nous ne voyons pas qu'Il ait rien voulu pour
lui-même, et cependant Jésus était parfaitement
homme, et, comme tel, avait aussi bien que nous une volonté
humaine. En un point seulement elle différait de la
nôtre; la sienne était toujours soumise à celle
de son Père. Il avait, comme homme, des pensées et des
affections humaines. Mais, loin d'être dirigées vers son
propre bien-être, d'avoir en vue son intérêt
personnel, elles étaient au contraire entièrement au
service de son Père.
Mais c'est en vain que l'on essaierait de
décrire sa perfection; les paroles ne sauraient l'exprimer:
Dieu seul la connaît. Plus d'ailleurs nous sommes en communion
avec Dieu, plus nous serons en état de la comprendre. Loin de
la présence de Dieu, nous ne découvrons aucune
beauté en Jésus, car sa perfection est
complètement au-dessus de la portée de notre
intelligence naturelle. S'Il avait été moins
entièrement consacré, nous l'aurions mieux compris et
nous l'aurions mis plus haut dans notre estime. Si, au lieu de
refuser constamment d'être quelque chose ici-bas, Il avait joui
pour un temps de la gloire dit monde pour y renoncer ensuite, nous
aurions eu probablement une plus haute idée de
l'humilité qui le poussait à être l'ami et le
compagnon des pauvres. Tel Il était, tel Il est encore
aujourd'hui. Plus Il est humble, plus Il est méprisé
par les hommes; plus Il est fidèle, moins nous le voyons
reçu par ses frères. Mais l'holocauste était
offert pour être agréé de Dieu et non des hommes.
Dieu au moins pouvait apprécier la valeur de ce
sacrifice.
Le fait que l'holocauste devait être
entièrement brûlé, figure donc pour nous la
complète consécration à Dieu en toutes choses.
Quel contraste avec tout ce que le monde appelle sagesse; car, «
on te louera si tu te fais du bien » (Ps. XLIX, 18). Quel
contraste! même avec ce qu'on trouve chez les croyants! Combien
souvent nos pensées ont pour objet le moi, c'est-à-dire
nos aises, nos plaisirs, nos intérêts. Que de choses
dans notre marche et dans nos affections qui sont loin d'être
offertes sur l'autel! Comme tout était différent pour
Jésus! Il aimait Dieu « de tout son coeur, de toute son
âme et de toute sa force ». Il ne se consacrait pas
seulement dans une partie de son être pour conserver ce qui
avait le plus de valeur; ce n'était pas un de ces sacrifices
qui ne coûtent rien ou peu de chose: Il s'est livré
lui-même entièrement; Il a ainsi satisfait le coeur de
Dieu.
Tel était le sens général
de l'holocauste comme sacrifice distinct des autres sacrifices.
C'était un sacrifice d'agréable odeur, offert pour
être agréé, le sacrifice d'une vie, et il
était complètement consumé sur l'autel.
Voyons en maintenant:
Il. Les DIFFÉRENTES
CLASSES, selon que l'holocauste
était composé de gros bétail (Lévit. I, 3), de menu
bétail (verset 10) ou d'oiseaux (v.
14), ce qui constituait dans
l'holocauste autant de degrés dont il faut examiner maintenant
la signification.
1° Il y a
d'abord une différence dans l'animal offert. Ce peut
être un taureau ou un agneau ou une tourterelle. Le
caractère de l'offrande répond au caractère bien
connu de chacun de ces animaux.
Le boeuf, « dur au travail »
(Ps. CXLIV, 14), car «
l'abondance du revenu est dans la force du boeuf » (Prov. XIV, 4),
réveille aussitôt en nous l'idée de service, de
patience, de labeur incessant.
C'est un autre emblème que nous avons
dans l'agneau qui nous rappelle la parfaite soumission, l'absence de
murmure. En effet, l'agneau est toujours employé comme une
figure de Christ, qui resta soumis et souffrit sans se plaindre.
« Il a été amené comme un agneau à
la boucherie, et a été comme une brebis muette devant
ceux qui la tondent; et il n'a pas ouvert sa bouche »
(Es. LIII, 7).
La tourterelle, c'est encore autre chose; c'est
un autre aspect du sacrifice de Jésus. L'idée du
travail ne se retrouve pas, non plus que celle de la soumission
absolue; nous avons plutôt ici l'idée de l'innocence qui
gémit, comme il est écrit: «Nous gémissons
comme les colombes » (Es. LIX, 11; XXXVIII, 14) et encore:
« simples comme des colombes » (Math. X, 16).
