FELIX NEFF
l'Apôtre des Hautes-Alpes
CHAPITRE V
Réveil de Mens.
(mai
1822)
L'écho
Neff n'était pas à
Mens depuis cinq mois que déjà il voyait «
l'aurore d'un beau jour ». Voilà l'aperçu qu'il
donnait de son activité :
« Loin d'avoir le
temps d'écrire,
je n'ai pas toujours celui de prendre mes repas à l'heure, et
je dois souvent dire comme le Seigneur : « Ma nourriture est de
faire la volonté de mon Père et d'accomplir son oeuvre.
» Depuis quelques temps avant Pâques, j'ai
été visiter presque tous les hameaux et villages de la
paroisse, et je tiens presque partout des assemblées où
l'on vient de fort loin après les travaux. Quand je suis
à Mens, le soir, il y a toujours catéchisme et
assemblée de chant, entrecoupée de lectures et
d'explications que M. Blanc fait souvent... M. Blanc entre
définitivement dans l'oeuvre; et en même temps le
Seigneur travaille bien d'autres âmes, soit à la ville,
soit à la campagne, surtout parmi mes
catéchumènes... Parmi les grandes personnes, la Parole
agit puissamment aussi ; il est peu de familles riches dans le bourg
qui ne comptent une partie de leurs membres parmi les gens bien
disposés ; deux ou trois seulement se sont manifestées
contraires à l'Evangile. Dans le peuple, on constate moins de
réveil proprement dit, mais beaucoup de bonnes dispositions ;
plusieurs jeunes filles ne veulent plus danser ; et de cette affaire
on ne danse presque plus. J'arrivai un dimanche au soir dans un petit
village où il y avait un bal bien établi, mais peu
nombreux ; après qu'on m'eut aperçu, chacun tira de son
côté ; en un clin d'oeil, tout fut éclipsé
; et peu après on vint à l'assemblée. Chaque
jour on découvre quelque âme travaillée qui
pleure sur ses péchés. »
Expériences
intimes
« Je fais de temps en
temps de
nouvelles expériences, qui m'apprennent à me
défier de moi-même, à supporter les autres, et
surtout qu'il faut combattre tout de bon quand on veut vaincre car,
si l'on n'est pas persuadé qu'on peut tout en Christ, on ne
fera jamais rien.
Je crois avoir
remporté hier, sur mon
coeur, une victoire, « qui vaut plus que la prise d'une ville
» (1) et qui
me met bien au large ; il
n'est pas si cruel qu'on le pense de crucifier la chair : le premier
coup ou plutôt l'appréhension est le seul mal ; mais ce
n'est qu'un éclair.
C'est une vérité dont
je
souhaiterais de pouvoir faire bien souvent l'expérience, et
que chaque disciple de Christ devrait avoir sans cesse
présente à la mémoire, savoir : « que nous
sommes vraiment libres, et que le monde est vaincu ».
Puissance
Il était de plus en
plus
soutenu et puissant. « Le Seigneur, dit-il, m'a donné
pour la prédication une facilité, une force, une
hardiesse dont je suis moi-même étonné.... il
m'arrive souvent de faire plusieurs lieues de suite et cinq ou six
services dans un jour, surtout le dimanche. Ici, toutes les visites
de malades sont autant d'assemblées ; tous les voisins y
viennent, surtout les femmes, pour y profiter de l'explication de la
Bible et de la prière. Les ensevelissements sont des occasions
de prédication. Je suis souvent occupé à
instruire et à converser depuis cinq heures du matin
jusqu'à onze heures du soir ; et tout cela sans que j'aie plus
aucune toux, ni douleur de poitrine. »
La première
conversion
Neff rapporte ici la
conversion
d'une de ses catéchumènes, « celle qui l'a le plus
réjoui.... l'enfant premier-né à Christ parmi
mes catéchumènes et même parmi les
adultes.
« ... La fille de mon
hôte,
nommée Emilie (2).... une
de mes catéchumènes assez intelligente.... était
alors fort mondaine ; son adresse dans les ouvrages de femmes la
faisait rechercher par les meilleures maisons, aussi
était-elle de tous les bals, comédies, promenades et
lectures frivoles. Tout ceci ne me faisait pas plaisir ; et ayant
entendu parler d'une comédie qu'il s'agissait de jouer, je lui
en manifestai mon mécontentement, assez pour l'empêcher
de jouer. Mais, si elle obéissait, ce n'était pas de
bon coeur ; et loin de goûter ma prédication, elle
languissait que je fusse loin pour se livrer plus à son aise
à sa mondanité. Elle assistait cependant
régulièrement aux services publics et particuliers, et
surtout aux leçons de religion que je donne le soir ; elle
était toujours la plus intelligente, quoique sa bouche seule
confessât la vérité ; et elle ne laissait pas de
prendre de bonnes résolutions et de prier, comme je le leur
recommandais, pour que le Seigneur lui fît connaître ses
péchés.
