Parabole du grain de
moutarde
versets
31-32.
Le royaume
de Dieu est semblable à un grain de moutarde
qu'un homme a pris et semé dans son champ.
C'est la plus petite de toutes les semences; mais
quand elle a poussé, elle est plus grande
que les légumes et devient un arbre, de
sorte que les oiseaux du ciel ,viennent habiter
dans ses branches.
Matthieu 13: 31-32.
Cette parabole est la
première qui ne soit pas
interprétée par le Maître; il
faut ainsi apporter une attention toute
particulière pour observer avec soin les
trois principes indiqués au début de
notre étude. Par exemple, il ne faudra pas
nous laisser influencer par l'interprétation
populaire de cette parabole qui fait du grain de
moutarde, qui produit un arbre, le symbole du
développement grandiose et satisfaisant de
la chrétienté qui finit par
étendre ses branches bénies sur le
monde entier. Le fait que la majorité
interprète un passage des Ecritures de cette
manière n'est pas nécessairement la
garantie d'une interprétation juste. Il faut
aussi se souvenir qu'une parabole ne peut pas
être en désaccord avec une autre, ni
l'enseignement d'une de ses paraboles avec aucun
passage biblique. Dieu étant le seul auteur
de la Bible, il ne peut y avoir dans ses pages
sacrées aucune contradiction. Dans
l'évangile de Matthieu où nous
trouvons notre texte, il nous est parlé de
la disparition de la foi, vers la fin de notre
économie chrétienne. Cette
déclaration est
réitérée à travers les
Epîtres sous des formes diverses, ainsi que
la décadence morale et spirituelle de notre
époque (voir 2 Thess. 2 : 1-12; 1 Tim. 4 : 1-2; 2 Tim. 3 : 1-5; 2 Tim. 4: 3-4 etc.). Nous devons ainsi, en
étudiant cette parabole, nous mettre en
garde contre des idées
préconçues que nous pourrions avoir
reçues par l'interprétation
populaire. Ne perdons pas non plus de vue le fait
que les figures employées dans une parabole
gardent leur même signification dans les
autres où elles sont
utilisées.
La plupart des figures
mentionnées dans cette parabole nous sont
familières. La semence, le Seigneur en fait
les vies humaines dans lesquelles la Parole a
été réalisée. Dans la
spécification de cette semence, «le
grain de moutarde», nous avons l'image de la
collectivité de ces vies. Le Semeur,
d'après l'interprétation du
Maître, c'est Lui-même, le Fils de Dieu
(v. 37). Le
champ, c'est le monde (v. 38). Les
oiseaux que nous avons déjà vus dans
la première parabole, ainsi que le
Maître les montre au verset 19,
symbolisent le malin.
Cette parabole nous place en
face d'un étrange tableau, dans lequel on
voit une chose qui nous paraît absolument
anormale, une chose qui est contre nature, qui a
pris des proportions imprévues.
La moutarde est une plante
très connue en Palestine. Ce n'est pas un
arbre, ni même un arbrisseau, mais un simple
légumier. Il arrive cependant que l'on
trouve dans certains endroits des plantes sauvages
qui atteignent jusqu'à un mètre et
même un mètre et demi de hauteur.
Quelle leçon devons-nous tirer de
cela?
La première est que
nous trouvons dans notre époque un
développement anormal des principes du
royaume. Le développement naturel,
prévu et voulu de Dieu pour le
développement de son oeuvre, est
suggéré par la semence du grain de
moutarde, qui est l'image de la modestie, de
l'humilité, de ce qui est discret, conforme
à sa nature. Mais voici que ce grain de
moutarde, emblème de l'effacement, est
devenu un grand arbre, symbole de la fierté,
de l'autorité et de la domination. Tendance
qui se manifesta déjà parmi les
disciples. «Un jour, nous est-il dit, ils
s'approchèrent du Maître et lui
demandèrent: Qui sera le plus grand dans le
Royaume des cieux? - Il s'éleva aussi parmi
les apôtres une contestation: lequel d'entre
eux devait être estimé le plus grand?
Jésus leur dit: Les rois des nations les
maîtrisent, et ceux qui les dominent sont
appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de
même parmi vous. Mais que le plus grand
d'entre vous soit comme le plus petit, et celui qui
gouverne comme celui qui sert» (Luc 22: 24).
Plus tard, nous voyons
l'empereur Constantin épouser la religion
chrétienne, non par une conviction profonde
de son état de péché, mais par
simple intérêt personnel. Il vit par
cet acte de sa part un moyen puissant de consolider
son empire. L'admission de cet inconverti dans
l'assemblée des chrétiens ne put se
faire que par un sacrifice des principes
fondamentaux. L'Eglise, qui jusqu'alors vivait dans
le creuset de l'épreuve, passant d'une
persécution à une autre
persécution, se vit soudainement
délivrée de ses terreurs et
introduite victorieusement dans les faveurs
impériales d'où naquit, pour :elle,
tout à la foi un immense
développement numérique, comme une
grande aisance matérielle, au
détriment indiscutable de sa vie
spirituelle.
