FELIX NEFF l'Apôtre des Hautes-Alpes
APPENDICES
Quelques pensées.
La conscience. - Besoins -
matériels et besoins spirituels. - La prière.
« La conscience est comme un chien de
garde; à force de voir passer et repasser quelqu'un, il
s'accoutume à lui et n'aboie plus, si ce n'est pour les
étrangers.
« Quand on parle d'eau à quelqu'un
qui se pâme de soif, de bon vin à un ivrogne, de mets
exquis à un gourmand, de fortune à un avare, l'eau leur
vient à la bouche. On voit que leur âme se dilate, leur
coeur palpite et montre qu'il est à l'unisson avec ces choses
; mais pour la Parole de vie, la grâce et la gloire du royaume
céleste, l'âme est tiède et le coeur est
mort.
« On prie comme si on faisait une
commission pour quelqu'un d'autre ; on se contente de faire cette
commission, et l'on se met peu en peine de réussir.
« On prie comme celui qui creuserait
plusieurs puits, mais pas assez bas pour trouver de l'eau. Dieu a
plutôt égard aux cris du petit corbeau qu'à vos
prières, car le corbeau est pressé par le besoin, et
non pas vous. » (1)
« Priez ! oui, priez; car la prière
est le seul lien entre le ciel et la terre ; entre les disciples
aveugles, faibles, chancelants, et le Maître, fort et
généreux ; entre le sarment languissant, par
lui-même stérile et le cep plein de vie. »
(2)
« Prenez garde que dans ces temps de
sécheresse, votre coeur ne s'attendrisse et que vos mains ne
deviennent lâches pour la prière, car celle-ci devient
alors un devoir fastidieux et rebutant que l'on est d'autant plus
tenté d'abandonner qu'on croit que Dieu n'y prend plus de
plaisir. Redoublez alors de persévérance et
défiez-vous de votre paresse, car nous ne devons pas ignorer
les ruses de Satan, et s'il peut gagner sur vous de vous tenir
éloigné du Seigneur, vous n'y reviendrez pas facilement
; plus vous négligerez la prière, plus votre coeur
s'endurcira et même un temps viendra où vous apprendrez
à vous en passer, c'est-à-dire à vivre dans la
mort et séparé du vrai cep, tout en gardant l'apparence
de la vie. Veillez donc, veillez et croyez que les prières les
plus difficiles pour nous, celles qui nous paraissent indignes de
Dieu, ne sont pas celles qu'il écoute le moins: elles ont
moins de ferveur, moins d'amour, mais elles sont plus humbles et
proviennent plus directement de la foi seule. » (3)
*
.
Extraits du journal
intime.
Comment reprendre pied (4)
« ... Souvent, comme Moïse, je
préférerais garder tranquillement les brebis de Madian,
que d'aller en Egypte parler à Pharaon, et délivrer les
enfants d'Israël. Je regarde à la faiblesse de mes moyens
plutôt qu'à la force de l'Eternel, et oubliant cette
parole rassurante « je serai avec toi », je suis
tenté de lui dire comme l'ancien prophète : «
Envoie, je te prie, celui que tu dois envoyer. »
« Mon coeur est attiédi,
glacé depuis quelque temps, il me semble qu'il est mort : ce
sentiment pénible a augmenté jusqu'à aujourd'hui
et a fini par me jeter dans un découragement complet ; plus de
foi, plus d'espérance, plus de courage pour prier, plus de
goût pour lire la Bible, par conséquent plus de
zèle pour annoncer l'Evangile ; aussi je reste muet quand je
devrais parler, ou, ce qui est pire encore, je parle de
manière à abattre ceux que je serais appelé
à remonter.
« En effet, que puis-je dire à
quelqu'un qui se plaint de la stagnation dans le péché,
de son peu de vie, etc ..., si moi-même je doute fortement que
je puisse jamais sortir de cet état misérable, et si,
comme un homme qui a longtemps et inutilement lutté contre un
torrent, je me lasse et je suis prêt à me laisser
entraîner?