- Les choses en
étaient là, quand
elle entendit mon discours du Vendredi saint ; elle fut
frappée de ces paroles que je répétais souvent
dans ma première partie : « Allez à Golgotha ; et
là vous verrez combien vos péchés sont odieux.
» Elle y alla effectivement, et pour la première fois
elle lui dans les souffrances du Sauveur la terrible sanction de la
sainte loi du Seigneur. Dans le même instant, l'amertume et
l'angoisse s'emparèrent de son âme ; elle versa beaucoup
de larmes pendant le service et elle en sortit, n'emportant que
l'enfer dans son coeur, parce qu'elle ne voyait encore que ses
péchés et non un Sauveur. Je ne la vis qu'une seconde
dans la journée, et néanmoins je soupçonnai la
cause de sa tristesse, qui ne faisait qu'augmenter malgré tout
ce qu'elle voulait faire pour se distraire. Dans cet instant, elle
maudissait le moment où elle avait demandé à
Dieu la connaissance de son coeur ; et elle fut dans cet état,
sans rien dire à personne, jusqu'au mardi matin. Je cherchais
à lui parler, mais elle en fuyait l'occasion ; ses parents et
ses amies se mettaient l'esprit à la torture pour deviner la
cause de son affliction. Enfin, le mardi matin, je lui fis chercher
des passages sur mon Testament.... tout ce que je pus lui dire ne
parut lui faire aucun effet ; elle fut tout le jour fort triste, ce
qui inquiétait fort ses parents ; à peine pouvait-elle
parler ; elle fuyait la compagnie et ne mangeait presque rien.
« Le lendemain matin,
elle me dit qu'elle
était toujours de même ; et comme je la pressais de me
dire au juste ce qui l'affligeait, elle finit par me dire en
sanglotant : je suis trop orgueilleuse, je ne pourrai jamais
être sauvée ! Je lui témoignai combien
j'étais réjoui de lui voir cette connaissance de son
coeur ; et je déroulai alors devant elle tous les
trésors de la miséricorde divine en Jésus-Christ
; mais elle m'opposait toujours l'excès de son orgueil et de
sa vanité ; elle ne pouvait croire à la bonne
nouvelle...
« Je la laissai pour
aller à La
Mure, où je prêchai l'après-midi. Je tins le soir
une nombreuse réunion à La Baume, près du Drac
(3), chez le
maire de la commune. Il ne
resta pas un habitant du village à la maison, on apporta
jusqu'aux petits enfants. De mémoire d'homme on n'avait
peut-être entendu de prédication dans cet endroit, fort
écarté des temples et des routes. Le lendemain, j'allai
à St-Jean-d'Hérans, visiter une personne mourante ;
puis je revins à Mens pour mon catéchisme...
« Je craignais de
trouver Emilie au lit et
ses parents bien fâchés. Quelle fut ma surprise, au
contraire, de la trouver toute joyeuse ! « Oh ! que je suis
heureuse ! » s'écria-t-elle, dès qu'elle
m'aperçut, en venant au-devant de moi. « Vous ne m'avez
pas laissée entre les mains d'un juge Qu'il est bon ! Oh !
qu'il est bien nommé, SAUVEUR ... Mais quelles angoisses,
quelles souffrances le Seigneur a dû souffrir, lui qui a bu
jusqu'à la lie ce calice d'amertume ! Je comprends maintenant
ce qu'il voulait dire : Mon âme est saisie de tristesse
jusqu'à la mort !... » Non seulement son langage
était nouveau, mais son maintien et son visage étaient
changés ; l'expression d'importance et de vanité avait
fait place à celle de la modestie et de la douceur ; ce
n'était plus la même Emilie. Mon premier mouvement fut
de bénir le Père des miséricordes et l'Ami des
pécheurs. Mais à peine avais-je ouvert la bouche pour
la féliciter de cette grande grâce, qu'elle augmenta ma
joie en me disant: « Je ne suis pas la seule.
« - Et qui ?
