2. Apôtre vrai
Il est bien difficile et bien dangereux de
faire sa propre apologie. C'est surtout malaisé pour un
chrétien en vue, pour un ministre de Jésus-Christ,
pour un apôtre. Nous ne voyons guère d'entreprise
plus délicate, - au point de nous demander s'il ne
conviendrait pas d'y renoncer absolument. Paul a fort bien senti
cette difficulté. Ne vient-il pas d'affirmer, à la
fin du chapitre précédent, que, si l'on veut se
glorifier, on n'est admis à le faire que dans le Seigneur.
Or il va se comparer maintenant, non aux préceptes du
Christ, mais à la conduite de certains personnages
remuants, agités, au verbe très haut, et il
entreprend cette comparaison avec la résolution bien
arrêtée de démontrer sa
supériorité sur eux. Quelle imprudence, n'est-ce
pas? Et puis, en contradiction avec les principes posés
tout à l'heure, c'est se glorifier par des
considérations tout humaines.
L'apôtre devine sans peine qu'on va
lui faire ce reproche, aussi l'aborde-t-il le premier avec sa
franchise coutumière. Oui, dira-t-il : vous m'accuserez
d'imprudence, de folie peut-être. je suis prêt
à m'en accuser moi-même. Toutefois, accordez-moi un
instant de patience. Supportez-moi. Vous en avez
déjà pris l'habitude; continuez encore un peu.
Examinez impartialement les faits. Après cela concluez,
mais pas avant.
Pour préparer cette conclusion, Paul
renonce à des ménagements qu'il a longtemps
gardés avec ses adversaires, mais qui n'ont rien obtenu
d'eux. Levant cette fois tous les voiles, il s'efforce de projeter
sur eux et sur lui-même les rayons de l'histoire. Aux
menées louches des semeurs de discordes, il opposera les
résultats de son activité. Et bien vite cette
comparaison deviendra un véritable acte d'accusation, un
réquisitoire en forme contre les faux apôtres. Trois
points sont relevés contre eux. Leur prédication :
ils annoncent un Christ de leur façon, incapable de sauver
; un Esprit mondain, auquel la sainteté fait défaut
; un Evangile qui ne renferme rien de la bonne nouvelle. Leur
cupidité: sous de beaux semblants de
désintéressement, ils pressurent les Eglises, et
visent beaucoup moins à convertir les âmes
qu'à s'assurer de riches émoluments. Leur hypocrisie
: tout en eux est feinte ou masque; pour mieux couvrir leur jeu,
pour endormir plus sûrement leurs auditeurs, ils se
déguisent en ministres de la justice.
Reprenons ces trois points, avant de
regarder le portrait d'apôtre opposé à la
caricature.
.
I. Les hypocrites.
Il ne faut pas s'attendre à
rencontrer ici leurs noms ; c'est une remarque déjà
faite. Nous ne connaîtrons pas mieux leur nombre. Au fond,
il importait peu à l'apôtre; il ne nous importe pas
davantage. Et de leur histoire nous ne saurons que les traits fort
abrégés consignés dans notre Epître.
Mais, pour anciens qu'ils soient, leurs procédés
ressemblent fort à des agissements modernes; en les
démasquant, Paul a rendu le plus grand service à
l'Eglise de tous les temps.
En premier lieu, donc, la
prédication. Ces déclamateurs faisaient des sermons
remplis de mots chrétiens ; on y retrouvait à peu
près toute la terminologie évangélique.
Seulement, ils donnaient à ces termes une signification
toute contraire à celle que l'apôtre avait
établie ; contraire aussi à l'usage dont l'Eglise
chrétienne ne s'est point départie. Ils parlaient de
Jésus, par exemple. Oh! son nom revenait très
fréquemment dans leurs discours; ils le prononçaient
avec admiration; ils se réclamaient de son exemple et de
ses enseignements ; ils n'avaient, semblait-il, pas assez d'encens
à brûler devant sa mémoire. Mais les nuages de
cet encens réussissaient à merveille à voiler
la face du crucifié. On arrachait de sa tête la
couronne d'épines, et l'on mettait à la place un
bandeau de philosophe. Pas de rédemption, ni d'expiation.
