3. L' adversaire
C'est une grande et noble scène de
l'histoire de l'Eglise que ces versets nous présentent.
Nous y rencontrons un troupeau chrétien, petit par le
nombre selon toute apparence, peu influent pour qui borne
l'influence à la richesse et à la position sociale,
mais admirablement pourvu de dons spirituels, par là
même gravement menacé, attaqué
déjà jusque dans les sources de sa vie.
Trois figures se détachent avec un
relief extraordinaire, de ce tableau si magistralement peint. Au
premier plan, celle du pasteur; le missionnaire, l'apôtre
commence déjà à nous laisser voir jusqu'au
fond, non pas de sa théologie et de son système,
mais de son coeur, et nous serons surpris de le découvrir
si délicat, si tendre; on dirait celui pour ne pas le
surcharger - à vous tous. Il suffit. pour lui de la
répréhension faite par la majorité d'entre
vous, en sorte qu'en retour vous devez lui faire grâce et le
consoler, de peur que cet individu ne soit englouti dans une trop
grande affliction. je vous exhorte donc à faire valoir
à son égard la charité. Car en vous
écrivant j'avais aussi pour but de connaître le
résultat de l'épreuve pour vous, et si vous
êtes obéissants en tout point. Mais à qui vous
pardonnez quelque chose, je pardonne aussi. Mon pardon, en effet,
si je pardonne quelque chose, je l'accorde à cause de vous
en présence de Christ, afin que nous ne soyons pas
majorisés par Satan, car nous n'ignorons pas ses
pensées.
C'est une grande et noble scène de
l'histoire de l'Eglise que ces versets nous présentent.
Nous y rencontrons un troupeau chrétien, petit par le
nombre selon toute apparence, peu influent pour qui borne
l'influence à la richesse et à la position sociale,
mais admirablement pourvu de dons spirituels, par là
même gravement menacé, attaqué
déjà jusque dans les sources de sa vie.
Trois figures se détachent avec un
relief extraordinaire, de ce tableau si magistralement peint. Au
premier plan, celle du pasteur; le missionnaire, l'apôtre
commence déjà à nous laisser voir jusqu'au
fond, non pas de sa théologie et de son système,
mais de son coeur, et nous serons surpris de le découvrir
si délicat, si tendre; on dirait celui d'une mère.
Puis la figure d'un membre de l'Eglise qui, par sa conduite, a
déchiré ce coeur, compromis le troupeau à
peine formé, réjoui les incrédules et les
païens, créé autour de lui des divisions
profondes, et contre lequel, pendant que notre auteur écrit
sa lettre, une si grande sévérité se
déploie qu'il est sur le point d'être englouti, - le
mot est de l'apôtre, - dans son désespoir. Enfin,
tout au fond du tableau, caché et pourtant visible,
toujours éveillé, agissant avec une activité
inlassable, cet ennemi de Dieu et des hommes, de l'Eglise surtout,
que Paul ne craint jamais de nommer par son nom pour le combattre
: Satan. Il n'était pas loin de détruire le troupeau
de Corinthe lorsque le pasteur, par son énergique
intervention, parvient à déjouer ses plans.
Pour bien comprendre le rôle
joué par chacun de ces personnages, et pour mieux juger
l'ensemble du tableau, il convient de nous occuper tout d'abord du
Corinthien coupable, vrai Hacan couvert d'interdit dans
l'Israël de la nouvelle alliance.
.
I. Le coupable.
Nous ne savons pas son nom. Paul a
réussi à le taire dans les deux lettres où il
parle de lui. Un écrivain moderne eût probablement
agi d'autre façon. L'apôtre, lui, nomme volontiers
ses compagnons de travaux et ajoute à leur souvenir les
plus bienveillantes recommandations. A quoi bon dire à la
postérité comment s'appelaient ceux qui sont
tombés? Et le secret, dans le cas présent, a
été bien gardé; nous savons qu'il s'agissait
d'un incestueux; nous ignorons qui c'était.
