La justice
véritable
Tout au long de ma vie chrétienne,
beaucoup d'âmes anxieuses m'ont souvent demandé :
"Quelles sont les opérations mentales intelligentes que Dieu
demande de moi ?" Confronté aux commandements de Dieu, il m'a
semblé indispensable d'interroger ma conscience pour obtenir
une réponse satisfaisante à cette question. J'y suis
parvenu. Avec l'aide de Dieu, j'ai aidé beaucoup d'autres
à y parvenir aussi. Je veux donc me faire bien comprendre.
Qu'est-ce que je veux dire quand je parle de 'Justice
véritable ?" Je veux dire qu'il s'agit de la justice que l'on
atteint quand on a effectué un certain nombre
d'opérations mentales intelligentes. Je développerai
mon argumentation dans l'ordre suivant, en montrant
1. Ce que la justice n'est pas.
2. Ce qu'est la justice.
3. Comment savoir ce qu'est la justice.
4. Comment un pécheur peut obtenir cette
justice.
1. Ce que la justice n'est pas.
A. La justice n'est pas un acte visible,
extérieur, accompli par notre corps physique. Ces actes
appartiennent au domaine des causes et des effets. Ils sont produits
par une décision de notre volonté et ne comportent
aucun caractère moral en eux-mêmes.
B. La justice n'est pas le résultat
d'une décision de notre volonté. Une décision de
la volonté implique un choix et une intention. Elle est le
moyen d'atteindre un objectif. Elle cherche à contrôler
l'attention de notre intelligence, l'état de notre
sensibilité, ou les mouvements de notre corps. Une
décision de la volonté est à la fois un effet et
une cause. Elle est l'effet d'un choix et d'une intention
préalables. Elle est aussi la cause d'une action de notre
corps, ou de changements ultérieurs dans notre intellect ou
notre sensibilité. Vouloir, c'est faire. Tout ce que nous
faisons, nous le faisons par une décision de notre
volonté. Mais une décision volontaire, en
elle-même, ne constitue pas un acte libre, parce qu'elle est
causée par quelque chose d'autre. Elle n'a donc aucun
caractère moral en soi. Il faut remonter à la cause
première qui a motivé la décision, pour juger de
son caractère moral.
C. La justice ne consiste pas à faire un
choix secondaire. Quand je choisis un but ultime et suprême, je
ne suis motivé que par ce but, et par rien d'autre. Je ne le
choisis pas pour obtenir autre chose, mais parce que c'est ce but qui
m'intéresse, et lui seul. C'est ce que j'appelle un choix
ultime. Je peux faire d'autres choix pour m'aider à atteindre
ce choix ultime. Ces autres choix ne seront que des choix
secondaires, qui appartiennent au domaine des causes et des effets.
Ils ne sont faits que parce qu'il existe un choix ultime. Ces choix
secondaires ne sont donc pas réellement libres, parce qu'ils
sont causes par un choix ultime dont ils dépendent. C'est en
cela qu'ils n'ont aucun caractère moral en soi, parce qu'ils
découlent de la cause première, ou du choix
ultime.
D. La justice n'est pas une émotion, ni
un état de la sensibilité. Par sensibilité, je
veux parler des sentiments, des désirs, des peines et des
joies. Tous les états de la sensibilité sont
involontaires. Ils appartiennent au domaine des causes et des effets.
La volonté ne peut pas les contrôler directement, ni
parfois indirectement, et nous pouvons nous en rendre compte. Puisque
ces états de la sensibilité sont provoqués par
une cause, ils ne sont pas libres. Ils ne peuvent avoir aucun
caractère moral en soi, tout comme nos pensées, nos
décisions de la volonté, et nos choix secondaires,
quand ils découlent d'une cause ultime.
2. Ce qu'est la justice.
La justice est la rectitude morale, la droiture
morale, et la conformité à la loi morale de Dieu. Mais
quelle opération mentale intelligence exige de nous la loi de
Dieu ? La loi est une règle d'action. La loi morale exige une
action, une action intelligente, responsable, et donc libre. Quelle
forme particulière d'action exige donc la loi morale ?
Une action libre est une certaine forme
d'action de la volonté. C'est la seule action que l'on puisse
appeler libre, au sens strict. Par Son propre enseignement comme par
celui de Ses prophètes et apôtres, Christ nous a
enseigné que la loi morale de Dieu exige l'amour. Toute la loi
est même comprise dans ce commandement. Mais qu'est-ce que
l'amour ? Il ne peut pas s'agir de l'amour involontaire de la
sensibilité humaine. Ce n'est ni une émotion ni une
affection. Ces états de la sensibilité appartiennent au
domaine des causes et des effets. Ils n'ont rien à voir avec
l'amour exigé par la loi de Dieu. La loi morale peut
être définie comme la loi qui gouverne l'activité
divine. C'est une règle de vie qui est toujours conforme
à la manière dont Dieu Lui-même agit. Nous avons
été créés à l'image de Dieu. Sa
règle de vie doit donc être aussi la nôtre. Sa loi
morale exige qu'Il manifeste le même amour que celui qu'Il
exige aussi de nous. Si Dieu ne Se soumettait pas à une
règle d'action, Il ne pourrait avoir aucun caractère
moral. Il est notre Créateur. C'est Lui qui nous a
donné une loi à observer. Il exige de nous la
même perfection et le même amour que ceux qu'Il manifeste
Lui-même. "Dieu est amour." Il aime de toute la puissance de Sa
nature infinie. Il nous demande d'aimer de toute la puissance de
notre nature limitée. C'est cela, être parfait comme
Dieu est parfait.
