Du « DESERT » au « REVEIL »
CHAPITRE III
LE PASTEUR DE CAMPAGNE - AUTRES
TRAVAUX
Bouquet
1780-1794
On se souvient qu'en avril 1777, Simon Lombard
avait eu à déplorer le décès de la «
Demoiselle Bousquet », des Vans, qui, depuis la mort de sa
femme, avait tenu lieu de mère à ses enfants.
Le départ de la sexagénaire fut
un coup très dur pour le pasteur d'Uzès, car il perdait
en elle, non seulement une amie à laquelle il était
très attaché, mais aussi une bienfaitrice qui
témoignait aux siens le plus vif intérêt.
Il essaya bien de donner des gouvernantes
à ses enfants, mais elles prirent si peu leur rôle au
sérieux que tout alla bientôt à vau-l'eau dans la
maison. C'est alors qu'il songea à se remarier.
Simon Lombard se
remarie...
« Plusieurs partis fort
avantageux, soit pour le mérite, soit pour la fortune »
lui furent proposés. Il finit par jeter son dévolu sur
Dame Payan, originaire de Barjac.
Le contrat de mariage fut passé à
Uzès, le 5 juillet 1779, et la bénédiction
nuptiale eut lieu le 2 septembre à vingt kilomètres de
là, au petit village de Bouquet.
LUSSAN-BOUQUET
... et s'installe
à Bouquet.
Simon Lombard continua quelques
mois encore la desserte d'Uzès, s'absentant de temps à
autre pour aller rejoindre son épouse qui dirigeait
elle-même son bien à Bouquet. Au Synode de 1780, il se
chargea du district de Lussan, limitrophe de la paroisse de
Saint-Ambroix, qui comprenait, outre Bouquet, les annexes de
Vallerargues, Seynes, Brouzet-les-Alès, Navacelles, Auzon, les
Fumades, Fons, Valcroze et Vendras, toutes groupées autour du
« Guidon de Bouquet » qui dresse ses à-pic
impressionnants et domine la région de sa masse
imposante.
Anne Pagan
Anne Payan avait cinquante ans
lorsque Simon Lombard l'épousa. Elle était donc de dix
ans son aînée. Veuve une première fois de Joseph
Bouet, parent du pasteur Bouet de Boucoirans et Lascours
(1), elle s'était
déjà remariée avec François Labeille, du
Puech-Bouquet (2). A quelles raisons le pasteur
d'Uzès obéit-il en fixant ainsi son choix, « au
grand étonnement de sa famille et de tout le public » ?
Probablement aux raisons familiales et matérielles qu'on
saisit aisément.
Il paraîtrait, d'ailleurs, qu'il «
n'eut pas à se féliciter de ses secondes noces...
» (3)
Portrait d'Anne Pagan
par J.-S. Lombard
Anne Payan n'était pourtant
pas une mauvaise personne. Son fils adoptif, Joseph-Simon,
traçait d'elle un portrait flatteur : « Sa taille est
haute, écrivait-il sa figure, sans être jolie, porte
encore une régularité qui annonce qu'elle ne fut pas
sans agréments dans sa jeunesse. Quant aux avantages
intérieurs, elle en réunit beaucoup plus qu'on en voit
en général chez celles de son sexe ( !... sic).
L'intelligence, l'esprit, l'amour de l'ordre, le bon sens, la
pénétration, telles sont ses qualités
principales.
Son coeur est sensible, généreux,
compatissant, le pauvre trouve toujours en elle une protectrice ;
honnête et caressante, elle a su se faire aimer de tous ses
voisins et estimer des étrangers. Sa réputation est
répandue au loin, elle passe, dans tout ce pays, pour une
femme fort aimable et qui a eu l'art de diriger habilement ses
domestiques (4). »
A vrai dire, Anne Payan avait sans doute les
défauts de ses qualités. Personne de tête,
éminemment pratique, elle savait mieux que quiconque faire
marcher sa maison, mais elle supportait certainement mal que
quelqu'un s'ingérât dans ses affaires. En d'autres
termes, elle devait à la fois,. suivant la formule populaire,
un peu triviale, mais fort expressive, « porter les culottes
» et « tenir les cordons de la bourse ».