En rapport avec ce fait, un
commentateur disait: «Le grain de moutarde qui
a été planté en Juda a fourni
une faible plante qui, soudainement, s'est
développée en un arbre immense par la
conversion de Constantin». Cette
déclaration est parfaitement juste. Il reste
à savoir si ce développement a
été pour le bien ou le mal de la
chrétienté, si cela a aidé ou
entravé son oeuvre. Nous croyons fermement,
comme nous l'avons déjà dit plus
haut, que rien n'a entravé les principes du
Royaume dans le monde, autant que la conversion au
christianisme de l'empereur Constantin. A la suite
de cette conversion, une atmosphère a
été créée qui a
favorisé le développement de la
doctrine de Balaam qui consiste dans
l'encouragement de l'union du peuple de Dieu avec
le monde. Cette union établie, les
restrictions divines n'avaient plus leur raison
d'être, comme les paroles de l'apôtre
saint Jean qui exhorte les chrétiens
à ne point aimer le monde, ni les choses qui
sont dans le monde... La convoitise de la chair, la
convoitise des yeux et l'orgueil de la vie, perdent
tout leur sens. Seules les paroles de
l'Ecclésiaste demeurent lorsqu'il dit:
«Jeune homme, réjouis-toi dans ta
jeunesse, livre ton coeur à la joie pendant
les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de
ton coeur et selon les regards de tes yeux».
Sous un tel enseignement, le miracle du grain de
moutarde ne peut que se produire. La petite et
modeste plante est devenue un grand arbre qui
étend ses multiples branches sur une grande
partie du monde. Mais, encore une fois, y a-t-il
là de quoi se réjouir? Certainement,
si ce développement était normal,
scripturaire, conforme à la volonté
de Dieu; mais ce n'est pas le cas puisque ce
développement est le résultat d'une
mésalliance catastrophique. Par elle, toute
la vie de l'Eglise est desséchée et
en danger de mort. Un bateau est construit pour
aller sur l'eau; mais malheur si l'eau sur laquelle
il doit voguer pénètre dans sa cale.
Ainsi en est-il pour l'oeuvre de Dieu. Quand
celle-ci se laisse envahir par le monde, elle perd
la vision de son Maître et marche à sa
propre ruine. Notre chrétienté est
sur le point de sombrer par suite de sa
mésalliance avec le monde.
La papauté
caractérise également d'une
manière particulière ce
développement anti-scripturaire. Son grand
souci à travers les siècles a
été et est encore de dominer les
nations. C'est la réalisation magistrale de
la doctrine des Nicolaïtes qui avait pour but,
l'établissement d'une classe de
privilégiés au-dessus de leurs
frères comme nous le fait comprendre le mot
« Nicolaos ». « Nikao » veut
dire dans notre langue « dominer » et
« Laos » laïque, peuple. Pour mieux
dominer le peuple, l'église d'alors
transforma par l'ingéniosité
diabolique du clergé déchu, la
méthode d'introduire les âmes dans le
giron de l'église.
Dans l'Eglise primitive, les
âmes n'étaient ajoutées dans
son sein qu'après avoir pris pleinement
connaissance de leur état de
péché et avoir passé par une
repentance sincère, suivie par un acte de
foi, par lequel elles saisissaient le don de Dieu.
Leur conversion était bien établie,
elles étaient baptisées, et ensuite
admises dans l'assemblée des
rachetés, alors que maintenant et depuis de
nombreux siècles déjà, les
âmes y sont introduites en série, sous
le seul signe de quelques gouttes d'eau, suivi plus
tard d'une confirmation de cet acte, qui
s'accomplit à une date fixée
d'avance, comme si les sentiments du coeur
étaient dictés par le
calendrier.
La manière dont le
baptême est exécuté dans
l'Eglise catholique, et hélas! dans beaucoup
d'églises protestantes, est une illustration
de ce développement anormal des choses de
Dieu, symbolisé par le grain de moutarde.
L'Ecriture précise que nous devons croire
avant d'être baptisés (Actes 2 : 38, 41, etc., etc.) car le baptême est
comme une déclaration publique, que nous
avons reconnu notre état de
péché, que nous avons accepté
le don de Dieu, par lequel nous sommes
sauvés, et que nous reconnaissons que nous
sommes, par la foi, morts et ressuscités
avec Christ, Un enfant dans les langes, peut-il
comprendre ces choses? Cette déformation de
la Parole de Dieu est plus grave que nous ne le
réalisons au premier abord. Elle jette notre
jeunesse dans une fausse sécurité.
