La foi
véritable
Je me suis efforcé jusqu'ici de montrer
que la sanctification est produite dans l'âme par l'Esprit de
Christ, par la foi, avec notre propre coopération, qui est
indispensable. Je voudrais à présent attirer
l'attention sur la nature de la foi véritable. Mon professeur
de théologie soutenait que la foi est un acte intellectuel,
une conviction, une pleine persuasion que les doctrines de la Bible
sont vraies. Pour autant que je pouvais m'en rendre compte,
c'était la définition de la foi que j'entendais
partout.
Je fis remarquer que des convictions
intellectuelles n'étaient pas volontaires, qu'elles ne
pouvaient pas être produites par un effort de la
volonté, et que nous ne pouvions donc pas être
obligés d'exercer la foi. Dans ces conditions, si la foi
était un acte intellectuel, elle ne pouvait pas être une
vertu.
On me répondit que nous contrôlons
notre intelligence par un effort de notre volonté, et que nous
avons la responsabilité de rechercher les arguments et les
preuves capables de convaincre notre intelligence. Dans ces
conditions, l'incrédulité était un
péché, car elle ne faisait que prouver notre
négligence à rechercher et à accepter les
preuves des vérités de la révélation. La
foi était donc bien une vertu, car elle impliquait un effort
de notre volonté pour chercher la vérité.
Depuis le début de mon ministère,
j'ai été presque constamment confronté à
ce faux enseignement concernant la nature de la foi
chrétienne. Je me suis rendu compte à ce
moment-là que l'on insistait beaucoup sur la
nécessité de "croire les articles de foi." On affirmait
que la foi consistait à croire toute la doctrine de Christ,
avec une inébranlable conviction. La foi était donc une
pleine acceptation des doctrines, des doctrines de l'Evangile.
Cependant, j'avais moi-même
été conduit à accepter intellectuellement ces
doctrines, avant même d'être converti. Lorsqu'on me
demandait de croire, je répondais que je croyais. Aucun
argument ne pouvait me convaincre que je ne croyais pas à
l'Evangile. Je n'ai jamais pu être convaincu de mon erreur,
jusqu'au moment où je me suis converti.
Au moment de ma conversion, lorsque
j'exerçai la foi véritable, je me rendis alors compte
de ma tragique erreur. Je compris que la foi n'était pas la
conviction intellectuelle que tout ce que la Bible affirmait sur
Christ était vrai, mais la confiance de mon coeur en la personne de
Christ.
Je compris que le témoignage de Dieu
concernant Christ devait me conduire à faire confiance
à Christ. Je devais me confier entièrement en Sa
personne, en L'acceptant comme mon Sauveur. J'avais commis une erreur
fatale en me contentant de croire simplement ce qui était
écrit sur Christ. Cela me laissait inévitablement dans
mes péchés. C'était comme si j'avais
été presque mourant de maladie, et que quelqu'un m'ait
recommandé un médecin capable de me sauver la vie. Si
je m'étais simplement contenté d'écouter ce
conseil, en étant pleinement convaincu que ce médecin
voulait et pouvait me guérir, j'aurais répliqué
: "Je crois en lui, et je ne doute absolument pas de sa
compétence. Je crois chaque parole que vous m'avez dite
concernant cet homme." Si j'en étais resté là,
je serais certainement mort! Il ne m'aurait pas suffi d'avoir la
ferme conviction intellectuelle de sa compétence et de sa
volonté de me guérir. Mais il aurait été
essentiel que je fasse appel à lui, que je me rende chez lui,
que je lui fasse confiance personnellement, et que j'accepte son
traitement ! Après avoir cru ce qui était dit de lui,
il m'aurait fallu faire un acte volontaire de confiance en sa
personne, lui remettre ma vie, et accepter sans discussion le
traitement qu'il m'aurait donné pour guérir de ma
maladie !
Ceci illustre la vraie nature de la foi dans
notre conscience. Elle ne consiste aucunement en une connaissance
intellectuelle, ni en l'acceptation des doctrines de la Bible. On
peut être parfaitement convaincu que chaque parole de la Bible
concernant Dieu ou Christ est vraie, mais cela n'est pas la foi. Ces
vérités et ces doctrines, qui nous
révèlent Dieu en Christ, ont pour seule fonction
d'apprendre à l'âme à Le découvrir, par un
acte de confiance en Sa personne.