Mais en quoi l'amour de Dieu peut-il concerner
l'exercice de notre intelligence ? C'est parce que l'amour de Dieu
nous demande de faire preuve de bienveillance, ou de bonne
volonté. Dieu est un Etre moral. Il est infiniment important
pour Lui de rechercher le bien de tout l'univers. Dieu y attache une
valeur infinie. Il sait parfaitement ce que signifie le fait de
choisir le bien pour le bien. Il a Lui-même fait ce choix de
toute éternité. Il emploie toute Sa volonté pour
l'accomplir. Il a promulgué une loi qui doit gouverner toutes
nos actions. Il exige que nous soyons entièrement d'accord
avec Ses choix. Il veut que nous soyons remplis de Sa bienveillance,
et que nous choisissions le même objectif ultime que Lui,
c'est-à-dire le bien pour le bien.
Dieu a choisi le bien de l'univers, et c'est
cela qui constitue Sa Justice. C'est pour Lui un objectif ultime
d'une valeur infinie, qui ne dépend d'aucune autre cause.
C'est un choix qui est conforme à Sa nature propre, et au type
de relations qu'Il a décidé d'avoir. C'est donc un
choix nécessairement conforme à Sa conscience et
à Son sens moral infiniment parfaits.
Pour Dieu, le fait d'être Juste, c'est
donc Se conformer Lui-même aux lois de Son amour universel.
C'est un choix ultime, suprême, immanent et efficace. C'est
choisir le bien suprême de tout l'univers, y compris Son propre
bien.
Ce choix est nécessairement ultime, car
la recherche du bien universel est une raison qui se suffit en soi.
Il est nécessairement suprême, car il est
préféré à tout autre choix. Il est
nécessairement immanent, car il résulte de la nature
même de Dieu, et motive toutes Ses oeuvres. Il est
nécessairement efficace, car Dieu met toute la puissance de Sa
nature infinie pour atteindre le but qu'Il recherche. C'est un choix
juste, une action morale juste.
On peut donc définir la justice comme
étant une qualité morale. C'est la recherche volontaire
et désintéressée du bien universel. Tous les
autres choix et objectifs secondaires, qui découlent de ce
choix immanent, ultime et suprême, n'ont de caractère
moral que dans la mesure où ils découlent de cette
bienveillance désintéressée. Un être moral
poursuit toujours un objectif ultime. C'est ce qui motive toute son
activité et toute sa vie spirituelle.
3. Comment savoir ce qu'est la
justice.
Nous le savons par une prise de
conscience.
A. C'est par une prise de conscience que nous
savons que toute notre vie procède d'un choix ou d'une
préférence ultime.
B. C'est par une prise de conscience que nous
savons que notre conscience exige de nous un amour parfait, universel
et désintéressé. Toutes nos pensées et
nos actions doivent donc être motivées par cet amour
parfait, qui doit agir comme une loi de notre nature.
C. C'est par une prise de conscience que nous
savons que notre conscience est parfaitement satisfaite, qu'elle
n'exige rien de plus, et ne se contente de rien de moins.
D. C'est par une prise de conscience que nous
savons que notre conscience nous dit qu'une telle attitude est juste,
et que c'est cela la justice.
E. C'est par une prise de conscience que nous
savons qu'une telle attitude constitue l'obéissance à
la loi de Dieu qui nous est révélée. Quand nous
obéissons, nous sommes en accord avec la volonté de
Dieu, et notre coeur est dans une paix parfaite. Nous sommes en
communion avec Dieu. Nous sommes en paix avec Dieu et avec
nous-mêmes. Sans cela, nous ne pouvons pas être en paix.
C'est ce qu'enseignent à la fois notre nature et la Bible. Les
limites de cet article ne me permettent pas de citer la Bible pour
appuyer mon argument.
4. Comment un pécheur peut obtenir
cette justice.
Un pécheur est un être moral,
c'est-à-dire libre. Mais c'est un être moral
égoïste. Puisqu'il est égoïste, il ne peut
donc faire que des efforts égoïstes pour devenir juste.
L'égoïsme peut être défini comme un
engagement volontaire à se satisfaire personnellement. Tant
qu'un individu est ainsi engage à se satisfaire
personnellement, il est incapable de la moindre action juste. Le seul
acte juste que puisse accomplir un pécheur non
régénéré est de changer son coeur, ou de
modifier l'objectif ultime qu'il recherche. Sinon, il peut
obéir en apparence à la lettre de la loi de Dieu, mais
cela ne constitue pas la justice véritable. Il peut faire
beaucoup de choses ou avoir beaucoup de pensées qu'il
considère comme faisant partie de l'expérience
chrétienne, mais cela ne constitue pas la justice
véritable. Sa vie peut être jugée en apparence
comme parfaitement morale ou religieuse, même si son coeur
n'est pas changé. Mais il fait tout cela pour des raisons
égoïstes. Cela ne constitue pas la justice
véritable.