« Je peux dire de mon coeur ce qu'on dit
de nos montagnes : « Il neige beaucoup parce qu'il y fait froid,
et il y fait froid parce qu'il y neige beaucoup. » Je suis mal
disposé parce que je ne prie pas, et je ne prie pas parce que
je suis mal disposé. Plus l'amour de Dieu diminue en moi, plus
aussi la charité pour les âmes s'affaiblit ; que
m'importe que les âmes soient sauvées, quand il me
semble que le salut est une chimère et la joie du salut une
illusion ?
« Quant aux chrétiens, leur
état de vie est plus propre à exciter chez moi de la
jalousie et de la haine que tout autre sentiment. Je comprends bien
alors la tentation de Caïn, et je suis porté comme lui
à nier mon frère parce qu'il me parait être plus
juste et plus heureux que moi; parce que je le vois dans les bonnes
grâces du Seigneur, et que je suis tenté de m'en croire
repoussé ; cependant, Dieu me dit comme à Caïn :
« Si tu fais bien, ton sacrifice ne sera-t-il pas accepté
? » Comme la charité diminue dans mon coeur, le peu
d'amour fraternel qui y reste se réfugie du côté
de l'égoïsme, qui va bientôt ressaisir toute son
ancienne autorité, et je me sens plus que jamais
disposé à m'aigrir contre les chrétiens qui ne
coïncident pas en tout avec mes principes ; jamais je n'ai eu
moins de support ; et si une indifférence presque
générale ne paralysait en grande partie cette
disposition, je paraîtrais dur et intolérant au
possible.
« Cependant, quelque malheureux que soit
cette situation d'âme, je suis obligé d'espérer
contre toute espérance, et même de croire qu'il m'est
utile d'être ainsi tenté, quand ce ne serait que pour
m'apprendre la puissance de l'ennemi et ma propre faiblesse, et me
rendre plus patient avec les autres dans la suite : car si le
Souverain Sacrificateur qui a fait l'expiation de nos
péchés a dû être, comme nous, tenté
en toutes choses afin qu'il pût compatir à nos
infirmités et secourir ceux qui sont tentés, il est
convenable que les sacrificateurs qu'il appelle, qu'il choisit pour
annoncer ses vertus, soient aussi consacrés par la souffrance,
et apprennent par leur propre expérience à avoir
suffisamment pitié des ignorants et des errants, étant
eux-mêmes environnés d'infirmités.
Il est aussi fort avantageux pour moi de me
voir diminuer dans l'opinion des autres, surtout de ceux à qui
je m'étais d'abord présenté comme fort et
vaillant, car je ne suis pas le seul qui m'aperçoive de mes
misères ; il me semble même que chacun doit avoir les
yeux sur moi et me voir plus défectueux encore que je ne puis
me voir moi-même ; et vraiment on me le fait bien sentir, on ne
me compte jamais pour rien, dans les choses même où il
me semblerait naturel que je figurasse autant que d'autres ; je
n'inspire ni confiance, ni considération, parce que je suis
léger et que ma langueur spirituelle est trop visible. 0 qui
me transformera ? Qui me sortira de cet espèce d'enchantement
qui, par une force magique, m'empêche de saisir le câble
de la délivrance envoyé pour le salut ?... Mais
grâces soient rendues, dans le temps et dans
l'éternité, à Celui dont la force s'accomplit
dans notre faiblesse, qui ne blesse que pour guérir,
n'appauvrit que pour enrichir, et n'abaisse que pour élever !
Oui, quand il est temps il me relève.
« Je commence cette journée sans
prier, comme les précédentes, mais je lis dans le livre
des Juges, et je remarque que chaque fois que le peuple élu
était dans la prospérité, il s'éloignait
du Seigneur; tandis que chaque fois que ce Dieu saint châtiait,
les Israélites recouraient à lui et s'humiliaient sans
que jamais ce bon Père fût sourd à leurs cris. Je
ferme le livre saint et je me prosterne devant le Père des
esprits. Mon coeur est fermé et ma bouche est muette; mais je
tourne faiblement les yeux de mon âme vers Golgotha, et
j'attends en silence le secours qui doit venir de Sion. S'il tarde
attends-le, est-il dit, car il viendra bientôt - oui,
bientôt il viendra, il n'oublie pas ses promesses, il est
fidèle. Aussi il vient ; le rocher qui semblait écraser
mon coeur est ôté, les portes d'airain s'enfoncent, et
les barres dé fer sont rompues.
