Du « DESERT » au « REVEIL »
PREMIERE PARTIE
PREPARATION
Le Désert
1739-1764
CHAPITRE
PREMIER
PREMIÈRE JEUNESSE -
VOCATION
Vauvert - 1739-1756
Simon Lombard
Simon Lombard était
né le 14 juillet 1739. Il fut baptisé le 19 du
même mois, « à la sacristie de l'Eglise paroissiale
de N.-D. de Vauvert ».
Le premier Synode National, tenu le 16 mai 1726
en Vivarais, qui établissait « les règlements
généraux des Eglises Réformées de France
pour ce temps de persécutions », avait déjà
exhorté les fidèles à « faire bénir
leur mariage et administrer le saint baptême à leurs
enfants par les pasteurs »... « et de n'aller plus vers les
prêtres de la communion romaine » (1).
Mais il semble bien que cette prescription
n'ait pas été observée à Vauvert avant le
Synode Provincial de 1740, qui mettait en vigueur l'ancienne
discipline ecclésiastique renouvelée par Claris. En
marge même de l' « extrait batistaire » que
Métier, curé et archiprêtre de Vauvert,
établit le 10 novembre 1775, Simon Lombard nota plus tard,
expressément, qu' « en 1739, ou n'avait pas encore
commencé, à Vauvert, de faire baptiser les enfants au
Désert ou par les Ministres ».
On ne saurait donc, sans faire preuve d'une
sévérité excessive, accuser ses parents d'avoir
plié un moment devant l'autorité romaine.
L'eussent-ils fait que leur conduite
ultérieure aurait marqué un repentir suffisamment
sincère et actif pour qu'une réhabilitation
complète leur soit accordée.
Premières
années. Formation du caractère
Comment se passèrent les
premières années de leur enfant ? Aucun document ne
permet de l'établir d'une façon précise ;
quelques détails percent pourtant, çà et
là, dans sa correspondance et dans ses notes, en particulier
dans un « mémoire », d'ailleurs incomplet, des
principales circonstances de sa vie.
Il fut mis à l'école de bonne
heure et manifesta bientôt de réelles dispositions au
travail. Il se distingua de ses camarades par son esprit
éveillé et aussi par une si grande aptitude à...
écrire de la main gauche, que ses éducateurs eurent
toutes les peines du monde à lui en faire perdre l'habitude
(2).
« Ayant pris une fluxion sur les yeux
à l'âge de dix ans » (3), alors qu'il achevait sa classe de
cinquième, il dut renoncer à l'étude, et,
pendant sept années, il souffrit de ce mal qui devait lui
laisser une vue médiocre.
Avait-il été imparfaitement
soigné ? c'est possible, mais il est plutôt à
craindre que lui-même n'ait pas su ménager ses yeux. En
effet, doué d'une vive intelligence et d'un ardent
désir de s'instruire, il s'était, tout enfant,
passionné pour la lecture et passait la plupart de ses heures
plongé dans les livres trouvant en eux les maîtres qui
lui manquaient depuis l'âge de dix ans.
ABRI DE
CHASSE...
Méditatif, sérieux,
intéressé par tout ce qui touchait aux choses de
l'esprit et de l'âme, le jeune Simon acquit bientôt une
formation de caractère au-dessus de son âge. Mais cette
précoce maturité ne lui fit rien perdre de cette
sensibilité naturelle qu'il tenait de famille et dont son
frère aîné seul manquait.
Dans un écrit, assez curieux d'ailleurs,
et qu'il intitule « Mémoire des faits de mon frère
à mon égard », Simon, devenu vieux et subissant
les tracasseries de son aîné, retrace les relations
qu'il eut avec lui et les ennuis qu'il lui a causés. «
Dans ma première jeunesse - commence-t-il - pendant que
j'étais encore avec lui auprès de nos chers père
et mère, il ne me témoigna jamais aucune amitié
; et, soit qu'il fût jaloux du cas particulier que nos dits
parents faisaient de moi, soit par un effet de sa
grossièreté et de son mauvais naturel, souvent il
m'accablait d'injures et d'imprécations... », et il
termine ainsi - « Je n'écris tout ceci que pour mon fils,
afin qu'il se défie d'un oncle, qui, après moi,
pourrait le tromper lui-même (4).