Nous avons donc ici quelques-uns des aspects
divers sous lesquels nous pouvons considérer le sacrifice de.
Jésus tel qu'il nous est figuré dans l'holocauste; car
nous pouvons y voir soit son travail, soit sa soumission ou son
innocence. Chacun de ces caractères est également vrai,
également précieux ou agréable à Dieu.
Mais tous ne reproduisent pas également et de la même
manière le caractère distinctif de ce sacrifice
parfait. Dans l'holocauste, comme nous l'avons déjà
dit, nous voyons l'homme accomplissant ce qu'il doit à Dieu.
Mais il ne lui doit pas seulement une vie d'innocence ou de
soumission; c'est aussi une vie de travail, comme nous le rappelle
l'image du boeuf. Cette idée ne se trouve pas dans les autres
images, dans celle de l'agneau ou de la tourterelle.
On demandera peut-être ce que signifie la
chèvre (v. 10) que l'on offrait
quelquefois dans l'holocauste du degré inférieur. Si je
ne me trompe, cet emblème réveille l'idée du
péché, et nous rappelle le sacrifice de Christ comme
bouc émissaire. Mais j'entends ici une objection. On me
demandera comment l'idée du péché peut se
retrouver dans l'holocauste. Je réponds que, s'il y a
différents degrés dans les sacrifices, il y en a aussi
dans la manière de les comprendre et de les saisir. On peut
les comprendre assez pour voir Christ offrant son sacrifice sans en
distinguer les différents aspects. Dans les degrés
inférieurs de tous les sacrifices, leur caractère
distinctif se perd en quelque sorte pour faire place à quelque
idée appartenant à une autre classe (4).
C'est à quoi nous pouvons nous attendre et
c'est généralement le cas chez tous ceux qui n'ont de
Christ qu'une vue restreinte et limitée. Si la mesure
d'intelligence spirituelle n'est pas très grande, on risque
facilement de confondre deux aspects différents du sacrifice
de Christ. On voit l'édifice à si grande distance -
pour reprendre une image déjà employée, - que
l'on aperçoit plus d'un côté à la fois,
quoique on n'en voie aucun très distinctement. C'est ainsi
que, pour un grand nombre, Jésus, considéré
comme holocauste, est à peine différent de Jésus
considéré comme sacrifice pour le péché.
On ne saisit pas les différents aspects de son oeuvre, ou du
moins on les confond l'un avec l'autre.
Telles sont quelques-unes des
différentes classes d'holocaustes; elles correspondent aux
différents degrés d'intelligence spirituelle des
croyants qui saisissent en Jésus les uns plus, les autres
moins; car son sacrifice peut être considéré
comme étant celui du boeuf, de l'agneau, du bouc ou de la
tourterelle. Un petit nombre, je pense, considèrent
Jésus tel qu'Il nous est présenté dans la
première classe, c'est-à-dire comme celui qui travaille
pour les autres avec patience et sans se lasser jamais. L'agneau, le
bouc et la tourterelle sont des emblèmes bien plus familiers.
Le fait est que nous avons besoin nous même d'être
à son service et d'en connaître quelque peu pratiquement
les épreuves pour pouvoir comprendre Christ tel qu'il nous est
présenté dans l'emblème du boeuf.
Cependant cet aspect du sacrifice de Christ,
tel que nous le représente l'holocauste, se trouve abondamment
développé dans les évangiles; et, de fait, l'un
d'eux est entièrement consacré à le
représenter. Dans Marc, Jésus ne nous est pas
présenté ainsi que dans les autres évangiles
comme Fils d'Abraham, comme Fils d'Adam, comme Fils de Dieu. Nous y
voyons plutôt, comme quelqu'un l'a fait remarquer, celui qui
travaille pour les autres avec une patience infatigable. Partout,
dans cet évangile, vous trouverez Jésus comme le
serviteur ayant les reins ceints; toujours à la disposition
des autres pour leur obéir et se dépenser pour eux.
Ainsi quand, après des journées d'un labeur incessant,
Il se retire seul pour prier ou pour se reposer avec ses disciples;
pas plutôt les multitudes viennent auprès de Lui, qu'Il
se lève pour les servir (voir Marc I, 35-38; VI, 30-45, etc.) Il
était tellement occupé de son oeuvre « qu'il
n'avait pas le loisir de manger» (Marc III, 20; VI, 31). Mais il avait une
nourriture que le monde ne connaissait pas: c'était de faire
la volonté de son Père (Jean IV, 31-34). Et comme l'on
voit resplendir la grâce dans tout ce qu'Il fait! Non seulement
Il guérit l'aveugle, mais Il le prend par la main. Non
seulement Il ressuscite une jeune fille morte, mais Il veille encore
à ce qu'on lui donne à manger (Marc VIII, 28).
