3. Exemple du Christ
La première partie de notre
épître est terminée. Elle parlait du
passé. La deuxième s'ouvre ici, on peut l'intituler
: « le présent, » ou, plus exactement encore,
« la collecte. »
C'est en effet d'une collecte pour les
indigents que Paul va nous entretenir pendant deux chapitres
consécutifs. Sujet, penserez-vous peut-être, d'un
ordre inférieur et d'une importance secondaire.
L'apôtre n'est pas de cet avis; le Seigneur Jésus non
plus, car il s'arrêta, certain jour, pour regarder les
offrandes déposées dans les troncs, aux abords du
temple, et il nota soigneusement les deux pites de la veuve
(1). je vous rappelle également
une des plus belles scènes du désert dans l'histoire
d'Israël. Moïse avait organisé une collecte parmi
le peuple pour la construction du tabernacle. Elle réussit
à merveille, vous savez; il fallut arrêter le
zèle des donateurs, ils apportaient trop (2). Nos missionnaires, aujourd'hui,
font des expériences analogues; ils obtiennent des
nègres et des Chinois, des Hindous et des Mandais, des
contributions considérables, volontairement mises à
part pour le service de leurs Eglises.
Je reviens à saint Paul. Volontiers
vous voyez en lui le missionnaire type. Serait-ce
exagéré de le considérer aussi comme le
collecteur modèle. De sa conversion à sa mort, il
n'a cessé d'annoncer l'Evangile; de son premier
séjour dans Antioche jusqu'à la fin de son
troisième grand voyage, il n'a pas manqué une
occasion de solliciter les dons des fidèles en faveur de
leurs frères pauvres. Et lui qui n'aime certainement pas
à raconter ce qu'il fait, il insiste pourtant maintes fois
sur cette oeuvre spéciale, parce qu'il y voit un mandat
capital de son apostolat.
Eh bien, à l'époque actuelle
où les appels à notre libéralité
augmentent d'année en année, - entendus, je me
hâte d'en convenir, par des chrétiens de plus en plus
généreux, - à notre époque, dis-je, il
ne sera pas inutile d'examiner le principe et la pratique de
l'apôtre dans cette question. Paul entend vous montrer la
beauté et les mobiles d'une collecte chrétienne. Il
les résume en trois affirmations, très faciles
à retenir
- 1. Donner est une grâce.
- 2. Pour donner, il faut d'abord se
donner.
- 3. Pour se donner, il faut appartenir au
Christ. Suivons son raisonnement.
.
I. Donner est une grâce.
Deux mots d'histoire, afin de montrer sur ce
point particulier l'oeuvre de Paul en accord avec ses
exhortations.
Avant même de commencer ses voyages
missionnaires, il vient d'Antioche à Jérusalem pour
apporter avec Barnabas le produit d'une souscription faite en
faveur des indigents (3)
: l'Eglise mère doit recevoir de ses
filles des moyens de subsistance. En arrivant dans la ville
sainte, l'apôtre put se convaincre que les beaux temps de la
communauté des biens étaient passés. Personne
ne disait plus que ce qu'il avait appartenait à tous
(4). On trouvait de nouveau des
pauvres dans Jérusalem. On en trouva toujours, et Paul n'a
pas cessé de collecter pour eux. Les chrétiens
riches n'abondaient alors nulle part, mais les plus petites
fortunes se faisaient un honneur et un devoir de venir en aide aux
frères nécessiteux. Leur zèle, constamment
stimulé par Paul, ne pouvait se refroidir.
Quand la conférence de
Jérusalem vote ses dernières résolutions,
elle recommande au missionnaire des païens de se souvenir des
pauvres. « je n'y ai jamais manqué, » dit-il
ailleurs en rappelant ce mandat (5).
Dans sa première épître aux
Corinthiens, il recommande aux fidèles de mettre à
part le premier jour de la semaine en vue de la collecte. Il
ajoute que cette manière de faire existe
déjà, grâce à ses soins, dans les
Eglises de Galatie; elle porte donc de bons fruits (6).