Au chapitre cinquième de sa
première épître, Paul s'exprimait sans
ménagement, tant sur l'horreur du péché
commis que sur l'incroyable faiblesse des Corinthiens qui
n'exerçaient aucune discipline contre le pécheur et
semblaient, par leur insouciance, excuser le scandale. Usant de
son autorité, il avait exigé la rupture
immédiate des relations fraternelles avec ce malheureux,
aussi longtemps du moins qu'il n'aurait pas fourni les preuves
d'un repentir et d'un changement sincères.
Mais, autant que nous pouvons le conclure
des renseignements très sobres donnés dans nos
épîtres, n'en trouvant d'ailleurs aucun sur ce point
dans le livre des Actes, les remontrances de l'apôtre
s'étaient heurtées à une forte opposition.
Chez les uns, force de l'inertie; chez les autres,
résistance ouverte; que sais-je? pitié mal
appliquée, besoin inné chez l'homme naturel de ne
pas céder à qui lui montre son devoir quand il ne
sait pas le voir tout seul. Bref, on avait commencé par ne
point obéir. Deux partis s'étaient formés
dans le troupeau les uns soutenaient le coupable, les autres leur
pasteur. Et si ces derniers paraissent avoir formé assez
vite la majorité, la minorité ne s'en montrait que
plus turbulente et plus revêche. Des nouvelles sûres,
parvenues jusqu'à Paul, lui faisaient voir son Eglise en
pleine ébullition, son influence diminuée,
contestée, ses conseils raillés par plusieurs, ses
ordres mis de côté, l'incestueux possédant
encore plusieurs partisans. Peu de chose devait suffire pour
mettre le feu à tant de matières
inflammables.
Que faire? Partir immédiatement, se
rendre de sa personne à Corinthe, engager une sorte de
corps à corps avec le criminel, forcer par sa
présence seule les rebelles à baisser pavillon ou
à s'en aller? Il le pouvait certes. La timidité ne
le retenait pas plus alors que dans aucune autre circonstance de
sa carrière. Exposer ses jours, sacrifier sa paix, mais il
le faisait constamment. D'autres considérations le
retiennent. Gagnerait-il quelque chose pour le règne de son
Maître, à allumer un incendie ? Et quand une lutte
violente, prolongée peut-être, aurait à
moitié consumé l'Eglise de Corinthe, à qui
donc resterait en définitive la victoire, sinon aux ennemis
de l'Evangile?
Or, cela, il ne le veut à aucun prix,
Pour épargner les Corinthiens, il a retardé sa
visite; il la retardera encore autant qu'il sera
nécessaire. Il attend. Il sait déployer le courage
si rare et si grand qu'exprime en certains cas ce simple mot :
Attendre! Alors que toutes les voix naturelles crient : En
avant!... La victoire se dessine maintenant. Cet homme
héroïque triomphe dans sa lutte en apparence
silencieuse. Il va nous en révéler les angoisses et
les péripéties.
C'est ici que nous apprendrons à
connaître son âme.
.
2. Le pasteur.
Un homme étrange que ce
pasteur-là! Après avoir fustigé les
Corinthiens, le voici tout ensemble assez tendre et assez hardi
pour prétendre recevoir d'eux non point du chagrin, mais de
la joie.
Oui, relisez bien, de la joie. « Si je
vous afflige, écrit-il, qui va me réjouir, sinon
celui qui aura été affligé par moi ? »
(II, 2). Un tel
renversement ne se peut pas, ne se doit pas. Je veux de la joie
partant de coeurs joyeux. Voilà pourquoi j'ai résolu
de ne point apporter avec moi de chagrin quand j'irai chez vous et
de ne point vous en causer. Et ce même apôtre qui
commençait sa lettre en répétant dix fois en
six versets les mots « consoler, » « consolation,
» débute dans son deuxième chapitre en
écrivant huit fois les mots « chagrin » et «
chagriner, » mais en les opposant, dans de superbes
contrastes, à « joie » et « joyeux.