Jésus modèle, Jésus martyr ou Jésus
docteur; bien. Jésus Sauveur, non! L'homme n'a pas besoin
d'être sauvé; ou bien il trouvera toujours moyen de
se sauver tout seul. Ne lui suffit-il pas de s'améliorer
selon ses forces ou selon ses caprices. Le rabbi de Nazareth lui
fournit un bel exemple; il n'y a qu'à le suivre....
Mes amis, est-ce du premier siècle
que je parle, ou du vingtième, et ces rhéteurs de
Corinthe ne prêchaient-ils pas une théologie encore
singulièrement en faveur de nos jours; théologie de
phrases et d'équivoques, dans laquelle il n'est pas besoin
de s'établir longtemps pour répéter la
plainte de Marie-Madeleine: « On a enlevé mon
Seigneur, et je ne sais où on l'a mis (1).
»
Quand le nom de Jésus a perdu,
même dans des cercles religieux, son sens historique, il ne
faut pas s'étonner qu'il en advienne de même au
Saint-Esprit. Il se trouve bientôt réduit à la
condition d'influence vague, imprécise, venant on ne sait
d'où, allant on ne sait où, faisant on ne sait quoi,
mais perdant, en tout cas, l'influence
régénératrice et sanctifiante que nous lui
avions connue. L'Evangile, naturellement, partage le même
sort. Bonne nouvelle de quoi? de qui? Puisque le pécheur,
désormais, se passe de salut, il serait absurde de le lui
annoncer, et il n'a que faire de l'Evangile. Il consentira,
peut-être, à écouter encore le sermon sur la
montagne; mais il ajoutera fort posément : « J'ai
observé toutes ces choses dès ma jeunesse. » Et
il retiendra le Nouveau Testament, - s'il le retient, - comme un
code déjà quelque peu vieilli des libertés
civiles et politiques, en attendant de s'en servir pour patronner
les licences.... On prêchait cela dans Corinthe, et il y
avait des gens pour le croire.
Ces mêmes prédicateurs, en
second lieu, cachaient sous de beaux airs de
désintéressement une avidité insatiable. Ils
épuisaient les Eglises qui leur donnaient asile; ils
vivaient largement aux dépens de ces troupeaux dont ils
s'instituaient les bergers et qu'ils conduisaient loin de
Jésus. Semblables aux scribes et aux pharisiens hypocrites,
ils « dévoraient les maisons des veuves (2)», - et probablement d'autres
encore, - transformant, je n'ose pas dire la piété,
mais les apparences de la religion en moyens de lucre. Ce mode de
faire les gênait bien un peu. Ils ne pouvaient
s'empêcher de voir l'exemple donné par Paul dans ce
domaine si riche en pièges, et cet exemple les condamnait.
Ils croyaient échapper, néanmoins, par des
procédés de conspirateurs. D'une part, rejetant sur
l'apôtre leur propre hypocrisie, ils l'accusaient hautement
d'égoïsme calculateur. Il a beau s'en cacher,
insinuaient-ils, nous savons fort bien qu'il accepte à
l'occasion de riches souscriptions pour subvenir à ses
besoins. Il en a reçu, par exemple, de Philippes et de
Thessalonique. S'il n'en accepte pas du troupeau de Corinthe,
c'est uniquement parce qu'il aime beaucoup moins cette Eglise que
celles de la Macédoine. Il n'est donc point un pasteur
dévoué; c'est un mercenaire intéressé.
D'autre part, ces adversaires hargneux insistaient sur le droit
laissé par Jésus-Christ lui-même à ses
ministres de réclamer un salaire. En sorte que, pour les
observateurs superficiels, formant toujours la grande
majorité, c'était l'apôtre qui se
détournait de la simplicité
évangélique. Il faisait du super-christianisme. Il
ne cherchait qu'à se grandir en rabaissant des ouvriers
plus fidèles que lui !
Vous aurez admiré ce raisonnement
inattaquable : si tu acceptes des secours, tu es un homme
intéressé; si tu les repousses, tu es un
orgueilleux! Mais depuis quand la haine se pique-t-elle de
logique?