Maintenant il reprend toute la question ex
professo. Il n'y consacre pas moins de deux chapitres. Non content
de l'envisager sous toutes ses faces, il l'élève
à la plus grande hauteur, car il donne pour mobile
inspirateur d'une collecte chrétienne l'exemple même
du Christ. Vous comprenez, sans doute, pourquoi il n'a pas
traité ce sujet plus tôt : les Corinthiens n'auraient
pas compris, ou bien auraient regimbé. Comment presser un
troupeau de préparer des offrandes pour l'arrivée
d'un pasteur dont il se défie ? Il fallait donc, avant
tout, dissiper les malentendus et rétablir la bonne
harmonie. Tite vient d'annoncer que cette victoire est
remportée. Plus de nuages entre les convertis et le
missionnaire; celui-ci, dès lors, peut demander : il
demande.
Mais, l'avez-vous observé? Dans cette
longue exhortation où les conseils pratiques alternent avec
les pensées les plus profondes, Paul ne prononce pas une
fois les mots d'argent ni d'or. Il ne parle ni de sicles ni de
deniers. Il ne pousse pas des cris de détresse pour
dépeindre les besoins auxquels il faut subvenir. Il ne
pressure pas les Corinthiens comme on presse une grappe pour lui
faire rendre tout son jus. Il se sert successivement des termes
les plus variés et les plus aimables, pour pousser ses amis
à des sacrifices. Mais il n'impose rien; il n'énonce
aucune somme à réunir coûte que coûte
dans un temps donné. Il demande avec joie et veut des
donateurs joyeux. Pour lui, il s'agit d'un service égal
à celui de la prédication; pour eux, d'une preuve de
leur foi et de leur bonne volonté; pour tous, d'une
grâce. Et il paraît qu'il tient beaucoup à ce
dernier mot, car il ne l'emploie pas moins de cinq fois en douze
versets.
Une grâce? Voilà qui vous
étonne, je suppose. Encore passe s'il était
uniquement question de ceux qui vont recevoir. Mais pas du tout :
l'apôtre applique cette expression beaucoup plus encore
à ceux qui donneront. Il n'y a pas moyen, en particulier,
d'entendre autrement le verset septième, où il
insiste sur le devoir d'augmenter les contributions ; il appelle
cela : « abonder dans cette grâce. »
N'est-ce pas? c'est un peu raide; un peu
extravagant; ou décidément trop mystique, diront les
plus modérés.... Mais pourquoi raide? Pourquoi
mystique? Est-il donc si étrange de découvrir un
privilège, par conséquent une grâce, dans le
fait de donner ? Jésus se serait-il mépris, en
affirmant qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à
recevoir ? (7)
N'auriez-vous jamais vérifié cette
assertion ? Demandez, alors, je vous prie, à ceux qui
donnent; vous en trouverez plusieurs parmi nous. Beaucoup de
chrétiens se considèrent comme de simples
administrateurs des biens reçus de Dieu. Ils en font usage
pour leurs frères. «. Dieu nous confie, - me disait
l'un d'eux, un des plus riches, en même temps un des plus
humbles, - Dieu nous remet une lettre de change tirée sur
nous par Lui. A nous de l'acquitter! » Et il l'acquittait.
Avec quelle bonne grâce et quel empressement, des centaines
de malheureux pourraient le témoigner. Beaucoup plus
l'auraient remercié, si seulement ils avaient
découvert son nom. Mais, je vous en supplie, n'allez pas
objecter que cette « grâce » est encore un de ces
héritages dont les riches seuls sont investis. Nullement.
Dans les collectes dont nous avons maintes fois à nous
occuper, nous sommes confondus de voir arriver des offrandes
absolument pareilles à la pite de la veuve.
Un jour, une société de
mission souffrait d'un lourd déficit. J'avais lancé
un appel à la générosité des
très nombreux amis de l'oeuvre. Des réponses
affluent. Dans le nombre, je surprends une petite enveloppe
très ordinaire, avec la suscription : « Pour le
déficit de ***. » J'ouvre; quatre-vingts centimes. Une
dérision, soufflera quelqu'un? Non pas : un capital. Celle
qui l'envoyait, âgée, infirme, vivait, je ne sais
comment, du produit de son tricotage. Calculez ce qu'il faut
d'économie, dans ces conditions, pour mettre de
côté quatre-vingts centimes. Mais elle, la digne
femme, n'avait pas calculé; aussi avait-elle reçu
une grâce.