Seigneur, qu'en nous réjouissant dans
tout ce que tu as fait, nous puissions apprendre à mieux
marcher sur tes traces et à te suivre!
2° Une seconde différence à faire remarquer
c'est que, tandis que, dans le premier degré, il est fait
mention séparément des parties de la victime, dans le
dernier, il n'y a rien de semblable; l'oiseau était
tué, mais non partagé. «Il ne divisera pas la
tourterelle » (v. 17).
Dans le cas du boeuf ou de l'agneau, il est dit
que la victime « est coupée en morceaux ». Les
jambes, la tête, la graisse, les entrailles sont
mentionnées séparément (v. 6. 8. 9). Ces parties
représentent, comme nous l'avons vu, la marche, les
pensées, les sentiments de Jésus. Le premier
degré comprend toutes ces choses que l'on ne retrouve pas dans
le dernier. Ces degrés, ainsi que je l'ai dit, sont
différentes mesures d'intelligence spirituelle. Le saint, bien
avancé dans la connaissance, verra les différentes
parties de la victime, il aura toujours devant les yeux la marche,
les pensées, les affections de Jésus, toutes choses
qu'une fois il ne voyait pas. Tandis que, si Jésus est
imparfaitement saisi, tout ce qui concerne sa marche, ses
pensées et les différentes parties de son oeuvre
passera inaperçu.
Nous voyons encore, à propos de la
première classe des holocaustes, que «le sacrificateur
lavait dans l'eau les jambes et les entrailles » (v.
9). Il n'est rien dit de
semblable au sujet du dernier degré: là les parties ne
sont pas considérées séparément. Quel
enseignement avons-nous à recueillir de cette
différence? Les jambes et les entrailles représentent
la marche et les affections. L'eau, c'est l'Esprit qui agit par le
moyen de la Parole, comme il est écrit: « Christ a
aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle;
afin qu'Il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d'eau,
par sa Parole» (Eph. V, 25. 26). Et encore:
« Sanctifie-les par la vérité, la Parole est la
vérité » (Jean XVII, 17). Christ,
quoique sans tache et sans défaut, était, comme homme,
soumis à la Parole et à l'Esprit de Dieu, par lesquels
il était sanctifié, ainsi qu'Il le dit: « Je me
suis gardé par la parole de tes lèvres »
(Ps. XVII, 4). La loi disait:
« L'homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort
de la bouche de l'Eternel » (Deut. VIII, 3; Luc IV, 4). Et Jésus,
comme homme, l'a bien prouvé; chacun de ses pas, chacun de ses
sentiments manifestaient son obéissance. Mais tout cela est
perdu de vue dans l'offrande de la tourterelle. Là, il n'est
question ni de distinction à faire dans les parties, ni de
lavage d'eau.
3° Une
troisième différence à noter, c'est que, tandis
que dans le premier degré celui qui présentait
l'offrande posait sa main sur la victime (v. 4), dans les autres
degrés il n'est rien dit de semblable. J'ai déjà
rendu mon lecteur attentif à la signification de cet acte qui
identifiait l'offrande avec celui qui la présentait;
identification qui existait dans le premier degré de
l'holocauste, mais non pas dans les autres. Beaucoup voient Christ
offrant un sacrifice pour nous, sans réaliser pleinement que
cette victime qu'Il offrait, c'était lui-même, sa
personne bénie. Voilà ce qu'ils ne comprennent pas,
tout en jouissant des choses précieuses qu'ils trouvent, en
Lui. Il s'est vraiment donné lui-même. C'est
l'idée renfermée dans le premier degré de
l'holocauste, idée qui ne se trouve pas dans les
autres.
4° Une
quatrième différence, intimement liée avec celle
que nous venons de considérer, c'est que, dans la
première classe, celui qui offrait égorgeait
lui-même la victime; tandis que, dans la dernière,
c'était le prêtre qui le faisait. (Comparez v.
5 avec v. 15.) De fait, dans la
dernière classe, c'est le sacrificateur qui fait presque tout.