Enfin, et ce troisième
caractère de la campagne dirigée contre Paul
découle naturellement des deux précédents, -
ces habiles discoureurs se faisaient passer pour les seuls
ministres authentiques de la justice. Or, comme le contraire de la
justice c'est l'iniquité, comme l'instigateur de toute
iniquité c'est le prince de ce monde, Satan, les
prétentions des accusateurs de Paul revenaient directement
à le représenter, lui, comme un ministre de Satan.
Ah ! cette fois, l'apôtre n'y tient plus. Saisissant
à pleines mains l'épée qu'on dirige contre
lui, 'il la retourne et la plonge tout entière dans la
conscience des faux dévots.... Vous, leur dit-il avec une
poignante ironie, vous vous déguisez en apôtres de
Christ (v. 13). Eh! c'est bien
possible, après tout. Ce n'est même nullement
étrange. Ne sait-on pas que Satan se déguise en ange
de lumière. Ce que fait le prince, les sujets l'essaient
après lui. Il n'y a rien là
d'étonnant!
Hélas! encore un trait qui
n'appartient point exclusivement au premier siècle de
l'Eglise, ni à aucun siècle de son histoire
plutôt qu'à un autre. Nous le retrouvons à
toutes les époques et sous tous les cieux. Que de paroles
religieuses, que d'habitudes pieuses, d'oeuvres pies, ainsi qu'on
s'exprime volontiers, derrière lesquelles on surprendrait,
en regardant bien, le ricanement de Satan et les suggestions de
ses anges! Que de théories formulées avec art
amenant, disait-on, une sainteté supérieure et
conduisant sur les plus hauts sommets de la vie chrétienne,
mais dont les missionnaires ont tristement fini devant la police
correctionnelle ou dans des asiles d'aliénés ! Que
de sociétés fondées sur les règlements
les plus stricts, déployant le drapeau le plus orthodoxe,
ont petit à petit conduit leurs membres à se croire
supérieurs même à la loi du Christ, à
mélanger des moeurs païennes à des professions
de foi chrétiennes, à justifier enfin des scandales
par cette redoutable excuse : un saint ne peut plus
pécher!
Rien d'étonnant!
répéterons-nous avec notre apôtre. Cela ne
veut certes pas dire : rien de triste! il n'y a peut-être
rien de plus navrant; mais rien d'étonnant cependant. C'est
la conséquence d'un principe, le résultat d'une
influence. C'est l'oeuvre bien conduite du plus terrible ouvrier :
il arrive à Satan lui-même de se déguiser en
ange de lumière.
.
2. Apôtre vrai.
Quittons, mes amis, ce spectacle affligeant
entre tous. Séparons-nous de cette société
compromettante et cherchons le véritable apôtre. Au
surplus, nous l'avons déjà trouvé. Le
voilà devant nous; c'est bien saint Paul. Il ne se
déguise pas, lui. Il a horreur des tromperies et de la
duplicité. Il nous a, sans ambages,
révélé ses faiblesses. Il a bien maintenant,
quelque droit de nous parler de ses gloires, car elles ne sont pas
autre chose que des manifestations de la gloire de Dieu. Le
contraste avec les faux apôtres est complet.
D'abord sur le terrain de la
prédication. Loin d'annoncer un nouveau Jésus,
produit de la fantaisie, c'est au Jésus vrai, à
celui de Bethléhem et de Golgotha, que Paul a conduit les
Corinthiens, dès les premiers jours de son apostolat.
Avez-vous remarqué toute la fraîcheur, toute la
grâce de l'image dont il se sert? Reprenant la figure que
Jean-Baptiste s'appliquait un jour à lui-même, il se
compare à l'ami de noce. Or. chez les juifs, le rôle
de l'ami de noce ne consiste pas seulement à choisir et
à recevoir des cadeaux, puis à porter un toast dans
le banquet. Sa tâche est plus noble. Un de ses devoirs
quotidiens est de veiller à la réputation de la
fiancée, d'empêcher que la moindre tache ne vienne
à la ternir. Le jour du mariage arrivé, il va
chercher la jeune fille pour la présenter à son
époux. Ainsi a fait saint Paul. La fiancée,
c'était l'Eglise de Corinthe. L'époux,
c'était le Seigneur Jésus-Christ, celui dont il
écrira plus tard aux Ephésiens : « Maris, aimez
vos femmes comme Christ lui-même a aimé l'Eglise.