Ayant été baptisés dans notre
enfance, nous nous réclamons du titre de
chrétiens sans avoir passé par la
nouvelle naissance.
Il n'est pas surprenant que
nos maisons de débauche, nos prisons, nos
asiles d'aliénés soient remplis de
gens baptisés.
Notre
chrétienté tout entière
n'a-t-elle pas pris un développement
contraire à la volonté de Dieu?
N'est-elle pas sortie des limites qui lui
étaient assignées, et, dans ce
développement anormal, n'a-t-elle pas perdu
sa force? L'heure tragique que nous traversons
n'est-elle pas une triste manifestation de son
impuissance? Pourquoi cette impuissance? Jamais
l'Eglise n'a été aussi bien
organisée, ses branches d'activité
sont multiples, elles se répandent dans
toutes les directions. Oui, mais derrière
cette grande activité, il y a un mal fort
grave, celui de la perte du premier amour pour le
Roi des rois. C'est-à-dire que cet
élément de pureté, de
simplicité, d'humilité, cet amour
ardent, dépourvu d'égoïsme,
plein d'enthousiasme et d'esprit de sacrifice pour
le Maître, n'est plus. Nous avons suivi
Marthe plutôt que Marie. Nous sommes plus
attachés à nos oeuvres qu'à
Jésus-Christ, et le Maître est sur le
point de nous dire ce qu'Il disait à
l'Eglise de Laodicée: «Je connais tes
oeuvres, je sais que tu n'es ni froid ni bouillant.
Puisses-tu être froid ou bouillant. Ainsi,
parce que tu es tiède, et que tu n'es ni
froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.
Parce que tu dis: Je suis riche, je me suis
enrichi, et je n'ai besoin de rien, et parce que tu
ne sais pas que tu es malheureux, pauvre, aveugle
et nu, je te conseille d'acheter de moi de l'or
éprouvé par le feu, afin que tu
deviennes riche, et des vêtements blancs afin
que tu sois vêtu et que la honte de ta
nudité ne paraisse pas, et un collyre pour
oindre tes yeux, afin que tu voies»
(Apoc. 3: 17-18).
Dans les branches de l'arbre
viennent habiter les oiseaux du ciel, symbole du
malin (v. 19) qui
vient s'installer dans les multiples branches de la
chrétienté pour jeter à
pleines mains, du haut de nombreuses chaires, le
poison du modernisme, du rationalisme et de
l'apostasie, ainsi que le Maître l'a
prophétisé.
Christ n'était pas
rempli d'illusions lorsqu'Il vint dans ce monde
comme Rédempteur. Il nous montre par la
première parabole étudiée,
l'opposition qu'Il. rencontre dans ce monde pour
les choses qui appartiennent à sa paix,
ainsi que, là où la Parole est
reçue, elle ne produit pas partout une
consécration entière. Par la
deuxième parabole Il nous
révèle la présence de Satan
qui vient empoisonner la partie du champ qui a
répondu favorablement à la semence et
enfin, dans cette troisième parabole, que
nous considérons en ce moment, Il nous fait
entrevoir une aggravation de la situation par un
développement anormal de l'oeuvre qu'Il. a
établie, et qui, au lieu de rester dans les
limites naturelles de sa vocation, dépasse
ces limites pour s'associer avec le monde quelle
est appelée à conduire à la
vérité, se contentant de
prêcher un évangile social, pour
l'amélioration de la société,
comme si c'était là la mission que
Dieu lui avait confiée. Triste aveuglement
que celui qui ne voit pas la ruine complète
de la société humaine, et qui croit
encore qu'un peu du vernis de la civilisation peut
la réhabiliter devant Dieu.
Quelle attitude devons-nous
prendre devant un si triste tableau? Lâcher
la cognée et nous écrier: à
quoi bon? Non, mille fois non. Si Dieu, dans sa
prescience, a vu tout cela, et beaucoup plus, et
que, malgré ces faits, Il a entrepris cette
oeuvre pour le salut de notre race, c'est qu'Il a
vu qu'au sein de tout cela, il y aurait des
âmes qui écouteraient sa voix, qui se
tourneraient vers Lui, qui se soumettraient
à sa volonté, qui obéiraient
à sa Parole, et avec lesquelles Il
réaliserait son Royaume sur la terre.
Les eaux boueuses du
péché nous entourent, la marée
de l'incrédulité nous menace,
l'horizon est surchargé de
ténèbres, l'orage gronde de toute
part. Mais Celui qui nous a appelés est
fidèle. Il ne permettra pas que rien ne nous
arrive qui soit au delà des forces qu'Il
nous communiquera.