« Maintenant, je sens circuler la vie dans
ce coeur engourdi, il soupire, ma bouche s'ouvre, et avouant au
Seigneur mes péchés et ma misère, je me sens
soulagé. Bientôt une lumière divine illumine mon
entendement. Je vois dans tout ce que j'ai éprouvé, la
main de la toute sagesse et l'oeuvre du suprême amour.
J'étais sur le bord d'un abîme ; la vaine gloire, un
orgueil insensé me possédaient, j'étais ivre de
moi-même et des éloges que j'avais reçus, j'avais
présumé de mon courage, de ma sagesse, de ma science,
de mon discernement ; je ne voyais plus que moi, j'osais comparer
tous les autres à moi et les dédaigner : non seulement
j'étais tel en mon coeur, mais je le manifestais ouvertement,
je me vantais, je racontais avec complaisance tous les fruits de ma
soi-disant supériorité ; je méprisais mes
frères, même devant les ennemis ; je recherchais
l'approbation, même du monde ; je voulais tout gouverner, tout
conduire, rien ne devait aller bien sans moi. Seigneur, où
étais-je ? 0 mon Dieu ! quelle affreuse chute se
préparait à mon orgueil.
En vain mille avertissements m'étaient
donnés, en vain je voyais tomber les autres par orgueil, je
savais bien le faire remarquer et exhorter à en tirer une
leçon ; je me séduisais moi-même, et seul je n'en
profitais point ; en vain je recevais les humiliations
extérieures, je me justifiais à mes yeux et je
regardais comme coupables ceux qui étaient assez droits pour
me faire sentir que je sortais de ma sphère. 0 Dieu ! à
quelle illusion la pauvre humanité est sujette ! Quand donc
serons-nous sages ? 0 quand n'auras-tu plus besoin de nous faire
échouer à chaque pas, pour briser ce misérable
orgueil ? 0 quand cette hydre sera-t-elle détruite, quand ces
têtes empoisonnées ne repousseront-elles plus ? 0
Seigneur, sois fidèle à nous abaisser à mesure
que nous nous élevons ; ne nous épargne pas les
humiliations, fais-nous comprendre qu'il faut que le vieil homme
meure, et que l'opprobre, l'amertume, la honte, sont les seuls
aliments qui ne le soutiennent pas. Oh ! abreuve-nous de ce fiel amer
à notre palais, et cependant dans la suite si doux à
notre coeur ! Arrache ces chairs corrompues, malgré nos cris,
et ne nous épargne pas le châtiment qui nous est si
nécessaire ! Seulement, Seigneur, donne-nous de te chercher
toujours, sans relâche, sous ta forme souffrante, afin que nous
te trouvions et te possédions à jamais. Amen !
»
.
A ses catéchumènes de
Mens.
§ 1. Les grandes
vérités. - Combattre les mauvais principes et aimer les
âmes. - La prière. - La vie en Christ
Calais, le 9 mai 1823.
« ... Chers enfants! que le Seigneur ait
pitié de vous! qu'Il vous ouvre les yeux ! et qu'Il parle
à votre coeur de paix et de grâce ! Qu'il vous touche
par son esprit, et vous fasse « goûter combien il est doux
» ! 0 si vous le saviez ! Si vous aviez voulu le croire, et vous
approcher de lui, comme je vous y ai tant de fois invités de
sa part, vous ne voudriez pas pour le monde tout entier perdre un
bien si précieux.
« Combien je regrette de n'avoir pu vous
examiner avant votre réception, pour m'assurer de vos
connaissances, et surtout de vos sentiments. Je crains bien, mes
chers enfants, que vous soyez bien peu avancés de ce
côté-là ; vous êtes si faibles, si
légers, et l'ennemi est si puissant, si rusé ! Il est
si facile de faire et de penser le mal ! Il est si aisé de
rester enfoncé dans la fange où l'on est né, et
de suivre nonchalamment la vieille ornière du
péché ! ...
