2. Grâce du Christ
Paul est arrivé au terme de son
apologie. En concluant son épître, il reprend toute
son autorité et tous ses droits d'apôtre. Il avertit,
il menace même; il proteste qu'il n'épargnera plus
les coupables, puisqu'on voudrait faire de ses ménagements
un prétexte à persévérer dans la
rébellion.... Pourtant, ce sera encore par des voeux, par
des prières et par des promesses qu'il mettra le point
final à cette lettre brûlante d'affection, dans
laquelle il achève de se donner tout entier.
Le voilà prêt à repartir
pour Corinthe. Ce n'est pas la première fois, c'est la
troisième. Les projets d'un apôtre ne sont pas, mieux
que ceux d'un de nous, certains de l'exécution. Il semble
bien, cependant, que dans le cas présent le départ
ne se retardera plus. Le pasteur en avertit son troupeau, donnant
ainsi aux perturbateurs et aux opiniâtres un délai
suprême pour venir à résipiscence. Car une
fois sur les lieux, il usera très certainement des pouvoirs
qu'il tient du Seigneur. Non pas qu'en agissant ainsi il entende
en aucune façon se faire valoir; il veut arracher, s'il est
encore temps, à des influences pernicieuses des âmes
auxquelles il donne sa propre vie. Il leur faut maintenant une
main ferme autant que bienveillante, afin de les sauver
d'elles-mêmes et de leurs ennemis; temporiser
équivaudrait à les perdre.
Examinez-vous donc, leur écrit-il. Il
en est encore temps; bientôt ce sera trop tard. Mettez-vous
vous-mêmes à l'épreuve, au lieu de contraindre
le Seigneur à vous y faire passer, car son épreuve
à lui, après vos longues résistances, ne
pourrait être qu'un châtiment. Etes-vous
déjà dans la foi? Possédez-vous dans votre
conscience le témoignage de l'Esprit, affirmant que vous
appartenez à Christ? Que Dieu en soit loué! je n'ai,
pour ma part, qu'un voeu, qu'une prière : c'est que vous
fassiez le bien. je voudrais tant ne trouver chez vous que des
sujets de joie, dussé-je vous paraître, moi, plus
faible et moins glorieux que jamais. Pourvu que vous soyez forts
contre le mal, je ne demande pas autre chose, et je
n'éprouve aucun besoin d'user de
sévérité.
Si pressantes néanmoins que soient
ces exhortations, l'apôtre entend laisser ses chers
Corinthiens sur une impression plus décisive; mieux encore
: en face d'une personne et non pas seulement d'un appel. Des
conseils, des avertissements, il en a rempli sa lettre. En
attendant de revoir ses convertis, il les placera directement en
la présence du Christ. Regardez son dernier mouvement;
écoutez son adieu; tout se concentre en
Jésus.
Vous cherchez, leur dit-il (verset
troisième), une démonstration valable que c'est bien
le Christ qui parle par moi. je vous réponds en m'adressant
à votre expérience. Voyons : ce Christ que je ne
cesse pas de vous prêcher, n'est-il donc pas puissant en
vous? Il a été crucifié, il est mort, parce
qu'il s'était rendu participant de l'infirmité
humaine. Mais il vit depuis lors, du fait même de la
puissance de Dieu dont il a été
pénétré et qui fait partie de son essence.
Pour nous, dès lors, dans la mesure où nous nous
unissons à lui, nous participons à la même
puissance. Nous vivons avec lui, nous vivons en lui. Examinez
bien. Vous ne pouvez pas vous empêcher de reconnaître
que notre prétention est justifiée, et que Christ
est en nous. Osez dire le contraire!
Oui, le Christ partout; le Christ toujours
vivant dans la personne du croyant et devenant ainsi la source de
la vie, voilà l'expérience de l'apôtre. C'est
également celle qu'il souhaite aux Corinthiens. Essayons de
nous rendre compte de ce que ces pensées
représentent.
.
I. Rayonnement du Christ.
Les sciences physico-chimiques se
préoccupent depuis plusieurs années d'une
découverte qui semble en voie de révolutionner le
champ de leurs expériences. Elles ont trouvé dans
leurs laboratoires un corps doué de
propriétés qu'on ne soupçonnait point
jusqu'alors, mais qui produit une série presque
indéfinie d'émerveillements. Très difficile
d'ailleurs à isoler, il contribue encore, par sa
rareté, par sa cherté invraisemblable, à
augmenter le mystère et le prestige qui l'entourent.