»
Ne criez pas, je vous prie, au surnaturel,
à moins que vous n'entendiez par là une de ces
oeuvres que l'Esprit de Dieu accomplit tous les jours dans la vie
des hommes. Regardez bien, écoutez bien. Ces contrastes qui
viennent de vous étonner sous la plume de Paul, et qui se
rencontraient dans son âme, ne les retrouvez-vous pas
constamment chez un père, dirai-je ? ou plutôt chez
une mère obligée de gronder son enfant, de le
châtier, de faire couler ses pleurs? La punition porte ses
fruits. Comme la mère a besoin, maintenant, de
sécher ces larmes, de voir ces yeux briller, cette bouche
sourire, de presser sur son coeur celui où palpite encore
un dernier sanglot.... de se réjouir enfin, avec et dans la
joie de son enfant repentant!... Cette mère, c'est
aujourd'hui saint Paul, s'entretenant avec ses bien-aimés
et coupables Corinthiens. Dès à présent,
avant de les revoir, il leur écrit sans hésiter :
« J'ai cette confiance au sujet de vous tous que ma propre
joie est celle de vous tous (v. 3)- » Ne disait-il
pas dans sa première lettre : « La charité
croit tout; elle espère tout? »
Oh! ce n'est pas du premier jour qu'il est
arrivé à une confiance si solide et si sereine. S'il
a fait pleurer les autres, il a longtemps pleuré
lui-même, Il versait beaucoup de larmes, - c'est lui qui
nous le dit, nous pouvons l'en croire, - alors qu'il composait sa
première épître aux Corinthiens. Il venait
d'en verser et il en versera peut-être encore au travers de
son ministère dans Ephèse (2).
Quand il parlera aux Philippiens de
l'idolâtrie qui subsiste au sein de leur troupeau, il ne la
signalera qu'en pleurant (3). Il n'éprouve aucune honte
de ses tristesses ; il les avoue très ouvertement; si vous
y réfléchissez un instant, vous y trouverez un des
secrets de sa force. Combien nos réprimandes, nos reproches
les plus mérités obtiendraient des résultats
meilleurs, si nous y mêlions des larmes, au lieu de cris de
colère. Qui dira ce que produisaient peu à peu chez
les Corinthiens celles de leur pasteur ? Il trouve le moyen de
dégager sa personne pour ne mettre en cause que son
ministère. Non: ce n'est pas lui, ce n'est pas son moi
qu'on a offensé. C'est bien plutôt le Seigneur dont
il n'était que le messager. Les traits les plus
acérés dirigés contre Paul parvenaient
à peine à blesser Paul. Il ne songe pas un moment
à se venger. Il a pleuré seulement et ses larmes,
coulant encore sur les pages de sa lettre, finiront bien par
fondre les dernières résistances des Corinthiens.
-
« C'est, - dit Calvin, cet autre
théologien qu'on accuse légèrement, comme
saint Paul, d'être sans entrailles, - c'est la marque du
pasteur pieux de pleurer en soi-même avant de provoquer les
pleurs des autres ; de se laisser torturer par ses propres
pensées avant de faire éclater son indignation, et
de retenir par devers soi une part plus grande de douleur qu'il
n'en communique à autrui. Il faut prendre note des larmes
de Paul. Elles attestent par leur abondance sa tendresse, mais une
tendresse plus héroïque que ne fut la dureté de
fer des Stoïciens. Plus douces sont les preuves de son amour,
plus il nous faut les louer (4). »
La conduite si humble et si fidèle de
l'apôtre n'a pas manqué le but. L'Eglise, un moment
affolée, s'est comme reprise elle-même. Elle a
sévi; peut-être même quelques-uns de ses
membres ont-ils dépassé la mesure. Un
châtiment exemplaire, - dont nous ignorons au reste la
nature, - a frappé le coupable. Maintenant lui aussi, il
est en deuil et dans un deuil si profond, si poignant qu'il court
le risque d'y perdre toute espérance de relèvement.
Encore un peu, il serait submergé (v. 7). Alors la pitié
commence à naître chez les justiciers ; ils ne
demanderaient pas mieux que de relever leur frère abattu.
Un besoin général de pardon s'empare de l'Eglise.
