Du « DESERT » au « REVEIL »
CONCLUSION
et
ÉPILOGUE
Celui qui, sans idée
préconçue, s'est attaché aux pas du
vénérable « Pasteur du Désert » que
fut, jusqu'à la fin, Simon Lombard, ne peut manquer de faire
la triste réflexion que l'Histoire est parfois injuste.
Originalité
L'originalité n'est pas
toujours une qualité chez l'historien ; elle peut jouer en sa
main le rôle d'une mauvaise lentille qui déforme plus
qu'elle ne grossit.
C'est peut-être par un coupable souci
d'originalité, par une fausse préoccupation de sortir
de l'ordinaire, pour n'être pas de l'avis commun ou pour faire
prévaloir une opinion extrême, que certains
écrivains se sont appliqués ainsi à peindre,
sous les couleurs les plus attrayantes, des temps ou des personnages
que leurs prédécesseurs trouvaient détestables,
ou bien, ce qui ne vaut pas mieux, à noircir à plaisir
un passé qui n'était pas, en somme, tellement
exécrable.
Equilibre
La généralisation est
parfois une erreur dans le domaine scientifique, elle l'est plus
encore dans le domaine des jugements, des idées, de l'histoire
; elle s'accorde mal avec ce principe d'équilibre, d'harmonie
qui, gouvernant un esprit, lui apprend à garder un juste
milieu entre idéalisme et réalisme, à ne jamais
être hypnotisé ni par le bien, ni par le mal, à
se faire à l'idée que, sur la terre, il n'est pas de
mal auquel le bien ne vienne faire contrepoids et qu'il n'est pas de
bien non plus qui ne soit entaché d'imperfection.
Le Protestantisme de
1815.
Tout cela pour dire, avec le
regretté Doyen Maury, dont la sage mesure est
avérée, que « l'état d'indifférence
ou d'incrédulité des protestants français au
commencement du (XIXe) siècle a été volontiers
exagéré »... et que certains historiens de cette
époque se plurent à tracer « ... un tableau
décidément trop sombre de notre pays »
(1).
On a prétendu que le Protestantisme de
1815 était en pleine décadence, qu'il n'avait plus ni
foi, ni piété, que ses pasteurs n'étaient pas
dignes de leur ministère. Charles Cook ne disait-il pas que,
« lors de son arrivée en France (en 1818), il n'avait pas
besoin de tous ses doigts pour faire le compte des pasteurs
évangéliques » (2)
?
L'Histoire ne dit pas cela.
Elle reconnaît qu'un souffle
attiédissant d'impiété passait sur l'Eglise,
qu'un courant de rationalisme ébranlait sa base, mais elle
reconnaît aussi que cette même Eglise comptait dans ses
rangs un nombre respectable de personnalités qui, telles des
colonnes puissantes, restaient debout, prêtes à soutenir
l'édifice que de hardis travailleurs se mettaient en devoir de
bâtir, et qu'on a appelé, depuis, le
Réveil.
Les artisans du
Réveil
Les artisans du Réveil, ce
ne furent pas seulement ces quelques hommes qui, avec un zèle,
un courage, une foi d'apôtres, brandissant la faucille
moissonneuse, abattirent l'ivraie avec les épis,
brûlèrent l'ivraie et lièrent les gerbes dans le
champ du Protestantisme où l'ennemi avait
pénétré à la faveur de la nuit, ce furent
aussi les patients laboureurs, les semeurs fidèles, ces
travailleurs effacés qui, dans la brume et sous le vent,
n'avaient cessé de prodiguer leurs soins à la
terre.
JOSEPH-SIMON
LOMBARD
FILS DE SIMON
LOMBARD
Les Veilleurs
Qu'eût été la
moisson du Réveil sans ceux-là ? Lequel de ses
pionniers eût provoqué l'embrasement de l'Eglise s'il ne
s'était trouvé, en son sein, quelques veilleurs pour
conserver la flamme vive du pur Evangile ?
Ces veilleurs, l'Histoire les fait surgir l'un
après l'autre de l'ombre et de l'oubli. Elle
réhabilitera sans doute la mémoire de plus d'un.
Simon Lombard
précurseur du Réveil
Simon Lombard, à plusieurs
titres, mérite d'être mis au rang des Gachon, des
Lissignol, des Marzials, des Bonifas, des Soulier, des Chabrand... et
de tous ceux en qui la simple justice a reconnu « des
précurseurs du Réveil » (3).
En effet, non seulement il trancha sur la masse
de ceux qui tombèrent dans les, erreurs de son temps, mais
encore, par la fidélité de son témoignage et la
pureté de ses ouvrages, il se fit une place de, choix parmi
les meilleurs serviteurs de l'Eglise.
Il était trop modeste pour se
prévaloir des succès qu'il remportait, aussi ne
saurait-on dire précisément quels furent les fruits de
son ministère.
ADRIEN
LOMBARD
PETIT-FILS DE
SIMON LOMBARD
Il est pourtant certain que, jusqu'au bout
animé par le sentiment de la vocation irrésistible qui
lui avait été adressée, il exerça, par
son intégrité, par son dévouement, par les
efforts qu'il soutint - auprès des jeunes en particulier -
pour inculquer à ceux qui lui étaient confiés.
les principes d'une consécration absolue et d'une vie sainte
fondée sur l'obéissance à la Parole de Dieu, une
action considérable sur bien des âmes.