« Chers amis qui avez prié pour
eux, ne vous lassez point ; continuez de supplier le Seigneur pour
leurs âmes ; veillez sur eux autant qu'il vous sera possible;
parlez-leur de ce bon Jésus qui nous a tant aimés et
s'est donné pour nous ; invitez-les, pressez-les de s'attacher
à lui comme au vrai cep de vie ; rappelez-leur, rappelez-vous
à vous-mêmes que hors de lui nous ne pouvons rien faire,
et que si nous l'abandonnons, nous sécherons comme le sarment
détaché du cep, et que, comme lui, nous ne serons plus
bons que pour le feu ! ...
« Soyons fidèles en toute
circonstance ; et reposons-nous sur le bras du Seigneur ; je ne veux
point dire qu'il faut, dans les choses qui regardent le règne
de Dieu, se tenir dans l'inaction et dormir en attendant son secours
quand la vigilance et l'activité peuvent être utiles...
Heureux celui qui, non par lâcheté ou paresse, mais par
un principe d'obéissance et de foi, obéit au
commandement de l'apôtre et sait se décharger sur Dieu
de tout ce qui peut l'inquiéter, sachant qu'il prend
lui-même soin de nous ! Exhortez-vous les uns les autres
à cette confiance et à cette soumission.
« Exhortons-nous aussi les uns et les
autres à la charité et à la miséricorde.
Nous en avons grand besoin ; et nous ne savons pas en user avec
autrui. Soyons bons, même avec les plus grands ennemis ;
haïssons leurs oeuvres ; combattons leurs principes ;
empêchons-les, autant que possible, d'obscurcir le conseil de
Dieu ; mais aimons leurs âmes ; prions pour eux ; plaignons
leur aveuglement, et témoignons-leur une affection
véritable. Souvenons-nous surtout que nous sommes
pétris de la même fange qu'eux ; et que si nous ne
sommes pas au nombre des plus corrompus et des plus endurcis des
hommes, cela ne vient point de nous, mais c'est un don de Dieu ; car
nous sommes de notre nature des enfants de colère comme tous
les autres ; et nous savons qu'il n'y a point de différence
entre les hommes, parce que tous ont péché et sont
privés de la gloire de Dieu. Qu'avons-nous donc que nous ne
l'ayons reçu ? Qui est-ce qui met de la différence
entre nous et les autres ? Et où peut être le sujet de
se glorifier (l Cor. IV : 7) ?
« Oui, mes chers amis, nous sommes tous,
sans aucune exception, des enfants de colère ; et c'est ce
qu'il y a de plus étrange, que Dieu ait bien voulu nous
arracher à une perdition, qui engloutira infailliblement tous
ceux qui n'auront pas cherché leur refuge dans la croix du
Sauveur !
« Ayons ces grandes vérités
toujours présentes à l'esprit ; méditons-les
continuellement ; et nous marcherons dans l'humilité, qui est
la racine de la foi et de toute vertu, parce qu'elle nous attire
toutes les bénédictions du Seigneur. On peut dire,
à cet égard, que les grâces de Dieu sont comme
les eaux, qui ne restent point sur les hauteurs, mais qui se
réunissent dans les lieux bas. Les coeurs orgueilleux n'y ont
point de part, tandis que les esprits humbles qui s'abaissent, en
sont comme inondés : telle est la sage volonté du
Maître. Abaissons-nous donc et nous serons un jour
élevés quand il en sera temps. Souvenons-nous que si
notre divin Chef est monté au ciel, et même comme il est
dit, au-dessus de tous les cieux, il était auparavant descendu
jusqu'au plus bas de la terre, et s'était anéanti
lui-même en prenant la forme d'un serviteur, et se rendant
obéissant jusqu'à la mort, à la mort même
de la croix.
« Chers amis, je ne m'ennuie point de vous
écrire car quoique je sois assez loin de vous,
néanmoins mon esprit est souvent avec vous, et mon coeur y est
toujours. Je pense que, comme je vous l'avais demandé, vous ne
m'oubliez pas non plus dans vos prières. Surtout ne
négligez pas de supplier le Seigneur qu'il me donne plus de
foi, plus de fidélité, plus d'amour pour lui et son
Evangile : j'ai plus besoin de ces choses que vous ne le pensez.
