DÉCLIN DE LA VIE SPIRITUELLE
QUESTION: Quelles sont les causes, les symptômes et les effets les plus évidents d'un déclin de la vie spirituelle?
Les croyants sont, par nature, morts dans leurs transgressions et leurs péchés, comme tout le monde; mais, par la foi dans le Fils de Dieu, ils participent à une vie nouvelle et éternelle. Ils la tiennent de lui, car il a dit: «Parce que je vis, vous vivrez aussi.»
Cependant, la vie de cette vie, si je puis dire, sa manifestation et son exercice, est sujette à de grands changements.
Un malade est toujours vivant, mais il a perdu la gaieté, l'activité et la vigueur qu'il possédait lorsqu'il était en bonne santé.
Nombreux sont ceux qui, s'ils sont, comme nous l'espérons, véritablement vivants pour Dieu, SONT AU MOINS MALADES, LANGUISSANTS ET EN DÉCLIN.
Puisse le grand Médecin les guérir!
On
dit
parfois que «la
connaissance
d'une maladie équivaut à la moitié d'un remède»;
cela
se vérifie dans le cas présent: si nous ne sommes pas conscients
de notre mal et du danger qui nous menace, nous ne nous
soucierons pas sincèrement de notre guérison.
Les causes et les symptômes, ou effets, d'un tel déclin sont très nombreux.
Il n'est pas toujours aisé de les distinguer, car ils s'influencent mutuellement et se renforcent les uns les autres. Ce qui est désigné comme la cause est, dans bien des cas, aussi la preuve que le mal est déjà enclenché; et les effets peuvent être considérés comme autant de causes qui aggravent la maladie et la rendent plus dangereuse.
Parmi les nombreuses causes générales:
L'erreur doctrinale occupe une place prépondérante.
Je n'inclus pas ici toutes les erreurs ou tous les sentiments erronés qui pourraient être adoptés ou conservés; mais certaines erreurs, par leur soudaineté et la violence de leur action, peuvent être comparées à un poison!
Ainsi, les Galates, EN ÉCOUTANT DE FAUX DOCTEURS, furent séduits et s'éloignèrent de la simplicité de l'Évangile; ils perdirent rapidement le bonheur dont ils avaient parlé.
On ingère rarement un poison pur; mais, s'il est mêlé à de la nourriture, on ne soupçonne pas le mal avant qu'il ne soit révélé par ses effets.
Ainsi, ceux qui s'emploient à pervertir les âmes se servent généralement d'une vérité importante et bénéfique comme prétexte pour distiller leur poison malin dans l'esprit des personnes naïves.
Ils vantent peut-être la personne et l'expiation du Christ, ou exaltent les richesses et la liberté de la grâce divine, tandis que, sous le voile de ces beaux prétextes, ils insinuent des préjugés contre la nature ou la nécessité de cette sainteté, sans laquelle nul ne verra le Seigneur.
D'autres s'expriment avec force, en termes généraux, en faveur de la sainteté personnelle, mais leur but est de détourner le cœur de la dépendance au sang du Sauveur et à l'influence de son Saint-Esprit, sans lesquels la conduite la plus rigoureuse ne diffère pas moins de la sainteté de l'Évangile qu'une image, une statue ou un cadavre ne diffère d'un être vivant.
Quiconque se laisse ainsi convaincre, sur les points essentiels et majeurs de la doctrine scripturaire — de séparer, selon son jugement et son expérience, ce que Dieu a uni — EST DÉJÀ ATTEINT D'UNE MALADIE MORTELLE PAR NATURE, et sa religion, à moins que le Seigneur n'intervienne miséricordieusement, dégénérera soit en licence, soit en formalisme!
Nous vivons à une époque où trop de gens sont ballottés, tels des navires sans gouvernail ni pilote, par divers vents de doctrine; et par conséquent, ceux qui souhaitent le bien de leur âme ne sauraient être trop vigilants face à cet esprit de curiosité et de désir de «nouveautés», que l'apôtre décrit par la métaphore des oreilles qui démangent, le désir d'entendre chaque enseignant nouveau et original, de peur d'absorber des erreurs avant même de s'en rendre compte et de devenir la proie des ruses et des fourberies de ceux qui guettent pour tromper!
L'orgueil spirituel et la vanité entraînent immanquablement un déclin de la vie spirituelle, même si l'esprit est préservé des erreurs doctrinales et si l'on a pu, un temps, expérimenter la puissance de la vérité de l'Évangile.
Si nos connaissances, nos dons et même notre grâce nous induisent en erreur et nous font croire que nous sommes sages et vertueux, nous sommes déjà pris au piège, en danger de trébucher à chaque pas, de nous égarer et de sombrer dans le mal, sans pouvoir nous corriger ni même déceler nos égarements, à moins que le Seigneur, dans sa miséricorde, n'intervienne en nous ramenant à l'humilité et à la confiance en Lui.