« Pensées
diverses »
Dans un recueil de «
Pensées diverses », qui date de 1785 environ, Simon
Lombard traduit certaines idées qui pourraient bien avoir
été inspirées par ses expériences
personnelles.
Certaines de ces « Pensées...
» sont écrites en vers. La forme n'en est pas toujours
impeccable... mais c'est le fond qui importe ici... En voici des
exemples :
« Quelqu'un a dit - et c'est avec raison
-
La femme fait, ou défait la maison.
»
- « Femme au logis la dernière
couchée,
- Et tous les jours la première
levée
- Qui, par devoir et par affection,
- Veille et gouverne avec attention,
- Qui se tenant au sein de son
ménage,
- Est douce et bonne, appliquée
à l'ouvrage...
- Femme pareille est un riche
trésor,
- Et sa maison revoit le «
-Siècle d'Or » (5).
»
Il disait par ailleurs :
« Ce qui fait le plus de plaisir aux
femmes, lorsqu'elles sont mariées, c'est de dominer. Elles
sont jalouses de cette prérogative et, lorsqu'il y a
concurrence, la discorde et le trouble ne sont pas loin.
»
Ou bien :
« Celui qui se conduit selon les
volontés de sa femme est encore plus insensé que celui
qui prend conseil de son propre coeur. »
Et encore :
« Une tête d'or et un coeur de plomb
se trouvent quelquefois dans une même personne (6).
»
Travers de
femme
Ces « Pensées diverses
» - c'est le cas de le dire... - expliqueraient que, tout en
reconnaissant l'habileté de sa femme en tant que
maîtresse de maison, Simon Lombard déplorait son «
autoritarisme » et son zèle immodéré pour
les affaires du ménage.
Joseph-Simon, gratifié par sa
mère adoptive d'une prédilection, qui explique la
manière dont il la présente, reconnaissait lui
même, plus tard, qu'elle était peut-être un peu
trop préoccupée par les questions
matérielles.
« Son ardeur à gagner du bien ne
s'est point éteinte, écrivait-il ; le poids des ans, la
crainte des infirmités, la perspective d'une grande fortune,
le défaut de postérité, rien n'a pu obliger
encore cette âme infatigable à se débarrasser de
ses nombreux soucis, à resserrer le cercle de ses occupations,
à tourner ses regards vers le repos... (7).
»
De plus, Anne Payan, n'ayant probablement
jamais quitté la campagne, manquait totalement de culture ;
les lettres qu'elle a laissées montrent, au premier coup
d'oeil, qu'elle était décidément
brouillée avec l'orthographe. Et c'est peut-être ce
défaut de culture qui, plus que tout le reste, décevait
Simon Lombard. Lui, dont le développement intellectuel
dépassait certainement de beaucoup celui de la majorité
de ses collègues, il devait déplorer que sa compagne
fût avec lui, sur ce point, en si incomplète
harmonie.
Certes, les Eglises de ce temps ne demandaient
pas aux femmes de pasteurs de jouer un rôle de premier plan.
Pourvu qu'elles fussent honnêtes et bonnes, et qu'elles
soutinssent moralement leur époux, c'était - avec
raison peut-être - tout ce qu'on exigeait d'elles. Mais Simon
Lombard lui-même aurait souhaité davantage et, sans
aucun doute, il fut déçu.
Mort d'Anne
Payan
Rien ne permet d'affirmer,
d'ailleurs qu'il souffrît vraiment d'une manière
profonde. Pendant les dix-sept ans que vécut Anne Payan, il
rendit toujours hommage à sa fidélité, à
ses sentiments affectueux, à sa piété même
(8). Elle mourut le 31 janvier 1796,
après une longue et douloureuse maladie ; mais son agonie fut
« des plus douces » et c'est dans « les dispositions
les plus édifiantes » qu'elle rendit le dernier soupir
(9).
Activité de S
Lombard à Bouquet.
Peu après son arrivée
à Bouquet, Simon Lombard s'était attelé à
une importante « Etude sur l'Ecriture Sainte »
(10). Cet ouvrage, d'une centaine de
pages manuscrites, réparties en quatre cahiers, affecte une
forme scientifique. Il le composa probablement à l'intention
de ses proposants, peut-être de son frère
Siméon.