« - Louise... j'y
allai hier, sitôt
que j'eus éprouvé la délivrance de mon fardeau
car je ne pouvais garder cela pour moi toute seule j'étais
trop joyeuse!... Maintenant elle ne prie plus par obéissance ;
je crois qu'elle a déjà trouvé la paix
(4). »
Le
Réveil
« Depuis un mois,
écrit
Neff, j'ai vu du réveil dans deux communes qui jusqu'ici
avaient dormi du plus profond sommeil ; dans l'une d'elles, des
enfants de neuf à onze ans ont été les premiers
touchés, et cela par la seule visite d'une petite
catéchumène de quatorze ans ; c'est Louise, amie
d'Emilie... Le nombre des âmes converties augmente
insensiblement ; et ce qu'il y a de plus admirable, c'est que, sans
que je m'en mêle, ils se rapprochent les uns des autres et
savent se découvrir mutuellement, quoique dispersés sur
une grande étendue de pays. La plupart de ceux de mes
catéchumènes dont j'avais bien auguré
persévèrent et avancent dans la voie étroite ;
et plusieurs m'ont devancé de bien des journées dans la
foi, et surtout dans la sanctification...
« Le Seigneur me donne
chaque jour une
nouvelle force et une nouvelle activité ; il est difficile de
se faire une idée de la liberté avec laquelle je parle
à ce peuple ; surtout à celui de la campagne ; car je
leur en dis vraiment plus que Saint Etienne n'en disait aux Juifs.
Blanc s'y est mis aussi avec force et corrobore sa prédication
par son exemple, et par le blâme qu'il jette noblement et
publiquement sur sa conduite passée. »
Le témoignage
d'André Blanc
Ce collègue s'exprime
lui-même ainsi : « Environ cinq mois après
l'arrivée de M. Neff à Mens, plus de cent personnes, la
plupart chefs de famille, craignant qu'il ne partît parce qu'il
n'était plus appelé à remplir ses fonctions de
suffragant (le pasteur étant de retour), s'adressèrent
au Consistoire pour le supplier de bien vouloir le retenir sous le
nom de pasteur catéchiste, s'offrant de le payer de leurs
deniers. Le Consistoire, faisant droit au désir des
pétitionnaires, nomma M. Félix Neff pour son pasteur
catéchiste le 11, juin 1822. Partout dans Mens et les
environs, le nom de notre ami n'était prononcé qu'avec
respect ; et peu s'en fallut qu'on ne le considérât
comme un saint exempt de péchés, ce qui l'affligeait
profondément parce qu'il voyait qu'on s'attachait à sa
personne et qu'on n'allait pas à Jésus-Christ, qui
seul, peut pardonner les péchés... Il me dit un jour
avec un grand chagrin : « On m'aime trop, on me reçoit
avec trop de plaisir, on me donne trop d'éloges ;
assurément, on ne me comprend pas... »
« Doué de très grands
talents naturels, ayant une élocution facile, une âme
brûlante de l'amour du Sauveur, il prêchait plusieurs
fois par jour sans répéter les mêmes discours ;
c'était, au contraire, par des idées neuves, des
peintures vives, des comparaisons frappantes qu'il commandait
l'attention de son auditoire. Il rendait la Parole de Dieu si claire
qu'on était étonné de ne l'avoir pas comprise
plus tôt.
« Sa vivacité
naturelle lui faisait
quelquefois commettre des imprudences, mais il les reconnaissait
aussitôt et en gémissait. C'était toujours avec
reconnaissance qu'il recevait les observations qu'on lui faisait sur
son caractère personnel ; mais, se tenant en garde contre
toute prudence humaine, il n'écoutait pas les conseils qu'on
lui donnait sur ses longues courses, ses pénibles fatigues
d'esprit, sur le ménagement de sa santé... Tous ses
instants étaient remplis. En hiver, il allait quelquefois avec
des temps affreux, ayant de la neige jusqu'aux genoux, visiter ses
paroissiens. Si ceux à qui il voulait faire connaître
l'Evangile ne savaient pas lire, il entreprenait aussitôt la
pénible tâche de leur apprendre à lire ; et
c'était avec une patience et une douceur admirable qu'il leur
montrait les lettres et leur faisait épeler les syllabes. Ses
visites aux malades étaient très fréquentes. Il
leur prodiguait les soins les plus affectueux ; il écoutait
patiemment le long récit de leurs malaises, etc... Il les
aidait de ses connaissances en botanique pour faire les
remèdes ordonnés par le médecin, il allait
même quelquefois chercher les plantes ou arracher les racines
indiquées...