A peine est-il question de celui qui offre le sacrifice; tandis que,
dans la première classe, c'est précisément le
contraire: il est beaucoup parlé de celui qui offre le
sacrifice, fait dont nous saisirons facilement la signification, si
nous remarquons la distinction qui existe entre le sacrificateur et
celui qui offre le sacrifice. Ce dernier, comme je l'ai
déjà fait observer, nous présente Christ dans sa
personne; tandis que le sacrificateur nous le présente dans
son caractère officiel, comme le médiateur entre Dieu
et l'homme. Quand il y a identité entre celui qui offre le
sacrifice et la victime, c'est lui qui l'immole, c'est-à-dire
que nous voyons Christ donnant librement sa vie, comme il est dit:
« Personne ne me l'ôte, mais moi je la laisse de
moi-même » (Jean X, 18). Mais, quand
cette identité n'est pas ce qui est mis en évidence,
c'est le sacrificateur que nous voyons immoler la victime: la mort de
Christ est alors considérée comme étant l'oeuvre
du Médiateur et en relation avec son caractère
officiel, comme sacrificateur plutôt, qu'elle ne rappelle celui
qui s'offre librement comme victime. Il en est de même pour les
croyants : si leur intelligence spirituelle est bornée, ils ne
voient guère en Christ que son office de Médiateur,
sans bien le connaître lui-même ni sa personne
bénie.
Telles sont les différentes classes de
l'holocauste.
Comme elles sont pleines d'instruction pour le
croyant! Comme elles marquent clairement les différences qui
existent dans la manière d'apprécier l'oeuvre de notre
Seigneur! Quelques-uns - je parle des chrétiens - prennent
leur parti de ne rien savoir de tout cela; et ils
préfèrent qu'on ne leur parle pas de leur ignorance
à cet égard. Ils ne voient qu'une vérité,
celle de l'Agneau pascal, et ils ne désirent pas en savoir
davantage. Ces personnes, qu'elles en aient conscience ou non,
montrent bien qu'elles ne connaissent pas grand'chose du
désert ni du tabernacle, que jusqu'ici elles sont
demeurées en Egypte, où leur position n'est
guère au-dessus de celle des esclaves. Mais, après que,
par la grâce, nous sommes sortis d'Egypte, quand nous avons la
conscience de notre délivrance, et assez d'intelligence
spirituelle pour saisir les différents aspects du sacrifice de
Christ, combien il nous reste encore à apprendre de l'oeuvre
de Jésus! Il y a des enfants aussi bien que des hommes faits
dans le désert, et les enfants peuvent ne savoir que
très peu de chose, tant qu'ils restent tels. Mais, d'un autre
côté, il y a dans le désert des hommes
déjà âgés qui, ensuite de leur
infidélité, sont presque étrangers à tout
l'enseignement que les sacrifices renferment pour nous. Leur
intelligence spirituelle est la mesure de 'leur joie et de leur
force, qui se trouve ainsi bien limitée.
Seigneur, réveille tes saints, afin
qu'en connaissant mieux ce qui concerne Jésus, ils connaissent
aussi mieux leur vocation; et qu'au lieu de se glorifier d'être
des enfants d'Abraham, tandis qu'ils sont esclaves à Babylone
ou en Egypte, ils cherchent, comme enfants d'Abraham, à
marcher sous ton regard, en étrangers, ainsi qu'Il l'a fait
lui-même!
Je termine ici mes remarques sur l'holocauste.
Nous y avons vu Christ comme notre représentant et s'offrant
en sacrifice « pour nous ». C'est pourquoi « comme Il
est, Lui, nous sommes, nous aussi, clans ce monde »
(1 Jean IV, 17); comme Il a
été reçu, nous le sommes nous-mêmes;
« Il nous a rendus agréables dans le Bien-Aimé
» (Eph. 1, 6). Mais, dans
l'holocauste, Jésus se présente aussi à nous
comme notre modèle, nous laissant un modèle afin que
nous suivions ses traces (1 Pierre II, 21). Telle a
été la mesure de son dévouement et de sa
consécration; telle aussi devrait être la
nôtre.
Que le Seigneur donne à son Eglise de
mieux connaître, de mieux comprendre sa vocation, son union
avec Jésus mort et ressuscité, et l'espérance de
sa venue; afin que, tout en se réjouissant à la
pensée que Jésus la représente là-haut,
où Il a été lui préparer une place, elle
puisse chaque jour se tenir plus près de la croix et le
représenter toujours mieux ici-bas. Amen!
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