LE GUIDON DU
BOUQUET
vu des
hauteurs de St-Just
En effet, le Synode de 1781 avait prescrit
à ce dernier « de se retirer chez ses parents et de
renoncer à la charge pénible de pasteur que sa mauvaise
santé le mettait hors d'état de remplir »
(11), mais, avec une
ténacité que fortifiait encore le sentiment de sa
vocation, le jeune homme se refusait à cette retraite et
poursuivait ses études chez son frère tout en
travaillant au rétablissement de sa santé(12).
« Etude sur
l'Ecriture Sainte »
L' « Etude sur l'Ecriture
Sainte » se divise ainsi : dans une première partie, qui
pose dès l'abord la nécessité pour le monde
d'une Révélation de Dieu, d'une Parole de Dieu et d'une
Parole écrite, sont exposés les « attributs de
l'Ecriture », son authenticité, son
intégrité, sa vérité, sa divinité,
son autorité, sa perfection et sa clarté.
Dans une seconde partie, sont fixés les
« usages de l'Ecriture », savoir « la lecture et
l'interprétation » qui, loin d'être
réservées, comme le prétend l'Eglise Romaine
à l'élite des « sacrificateurs », sont
recommandables à tous.
Dans une troisième et dernière
partie, sont étudiés, à la lumière
même de l'Ecriture, les principaux dogmes de la Religion
chrétienne sur lesquels catholiques et réformés
s'opposent, en particulier, les grandes notions de Rédemption
et d'Eglise.
Controverse
C'est de la controverse que fait
là Simon Lombard, et il ne s'en cache pas : il s'attaque
à la messe, aux indulgences, au Purgatoire, à
l'invocation des saints ; il s'élève contre le
mérite des bonnes oeuvres, la confession, l'absolution et, en
général, contre tous les dogmes romains qui soutiennent
l'autorité des chefs extérieurs de l'Eglise et
s'appuient sur elle.
Simon Lombard manifesta toujours un
intérêt particulier pour la controverse. Il travailla
longtemps a un « Dictionnaire des innovations religieuses et
romaines » (13), que d'ailleurs il n'acheva
jamais.
Son activité à Bouquet fut
essentiellement marquée par un nouvel effort en faveur de la
jeunesse. Ayant eu l'occasion de remarquer que les enfants de la
campagne n'avaient souvent, pour toute instruction religieuse, que
l'étude du catéchisme, il comprit la
nécessité de leur offrir un ouvrage à la fois
court, précis et complet, qui pût servir de base solide
à l'enseignement apporté par la prédication.
C'est alors qu'il composa son « Instruction pour les
Catéchumènes » en quinze chapitres (14).
Autre ouvrage :
« L'Instruction pour les catéchumènes
»
Du point de vue doctrinal, cette
« Instruction... » ne diffère en rien des travaux
précédents, mais elle présente une disposition
et une forme nouvelles. Aux questions simples et directes,
répondent des affirmations précises, arc-boutées
par un verset biblique bien choisi. Les qualités
pédagogiques de Simon Lombard apparaissent ici, à
plusieurs indices, qu'il est facile de relever.
Souci
pédagogique
Il sait que, dans l'esprit de
l'enfant, les raisonnements se forment surtout par associations
d'idées, aussi fait-il un effort soutenu pour lier les
différentes parties de son « Catéchisme »,
pour créer entre elles un enchaînement logique. Aucun
paragraphe ne vient s'accoler au précédent sans qu'un
mot, une idée ne l'amorce, facilitant ainsi le travail de
mémorisation demandé à l'enfant.
D'autre part, pensant particulièrement
aux catéchumènes les moins, doués de
mémoire, il fait en sorte que les idées essentielles
soient contenues dans la première partie des réponses
les plus longues, qu'il délimite par un tiret et que tous ses
élèves doivent savoir.