Quand nous nous confions fermement en Sa
personne, quand nous Lui remettons notre âme, quand nous Lui
faisons entièrement confiance, pour tout ce que la Bible
affirme de Lui, nous sommes dans la foi véritable. Nous Lui
faisons confiance, sur la base du témoignage de Dieu. Nous Lui
faisons confiance, sur la base des doctrines et des faits que la
Bible nous déclare sur Lui. Cet acte de confiance en Lui unit
notre esprit à Lui, dans une union si étroite que nous
recevons directement de Lui un courant de vie éternelle. La
foi agit comme si elle permettait au courant divin de circuler. Elle
communique instantanément la vie de Dieu à notre
âme. La vie de Dieu, la lumière, l'amour, la paix et la
joie semblent s'écouler en nous aussi naturellement et
spontanément que le courant électrique passe d'une
batterie à un appareil branché sur elle.
Pour la première fois, nous comprenons
alors ce que Christ a voulu dire quand Il a affirmé que nous
étions unis à Lui par la foi, comme le sarment est uni
au cep. C'est ainsi que Christ nous est révélé
comme Dieu. Nous sommes conscients de notre communion directe avec
Lui. Nous Le connaissons comme nous nous connaissons
nous-mêmes, par Son action directe en nous. Nous savons
directement dans notre conscience qu'Il est notre vie, et que nous
recevons de Lui, instant après instant, la communication de la
vie éternelle.
L'intelligence de certains est relativement
obscurcie. Leur foi est donc relativement faible, quand elle commence
à se manifester. Ils peuvent encore avoir beaucoup d'opinions
personnelles, avoir encore une foi intellectuelle sans grande
conviction. Leur confiance en Christ ne sera donc pas plus grande que
leur conviction. Avec une foi aussi petite, le courant de vie divine
sera si faible qu'ils en seront à peine conscients. Mais quand
notre foi devient grande et forte, elle laisse pénétrer
dans notre âme un courant de vie divine et d'amour tellement
puissant qu'il semble saturer entièrement notre âme et
notre corps. Nous sommes alors réellement conscients d'avoir
l'Esprit de Christ en nous. Nous savons qu'Il est une puissance
capable de nous sauver du péché. Il nous permet de
marcher droit sur le chemin de l'obéissance et de
l'amour.
J'ai parlé à des centaines, et
même des milliers de chrétiens. J'ai été
frappé de voir à quel point les paroles de Jésus
s'appliquaient à leur expérience : "Vous sondez les
Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie
éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de
moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !"
(Jean 5 :39-40). Ils n'étaient pas allés plus loin que
l'étude de l'Ecriture. Ils se contentaient de croire ce que
l'Ecriture affirmait sur Christ. Mais ils n'avaient pas
profité de la lumière qu'ils avaient reçue pour
venir à Lui, dans un acte d'amour et de confiance en Sa
personne. Je crains qu'il en soit aujourd'hui comme il en a
été dans le passé. Les multitudes se contentent
de connaître les faits et les doctrines de l'Evangile. Mais
elles ne font pas confiance à la personne de Christ pour venir
à Lui, auquel est rendu tout ce témoignage. C'est pour
cela que la Bible est mal comprise et que l'on en fait un mauvais
usage.
De nombreux chrétiens pensent que leur
"confession de foi" résume les doctrines de la Bible. Ils
négligent complètement l'étude de la Bible et se
reposent sur leur connaissance de certains articles de foi. D'autres
sont plus prudents et plus sérieux. Ils sondent les Ecritures
pour y voir ce qu'elles disent de Christ. Mais ils en restent
là. Ils se contentent d'acquérir quelques opinions
théologiques correctes. D'autres encore aiment ardemment les
Ecritures, parce qu'elles rendent témoignage de Christ. Ce
sont les seuls à être sauvés. Ils sondent et
dévorent les Ecritures parce qu'elles leur montrent qui est
Jésus, et pourquoi ils peuvent Lui faire confiance. Ils ne se
contentent pas de connaître le témoignage de
Jésus. Mais ils vont directement à Lui, à Sa
personne, dans un acte d'amour et de confiance. Ils unissent leur
âme à Lui, dans une union qui leur permet de recevoir de
Lui les choses pour lesquelles ils Lui font confiance. C'est Lui qui
les leur communique directement. C'est cela la véritable
expérience chrétienne. C'est recevoir de Christ la vie
éternelle que Dieu nous donne en Lui. C'est cela la foi qui
sauve.
Il y a de nombreux degrés dans la
puissance de cette foi. Nous pouvons en être a peine
conscients. Elle peut au contraire laisser entrer dans notre
âme un tel flot de vie éternelle que notre corps en
perdra toute force. Quand la foi est à son maximum, les nerfs
de notre corps semblent céder sous l'influence puissante de
nos pensées. Cette expérience n'est peut-être pas
courante. Si nous restons dans les limites de notre corps physique,
notre âme ne peut supporter que très peu de la
lumière et de l'amour de Dieu. J'ai eu parfois l'impression
qu'une lumière un peu plus grande aurait fait sortir
complètement mon âme de mon corps. J'ai rencontré
de nombreux chrétiens qui avaient bien connu ces souffles
puissants de l'Esprit. Mais mon propos se limite ici à
expliquer en quoi consiste la foi véritable, et quels sont les
effets de la foi qui sauve.