Et, puisque nous parlons de pite et de
veuve, permettez une anecdote, propre à réformer une
formule dont on use parfois jusqu'à l'abus. je ne nommerai
personne. Un chrétien qui avait beaucoup d'esprit (c'est
permis) faisait, lui aussi, une collecte. Il entre chez une dame
veuve, largement dotée des biens de ce monde. Il expose
l'objet de sa visite. - Eh ! monsieur, tout cela est fort
intéressant, mais n'attendez de moi que la pite de la
veuve. - je vous assure, madame, que je me garderais de vous
demander autant. - je crains de m'être mal exprimée;
je ne puis offrir que la pite de la veuve. - Parfaitement, madame;
la pauvre veuve a donné tout ce qu'elle avait pour vivre;
de votre part, je me contenterais de la moitié.
J'ignore la réponse de la riche
veuve; elle a peut-être compris la « grâce »
dont parle notre apôtre. Dieu nous donne à tous de la
comprendre par expérience! Nous ne trouverons plus son
expression exagérée ni mystique.
.
2. Pour donner il faut se
donner.
Demandez, disions-nous à ceux qui
donnent; ils vous feront part de la grâce reçue par
eux. C'est précisément à ce témoignage
que Paul adresse les Corinthiens. Demandez, leur écrit-il,
à ceux de Macédoine. Oh! interrogez-les tant que
vous voudrez, et puis imitez-les. Car je sais, moi, ce qu'ils ont
fait.
Ces chrétiens-là, ceux de
Philippes, je pense, ceux de Thessalonique, d'autres encore
probablement, se trouvaient dans des circonstances assez dures.
Ils traversaient des temps troublés; plusieurs perdaient
leur avoir par le seul fait de leur conversion. Les bonnes raisons
ne leur manquaient donc pas pour refuser des contributions
à la collecte, ou au moins pour les réduire à
de minimes proportions. Au lieu de cela, ils ont agi comme la
femme dont nous racontions l'histoire. Ils ont donné plus
qu'ils ne pouvaient. Le texte nous le fait nettement comprendre;
ils se sont servis de leur pauvreté pour donner. Un miracle
alors? Oui; un miracle très familier à la
charité et rentrant pour elle dans le domaine des choses
simples et faciles. L'affliction de ces Macédoniens a fait
jaillir « surabondance de joie. » Pour les lecteurs de
notre épître, ce ne sont plus pensées
nouvelles; nous y vivons dès le chapitre premier et nous
les retrouvons de page en page avec des applications
différentes.
La tristesse de ces donateurs n'a donc eu
rien à faire avec la tristesse du monde qui conduit
à la mort. Au lieu de s'enfermer dans leurs chagrins, ils
en sont sortis en secourant d'autres affligés. Plus ils
descendaient profond dans leur propre indigence, plus ils en
tiraient de ressources pour soulager leurs frères du
dehors. Ressources tellement nombreuses qu'en fin de compte ils
ont donné au delà de leur pouvoir. C'est
l'apôtre qui leur donne cet extraordinaire brevet de
générosité; vous ne pensez pas, je m'assure,
qu'il parle ainsi par hyperbole ou par compliment mondain.
Cela ne nous empêche pas de nous
étonner. Nous demandons comment pareille chose est
possible. L'apôtre a la clef de l'énigme. Ces
Macédoniens, - peut-être à leur tête
Epaphrodite, Clément, Evodie, Syntyche, dont nous lisons
les noms dans l'épître aux Philippiens - ces
Macédoniens ne se sont pas contentés de donner, en
réponse aux sollicitations de leur pasteur. Ils ont
commencé par se donner. A qui ? Au Seigneur, au
maître de Paul, devenu leur propre maître; et puis
à Paul aussi, comme il prend soin de l'ajouter dans un mot
bien touchant du verset 5me: « Ils se sont donnés
eux-mêmes premièrement au Seigneur, et puis à
nous, par la volonté de Dieu. » Mesurez, si vous le
pouvez, l'étendue de ce don; il explique tout. Comme
l'épouse se donne à son époux avec tout ce
qu'elle est et tout ce qu'elle possède; comme le soldat se
donne à la patrie avec tout son sang; comme la diaconesse
se donne à ses malades avec tout son coeur et toute sa
santé; comme le pasteur fidèle se donne à son
troupeau avec tout l'élan de sa jeunesse et tout
l'enthousiasme de ses espérances, de même ces
chrétiens de la Macédoine se sont donnés
à Jésus avec tous ces pauvres biens terrestres dont
ils s'étaient crus, d'abord, les possesseurs
légitimes. Plus tard, Jésus étant devenu leur
maître ; disons mieux : Jésus habitant en eux et les
faisant vivre, que pouvaient-ils lui refuser? Là fut leur
secret; là doit être le nôtre.