» Or, l'apôtre sait bien que l'épouse est
menacée par de nombreux ennemis. Il en connaît un, en
particulier, leur chef et leur conducteur à tous: Satan. Il
se rappelle que ce tentateur a rencontré Eve, dès
les débuts de notre histoire, et qu'il a réussi
à la faire tomber dans ses pièges. Il ne veut pas
que Satan triomphe dans Corinthe. Il luttera, lui Paul, contre cet
infatigable séducteur; il ne se laissera pas enlever la
fiancée qu'il a juré de défendre ; il
présentera l'Eglise à Jésus comme une vierge
chaste. Touchante application d'un des récits de l'Ancien
Testament, tenu pour vrai par l'apôtre et amené ici
avec un singulier à-propos. Preuve non moins touchante de
la manière dont il envisageait l'oeuvre pastorale. Elle
consistait, pour lui, à présenter les âmes
à Christ comme une épouse à son époux
(3).
Mais que dira ce même pasteur dans la
question souvent compliquée et mal entendue du
désintéressement ! Il dira tout simplement la
vérité ! Cet homme qui paraissait tout à
l'heure si fier au moment où il remplissait ses devoirs
d'ami de noce, avouera sans la moindre honte sa pauvreté et
la nécessité où il s'est trouvé
d'accepter des secours d'anciens paroissiens. Paul a donc
été un assisté ? Eh ! parfaitement. Son
maître l'a bien été. Vous n'avez pas
oublié ce qu'il nous rappelait naguère, savoir que
Jésus a vécu comme un pauvre. Des femmes venues de
la Galilée l'assistaient de leurs biens : Jésus ne
refusait pas. Des chrétiens de la Macédoine,
apprenant la gêne de leur missionnaire, lui faisaient
parvenir des subsides. Il a accepté. Où est le mal?
Où est la tache sur la réputation du gardien de
l'épouse? Oui, cet apôtre intraitable sur les
questions d'honneur, a reçu au moins deux fois des envois
d'argent destinés à subvenir à ses besoins, -
et il ne les a pas renvoyés. Au surplus, ils n'ont pas
suffi; et il n'a jamais voulu ne vivre que de secours, aussi
longtemps du moins qu'il conserva sa liberté. Il tenait
à pourvoir le plus possible à ses dépenses
par le travail de ses mains. Il y eut des époques où
son métier de couseur de tentes lui rapportait assez pour
défrayer même quelques-uns de ses compagnons. Mais
dans Corinthe, sans doute, les débuts furent difficiles;
les gains restèrent quelques semaines trop faibles. Alors
le missionnaire accepta des subsides.
Fort bien. Mais pourquoi seulement ceux du
dehors? Pourquoi n'a-t-il jamais voulu rien devoir aux
Corinthiens? Cette fois, c'est de l'orgueil ou de la
partialité ; pas moyen de l'en blanchir tout à fait.
S'il avait aimé les Corinthiens comme il aimait les
Philippiens, il n'aurait pas attendu leurs offres; il les aurait
provoquées. Evidemment, - et après l'avoir
murmuré tout bas, on se mettait à le'
répéter très haut, - évidemment il
n'aimait pas les Corinthiens!!
Voilà la vilenie lâchée.
Comment Paul y répondra-t-il? Il n'y répondra rien
du tout. Il s'en remet au jugement de Dieu. Dieu le sait, dit-il.