Témoignage
familial
Et s'il est vrai que le
témoignage le plus difficile à rendre - et par
conséquent le plus précieux - est celui que le
chrétien doit apporter aux siens, on pourra se persuader de la
fidélité de Simon Lombard en constatant ce que
devinrent, au rayonnement de sa personne, ceux qui, le plus
directement, vécurent sous sa tutelle : son fils Joseph-Simon
et son petit-fils, Adrien.
Joseph-Simon
Lombard
Joseph-Simon, qu'il avait
détourné du ministère de la façon que
l'on sait, mais auprès duquel il n'avait cessé
d'exercer une influence pastorale, sortit renouvelé des
persécutions que lui avaient fait subir les fauteurs de
troubles de 1815.
Rétabli dans ses fonctions de magistrat
et ayant atteint une position sociale qui pouvait l'éloigner
des choses religieuses, il ne cessa de faire profession de
christianisme et de donner des preuves de sa foi.
Devenu l'un des membres les plus actifs de la
Société Biblique de Nîmes, il se fit remarquer,
par son ardeur conquérante et son zèle de
propagandiste, des pasteurs Tachard et Vincent qui, à
plusieurs reprises, insistèrent pour qu'il acceptât,
dans leur Eglise, la charge d'ancien. Il refusa le titre par
attachement au Consistoire de Saint-Chaptes dont il était
membre depuis longtemps (4), mais il n'en continua pas moins
jusqu'à sa mort à mettre au service de la cause de
Dieu, à Nîmes même, ses talents, son influence et
ses biens.
Adrien Lombard
Quant à son petit-fils,
Adrien, Simon Lombard eut sans doute l'ultime joie, avant de mourir,
de le voir s'orienter vers la carrière pastorale, à
laquelle, depuis. longtemps, il cherchait à l'amener par une
pression douce et tendre.
Quel n'eût pas été son
bonheur d'assister, en 1833, à la soutenance de thèse
du jeune homme en qui il avait discerné, de bonne heure, de
profondes aptitudes spirituelles, et surtout de l'entendre affirmer,
comme il l'avait fait lui-même, la valeur rédemptrice de
l'Evangile, éternel fondement de la morale chrétienne,
ferment miraculeux des redressements de la conscience.
A l'entendre proclamer : « C'est donc en
vain que les prétendus philosophes de nos jours veulent
attribuer à la raison ce qu'une raison saine n'attribuera
jamais qu'à l'Evangile » (5),
il eût certainement pensé à ses
réactions propres contre les mouvements rationalistes de son
temps et il se fût dit : l'Evangile a vécu jusqu'ici, il
n'est pas encore près de mourir.
Adrien Lombard, en dépit d'une
très gênante surdité, eut un ministère
rayonnant, dans l'Eglise même de son grand-père. Il
mourut jeune, laissant après lui la réputation d'une
extraordinaire bonté.
Le monde
passe...
De longues années se sont
écoulées depuis le jour où, rappelé par
son Maître, le vieux « Pasteur du Désert »
entra dans la paix de Dieu. Fidèles à sa
mémoire, ses descendants actuels conservent encore,
pieusement, le livre saint qu'il confia à leurs pères
(6). Ils passent, dans un monde où
fermentent toujours de vieilles erreurs et de vieilles haines, mais
le Livre demeure, source intarissable de Vérité et
d'Amour.
... la Parole de Dieu
demeure éternellement
Malgré les attaques de
prétendus savants, qu'ils s'appellent historiens ou
théologiens, la Bible résiste, toujours aussi actuelle,
aussi vivante, aussi active. Les souffles d'impiété
passent et repassent sur le monde sans l'emporter. Le jour où,
reprise par des mains pieuses, elle est étudiée avec
foi, elle parle, elle convainc, elle transforme : et c'est le
Réveil et c'est la vie.
Depuis la mort de S. Lombard, le Protestantisme
de France a connu plus d'une époque de sécheresse et
d'obscurité ; et aujourd'hui, plus que jamais peut-être,
le monde qui manque de foi, souffre d'instabilité et de
confusion ; mais la Parole de Dieu, trop peu lue, il est vrai, et
trop peu prise au sérieux, subsiste pourtant ; avec elle, le
chrétien garde invinciblement l'espérance que sonneront
encore pour l'Eglise des heures de fécondité et de
lumière.
Le Réveil et
ses espérances
Déjà, ici et
là, un nouveau Réveil est en marche il brise et il
relève, il arrache et il plante, il fait mourir et il
ressuscite. A sa voix vibrante, dans la sombre vallée des
ossements desséchés, une armée se lève,
qui prie et qui chante.
Si demain, comme jadis, l'impiété
vient à se déchaîner contre l'Eglise, elle
trouvera encore, par la grâce de Dieu, des prophètes et
des martyrs, des enfants dignes de leurs pères.
FIN
LA BIBLE DE
SIMON LOMBARD
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