Le monde ne le croit pas ; beaucoup de
chrétiens ont peine à le croire. Pourtant il n'y a
pas de vérité plus certaine : se donner à
Jésus, c'est à la fois posséder toutes choses
et ne plus pouvoir en retenir une seule. C'est lui livrer tout ce
que nous avons reçu de lui. Le lui livrer, c'est le mettre
au service de nos frères par amour pour Lui. Pensons un peu
à cela quand les collecteurs se succèdent à
notre porte avec une fréquence que rien ne lasse, et que
nos impatiences, voyez-vous, ne diminueront pas. Ils vous
intéressent peu? Leur oeuvre vous laisse
indifférents ? Cherchez mieux : derrière cette
oeuvre vous découvrirez Jésus. Donnés
à Lui, pourrez-vous refuser ? Ce n'est pas ce pasteur, cet
évangéliste poudreux et fatigué qui demande.
Non, c'est votre Sauveur. Et l'apôtre a si bien compris la
puissance invincible de cet appel qu'il va vous enlever, d'un
brusque coup d'aile, jusque sur les hauteurs des conseils de Dieu
et de la préexistence du Christ.
.
3. Exemple du Christ.
Vous connaissez cette habitude des
écrivains sacrés de passer sans transition des
conseils de la morale aux considérations les plus profondes
de la doctrine. Nous l'avons signalée déjà;
en voici l'un des exemples les plus étonnants.
Nous sommes en pleines prescriptions
relatives à une collecte. Malgré son insistance,
l'apôtre ne veut pas imposer des ordres; le terrain sur
lequel il s'est placé reste celui de la liberté. Il
va faire bien mieux que commander; il va présenter un
exemple, le seul auquel un chrétien vrai ne puisse
dénier une autorité souveraine : l'exemple du Fils
de Dieu. Relisez le texte : « Ce n'est pas par commandement
que je parle, mais en estimant par le zèle des autres, ce
qui convient aussi à votre charité. Vous connaissez,
en effet, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ,
comment, à cause de nous, étant riche, il a
vécu en pauvre, afin que, par sa pauvreté, vous
devinssiez riches (v. 8 et 9). Oserais-je ajouter que les mots
« a vécu en pauvre », et « pauvreté
» signifient également « vivre en mendiant
», ou « en assisté », et «
mendicité ».
Vous avez vu le changement de scène.
Tout à l'heure, Paul transportait les Corinthiens en
Macédoine; il les stimulait à la
générosité par celle de leurs
coreligionnaires du nord. Maintenant il les transporte dans le
ciel. Il les invite à contempler les incommensurables
richesses du Christ dans le séjour de la gloire. Puis,
redescendant sur la terre, il leur présente Jésus
dépouillé, réduit à la condition d'un
assisté. Ainsi le présentait déjà
l'ami de notre missionnaire, Luc l'historien: « avec lui se
trouvaient plusieurs femmes qui l'assistaient de leurs biens
(8). » Voilà le
contraste.
Dans la vie nous en rencontrons, non certes
de pareils, mais d'analogues. Nous voyons des positions brillantes
détruites en quelques jours par des revers financiers et
remplacées par la gêne. Nous entendons parler de
faillites retentissantes, auxquelles, parfois, nous accordons un
peu de pitié. elles entraînent dés privations
si pénibles! Mais nous viendrait-il à l'esprit de
comparer des revers de. ce genre au sacrifice volontaire accompli
pour nous par notre Sauveur ?
On a fait grand bruit ces dernières
années, de la résolution prise par un noble russe de
renoncer à son titre et à sa fortune, de vivre en
ouvrier et de gagner son pain en travaillant. Nous professons un
vrai respect pour cette conduite. Et nous connaissons un trait
fort semblable dans l'histoire de la mission; un comte, russe
également, abandonna ses rentes et son château pour
aller prêcher l'Evangile en Perse. Ici encore nous admirons.
Mais un abîme sépare l'acte du Christ de ceux de
Zaremba et du comte Tolstoï. Car enfin estimez aussi haut que
vous voudrez la situation de ces deux hommes avant leur
renoncement; faites-les plus millionnaires et plus aristocrates
qu'ils ne l'ont jamais été, étaient-ils donc
« en forme de Dieu » ? auraient-ils pu ne pas «
considérer comme un rapt l'égalité avec Dieu
(9)? » Vraiment nous n'osons pas
même poser la question.
