LA LOI DES SACRIFICES CONSIDÉRÉS COMME TYPES DES DIFFÉRENTS ASPECTS DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST
L'HOLOCAUSTE
(Lévitique I.)
Dans ce qui précède, j'ai
cherché à faire ressortir le caractère
distinctif des types dans quelques-uns des premiers livres de
l'Ancien-Testament. Nous sommes maintenant mieux en état
d'apprécier ce qui distingue les différents types du
Lévitique.
D'une manière générale, on
peut dire que les types du Lévitique nous parlent de l'oeuvre
de Christ par rapport au culte et à la communion. Nous n'avons
pas ici, comme dans la première partie de. l'Exode, le sang
répandu pour le rachat du peuple; mais nous avons une
instruction précise au sujet des sacrifices et du
sacrificateur, pour répondre au besoin du peuple des
rachetés de s'approcher de leur Dieu sauveur. En un mot, au
lieu de voir Christ comme Celui qui nous rachète, nous y
voyons son oeuvre pour les rachetés; ce n'est plus de la
sortie d'Egypte qu'il est question, mais du culte que les
rachetés sont maintenant en état de rendre. C'est
Christ gardant les siens, les maintenant dans une heureuse communion
et les relevant quand ils sont tombés.
Et combien sont variés les aspects sous
lesquels se présente l'oeuvre de Christ
considérée seulement sous ce rapport!
Pour avoir communion avec Dieu, les
rachetés ont besoin de Christ comme offert pour eux en
sacrifice; et c'est ainsi qu'Il nous est présenté
d'abord dans le Lévitique. Mais ils ont aussi besoin de Lui
comme sacrificateur et comme médiateur; c'est là un
autre aspect sous lequel nous le voyons aussi. Nous
considérerons ainsi sous toutes ses faces l'oeuvre que
Jésus accomplit pour maintenir ou rétablir la communion
de ses rachetés.
L'oeuvre de Christ, en rapport avec la
communion des rachetés, peut, et vraiment, si on l'a bien
comprise, elle doit être considérée sous
différents aspects. Nous avons d'abord Christ comme victime
offerte en sacrifice; puis, nous le voyons comme sacrificateur. C'est
avec Christ, considéré sous ces deux aspects, qui sont
en étroite relation l'un avec l'autre, que les rachetés
de Dieu ont surtout affaire. C'est le premier de ces sujets que nous
allons étudier. Christ, considéré comme la
clé pour comprendre les dispensations, ainsi que nous le
voyons dans les types de la Genèse; - Christ comme le
fondement de la rédemption, ainsi que nous le montre le livre
de l'Exode; - Christ que nous retrouvons dans le tabernacle et dans
tous les détails qui s'y rapportent; Christ comme le guide et
le conducteur de son peuple, soit à travers le désert,
soit en Canaan au-delà du Jourdain; - Christ comme roi
rejeté, tandis qu'un autre a usurpé sa place et occupe
son trône; - Christ comme le roi glorieux; - tous ces aspects,
et bien d'autres encore, de l'oeuvre et de la personne de notre
bien-aimé Sauveur, nous les laisserons de côté
pour le moment, nous bornant à ce seul sujet: Christ
considérer plus particulièrement comme se trouvant
réellement en tous les sacrifices, les résumant tous et
nous procurant ainsi la communion avec Dieu.
Quel sujet d'instruction n'y a-t-il pas pour
nous à considérer Christ sous ce simple point de vue!
Il est l'holocauste, l'offrande de gâteau, le sacrifice de
prospérité, le sacrifice pour le péché et
le sacrifice pour le délit (1). En
s'offrant lui-même une fois, Il a véritablement
été tout cela, - relations si précieuses
à notre Dieu que, dans l'ancienne économie, Il voulut
avoir constamment devant lui ce qui les représentait; et si
nécessaire à l'Eglise, que sa joie et sa force en
dépendent. Et cependant, combien de croyants n'en ont aucune
connaissance et ne désirent pas même l'acquérir.