Pourtant, il faut savoir ce que le pasteur en pense. On lui fait
demander par Tite son avis.... Oh! la réponse ne tarde pas
beaucoup. La voici. C'est le coeur du pasteur ouvert tout large
devant les Corinthiens et devant nous. Impossible maintenant d'y
lire autre chose que de l'amour. Pas plus que son Dieu,
l'apôtre ne veut la mort du pécheur; il veut sa
conversion et sa vie, mais une vie nouvelle.... Vous pardonnez,
dit-il, je pardonne aussi, puisqu'il n'y a plus dans ce pardon ni
lâcheté ni compromis, je cède, dès que
la cause du Christ triomphe. je cède avec joie, avec
empressement, car (nous ne saurions trop retenir ces expressions)
« si j'accorde quelque grâce, je l'accorde à
cause de vous dans le visage de Christ », ce qui veut dire :
en face de, en la présence de Christ. En d'autres termes,
celui qui exigeait naguère le châtiment,
c'était Jésus-Christ; celui qui accorde à
cette heure le pardon, c'est encore lui. Lui obéir; nous
n'avons, vous et moi, pas autre chose à faire ;
obéissons !... Combien de punitions évitées,
ou infligées à temps ; combien de pardons
accordés ou refusés selon la justice, et sans nuire
à la charité, si nous prenions en tout état
de cause pour notre règle : « En la présence du
Christ, »
Quant à trouver dans les paroles de
notre apôtre une justification quelconque de la doctrine des
indulgences, cela ne saurait s'expliquer que par une
complète aberration. Cette doctrine commence'
précisément par supprimer ce que Paul exige avant
tout : le repentir, le châtiment, le changement. Tout cela
se remplace par un peu ou par beaucoup d'argent. Si bien que les
plus riches peuvent se permettre le plus de péchés ;
ils paieront, et tout sera dit. S'il me fallait prêcher un
jour contre l'abominable trafic des indulgences, je prendrais
très volontiers pour texte le fragment
d'épître que nous venons d'étudier.
.
3. L' adversaire.
Si l'apôtre constamment s'efforce
d'agir sous le regard de son Sauveur, c'est qu'il n'ignore point
quel autre regard, constamment aussi, s'arrête sur lui, sur
l'Eglise, pour surprendre la moindre faute pour préparer
une chute quelconque et la transformer en scandale. C'est le
regard haineux, mais perçant, et toujours vigilant de celui
dont le nom seul révèle la nature : Satan, l'ennemi.
je fais grâce, écrit Paul, « afin que nous ne
soyons pas surmontés par Satan, car nous n'ignorons pas ses
projets. »
Déclaration curieuse, diront les uns
; inacceptable, ajouteront les autres. Il n'est pas de mode, dans
certains cercles scientifiques ou simplement mondains, de croire
à l'existence de Satan. On l'écarte d'un geste de
condescendance, en affectant de ne voir en ce prétendu
personnage qu'une importation de la Perse ou de la Babylonie. Les
juifs revenus de l'exil auraient rapporté de leur
séjour au bord de l'Euphrate cette notion purement
païenne ; elle se serait petit à petit
mêlée à leur théologie et le Nouveau
Testament en conserverait la trace plus ou moins
épurée.
Bien que je tienne cette hypothèse
pour absolument contraire aux faits, je n'entreprends pas ici de
la discuter, ni de la combattre. Je me borne à poser une
question Paul croyait-il, oui ou non, à l'existence de
Satan? S'il n'y croyait pas, ma confiance dans cet apôtre
diminue considérablement, car il parle à maintes
reprises comme un homme convaincu que Satan existe. Et s'il y
croit, en effet, j'avoue ne pouvoir pas me débarrasser si
facilement de son opinion. Car enfin je n'ai pas encore
trouvé chez notre apôtre les marques d'un esprit
faible ni d'un cerveau crédule.
Mais il y a plus. Ce que Paul enseigne,
Jésus, en personne, l'a enseigné avant lui. Vous ne
pouvez pas lire les Evangiles sans en convenir. Dès lors,
la même alternative se dresse pour le Maître que pour
l'apôtre. Que déciderez-vous ? Allez-vous recourir
à la théorie, bien pauvre, selon moi, de
l'accommodation ? Jésus se serait accommodé à
une erreur courante de son temps, sachant que c'était une
erreur, mais ne voulant pas entrer en lutte sur des points d'une
importance secondaire. En sorte que, toutes les fois qu'il parle
à Satan ou de Satan, il consentirait à donner
l'existence à un être qui n'en possède point,
il userait d'un langage populaire dont il reconnaîtrait
à part lui la fausseté. Si pareille
interprétation vous suffit, je me borne à vous
demander ce que vous faites de la droiture et de la
moralité de celui qu'il vous plaît d'appeler encore
le plus excellent des moralistes? Pour moi, je ne veux pas de ce
Jésus diminué et rabaissé ; je ne reconnais
plus en lui celui du Nouveau Testament.