Et sur cette phrase si courte et si puissante, il se hâte de
passer à autre chose. Mais il se tient si peu pour battu
qu'il ajoute aussitôt « Ce que je fais, c'est ce que je
ferai encore. » Bel exemple, mes chers lecteurs. Vous
admettez sans doute que nous rencontrons de par le monde des
accusations trop basses, ou trop bêtes, pour être
relevées. Peut-être vous sentez-vous disposés
à n'y opposer que le dédain. Prenez garde;
dédain et orgueil se tiennent de très près,
et l'orgueil marche au-devant de l'écrasement. Paul fait
mieux. Il en appelle à Dieu. Le pouvez-vous comme lui?
Alors tout va bien. Dieu n'abandonne pas les siens.
Comprit-on, dans Corinthe, toute la
distinction de la conduite du pasteur? Ces têtes chaudes
ont-elles fini par se calmer? L'Eglise a-t-elle rendu justice aux
mobiles de son apôtre? je le crois, je l'espère. En
tout cas, plus nous essayons d'analyser les principes qui ont
dicté les décisions de Paul, plus nous nous sentons
contraints de convenir qu'il agissait sous la direction de
l'Esprit-Saint. Un seul subside accepté de Corinthe, et les
langues acharnées après lui le transformaient en un
prêtre cupide, vivant aux dépens de son
troupeau.
Un dernier point restait. Paul signalait
plus haut ses adversaires comme des hommes auxquels manque le
courage de se montrer tels qu'ils sont. Ils se déguisent,
disait-il d'eux. Le moment est venu de révéler ce
qui se cache sous ce déguisement. Il faut, une bonne fois,
nommer les choses et les gens par leurs noms, déchirer les
voiles dont les séducteurs se couvrent. Ils passent pour
travailleurs. Le missionnaire ne leur conteste pas cette
qualité. Oui, ils travaillent ; ils travaillent même
beaucoup; ils se donnent assez de peine et font assez de bruit
pour qu'on ait au près et au loin connaissance de leurs
travaux. Malheureusement, leur but n'est pas saint ; leur oeuvre,
dès lors, ne l'est pas non plus. Et quel titre
méritent-ils? Oh! ils en méritent beaucoup. Paul ne
les leur ménage pas; ouvriers rusés, trompeurs,
apôtres menteurs, qui ne sont pris pour apôtres de
Christ que par suite de leur déguisement : bons
apôtres, disons-nous quelquefois en un langage demi
plaisant. Faux apôtres, dit le disciple du Christ en un
langage sérieux qui ne plaisante point. Oui, faux,
malgré l'éclat dont ils ont su entourer leur titre.
Il y a des perles fausses et de l'or faux. Hélas! ce n'est
pas toujours dans l'Eglise qu'on en trouve le moins.
Mais ici encore le pasteur s'abstiendra de
prononcer un jugement définitif, Il attend la fin alors,
les oeuvres jugeront les ouvriers, et l'on connaîtra l'arbre
à son fruit. Nous ne sommes pas renseignés sur le
sort des détracteurs de Paul; nous le sommes sur le sien.
Or, à ne juger que par les apparences, c'est lui qui a
succombé dans la lutte engagée. Arrêté
par ses propres compatriotes, livré au pouvoir romain,
c'est-à-dire à Néron, il a péri comme
un malfaiteur. Aucun des faux apôtres, à notre
connaissance, n'a dû poser sa tête sur le billot
fatal. On les a laissés tranquilles. Peut-être
ont-ils gagné beaucoup de cet argent dont ils reprochaient
à l'apôtre d'être si avide. Mais comparez
à leurs fruits ceux laissés par saint Paul. Ici, -
j'emprunte le langage de Bossuet, - le missionnaire «
sèmera plus d'Eglises que Platon n'a gagné de
disciples par cette éloquence qu'on a crue divine. »
Là, des paroles de fiel, des insinuations méchantes,
des divisions jetées à pleines mains, voilà
tout ce qui restera de ces oeuvres de ténèbres
entreprises ou soudoyées par les ouvriers trompeurs,
déguisés en apôtres du Christ.
Je me trompe. Sans le vouloir ils nous ont
laissé autre chose. Nous leur devons une des plus grandes
pages de la correspondance de Paul, un coup d'oeil
pénétrant tout d'un coup dans sa vie de
consécration et de souffrances. C'est le tableau que nous
réserve la fin du chapitre onzième.