Commençant son ouvrage par le Symbole
des Apôtres, le Décalogue et la prière
dominicale, qu'il tient à ce que ses
catéchumènes apprennent par coeur, Simon Lombard le
termine - idée très heureuse - par le « formulaire
» auquel ils auront à répondre au moment de leur
réception à la Sainte-Cène suivi lui-même
d'un exemple des prières qu'ils pourront prononcer avant et
après la Communion.
Un formulaire
à l'usage des catéchumènes
Ce formulaire est-il de Simon
Lombard lui-même, ou bien fut-il élaboré par le
Synode ?... Quoi qu'il en soit, il mérite de trouver ici sa
place en entier.
« D. - Vous qui souhaitez d'être
admis à la Sainte-Cène, et qui avez été
instruits des vérités de l'Evangile, êtes-vous si
bien persuadés de ces vérités que rien ne puisse
vous faire renoncer à la religion chrétienne et que
vous soyez prêts à tout souffrir plutôt que d'en
abandonner la profession ?
R. - Oui.
D. - Vous êtes-vous
éprouvés vous-mêmes et êtes-vous
résolus à renoncer au péché et à
régler toute votre vie sur les commandements de Dieu ?
R. - Oui.
D. - Comme dans le Sacrement de la
Sainte-Cène, nous faisons profession d'être tous un
même corps, voulez-vous vivre dans la paix et dans la
charité, aimer sincèrement vos frères et leur en
donner des marques dans toutes les occasions ?
R. - Oui.
D. - Pour affermir toujours plus votre foi et
votre piété, promettez-vous de vous appliquer avec soin
à la lecture et à la méditation de la Parole de
Dieu et à la prière, de fréquenter
assidûment les Saintes Assemblées et d'employer tous les
autres moyens que la Providence vous fournira pour avancer votre
salut ?
R. - Oui.
D. - Confirmez-vous donc sincèrement et
de bon coeur le voeu de votre baptême qui vous oblige à
renoncer au monde et à ses vanités, à combattre
vos passions, à vous consacrer à Dieu et à
Jésus-Christ, et à vivre constamment dans la
tempérance, dans la justice et dans la piété ?
»
A cette dernière question, les
catéchumènes ne devaient pas seulement répondre
par un « Oui », articulé peut-être du, bout
des lèvres, sans courage ni conviction, mais par cette
vaillante déclaration de foi, véritable acte de
consécration :
Une
déclaration
« Oui, nous ratifions et nous
confirmons le voeu de notre Baptême. Nous renonçons au
Diable et à ses oeuvres, au monde et à sa pompe,
à la chair et à ses convoitises, nous promettons de
vivre et de mourir dans la foi chrétienne et de garder les
commandements de Dieu tout le temps de notre vie (15).
»
On pourrait trouver étrange que promesse
aussi solennelle fût imposée à des enfants. Aussi
bien n'était-ce plus à des enfants que le pasteur de
Bouquet lui-même demandait de tels engagements. La plupart de
ses catéchumènes étaient des jeunes gens,
presque des hommes et des femmes.
L'âge des
catéchumènes
Sur une liste de vingt-deux
élèves, dressée par Simon Lombard, et qui
comprend treize garçons et neuf filles, on relève : un
catéchumène de dix-neuf ans, deux de dix-huit, onze de
dix-sept, trois de seize, quatre de quinze et un seulement
âgé de treize ans (16) ; c'est-à-dire que les
trois-quarts d'entre eux au moins ont plus de seize ans. Il serait
certainement à souhaiter que l'Eglise du XXe siècle
observât encore cette proportion.
Joseph-Simon
Lombard
Peu après son installation
à Bouquet, Simon Lombard avait mis son fils au Collège
d'Uzès. Il devait l'y laisser jusqu'après la mort de
son grand-père Malarte, en 1783. Joseph-Simon était un
garçon sympathique, mais d'une santé fragile qui
influait sur sa sensibilité et lui faisait un caractère
quelquefois difficile.
En 1784 - il avait seize ans - son père
le ramena du Collège, alors qu'il était en
troisième, pour lui faire faire lui-même son instruction
religieuse, en même temps qu'au jeune Puaux, de Vallon.
A cet effet, Simon Lombard prit la peine de
composer un nouvel ouvrage auquel il donna pour titre «
Instruction chrétienne d'un pasteur à ses enfants pour
les préparer à leur première communion »
(17).