Je reviens à saint Paul. Nous
prendrons ses paroles, n'est-ce pas ? pour celles d'un homme
honnête, pensant et croyant ce qu'il dit. Eh bien, il dit
qu'il a percé à jour les desseins de Satan, et que
ses dessins ne vont à rien moins qu'à s'assujettir
complètement l'Eglise de Corinthe. Il n'a pas
,été bien loin de réussir. Encore un peu, il
achevait de perdre ce coupable qu'il voulait jeter dans le
désespoir après l'avoir plongé dans le
péché. Paul a ouvert les yeux à temps; il a
surpris les projets du grand adversaire, et c'était encore
assez tôt pour les détruire.
Mes amis, ne vous y trompez pas : ignorer
les plans de Satan, c'est un grand malheur. Vouloir les ignorer,
faire en sorte de ne pas les voir, c'est une énorme faute,
c'est le commencement de la défaite. Voilà, du
reste, pourquoi il nous les cache avec tant de soin. Avec quel art
étonnant, avec quelle habileté toujours en
éveil, il s'arrange à les dissimuler, à les
couvrir non pas seulement de fleurs, mais même de belles
citations empruntées à la Bible! Ne disait-il pas un
jour au Christ: « jette-toi en bas, car il est
écrit.... (5)
» Et combien de vos frères, laissant
tomber les armes que Jésus maniait victorieusement, se sont
relâchés de leur vigilance, et n'entendent plus, dans
leur demi-sommeil, que le refrain murmuré à leurs
oreilles
Paix et sûreté ! là
où il n'y a point de paix.
Mes amis, ignorez-vous les desseins de Satan
? J'entends ses desseins contre vous, contre notre
société, contre notre patrie et contre l'Eglise de
Dieu. Il est grand temps, je vous assure, d'apprendre à les
connaître. Nous nous préparons avec un entrain qui
nous gagne tous et auquel je m'associe de tout mon coeur, à
faire un grand effort pour restaurer un de nos temples qui
menaçait ruine (6). Bonne pensée ; nous
souhaitons tous très sincèrement la réussite
de ce projet-là ! Mais croyez-vous que cela suffise pour
déjouer un seul des desseins de l'adversaire? Un temple de
plus ou de moins dans la cité de Calvin, certes cela peut
réjouir ou affliger le coeur d'un vieux Genevois. Cela
n'importe pas beaucoup à Satan. Avec ou sans nos temples,
il nous entoure de ses pièges. Il peut même, oh! il
peut parfaitement se servir de ces temples, d'abord pour nous
endormir - comme il endormait les Juifs en leur faisant
répéter sur tous les tons : « Le temple de
l'Eternel! Le temple de l'Eternel! (7) »
- ensuite pour livrer un jour ou l'autre tel de
ces édifices à un culte idolâtre. Je
n'exagère point. La Rome papale conserve et entretient
l'espoir, vieux de quatre siècles bientôt, jamais
abandonné, de reprendre la Rome protestante et de
l'asservir. Elle y travaille lentement, mais constamment; et il
faut plaindre les yeux qui ne veulent pas voir et les oreilles qui
ne veulent pas entendre, affectant d'ignorer les plans de Satan.
Comment résisterons-nous si nos défenseurs
deviennent aveugles ? Comment, si nous n'avons que des pierres,
même admirablement restaurées, au lieu de ces temples
vivants contre lesquels « les portes de l'enfer ne sauraient
prévaloir (8) ?
»
Jeunes gens qui demain prendrez notre place,
regardez-les en face ces projets de Satan. Ici, les menées
de la papauté; là, plus dangereuses encore, les
tentations de la jouissance, la dissipation mêlée
à la piété, les compromis de conscience, la
passion de l'argent, le mensonge associé aux affaires,
l'indifférence religieuse conduisant à
l'incrédulité ! Desseins de Satan que tout cela.
Vous n'avez pas le droit de les ignorer. Les connaissant, la
lâcheté seule pourrait ne pas les combattre.