Ils lisent bien dans l'Ecriture qu'Il est le sacrifice pour les
péchés et l'holocauste; mais ces mots
n'éveillent en eux aucune pensée qui corresponde
à la distinction qui est faite ici. Il leur suffit que le sang
ait été répandu sur le poteau de la porte, et
ils n'ont aucun désir d'en savoir davantage sur Celui qui l'a
répandu.
Mais telles ne sont pas les pensées de
Dieu, telles ne sont pas non plus les pensées de ceux qui
connaissent la joie de la communion avec Lui. Ceux-ci vont de force
en force et avancent dans la connaissance de la grâce et de
l'oeuvre de Jésus. Ils l'ont connu comme l'Agneau pascal en
Egypte; ils le voient ensuite accomplissant son oeuvre dans le
tabernacle. Non contents de le connaître dans les
différentes relations présentées par les
sacrifices, ils cherchent maintenant à le voir dans tous ses
offices de sacrificateur. Mais ils vont plus loin encore, ils
désirent trouver en Lui le prophète, la marine, l'eau,
le guide, tout ce qu'Il est enfin. Que le Seigneur nous remplisse
seulement de son Esprit, et alors nous ne pourrons faire autrement
que d'avancer dans la connaissance de Jésus.
Mais il est temps que nous en revenions aux
SACRIFICES.
En abordant ce sujet, je voudrais faire une ou
deux observations générales sur certains points communs
à tous les sacrifices et qu'il est nécessaire de bien
saisir pour avoir l'intelligence du principe servant de base à
leur interprétation. Sans une idée bien précise
sur chacun de ces points, les différents sacrifices ne seront
guère autre chose qu'une répétition dont la
raison nous échappera.
1° Le
premier point qu'il nous importe de noter, c'est celui-ci : dans tous
les sacrifices, trois objets distincts au moins se présentent
à nous: le sacrifice, le sacrificateur et celui qui offre le
sacrifice.
Qu'est-ce donc que le sacrifice? qu'est-ce que
le sacrificateur et qu'est celui qui offre le sacrifice ? Christ est
à la fois le sacrificateur, le sacrifice et celui qui l'offre.
Christ, dans l'oeuvre qu'il accomplit pour l'homme, se
présente à nous dans tant de relations diverses,
qu'aucun type ne peut, à lui seul, les représenter
toutes. C'est ainsi que nous avons différentes classes de
types, et des distinctions à faire dans ces types, et chacune
nous donne une vue particulière de Christ, soit dans son
caractère, dans son oeuvre ou dans sa personne.
Christ, vis-à-vis des hommes
pécheurs, se trouve dans des relations multiples qui
nécessitent de la diversité dans les emblèmes.
Nous le voyons d'abord comme celui qui offre le sacrifice; mais cela
suppose une offrande ou une victime. Et voici, Il est en même
temps lui-même l'offrande ou la victime, celui qui la
présente et le sacrificateur. Comme homme sous la loi, Christ,
notre substitut, a été pour nous devant Dieu comme
celui qui offre le sacrifice. Il a présenté le corps
formé pour Lui comme son offrande pour nous réconcilier
ainsi avec Dieu. Alors, comme l'homme avait complètement
failli et que Dieu ne pouvait pas accepter ses sacrifices ni ses
offrandes, Il a dit: «Me voici, je viens, il est écrit de
moi dans le Livre. Oui, la loi est au-dedans de mes entrailles »
(Hébr. X, 5-9;
Ps. XL, 6-8). Ainsi son
propre corps était son offrande: Il l'offrit volontairement;
et puis, comme sacrificateur, Il a porté le sang dans le lieu
très-saint. Comme offrant le sacrifice, nous le voyons homme
sous la loi, se présentant comme notre substitut pour
accomplir toute justice à notre place. Comme sacrificateur, Il
est pour nous le médiateur, le messager de Dieu entre le ciel
et Israël.
Tandis que, comme offrande, nous le voyons
victime innocente qui répand devant Dieu un parfum
d'agréable odeur, quoiqu'Il porte le péché et
qu'Il meure pour le péché.