Demandez-les aussi pour tous les fidèles, car le plus en
grâces est encore bien misérable devant Dieu. Oui, je
vous le dis ; priez, et pour vous et pour tous les hommes, croyants
ou incrédules ; priez beaucoup. La prière est la
respiration de l'âme ; si nous cessions un instant de respirer,
notre sang ne circulerait plus, et nous perdrions d'abord les forces,
le sentiment et bientôt la vie. De même si nous cessons
un instant de prier du fond du coeur, notre âme manque
aussitôt du souffle de vie qui anime le nouvel homme,
c'est-à-dire du Saint-Esprit ; et nous retombons, quant au
spirituel, dans la faiblesse, l'indifférence, la
tiédeur et la mort.
Soyons donc continuellement unis au Sauveur par
la prière et la méditation des choses divines, surtout
des vérités du Salut. Repassons dans notre esprit nos
nombreux péchés : sondons la corruption de notre coeur
; puis comparons ce triste tableau avec celui des souffrances
inouïes et du grand amour du Sauveur ; et nous apprendrons
à nous humilier nous-mêmes, à supporter les
autres, et à aimer le Dieu d'amour qui ne se lasse point de
nous. Nous en verrons assez, alors, pour faire naître dans
notre coeur ces soupirs dont parle Saint Paul, et que l'Esprit de
Dieu produit ainsi dans notre coeur, par la connaissance du
péché. Ce sont ces soupirs, inexprimables par le simple
langage, qui constituent la véritable Prière, celle que
Dieu exauce, parce qu'elle est selon sa volonté, et qu'elle
est l'ouvrage de son Esprit. Ces choses sont peut-être
difficiles pour quelques-uns de vous ; mais il en est qui peuvent les
entendre, et aider les autres. C'est en méditant ces
vérités un peu difficiles qu'on s'éclaire le
plus.
« Adieu, mes chers amis; souvenez-vous que
le Seigneur Jésus est mort pour nos péchés.
Soyez plus sérieux, plus recueillis que nous ne
l'étions ces temps passés. Demandez aussi, pour moi,
que le Seigneur me guérisse de cette misérable
légèreté, qui contriste son Esprit et qui nous
prive de sa paix (Eph. V, 4). Aimez-vous les uns les autres ;
édifiez-vous les uns les autres ; occupez-vous de vos
âmes plutôt que du mal que les ennemis de
Jésus-Christ disent ou font contre son Evangile. Je ne salue
personne en particulier, parce que je m'adresse à tous, tant
grands que petits, et que je me souviens de tous ceux qui aiment le
Sauveur et cherchent la gloire de son nom. Que la grâce de Dieu
le Père, et du Seigneur Jésus-Christ, ainsi que la
communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous. Amen 1
« Votre dévoué serviteur et
affectionné frère en Jésus-Christ. »
.
2. « Je vous aime plus que ne font
vos parents; le démon cherche à vous dévorer ;
tenez-vous près du bon berger. » - La prière en
commun.
Londres, 15 mai 1823,
8 heures du soir.
« MES CHERS ENFANTS,
« Il n'y a pas longtemps que je vous ai
écrit à tous en général ; mais j'ai
besoin dans ce moment de m'entretenir avec vous, pour consoler mon
coeur qui languit loin de vous. Je prenais bien patience, comptant
d'abord, comme sûr, de quitter ce séjour vendredi
prochain, et désirant de vous revoir bientôt. Mais
aujourd'hui, quand j'ai appris que cela n'était pas encore
décidé, et qu'il me faudrait peut-être rester
encore quelque temps, alors l'ennui m'a pris, et mon coeur en est
angoissé.
« J'ai pensé à vous tous; je
me rappelle votre attachement pour moi, votre foi à
l'Evangile, et tous ces heureux moments que j'ai passés avec
vous en vous entretenant de notre bon Sauveur ; je pense d'ailleurs
que vous languissez sans doute aussi de votre côté ; et
tout cela a augmenté ma tristesse. Alors j'ai pris mon
portefeuille et j'en ai tiré vos chères petites
lettres, que vous m'écrivîtes quand j'allai à
Paris cet hiver. Oh ! que mon coeur a été ému en
les voyant ! Elles ont été presque toute ma compagnie ;
car presque personne ici ne parle français. Je n'ai pas eu
besoin seulement de les lire ; je les ai portées à ma
bouche pour les baiser, comme on ferait du portrait d'un ami ou d'un
parent qui est bien loin ou qui est mort, et qu'on ne reverra plus ;
et alors il m'a fallu pleurer. Ainsi, mes chers enfants, j'ai
versé des larmes en pensant à vous et en voyant vos
chères lettres ; et cependant vous savez que je ne pleure pas
facilement, et que mon coeur est bien peu sensible. Voyez ce que je
vous disais si souvent au catéchisme, que je vous aimais plus
que ne font vos parents, plus que si vous étiez tous à
moi selon la chair ! Et il y en avait sans doute beaucoup qui ne
voulaient pas le croire.