Quand je regarde à quel point des
multitudes de chrétiens connaissent si peu Christ, Quand je
vois comment ils se comportent envers Lui, je suis
profondément choqué et étonné, car ils
possèdent la Bible. Nombreux sont ceux qui semblent se
contenter d'avoir une opinion théologique plus ou moins
solide. Ils croient que c'est de la foi. D'autres sont plus
sérieux, mais ils se contentent d'être plus ou moins
convaincus des vérités de la Bible concernant Christ.
D'autres sont fortement impressionnés par les commandements de
la loi. Ils s'engagent sérieusement dans une vie d'oeuvres qui
les conduit dans l'esclavage. Ils prient par devoir. Ils ont
conscience de leurs devoirs, mais ils ne les accomplissement pas par
amour. Ils ne font pas confiance à Dieu. Ils n'ont aucune paix
ni aucun repos, sauf quand ils ont réussi à se
persuader qu'ils ont accompli leur devoir. Ils sont constamment
stressés et dans l'agonie.
Ils suivent la raison et
pèsent ses avis,
En approuvant tout ce qu'elle
dit.
Il leur est pourtant dur d'y conformer leur
vie,
Et plus dur encore d'aimer!
Ils lisent et peut-être sondent les
Ecritures pour y apprendre ce qu'elles disent de Christ. Mais ils
obéissent par devoir. Ils croient intellectuellement tout ce
qu'ils comprennent dans la Bible. Mais quand il s'agit de faire
confiance à Christ, ils ne le font pas par un acte d'amour et
de foi. Ils ne s'en remettent pas à Lui pour unir à Lui
leur âme, et pour recevoir de Lui le flot de Sa vie, de Sa
lumière et de Son amour. Ils ne le font pas par un simple acte
de foi et d'amour en Sa personne, ce qui leur permettrait de recevoir
Sa vie et Sa puissance dans leur âme. Ils ne s'emparent pas de
Sa force. Ils n'attachent pas tout leur être au Sien. En
d'autres termes, ils n'ont pas la foi véritable. Ils ne sont
donc pas sauvés. Oh ! Quelle erreur ! Je crains qu'elle soit
très fréquente. Ou plutôt, je suis certain
qu'elle est très fréquente. C'est consternant ! Comment
pourrait-on autrement expliquer l'état de l'Eglise ? Est-ce
là tout ce que Christ pourrait faire pour Son peuple, si les
chrétiens croyaient vraiment ? Non, non ! C'est une grande
erreur ! On n'a pas compris ce qu'était la foi
véritable. On a confondu la conviction intellectuelle que l'on
a en l'Evangile avec la foi. Ceux qui possèdent cette fausse
foi se contentent de leur philosophie et ne peuvent pas exercer la
foi véritable.
Que personne ne croie que je sous-estime la
valeur des faits et des doctrines de l'Evangile. Il faut les
connaître et les croire. Ceci est d'une importance capitale !
Je n'ai aucune communion avec ceux qui les dévaluent et qui
considèrent le fait de prêcher la doctrine comme
étant d'une importance mineure. Je n'approuve pas non plus
ceux qui ne voudraient que prêcher Christ, sans exposer les
doctrines qui Le concernent. Ce sont les faits et les doctrines de la
Bible qui nous enseignent qui est Christ, pourquoi et pour quelles
raisons nous pouvons Lui faire confiance. Comment pouvons-nous
annoncer Christ sans prêcher les doctrines qui Le concernent ?
Et comment pouvons-nous Lui faire confiance sans savoir pour quelles
raisons nous devons Lui faire confiance ?
L'erreur sur laquelle je veux attirer
l'attention consiste non pas à mettre trop l'accent sur
l'enseignement des faits et des doctrines de la Bible, mais à
négliger de faire confiance à la personne de Christ,
après avoir connu ces faits et ces doctrines. Elle consiste
à se satisfaire de cette connaissance, au lieu de remettre
notre âme à Christ, dans un acte de foi et
d'amour.
Le témoignage que Dieu a donné de
Christ a pour but de nous donner confiance en Lui. Si nous n'avons
pas pu unir notre âme à Lui, par un acte de confiance
implicite en Lui, nous avons entendu l'Evangile en vain. Nous ne
sommes pas unis à Lui comme le sarment est uni au cep. Nous ne
sommes pas sauvés. Nous n'avons pas encore reçu de Lui
la vie éternelle, que la foi véritable est la seule
à pouvoir nous communiquer.