Ainsi, dans le même type, celui qui offre
le sacrifice représente Christ dans sa personne comme celui
qui est devenu homme pour répondre à ce que Dieu
demande. L'offrande le représente dans son caractère et
dans son oeuvre comme la victime par laquelle le sceau a
été mis sur l'expiation; tandis que, comme
sacrificateur, Il nous offre en quelque sorte un
troisième
Tandis que, comme offrande, nous le voyons
victime innocente qui répand devant Dieu un parfum
d'agréable odeur, quoiqu'Il porte le péché et
qu'Il meure pour le péché.
Ainsi, dans le même type, celui qui offre
le sacrifice représente Christ dans sa personne comme celui
qui est devenu homme pour répondre à ce que Dieu
demande. L'offrande le représente dans son caractère et
dans son oeuvre comme la victime par laquelle le sceau a
été mis sur l'expiation; tandis que, comme
sacrificateur, Il nous offre en quelque sorte un troisième
portrait de lui-même: nous le voyons dans son office de
médiateur et d'intercesseur. Quand donc nous avons un type
dans lequel prédomine l'idée de l'offrande, c'est que
Christ nous y est surtout représenté comme victime. Si
c'est l'idée de celui qui offre le sacrifice ou du
sacrificateur qui domine, nous devons y voir Christ comme homme ou
comme médiateur.
Il y a, en relation avec ceci, un autre
détail dont il faut bien saisir l'importance pour comprendre
les sacrifices: je veux parler du fait, que celui qui offrait le
sacrifice, posait les mains sur la tête de la victime. Cet acte
en lui-même n'était autre chose que l'expression de
l'identité de celui qui offrait le sacrifice avec la victime
elle-même. Quelle qu'elle fût, l'offrande était
considérée comme représentant celui qui
l'apportait, et celui-ci s'identifiait avec elle. Dans un cas, celui
de l'offrande d'agréable odeur, celui qui l'offrait se
présentait comme un adorateur qui, sur l'autel du Seigneur, se
consacrait entièrement à Lui, pour Lui être un
parfum agréable. Dans le sacrifice pour le péché
et dans celui pour le délit, où l'Israélite
venait comme un pécheur qui fait confession de son
péché, il se livrait à Dieu, se soumettant
à être jugé et chassé dans le
désert comme un être maudit. Nous connaissons Celui qui
a passé par là quand, revêtu du corps qui avait
été formé pour Lui, « Il s'est donné
lui-même. »
2° Je
voudrais encore attirer votre attention sur les différences
qui existent entre les divers sacrifices.
Ces différences ne sont pas de peu
d'importance. Elles nous révèlent le caractère
particulier de chaque sacrifice. Si nous ne comprenons pas ces
différences ou si nous les comprenons mal, tout le sujet sera
nécessairement enveloppé pour nous de beaucoup
d'obscurité. Quant aux différences, il y a donc d'abord
les divers sacrifices, comme l'holocauste, l'offrande de
gâteau, le sacrifice de prospérité, etc.; et, en
second lieu, il y a différents degrés dans le
même sacrifice, comme l'holocauste du gros bétail, celui
du menu bétail, celui des oiseaux; le sacrifice de
prospérité du gros ou du menu bétail, etc. La
question se pose maintenant - en réalité ce n'est pas
une question: - ces distinctions ont-elles une signification qui leur
corresponde? Tous les chrétiens sont d'accord que, dans leurs
grandes lignes, toutes les ordonnances typiques représentent
Jésus; mais quelques-uns se demandent si nous sommes vraiment
autorisés à Le chercher dans chaque petit
détail.
Tout ce que l'imagination a pu inventer sur ce
sujet est un avertissement bien propre à nous mettre sur nos
gardes; mais voici simplement ce que je réponds aux craintes
qui pourraient se manifester : Les détails, comme toute
l'Ecriture, ne sont-ils pas écrits pour notre instruction ; et
pourraient-ils l'être, si les mots sont sans portée,
s'ils ne signifient rien pour nous? Non, sans doute. Cette
représentation que Dieu a donnée de l'oeuvre de son
Fils bien-aimé supportera d'être
considérée de près aussi bien que ses autres
oeuvres. Là où chaque détail est destiné
à peindre la plénitude de Christ, chaque petite
différence a sa raison d'être. Les paroles de Dieu ne
sont pas ici plus qu'ailleurs de vaines paroles. C'est le
défaut d'intelligence spirituelle qui rend ces choses si
mystérieuses pour nous. L'ombre est sans doute toujours moins
claire que le corps; mais, toute ombre répond à un
corps, et mieux on connaît le corps et la
réalité, plus vite on reconnaîtra son ombre.