»
Il n'y a, dans ces lignes, ni haine, ni
pensée de vengeance ; seule transparaît une pointe de
malice fortement aiguisée par l'amertume. Simon Lombard avait
souffert du peu d'affection de son frère plus que de ses
injustices à son endroit.
Mais, s'il avait beaucoup de coeur, le jeune
garçon avait aussi une volonté forte, un
caractère bien trempé, une nature
intrépide.
Il avait suivi de bonne heure les
assemblées qui se tenaient dans son « quartier
».
Il avait probablement assisté à
celle du 9 janvier 1752 que conduisait Fléchier (5),qui avait été surprise,
et après laquelle Bénézet, (lui s'y trouvait
aussi, avait dû subir le martyre (6).
Il avait certainement entendu prêcher
Pierre Encontre qui desservait, cette même année, la
Vaunage (7).
Il avait, sans nul doute, appris comment
Gibert, surpris dans les marais voisins, échappa à la
garnison de Vauvert, grâce à un gardien de vaches qui
lui cria le danger, mais paya de sa liberté son noble geste
(8).n
Vocation
L'exemple de tous ces pasteurs qui,
pour annoncer l'Evangile, bravaient mille dangers,
l'impressionna.
DANS LES
MARAIS DE GALLICIAN
Un jour vint où il se sentit
appelé à marcher sur leurs traces.
Il ne fait pourtant remonter sa vocation
à aucune date précise. « J'avais toujours eu -
dit-il lui-même - un ardent désir d'embrasser le
ministère ; » et son fils, commençant ses
mémoires, en 1792, écrivait
« Mon père, en venant au monde,
avait apporté un goût et des talents
décidés pour l'état de Ministre de l'Evangile.
Ni les persécutions horribles auxquelles le gouvernement
français se livrait depuis près d'un siècle
contre les malheureux protestants, ni les vives instances d'un
père et d'une mère qui craignaient de voir qu'un
échafaud ne devint un jour le prix du zèle et de la
piété de leur fils, rien ne put l'arracher à son
penchant, rien ne put détourner ses regards d'une
carrière où la religion et son coeur l'appelaient
fortement à entrer. Sitôt qu'il eût acquis les
premières connaissances dont on enrichit l'esprit de la
jeunesse, il se livra sans intervalles aux travaux qui devaient
l'amener à son but (9). »
Travaux
préparatoires
En quoi consistaient ces travaux ?
Etudes, certes, lectures nombreuses, de livres de
piété, de sermonnaires, d'ouvrages de controverse, de
la Bible surtout, mais aussi travaux pratiques.
Le pasteur officiel du colloque,
surchargé de travail, toujours en courses, a besoin d'aides.
Messages à porter, convocations aux assemblées, ordres
à transmettre aux anciens, aux fidèles, voilà de
quoi se chargent les bonnes volontés et tout
particulièrement les jeunes qui, sentant retentir en leur
coeur l'appel divin, éprouvent une secrète joie
à approcher le ministre du Christ, à vivre un peu de sa
vie, à partager quelques-uns de ses labeurs, de ses
inquiétudes, de ses dangers.
Tournure
d'esprit
Simon Lombard suivit ainsi, de
temps à autre, le jeune pasteur Saussine qui venait
d'être donné aux églises de la Vaunage. L'esprit
actif et curieux, il aimait se rendre compte des choses par
lui-même, les voir de près, entrer en contact personnel
avec elles. Il ne lui suffisait pas d'entendre parler des
difficultés, des dangers du ministère, il voulait les
frôler, les éprouver.
LA TOUR DE
CONSTANCE
vue des
remparts d'Aigues-Mortes
Cela le poussait parfois à commettre des
imprudences, à trop s'exposer.
N'eut-il pas, un jour, l'idée folle
d'aller visiter les prisonnières de la Tour de Constance
?
Il fallut toute l'autorité de son
père courroucé pour le retenir (10).
Etait-ce l'effet d'une nature aventureuse ou
légère ? Etait-ce simplement de la
témérité ?
C'était plus que cela ; c'était
mieux que cela.
Le jeune homme, ayant entendu l'appel de Dieu,
s'était donné tout entier. Il avait fait le sacrifice
de son avenir, de sa vie (11),
et il possédait l'intime conviction que sou
Maître serait avec lui partout où Il lui plairait de
l'entraîner jusqu'au jour où, comme tant d'autres, il
lui faudrait peut-être affronter la mort (12).
|