C'est le radium. Ce nom seul, d'ailleurs
heureusement appliqué, indique un corps dont l'essence
même est de rayonner toujours, un corps qui ne peut, sans
cesser d'être, cesser de rayonner. Réduit à
des dimensions infiniment petites, perdu ou comme noyé dans
des sels qui empêchent de le voir, il n'en exerce pas moins
autour de lui une action d'une extraordinaire puissance.
On en parle et sans doute on en parlera
beaucoup encore; on est loin, probablement, d'en connaître
dès à présent toutes les
propriétés. Permettez-moi de vous en signaler
quelques-unes seulement; je les emprunte à la Revue
générale des sciences pures et appliquées
(1) cahier du 15 janvier 1904, p. 19
et suivantes.
Le radium, disons-nous, rayonne. Il peut
vous prendre le désir d'arrêter au passage ses
rayons. Vous placez sur leur chemin un écran. Ils le
traverseront. On constatera leur effet à travers une
épaisseur de plomb de cinq ou six
centimètres.
Mais si, au lieu de prétendre les
retenir, vous les laissez agir librement sur d'autres corps, vous
constaterez bien vite qu'ils en illuminent plusieurs en les
rendant phosphorescents. Et cela durera longtemps, longtemps. Des
sels de radium possèdent une luminosité qui peut
continuer année après année avant de
s'éteindre. « Lord Ramsay, écrit M. le
professeur J.-B. Abelous, de l'Université de Toulouse; a
calculé qu'il faudrait 1450 années pour qu'un gramme
de radium se détruisit en émettant constamment de la
lumière et de la chaleur (2).
»
Les effets lumineux ne sont pas les seuls
que le radium produit. Il est la source d'effets chimiques
considérables. Il détruit, à la longue,
toujours par rayonnement, les facultés germinatives de
certaines graines. Il attaque la peau du corps humain et forme une
plaie, qui peut n'apparaître que bien des semaines
après l'exposition à ces rayons pendant quelques
minutes seulement. Et, comme vous le pensez, on a
tâché d'employer cette force dans un sens curatif,
pour la guérison des lupus et même du cancer ;
quelques résultats favorables ont été
déjà obtenus.
Ainsi cette substance étrange
paraît en mesure de distribuer sa force dans tous les sens
et pendant un temps fort long, sans qu'elle diminue
elle-même d'une façon appréciable. Elle
produit partout de l'énergie, sans en recevoir de
l'extérieur. Il n'y a pas besoin de la mettre en mouvement
pour qu'elle agisse : son essence est d'agir. Et dans un poids
presque insensible de cette matière, il y a suffisamment de
force cachée pour développer des
phénomènes tellement invraisemblables que
j'hésite à les mentionner ici.
Vous dirai-je, en revanche, ce qui
m'étonne au moins autant que ces faits ? C'est la
façon dont la science les accepte. Elle les enregistre
purement et simplement. Elle ne les conteste pas; elle ne crie pas
à l'impossible; elle ne signale aucun renversement des lois
de la nature. Ce dont elle eût fortement douté il y a
un demi-siècle ou moins encore, elle l'affirme à
l'heure actuelle sans hésitation. En quoi, certes, je ne
songe point à la blâmer. Qu'on lui objecte ou non que
ce sont des miracles elle ne s'en tourmente ni ne s'en offusque.
L'expérience est là, les résultats sont
patents; il faudrait être aveugle ou entêté
pour les nier. Nous les classons à leur rang.
La science a raison. Nous lui demandons
maintenant en tout respect de quel droit elle nierait ou
déclarerait faux des faits très analogues et non
moins bien constatés dans le domaine spirituel, - faits
prouvés, répétés, reproduits des
milliers et des millions de fois, bien avant que le radium
eût été découvert ?