Quand l'ombre de la terre passe sur une autre planète, l'oeil
exercé reconnaît aussitôt, en la voyant, la forme
et les proportions du globe que nous habitons; ainsi une des ces
ombres, que jette l'oeuvre accomplie par Jésus, le
révèle aux siens, Lui et son oeuvre, et cela d'une
telle manière qu'ils en sont ravis autant
qu'étonnés.
La vraie raison des difficultés que nous
offrent les types, c'est que nous ne connaissons pas assez la
réalité; il en résulte que ce qui la
représente nous est inintelligible ou à peu
près. Oh! si nous connaissions mieux Christ, si, en la
présence de Dieu, nous savions le voir dans toutes ses
relations, les choses que Dieu a jugées dignes d'occuper une
place dans sa Parole, comme représentant ce qui petit se voir
en Jésus, trouveraient une place correspondante dans notre
intelligence, parce que chacune répondrait à notre
expérience.
Mais j'en viens à ces
différences. Elles ont pour but., je n'en doute pas, de
représenter les différents aspects du sacrifice de
Christ. Je ne suis pas sûr que mes arguments soient
véritablement compris de ceux qui sont comparativement
étrangers à ces questions; car, ici comme ailleurs, il
faut un certain développement spirituel, avant de pouvoir
apprécier la valeur des preuves qui seront données.
Dans ce domaine, comme dans d'autres de la même nature, il est
plus difficile de prouver un fait que de le montrer; le fait
lui-même sera toujours plus évident que la preuve. Ce
sera sans doute le cas ici. Je vais néanmoins, tout en
considérant le fait comme admis, en exposer brièvement
les preuves.
Pour le faire, il faut que je revienne sur ce
qui a été déjà dit au sujet de l'offrande
et de celui qui la présente. Nous avons vu que celui qui offre
le sacrifice, c'est Christ, qui, comme homme, s'est soumis à
la loi pour accomplir toute justice. Nous avons vu aussi que
l'offrande représente son corps, et qu'en mettant les mains
sur la victime, celui qui l'offrait s'identifiait avec elle. Or, dans
ces types, l'offrande et celui qui la présente s'offrent
à nous dans des circonstances très différentes.
Nous voyons le fidèle Israélite sous divers aspects,
selon lesquels change aussi le caractère de l'offrande; comme
un pécheur, lavé de son péché, offrant un
sacrifice d'agréable odeur, ou bien comme un homme convaincu
de péché et offrant un sacrifice d'expiation.
Le sacrifice de Christ, que toutes ces ombres
préfigurent, était unique, sans doute; il ne fut offert
qu'une fois; mais les ombres varient dans leur forme et leur contour,
selon le point de vue et la lumière où l'on se place
pour les considérer. En d'autres termes, ce sacrifice unique
avait différents aspects, pour chacun desquels il fallait un
tableau particulier. Si la plénitude de Christ et les
relations dans lesquelles Il se présente avaient
été moins variées, quelques emblèmes
seulement auraient suffi pour les représenter; mais comme ces
relations sont nombreuses et que chacune doit être comprise
d'une manière différente, aucun emblème, quelque
parfait qu'il soit, ne pouvait suffire à les
représenter toutes. Ce sont des relations différentes,
suivant que nous considérons Christ comme sacrificateur, comme
la victime ou comme celui qui l'offre ; et pour chacune il fallait un
emblème spécial. Mais, dans ces relations, on remarque
des différences, pour chacune desquelles il faut aussi un
tableau particulier. Ainsi, quand nous voyons le sacrificateur
intercédant auprès de Dieu, touchant le lépreux
avec le sang, ou portant le sang dans le lieu très-saint,
c'est Christ qui est représenté dans ses diverses
relations. Il est clair que l'emblème, qui convient dans un
cas, ne saurait absolument pas convenir dans l'autre. Mais Dieu a
voulu qu'on pût le voir dans toutes les relations. Il en
résulte que les types sont nombreux et variés.