« Mais ce ne sont pas seulement ceux qui
m'ont écrit, à qui je pense et que je regrette ; ce
sont tous ceux qui aiment le Sauveur, ou du moins qui désirent
l'aimer, tous ceux qui connaissent leurs péchés et qui
ont envie d'être sauvés. Oh ! si, du moins, je n'avais
pas encore la crainte que quelqu'un de vous se laissât
détourner de son chemin pour aimer le monde, comme il y en a
qui l'ont déjà fait, je prendrais mieux mon parti de
toutes mes autres peines 0, mes chers enfants ! ne me donnez pas ce
chagrin Soyez fidèles à votre bon Sauveur, et
réjouissez le coeur de votre pasteur, que vous aimez tant et
qui vous a appris à connaître ce Sauveur
miséricordieux ! Que j'apprenne, mes chers enfants, que vous
marchez dans la vérité ; car je puis dire, comme
l'apôtre Jean : Je n'ai point de plus grande joie que celle-ci,
d'entendre que mes enfants marchent dans la vérité. Le
Seigneur vous en fasse la grâce !
« Soyez vigilants, humbles et
persévérants dans la prière, afin que le
Saint-Esprit habite en vous ! N'oubliez point que le démon
cherche à vous dévorer et qu'il ne dort jamais. Quand
les brebis savent que le loup est autour d'elles, elles se gardent
bien de s'écarter du berger ; elles se serrent, au contraire,
tout près de lui, afin de les protéger ; car elles ne
peuvent pas se défendre ni même fuir, parce que le loup
court plus vite qu'elles. Faites de même, mes enfants !
Tenez-vous près du bon Berger, Jésus-Christ. Il ne
s'enfuira point en voyant venir le loup ; au contraire, il donnerait
sa vie pour vous défendre, s'il le fallait, comme il l'a
déjà donnée une fois pour vous sauver. Or, ce
loup, ce terrible lion, vous le connaissez ; c'est Satan, l'ennemi de
vos âmes c'est le monde, ses plaisirs, ses richesses, sa
vanité c'est toutes les paroles qui peuvent vous
détourner c'est, enfin, notre mauvais coeur et le
péché qui est en nous. Tous ces ennemis sont plus forts
que nous ; mais Jésus est encore plus fort, car il a vaincu le
monde il a désarmé et lié l'homme fort,
c'est-à-dire Satan il a mis nos âmes en liberté
(Lue XI; Jean XIV : 33; Marc III : 27). Aussi Jésus dit-il :
« Quiconque est né de Dieu surmonte le monde, et le malin
ne le touche point. »
« Mais ce n'est pas seulement chacun en
particulier, c'est tous ensemble que vous devez vous approcher du
Seigneur. Ne négligez pas de vous réunir, comme que ce
soit d'ailleurs, pour prier ensemble le Sauveur, pour lire la Parole
de Dieu ou de bons livres, et pour vous entretenir de votre salut en
vous exhortant les uns les autres, de peur que quelqu'un ne
s'endurcisse par la séduction du péché. Vous
savez que là où deux ou trois sont ensemble au nom de
Jésus-Christ, il est au milieu d'eux. Que cette parole est
consolante, mes chers enfants ! Oh ! goûtez-en l'efficace en
vous réunissant véritablement au nom du Sauveur, non
pour dire du mal de personne, ni pour employer mal votre temps, mais
pour prier, lire, chanter des psaumes et des cantiques du fond du
coeur. Et dans tout cela n'oubliez pas de prier pour votre ami et
bien affectionné frère en Jésus-Christ.
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