Nouvel ouvrage:
Instruction chrétienne... »
Cette « Instruction
chrétienne... » est toute différente de la
précédente. La première partie apporte aussi -
sous une forme particulière - les principes
énoncés dans les catéchismes
précités : après une exposition de la religion
en général, la personne de Dieu, dans sa
sainteté, est présentée, s'opposant à
l'homme pécheur et traitant avec lui l'Alliance de Grâce
dont les Sacrements sont la confirmation ; mais la seconde partie,
qui fait l'originalité de l'ouvrage, vise essentiellement
à disposer le catéchumène à communier
avec profit.
Un premier chapitre lui donne les «
Règles d'une bonne communion » et lui montre
l'état d'âme dans lequel il doit participer à la
Sainte-Cène (18). Le second, insistant sur la
différence fondamentale qui existe entre la communion, signe
extérieur, et la communion intérieure, seule vraiment
valable, lui montre que « les suites d'une bonne communion
» doivent être la sanctification. Il y a là des
pages d'une haute valeur spirituelle et d'une très grande
force de pénétration (19).
Le troisième chapitre, enfin, lui expose
les « motifs à la sanctification » dont les
principaux sont « l'exemple de Jésus-Christ, les
bienfaits de Dieu, et la présence de Dieu » (20).
Joseph-Simon fit sa première communion
« aux fêtes de Noël 1785... à
l'assemblée de Rossière, près de Vendras »
(21). Il avait plus de dix-sept
ans.
Il faut croire que son séjour à
Bouquet et son instruction religieuse avaient fait sur lui une assez
nette impression car, peu après, il manifesta à son
père le désir d'entrer dans la carrière
pastorale. Mais Simon Lombard devait avoir quelques réserves
à faire sur la profondeur des sentiments religieux de son fils
; il tenait, en tous cas, à ce qu'il
réfléchît mûrement avant de s'engager dans
une voie aussi sérieuse. En effet, il lui écrivit la
lettre suivante :
Lettre à son
fils
« Mon état ne veut
point d'intrus. Il faut y être bien appelé, autrement on
s'expose à n'être qu'un sujet bien médiocre. Si
l'on a des talents pour devenir habile docteur, on manque par le
côté le plus essentiel . C'est qu'on ne devient pas
zélé ministre.
Si vous vous sentez une vocation bien
décidée pour le ministère
évangélique, je n'ai garde de m'y opposer ; je
chargerais ma conscience si je le faisais. Mais faites attention
:
Les
responsabilités du ministère.
1° que mon état
n'amène point à la fortune et qu'il donne seulement de
quoi vivre ;
2° que, pour être à la
tête d'un troupeau, on n'est pas moins sous la plus grande
dépendance ;
3° qu'on est comptable devant Dieu de
mille devoirs et que le premier de tous est le renoncement à
soi-même.
Un jeune homme qui embrasse mon état par
vanité, pour avoir une occasion de paraître, pour avoir
un rang honorable, à coup sûr est un intrus,
guidé par l'amour-propre ; il n'est pas fait pour les autels
du Seigneur : il peut se sauver dans un autre état, il se
perdrait dans celui-ci.
Les dispositions
d'esprit qui accompagnent une véritable vocation
Examinez-vous bien
là-dessus. Examinez si vous avez un désir
sincère de vous consacrer à Dieu et au service de Sa
maison, un goût décidé pour l'étude et
pour le travail, un coeur disposé à la soumission et
à la dépendance, une âme, en un mot, qui veut
réellement travailler à sauver les autres, en se
sauvant elle-même. Je vous l'ai dit, si c'est là votre
inclination, je ne m'y opposerai point, et j'ajoute que je ne
négligerai rien pour votre avancement.
Je ne vous parle point de vos talents : vous
devez sentir vous-même qu'ils sont suffisants pour vous faire
devenir un bon sujet, si le coeur les accompagne.
Si, après avoir bien
considéré tout ce que je viens de vous dire, vous ne
vous sentez pas une entière inclination pour mon état,
voyez quel est celui pour lequel vous vous sentez le plus de
goût et je vous le donnerai... (22). »
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