Quant aux différentes classes de
sacrifices, je conclus donc que ce ne sont que différents
aspects de l'oeuvre et de la personne de Christ. Mais il peut y avoir
différents degrés dans la manière dont on saisit
tel ou tel aspect de l'oeuvre de Christ, selon la mesure
d'intelligence spirituelle que l'on possède. La même
relation, le même acte dans cette relation, peuvent ainsi
être saisis différemment. Par exemple, le taureau,
l'agneau constituent tout autant de degrés différents
du sacrifice. Et chacun de ces degrés nous donne une
pensée différente quant à la valeur et au
caractère du même sacrifice. L'un voit en Christ le
sacrifice du taureau, c'est le plus précieux; un autre n'y
voit que le sacrifice d'une tourterelle. Dans tous les degrés,
dans le plus bas comme dans le plus élevé, la victime
doit être sans défaut et sans tache; et l'offrande est
pleinement suffisante pour répondre à toutes les
exigences ; mais sa valeur diffère selon les ressources de
celui qui la présente.
J'en conclus donc que, comme les
différents sacrifices nous donnent différents aspects
ou relations du sacrifice unique de Christ, ainsi les
différents degrés du même sacrifice nous donnent
différentes manières de saisir cet aspect.
Pour illustrer ce que je viens de dire, je me
servirai d'une comparaison. Dans une maison, vous pouvez
considérer la face du nord, celle du sud, celle de l'orient et
celle de l'occident. Voilà ce qui correspond aux
différents sacrifices: l'holocauste, l'offrande de
gâteau, etc. Mais on peut voir la même face de trois ou
quatre manières différentes, suivant la lumière,
suivant la distance où l'on se place, etc. Ce seraient
là différents degrés dans la manière de
saisir le même sacrifice.
L'analogie que nous présentent d'autres
parties de l'Ecriture justifie cette interprétation; car,
comme nous l'avons vu, les différents livres,
considérés typiquement, nous donnent différentes
manières de voir et de saisir .cette oeuvre parfaite à
laquelle toute l'Ecriture rend témoignage. Un livre donne
l'expérience de l'Egypte, un autre celle du désert, un
autre celle de Canaan. Mais tous ne saisiront pas également
ces choses; car notre expérience reste toujours bien en
dessous de la réalité; et la réalité peut
être saisie à des degrés bien différents.
L'expérience chrétienne, comme je l'ai
déjà fait observer, dépend de la manière
dont nous nous approprions ce que nous avons déjà
reconnu comme étant vrai pour nous en Jésus, ainsi que
du degré de cette appropriation. Ce degré peut varier,
quoique l'objet de notre foi reste le même. Ainsi, tel
chrétien, qui n'a qu'une connaissance limitée de sa
position en Jésus, se voit encore dans la maison de servitude,
mais là, abrité derrière la porte marquée
de sang, il attend, les reins ceints, le départ de l'Egypte
(1 Pierre I, 13; Exode XII, 11). Un autre ira
plus loin: sa foi le transportera dans le désert; il sait que
Pharaon est jugé (Jean XII, 31), et que la Mer
Rouge est derrière lui. Un troisième va plus loin
encore: il est entré en Canaan, il sait qu'il a franchi le
Jourdain (Eph. II, 6). En un mot, l'un
est dans l'Exode, un autre dans les Nombres et le troisième
dans Josué. Mais, au fond, quoique différemment saisie,
c'est la même réalité. le salut par le sang de
Jésus. Toute la différence vient de la manière
dont nous la saisissons, et c'est cette différence qui
caractérise ces livres considérés typiquement.
Les types que nous avons de l'oeuvre de Christ reproduisent ces
différences. Les différents sacrifices nous donnent les
différents aspects du sien propre; et les différents
degrés dans le même sacrifice, les différentes
manières de saisir cet aspect.