Car enfin, n'est-ce pas ? il s'est
rencontré dans l'histoire, il y a bientôt deux mille
ans, un être vivant, un homme duquel rayonnent dans tous les
sens la lumière et la chaleur, sans que lui-même ait
jamais perdu quoi que ce soit de sa puissance propre, de son
énergie naturelle et de sa vie. Un être devant lequel
des forces ennemies ont entassé, non pas des écrans,
certes, le mot est bien trop faible, mais les obstacles les plus
formidables, les murs les plus épais et les plus
infranchissables. Et voici, les murailles ont été
franchies, les obstacles ont été percés, et
les rayons ont passé, ils passent encore, toujours aussi
brillants. Que de fois, se posant sur des grains d'ivraie
semés à pleines mains par un ennemi, ils leur ont
enlevé leur faculté germinative, empêchant
ainsi la moisson d'être irrémédiablement
compromise! Que de fois, brûlant des membranes dangereuses,
ils ont guéri des malades au moment où les
abcès du péché étaient en train de
tuer leur âme ! Voyez encore : cet être duquel jaillit
incessamment la vie ne la reçoit point de
l'extérieur, il la possède en lui-même
grâce à l'union la plus étroite avec un autre
Etre au sujet duquel il dit: « Moi et mon Père, nous
sommes un. »
Les matérialistes devront en prendre
leur parti, puisque nous sommes ici dans le domaine des faits, et
que les expliquer par la théorie des hallucinations, c'est
s'avouer battu. Une hallucination ne dure pas dix-neuf
siècles en s'étendant successivement à toutes
les contrées du globe. Dès lors, que les croyants se
réjouissent. Qu'ils ne se laissent pas enlever cette «
démonstration d'esprit et de puissance. » Qu'ils
cessent de parler d'impossible, quand ils lisent dans l'Evangile
ou qu'ils retrouvent dans l'histoire les effets prodigieux
accomplis par ces rayons tout spirituels. En vérité,
il serait plus naturel de croire à des rêveries
à propos des propriétés du radium,
qu'à propos des dix-neuf cents ans de christianisme
bientôt écoulés.
Pour nous, arrivés au terme de notre
Epître, nous ne saurions le répéter assez
haut. Nous y avons rencontré de la première page
à la dernière les rayons du Christ. C'est bien
Jésus qui parlait en Paul, parce que Paul avait le droit de
dire : « je vis, non plus moi-même, mais le Christ vit
en moi. » C'est ce même Jésus qu'il
présente et qu'il laisse aux Corinthiens, après le
leur avoir fait connaître comme celui qui s'est appauvri
afin de les rendre riches. Ce sont les rayons du Christ que que
nous avons surpris partout, et que nous avons vu resplendir tour
à tour sur l'indignation de l'apôtre et sur son
humilité. Ne vous ont-ils pas éblouis, ou peu s'en
fallait, - dans cet élan admirable où le
missionnaire vous faisait monter avec lui « de gloire en
gloire, » vous transformant peu à peu jusqu'à
l'image même de Celui que Moïse contempla par la foi,
durant les quarante jours passés sur le Sinaï. Et
n'étaient-ce pas ces rayons encore, dans toute leur
fraîcheur comme dans tout leur éclat, qui prenaient
un jour l'apôtre, au début de ses missions,
l'emportaient dans le troisième ciel, puis sur les hauteurs
du paradis, inondaient tous ses sens, lui laissaient le souvenir
de scènes ineffables, puis le reprenaient sur la terre au
moment où il y redescendait, le baignaient de leurs
effluves célestes à l'heure où
l'épreuve menaçait de dépasser ses forces,
transformaient en un don de Dieu l'écharde douloureuse
implantée dans sa chair, et les terribles soufflets dont
l'ange de Satan s'efforçait de l'accabler.
.
2. Grâce du Christ.
Mes chers lecteurs, connaissez-vous quelque
chose de ce rayonnement? Votre âme y est-elle restée
suffisamment exposée pour la destruction de tout principe
morbide, et pour la production assurée de forces vitales?
En avez-vous été éclairés et
réchauffés ? Et pour reprendre les paroles de notre
apôtre, pouvez-vous comme lui déclarer que
Jésus-Christ n'est point faible en arrivant à vous,
mais qu'il est puissant au contraire au-dedans de vous ? (v.
3.) Examinez-vous,
éprouvez-vous vous-mêmes; il n'y a vraiment pas de
tâche plus pressée ni plus nécessaire.
Etes-vous dans la foi ? Si vous n'êtes à l'heure
actuelle qu'aux abords, à l'entrée de la foi, vous
ne pouvez pas ne pas être exposés, - au moins,
dirai-je, par une partie de votre individu, - aux rayons que le
Prince de la vie ne cesse pas d'envoyer jusqu'à vous.