Je le répète, le premier acte
juste d'un pécheur doit être de changer son coeur. S'il
voulait changer son coeur pour une raison égoïste, ce
serait encore de l'égoïsme, car un vrai changement de
coeur implique de renoncer à tout égoïsme.
Comment donc un pécheur peut-il changer
son coeur pour atteindre la justice ? Ma réponse est la
suivante : il doit comprendre le caractère et les exigences de
Dieu. Cette compréhension doit le pousser à renoncer
à son esprit égoïste pour se mettre en harmonie
avec Dieu. Mais, pour cela, le pécheur doit absolument
être illuminé par le Saint-Esprit. C'est la Bible qui
révèle cette vérité, et c'est la
conscience humaine qui l'atteste. Un pécheur ne peut atteindre
la justice qu'en étant enseigné et inspiré par
le Saint-Esprit.
Pour passer du péché à la
justice, il faut donc les éléments suivants :
1. Il faut la foi, c'est-à-dire la
confiance en Dieu. Sans cette confiance, le pécheur ne peut
pas être convaincu qu'il doit changer son coeur, renoncer
à lui-même, et entrer en communion avec Dieu.
2. Il faut la repentance. Par repentance, je
veux dire un changement d'état d'esprit, qui consiste pour le
pécheur à ne plus chercher à satisfaire ses
intérêts personnels, pour accepter ceux de Dieu.
3. Il faut un changement radical d'attitude
vis-à-vis de Dieu et du prochain.
Ces trois éléments
définissent un véritable changement de coeur. Ils
doivent être présents simultanément. La
présence d'un seul élément implique la
présence des autres. Le Saint-Esprit Se sert des
vérités de l'Evangile pour pousser un pécheur
à changer. Il révèle avec puissance l'amour de
Dieu. C'est cet amour qui attire efficacement le
pécheur.
Alors qu'un pécheur peut vivre une vie
parfaitement morale et religieuse en apparence, nous pouvons
comprendre, d'après ce que je viens de dire, qu'une âme
réellement régénérée ne peut pas
vivre dans le péché. Un coeur
régénère ne pèche pas. Il ne le peut
même pas. C'est ce que l'apôtre Jean affirme clairement
dans sa première épître. Quand on a, comme but
ultime de sa vie, choisi de rechercher le bien universel, on ne peut
pas s'engager immédiatement après sur la voie de
l'égoïsme. Il est certes possible pour un chrétien
de rétrograder. Sinon, la persévérance ne serait
pas une vertu. S'il s'agissait d'un changement physique, ou d'un
changement absolu dans la nature du pécheur, il lui serait
impossible de rétrograder, et la persévérance ne
serait pas une vertu. On a objecté que le fait de
rétrograder consistait à retourner à un objectif
ultime égoïste, et impliquait un nouveau changement de
coeur, mais à l'envers cette fois. On retourne donc à
l'état antérieur.
En quoi serait-ce extraordinaire ? N'est-ce pas
en réalité ce qui se passe ? Adam et Eve n'ont-ils pas
décidé de changer leur coeur pur en coeur de
péché ? Est-il possible qu'un homme change ainsi
plusieurs fois de coeur ? Je réponds : "Oui !" Sinon, Dieu ne
demanderait pas à un pécheur de se faire un coeur
nouveau. Sinon, il serait impossible à un chrétien de
pécher, après être passé par la nouvelle
naissance.
Mais il est absurde de dire qu'une même
personne puisse avoir en même temps un coeur saint et un coeur
impur. Ceci est contraire à la Bible et ouvre la porte aux
tendances les plus pernicieuses. Quand une âme a
rétrogradé, Christ lui demande de se repentir et de
pratiquer à nouveau ses premières oeuvres.
Le seul moyen pour un homme de rester dans la
justice est de garder Christ demeurant en lui, par la foi. On ne peut
pas demeurer dans la justice par nos résolutions et nos
propres efforts. On y demeure par l'action de l'Esprit de Christ.
C'est par la foi que Christ devient le Seigneur d'un coeur humain.
C'est par la foi qu'il peut rester son Seigneur et continuer à
régner en Maître sur sa vie.
Il ne peut y avoir aucune justice en l'homme
sans un engagement personnel venant de son coeur. Sinon, son
engagement ne pourrait aucunement être volontaire. C'est
pourquoi la nature humaine ne peut comporter aucune justice qui lui
soit propre, car cela lui permettrait de s'en attribuer le
mérite ou l'avantage.
Si nous obéissons à la loi et aux
commandements de Dieu sans que notre coeur soit changé, cela
ne vient pas de Christ. Une telle obéissance n'est pas
produite dans notre âme par l'action du Saint-Esprit. Elle
procède de la propre justice humaine. La véritable
justice, par conséquent, est la justice reçue par la
foi, ou la justice reçue de Christ par la foi en Lui.