Le fait est que l'oeuvre de Christ est si
diverse, elle a tant d'aspects différents, et chacun de ces
aspects peut être saisi de tant de manières, suivant le
degré de lumière dont jouit le croyant, qu'un seul
type, quoique complet en lui-même, ne peut jamais la
décrire ou la représenter parfaitement. C'est ce que
nous voyons certainement dans les évangiles pour ce qui
concerne la personne du Seigneur. Un seul évangile ne nous
révèle pas toutes les gloires de sa personne; le sujet
demande à être présenté de quatre
manières différentes. Les évangiles ne sont pas
de simples récits qui s'ajoutent les uns aux autres pour
représenter Christ considéré sous le même
point de vue. Chacun présente de Lui un aspect
différent, non point de son oeuvre pour le salut - cela nous
l'avons dans les épîtres, - mais de Lui-même, de
son caractère qui est la perfection, de sa personne
bénie.
Je ne veux pas entrer ici dans les distinctions
à faire entre les évangiles, quoiqu'il n'y ait
guère de sujet plus riche en instruction que celui-là.
Je ne mentionne le fait que pour illustrer ma pensée et pour
montrer comment il faut entendre la Parole. Pour ne prendre que ces
deux évangiles, voyez comme, dans Luc et dans Jean,
Jésus nous apparaît sous des aspects différents.
Luc le présente comme le fils d'Adam, Jean comme le fils de
Dieu. En conséquence, nous avons dans le premier sa
généalogie, sa conception dans le sein de Marie, sa
naissance à Bethléem; nous le voyons croissant en
sagesse et en stature, soumis à ses parents; nous voyons son
baptême, sa tentation dans le désert, l'onction qu'Il
reçut du St-Esprit. Dans Jean, nous n'avons pas un mot de tout
cela, mais seulement cette déclaration : « La Parole
était avec Dieu et cette Parole était Dieu. » Sans
parler du ton général et de l'ensemble des deux
écrits, prenez un des événements racontés
par l'un et par l'autre, et voyez. combien le récit est en
harmonie avec le caractère distinctif de ces évangiles.
Prenez, par exemple, la scène qui nous
est si familière de l'agonie en Gethsémané. Dans
Luc XXII, 42, nous voyons
Jésus, le Fils d'Adam, semblable à nous en toutes
choses, sauf le péché, et tenté comme nous le
sommes, disant: «Mon Père, si tu voulais éloigner
cette coupe de moi. » Un ange lui apparaît pour le
fortifier. Dans son agonie, Il prie plus instamment. Il semble
chercher de la sympathie auprès de ses disciples; sa sueur
tombe jusqu'à terre en grumeaux de sang. Maintenant, lisez
dans Jean la même scène (ch. XVIII) et remarquez le
contraste. Pas un mot de sa prière pendant son agonie; pas un
mot sur l'ange qui vient pour le fortifier; rien sur sa sueur de
sang; rien sur la sympathie qu'Il semble rechercher auprès de
ses disciples. C'est bien vraiment comme la Parole faite chair que
nous le voyons. Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver,
se présente et dit: « Qui cherchez-vous ? Aussitôt
qu'Il leur eut dit: C'est moi, ils reculèrent et
tombèrent en arrière. » Au lieu de la faiblesse et
de l'agonie, c'est ici la puissance, qui terrifie ses adversaires. Il
n'est pas présenté comme cherchant de la sympathie
auprès de ses disciples, mais bien plutôt comme Celui
qui a la puissance de les protéger. « Si donc c'est moi
que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » C'était afin
que cette parole qu'Il avait dite fût accomplie: «Je n'ai
perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. »
Mais tout cela échappe à beaucoup
de chrétiens. Comme pour Israël en Egypte, la seule
vérité qui leur importe, c'est la rédemption. A
peine voient-ils des distinctions à faire dans l'oeuvre ou les
offices de Jésus. Encore moins en voient-ils dans son
caractère ou sa personne. Mais, parmi ceux qui comprennent ces
choses, que de différences encore dans leur intelligence
spirituelle! Ce sont ces distinctions, je n'en doute pas, qui nous
sont présentées dans les différents
sacrifices.
Mais venons-en enfin à l'holocauste.
Voyons d'abord en quoi il diffère des autres sacrifices; puis
nous en considérerons les différentes classes.
I. A propos de cette question : EN QUOI
L'HOLOCAUSTE DIFFÈRE-T-IL DES AUTRES SACRIFICES?
il y a au moins quatre points à
noter:
1°
C'était un sacrifice d'agréable odeur, «
d'agréable odeur à l'Eternel» (Lévit. I, 9.