« Sachant que le coeur
de l'homme est
orgueilleux, plein de la bonne opinion de lui-même, et
très facile à s'irriter, ce n'était jamais
qu'avec la plus grande prudence et les plus sages ménagements
qu'il abordait quelqu'un pour lui parler de l'Evangile ; il savait,
avec beaucoup de tact, saisir les moindres occasions. C'était
en racontant l'histoire de quelque personne pieuse, ou sa propre
conversion, qu'il faisait sentir la nécessité de
naître de nouveau. Mais cette prudence, ces sages
ménagements ne l'empêchaient pas de parler avec force
à ceux qui ne marchaient pas droit devant Dieu...
»
Est-il étonnant que
Dieu ait béni
un tel ouvrier, lui ait donné une riche moisson d'âmes
!
Assemblées
d'enfants
« Les petites filles
surtout,
écrit Neff, font des progrès étonnants ; il est
difficile de supposer une église plus vivante que la
société de ces enfants ; non contentes de se
réunir en assez grand nombre, le dimanche, pour prier, elles
saisissent toutes les occasions pour se réunir à trois
ou quatre ; elles ont même fixé des heures pour cela.
Leurs petites assemblées sont, à proprement parler, des
assemblées de confessions et de prières, car elles
prient toutes l'une après l'autre, avant de se quitter. Tout
cela se fait sans que je m'en sois mêlé ; je ne fais pas
même semblant d'en être touché, de peur d'en
souiller le principe par l'orgueil. Cette petite
société est comme une fournaise ardente, où
s'embrasent aussitôt les corps les plus froids ; à peine
une jeune fille les fréquente-t-elle huit ou dix jours, qu'il
faut qu'elle se réveille et qu'elle entre dans la même
voie...
« Quoique ces chers
enfants soient ici les
membres les plus intéressants de la famille de Jésus,
ils ne sont, grâce à Dieu, pas les seuls qui fassent des
progrès dans la vérité. Parmi les adultes qui
ont compris et goûté la bonne nouvelle de l'Evangile, il
en est plusieurs qui croissent dans cette connaissance, et qui
montrent par leurs oeuvres que le royaume de Dieu est justice, paix
et joie par le Saint-Esprit. Les liens de l'amour fraternel se
resserrent de plus en plus, et la ligne de démarcation entre
le monde et l'Eglise de Dieu est chaque jour plus sensible ; car le
diable ne manque pas non plus de travailler de son côté
; et ses émissaires sont souvent plus actifs et plus
zélés pour lui que nous ne le sommes pour le
Sauveur...
Une
Société Biblique
« Depuis longtemps on
parlait
d'établir ici une Société Biblique, dont le
besoin est grand. On était sur le point de mettre ce projet
à exécution, quand tout à coup, le gouvernement
est venu se mettre en travers en refusant l'autorisation qu'on avait
eu la sotte précaution de lui demander... Nous avons donc
profité du renvoi de la Société Biblique pour
mettre en train une Société de traités. Elle
deviendra, si Dieu la soutient et la bénit, une petite
bibliothèque religieuse, qui fournira de bonnes lectures
à tous les habitants du pays qui voudront en profiter.
»
Le chant
Neff fonde aussi une
école
de chant. Il écrit (à Ami Bost probablement) : «
Si tu étais ici, tu me serais de grand secours pour le chant,
car je suis obligé de créer la musique dans ce pays
où je n'en ai pas trouvé trace... Notre école de
musique, écrit-il six mois après, chemine toujours :
à compter d'à présent, nous allons mettre en
pratique, pour le chant des Psaumes et des cantiques, les principes
que nous avons donnés aux élèves : il est
évident que la musique harmonieuse de nos cantiques a
été bien utile pour réunir les dormants autour
de la croix de Christ. »
Une réunion de
Neff
Dans le seul village
de la Baume,
il ne s'était encore manifesté ni opposition, ni
réveil. « Reçu chez le maire avec beaucoup
d'honnêteté, j'étais attentivement
écouté de tous les habitants, et n'étais compris
de personne. » Un dimanche, « quand j'eus fini
l'explication et la prière, au lieu de se retirer, tout le
monde se rassit et demeura dans le silence. J'avais parlé sur
la naissance du Sauveur. Tout occupé de l'état de ces
pauvres âmes, et pressé de solliciter pour elles, je
priais, appuyé sur mes mains, les coudes sur la table, en
poussant quelquefois des soupirs. On crut que je me trouvais mal et
on me le demanda plusieurs fois. Après avoir inutilement
répété que j'étais bien, je finis par me
lever en leur disant, d'un ton affectueux : « Je ne suis point
malade, mes amis, mais je pense à vos âmes ; je pense
que la plupart d'entre vous ont déjà oublié tout
ce qu'ils viennent d'entendre, ou ne s'en occupent plus ; et c'est ce
qui me rend triste ; cependant il est écrit : «
Aujourd'hui, si vous entendez la voix de Dieu, n'endurcissez point
vos coeurs. _Craignez que quelqu'un d'entre vous, négligeant
la promesse d'entrer dans son repos, ne s'en trouve privé.