Et nous n'osons pas non plus essayer une
description de la richesse du Christ avant son abaissement? Paul
ne décrit pas davantage. Il a dit une fois : « Toutes
choses sont à Christ, » cela suffit. jusque dans son
mystérieux dépouillement à
Gethsémané, Jésus aurait pu réclamer
plus de douze légions d'anges : elles seraient accourues
autour de lui. Quels trésors par conséquent, avant
l'incarnation ? Richesse dont l'or, ni l'argent ne sauraient
donner une idée ; richesse d'une vie qui s'écoule
sans rien avoir à faire avec le temps, rien avec la
souffrance, ni avec la maladie, ni avec la mort, ni avec le
péché. Non pas, certes, que Jésus ait commis
le péché durant sa vie terrestre ; mais il l'a
touché, il en a été entouré; les
formes les plus repoussantes de la dégradation humaine, les
infirmités physiques ou morales les plus odieuses ; les
bassesses, les rancunes, les jalousies, et puis l'inintelligence,
la grossièreté, la vulgarité bête,
voilà ce qui forma la société du Christ,
après qu'il eut quitté celle des séraphins.
Et voilà ce que notre apôtre entend, lorsqu'il
écrit: « Lui qui, étant riche, à cause
de vous a vécu en pauvre. » Rien qui fût sa
propriété personnelle; rien qui lui formât une
compagnie digne de lui!
Et pourquoi ? Afin que, par sa
pauvreté, vous fussiez rendus riches. De quelle richesse ?
De la sienne; de sa sainteté par conséquent, et de
sa charité. Vous appelez bien cela des trésors, je
suppose. Aimer comme il a aimé ; fuir la souillure ainsi
qu'il la fuyait; avec lui triompher des tentations; par lui
résister au lion dévorant, lorsqu'il cherche
à nous dévorer (10)
; voilà les résultats, pour le
disciple du Christ, de la pauvreté dans laquelle son
Sauveur est entré. Allez demander aux milliardaires
américains si leur colossale fortune, dont ils ignorent
peut-être le montant, leur procura jamais une richesse
semblable. Cherchez une banque solide dont les opérations,
conduites avec une habileté consommée, vous assurent
des revenus équivalents à ces biens. Vous ne
trouverez pas. Ne vous épuisez donc pas en vains efforts.
Seule la pauvreté du Christ vous garantit, si vous vous
livrez à lui, ces inépuisables ressources
(11).
Paul revient donc à son exhortation.
Achevez, dit-il aux Corinthiens, l'oeuvre commencée,. Vous
n'aviez pas mal débuté. Puis, un peu de lassitude,
sans doute ; une bonne volonté moins décidée
; ici, des comptes de l'année qui ne soldaient pas en boni
et laissaient craindre pour l'avenir ; là, comparaison avec
les voisins : ils donnent peu, pourquoi donnerais-je beaucoup ?...
Allons, mes bons amis, vous vous trompez. Il faut regarder non
à votre frère, ni à votre soeur, mais
à Christ. Ne vous imaginez pas, d'ailleurs, qu'il soit un
maître inique. Il n'exigera pas au delà de vos
moyens. Si les Macédoniens ont dépassé
quelquefois les leurs, c'est de leur propre gré.
Jésus vous demande la bonne volonté ; pas autre
chose. Là où elle se rencontre, il est content. Si
vous donnez en murmurant, en regrettant.... Eh bien, ne donnez
pas. Cela vaudra mieux. Mais si, ayant peu, de tout votre coeur
vous donnez peu, aux yeux de votre Seigneur cela sera
beaucoup.
Mes chers lecteurs, je ne sais plus
très bien si je parle avec Paul aux Corinthiens ou à
mes compatriotes. je tâche d'abord de me parler à
moi-même. Ensuite, oui, notre Epître étant
écrite pour tous, je m'efforce aussi de vous parler. je
sais, - en partie tout au moins, - les entreprises dirigées
contre votre bourse par des nuées de collecteurs.
Il y aurait pour vous décider
à les accueillir avec bienveillance, à vous inscrire
sur leurs carnets, beaucoup de fortes raisons à vous
présenter. je n'en chercherai plus. je me contenterai d'une
question: Etes-vous à Christ? - et du suprême
argument de l'apôtre: « Etant riche il s'est fait
pauvre, afin que, par sa pauvreté, vous fussiez rendus
riches. » Et vous savez, - inutile d'insister, - comment on
juge un riche qui garde sa richesse pour lui.