N'objectez pas que vous n'êtes ni missionnaires ni
prophètes: les rayons du radium n'effleurent pas seulement
quelque surface de choix en refusant de se poser sur d'autres. Ils
se lancent partout, abordent tous les écrans. De
même, ceux que projette notre Seigneur Jésus-Christ
ne sont point exclusivement destinés à des
êtres exceptionnels qui auraient tracé dans notre
monde les plus profonds sillons. Ils rencontrent un Martin Luther
dans sa cellule du couvent des Augustins, et ils font de lui un
réformateur. Sans doute; mais ils rencontrent aussi, et
sans être en rien affaiblis, un William Carrey
exerçant silencieusement son métier de cordonnier,
et ils font de lui le premier pionnier des missions anglaises chez
les peuples non chrétiens.
Parmi vous, mes chers lecteurs, un humble
ouvrier, une soeur modeste et qui travaille en silence, un
évangéliste sans profonde instruction, un
père de famille jaloux du salut de ses enfants, un
étudiant avide d'une science qui dépasse les
horizons terrestres, une diaconesse qui préfère aux
marches d'un trône une salle d'hôpital, tous
ceux-là et bien d'autres encore, mis en présence du
Christ, reçoivent de lui chaque jour, à chaque
heure, les rayons de sa gloire qui transforment en puissance leur
faiblesse. Et Paul aurait le droit de leur écrire comme aux
Corinthiens: « Ne reconnaissez-vous pas que
Jésus-Christ est en vous? »
Rayons de gloire, disons-nous. Il faut
ajouter rayons de grâce. C'est ceux-là surtout que
l'apôtre met en évidence en terminant sa lettre, se
rappelant sans doute la déclaration de l'Eternel à
Moïse: « Ma gloire, c'est ma bonté (3).
» Que la grâce du Seigneur
Jésus soit avec vous tous! écrit-il. Avec elle
viendront et l'amour de Dieu et la communion du
Saint-Esprit.
La grâce. Prenons ce mot dans toute
l'étendue et la richesse de sa signification, car c'est
bien le plus énergique et le plus doux des rayons qui
émanent de notre Seigneur. Grâce qui pardonne,
d'abord. Grâce descendue du ciel jusqu'à nous,
lorsque nous étions morts dans nos fautes et dans nos
péchés; miséricorde qui n'a pas
tranquillement attendu nos cris d'angoisse, mais qui les a
même prévenus, qui nous a cherchés et
trouvés dans notre misère et qui a revêtu de
la robe de fête de pauvres enfants prodigues. Grâce
qui réjouit, ensuite, et qui, - pourquoi donc n'y pas
songer? - rend aimables, gracieux, - j'allais dire charmants, -
ceux qui sont restés quelque temps exposés à
l'influence de ce rayon. Prenez, mes amis, cette grâce et
gardez-la précieusement. Démentez par votre vie
entière l'odieuse réputation faite à
l'Evangile dans le monde, où les esprits légers
l'accusent d'assombrir l'existence et de rendre les
chrétiens plus ou moins insupportables. Puis,
réchauffés, éclairés par ces rayons,
devenez à votre tour des centres de chaleur et de
lumière, dans le milieu où Dieu vous a
placés. Ne croyez pas qu'il suffise de changer de ville ou
de pays pour recevoir les rayons de la grâce. Non; c'est la
position qui doit changer. Il faut se mettre à genoux, ou
prendre la posture et l'humilité du péager de la
parabole. Alors, même s'il reste quelque écran, - et
il en reste presque toujours, - il sera traversé; le rayon
vous atteindra. Aussitôt, comme un miroir fidèle, -
si vous aimez mieux, comme un radium spirituel soudainement
développé, - vous rayonnerez à votre tour.
Dans votre famille, dans votre atelier, à votre comptoir,
sur les bancs du collège ou de l'université, tout
autour de vous se multiplieront les centres lumineux, et cette
lumière réjouira vos yeux et vos coeurs pour
l'éternité.
« Le Dieu de toute consolation nous
console dans toutes nos afflictions. » Ainsi
commençait notre épître. « Que la
grâce du Seigneur Jésus soit avec vous tous ! »
Ainsi nous la terminons. L'affirmation et la prière se
rejoignent, et nous attendons fermement l'exaucement; en
vérité la grâce du Seigneur Jésus nous
accompagnera de ses rayons immortels!