13. 17). J'ai déjà
rendu le lecteur attentif à la différence qui existe
entre les sacrifices; j'ai dit qu'ils se divisaient en deux grandes
classes distinctes: d'abord les sacrifices d'agréable odeur,
qui étaient tous, comme nous le verrons, des sacrifices de
propitiation, et, en second lieu, des sacrifices qui n'étaient
pas d'agréable odeur et qui étaient nécessaires
pour expier le péché. Ceux de la première
classe, les sacrifices d'agréable odeur - comprenant
l'holocauste, l'offrande de gâteau et le sacrifice de
prospérité (Lévit. I;
II; III - étaient offerts
sur l'autel d'airain qui était dans le parvis. Ceux de la
seconde classe - le sacrifice pour le péché et le
sacrifice pour le délit (IV; V; VI) - n'étaient pas
consumés sur l'autel; quelques-uns étaient
brûlés sur la terre, hors du camp; d'autres servaient de
nourriture au sacrificateur après que le sang avait
été répandu en expiation du péché.
Dans la première classe, il n'est pas du tout question du
péché: on ne voit que le fidèle Israélite
qui offre à Jéhova un sacrifice d'agréable
odeur. Dans les sacrifices pour le péché, c'est le
contraire, car l'offrande est chargée du péché
de celui qui la présente. Dans les sacrifices de la
première classe - l'holocauste, l'offrande de gâteau, le
sacrifice de prospérité, - celui qui les offrait se
présentait comme un adorateur en communion avec Dieu. Dans la
seconde - les sacrifices pour le péché et pour le
délit, - l'Israélite venait comme un pécheur qui
méritait d'être puni pour son péché et
pour son délit.
Dans les deux cas, la victime devait être
absolument sans défaut; cette condition était de
rigueur, qu'il s'agît du sacrifice pour le péché
ou de l'holocauste. Mais, dans l'un, celui qui offre le sacrifice
nous apparaît comme un homme parfaitement agréé;
son sacrifice est pour lui l'épreuve du feu, car Dieu veut la
sainteté chez les siens. Et tout monte devant Jéhova
comme une offrande d'odeur agréable. Dans l'autre, celui qui
offre le sacrifice apparaît comme un pécheur qui
mérite la peine due à ses péchés.
L'holocauste appartenait aux sacrifices de la
première classe, ceux d'agréable odeur; comme tels, ils
étaient en parfait contraste avec les sacrifices pour le
péché. Ils ne nous présentent donc pas Christ
comme celui qui porte le péché, mais comme l'homme
parfait répondant à la sainteté de Dieu. La
pensée ici n'est pas: « Dieu l'a fait péché
pour nous » (2 Cor. V, 21), mais
plutôt: «Il nous a aimés et s'est livré
lui-même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu,
en parfum de bonne odeur» (Eph. V, 2). Jésus
(béni soit son nom!) soit dans l'holocauste, soit dans le
sacrifice pour le péché, a été notre
représentant. Quand Il obéissait, c'était pour
nous qu'Il le faisait; quand Il souffrait, c'était pour nous
aussi. Mais, dans l'holocauste, Il est pour nous non pas comme celui
qui a porté nos péchés, mais comme un homme qui
offre à Dieu quelque chose qui lui est infiniment
précieux. Nous avons ici ce que nous chercherions en vain
ailleurs: l'homme offrant à Dieu ce qui vraiment peut le
satisfaire. La pensée n'est pas que le péché a
été jugé et que l'homme a supporté le
jugement dans la personne de Christ; ce serait là
l'idée du sacrifice pour le péché.
Mais l'holocauste nous montre l'homme se
présentant pour offrir à Dieu un sacrifice qui est pour
Lui comme un parfum agréable et qui le sera à
toujours.
Avec l'expérience que nous avons de ce
qu'est l'homme, comment pourra-t-il jamais, nous demanderons-nous,
accomplir parfaitement ce qu'Il doit à Dieu ? Mais c'est en
Christ que l'homme l'a fait; c'est en Christ qu'il a offert un parfum
agréable au Seigneur.
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