»
Ces paroles firent une
grande impression ;
plusieurs fondirent en larmes, et ce fut le commencement du
réveil.
Début
d'opposition
Neff vivait en
parfaite harmonie
avec son collègue Blanc, qu'avec un tact remarquable il avait
su attirer insensiblement dans ses vues ; d'autre part, Neff lui dut
une foule de conseils et de leçons sur la théologie en
général ; mais le pasteur Raoux, qu'il avait
remplacé et qui était de retour, n'aimait pas les
« mystiques de Genève, les novateurs » et reprochait
à Neff les assemblées du soir (5), et celles que, pendant
l'été, il tenait en pleine campagne le dimanche
après-midi. L'affaire se corsa, Neff dut aller à Paris
l'exposer au Consistoire (6).
Il revint bientôt à Mens.
Le Réveil
s'étend . - Sa simplicité
Pendant son absence,
le
Réveil s'était étendu et, à son retour,
il apprend que « nos frères du bourg ont formé
chez l'un d'eux, ci-devant ivrogne et dissipateur, une
assemblée du samedi soir. D'abord, elle était peu
nombreuse ; mais au bout de peu de semaines, elle a tellement
augmenté qu'à peine l'appartement est assez grand.
Blanc ni moi, n'avons jamais fait semblant de connaître
l'existence de cette réunion, et nous sommes charmés
qu'il ne s'y rende absolument que des gens du peuple. Ils sont tout
à fait à leur aise : l'un a un cantique, l'autre une
exhortation, l'autre une lecture, l'autre une prière, et tout
se fait avec ordre. Il s'y trouve aussi des femmes ; et souvent c'est
la fille d'un muletier ou une servante qui donne ses idées sur
une portion d'un chapitre ; un boulanger, un menuisier, un tisserand
font des observations en leur patois ; et quelquefois l'une de mes
catéchumènes termine par une prière d'abondance
» (7).
Malgré tant de succès,
Neff
considère ce qui reste à faire, bien plus que ce qui
est déjà fait.
Ce qui reste à
faire... pour les autres
En octobre 1822, il
écrit :
« Je découvre chaque jour davantage la corruption des
habitants de ce pays, qui, au premier coup d'oeil, m'avaient paru, en
général, un peu plus simples et plus pieux que les
paysans des autres contrées. La masse est foncièrement
incrédule, même à la campagne ! »
En avril 1823, même
note : « Quant
au spirituel, tout chemine comme par le passé. Plusieurs
croissent en connaissance et nous donnent de la joie ; d'autres, qui
dormaient, se réveillent ; quelques-uns qui avaient ouvert les
yeux les referment ; car l'ardeur du soleil sèche le germe
tendre qui n'a pas poussé de profondes racines. »
pour
lui-même
Et de tout cela, Neff
s'humilie
encore lui-même, et c'est sa propre misère qu'il
dépeint avec le plus d'énergie :
« L'oeuvre du Seigneur
se soutient ici ;
et si j'avais plus de vie et de zèle, elle ferait bien du
chemin. Mais quand le cheval est mauvais, la voiture ne va pas vite,
et quand la mère n'a pas de lait, l'enfant ne prend pas
d'accroissement.
« Cependant, quelque
sec et aride que soit
mon coeur, et quelque incapable que je sois de faire cheminer
convenablement ceux qui ont déjà un peu de vie, je ne
suis point embarrassé pour annoncer, soit les jugements de
Dieu, soit sa miséricorde à la multitude des
irrégénérés encore plongés dans le
sommeil de la mort ; et la même puissance qui fit jaillir l'eau
du rocher dans le désert, fait aussi sortir de mon sein des
fleuves d'eau vive, quoique moi-même je n'en aie pas, à
ce qui me semble souvent, une goutte à ma disposition pour
rafraîchir ma langue ou que plutôt je néglige d'en
boire ! »
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