Car Dieu, qui accorde plus de grâce aux humbles, résiste aux orgueilleux! Il les abhorre, d'autant plus qu'ils s'admirent. Telle est la loi immuable de son royaume: quiconque s'élève sera abaissé.
Les vrais chrétiens, à cause du mal qui subsiste en eux et des tentations subtiles de leur ennemi, sont sujets non seulement à l'orgueil inhérent à notre nature déchue, mais aussi à une forme d'orgueil particulière qui, bien que la plus absurde et la plus intolérable qui soit, ne se rencontre que chez ceux qui professent l'Évangile.
Nous ne possédons que ce que nous avons reçu; par conséquent, s'enorgueillir de titres, de richesses, de connaissances, de succès ou de tout avantage temporel par lequel la providence divine nous a distingués est un péché abominable!
Et pour ceux qui se reconnaissent pécheurs et ne méritent donc que misère et colère divine,
s'enorgueillir des grâces particulières que procure l'Évangile de sa grâce est une perversité dont même les démons sont incapables!
L’apôtre Paul était si conscient du danger de s’enorgueillir outre mesure, en raison des nombreuses révélations et des faveurs particulières que le Seigneur lui avait accordées, qu’il dit: «Il m’a été donné un messager de Satan pour me tourmenter.» Il parle de cette dure épreuve comme d’une miséricorde supplémentaire, car il comprenait qu’elle était nécessaire et destinée à le maintenir humble et attentif à sa propre faiblesse.
Les ministres qui jouissent de talents exceptionnels et d'un succès remarquable doivent faire preuve d'une grande vigilance et prier avec ferveur.
Le Seigneur ne voit pas comme l'homme voit.
Les auditeurs naïfs ont tendance à admirer leur prédicateur favori, le considérant presque comme plus qu'un simple homme en chaire, persuadés qu'il est lui-même profondément touché par les vérités qu'il leur propose avec tant de liberté et de force apparentes. Or, peut-être, en secret, ce pauvre homme se complaît-il dans l'autosatisfaction, se délectant du nombre et de l'attention de ceux qui sont suspendus à ses lèvres!
Il arrive que de telles pensées surgissent occasionnellement dans l'esprit des meilleurs ministres; mais si on les laisse faire, si elles deviennent une habitude et s'intègrent profondément à l'image qu'il se fait de lui-même, et si, tout en prétendant prêcher Jésus-Christ le Seigneur, il se prêche en réalité lui-même et recherche sa propre gloire, il se rend coupable de haute trahison envers la Majesté de celui au nom duquel il parle.
Tôt ou tard, les effets de son orgueil seront visibles et remarqués.
Erreurs de jugement, fautes graves et déclin du zèle, des dons et de l'influence sont des maux toujours à redouter lorsque l'orgueil spirituel prend le dessus, que ce soit dans la vie publique ou privée.
«Car qui te distingue des autres? Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu?» (1 Corinthiens 4:7)
«C’est l’Éternel des armées qui a pris cette résolution,
Pour blesser l’orgueil de tout ce qui brille, Pour humilier tous les grands de la terre.» (Ésaïe 23:9 – V. Segond)
Un désir et un attachement excessifs aux choses de ce monde peuvent être considérés comme une troisième cause majeure du déclin spirituel.
À moins que ce mauvais principe ne soit mortifié à la racine – par la doctrine de la croix – il finira par l’emporter sur la plus belle profession de foi.
Cet amour du monde, incompatible avec le véritable amour de Dieu, se manifeste de deux manières différentes, car les hommes, par tempérament et par habitude, y sont enclins différemment.
Le premier défaut est la convoitise, l'avidité.
Ce fut la perte de Judas et probablement la cause de la défection de Démas. D'après les mentions élogieuses qui lui sont faites dans certaines épîtres de Paul, Démas semble avoir bénéficié de la confiance et de l'estime de Paul pendant un temps. Pourtant, finalement, sa passion cupide l'emporta, et le dernier témoignage que nous ayons de lui de la part de l'apôtre est le suivant: «Démas m'a abandonné, parce qu'il aimait le monde présent.» (2 Timothée 4:10)
Certes, il existe des personnes que l'on ne peut accuser d'aimer l'argent pour lui-même – car elles préfèrent le dilapider plutôt que de l'amasser. Pourtant, elles sont tout autant soumises à un esprit mondain! Elles manifestent leur nature mondaine par un goût prononcé pour le luxe, tant dans les vêtements que dans le mobilier et les festins – ce qui est toujours incompatible avec une vie chrétienne.
Il n'est pas aisé de définir précisément la conduite chrétienne à adopter en ces termes, une conduite adaptée aux différentes situations où la providence divine nous place. Cela n'est d'ailleurs pas nécessaire pour ceux qui sont pauvres en esprit et droits de cœur.
Le simple désir de plaire à Dieu et de glorifier l'Évangile suffit généralement à résoudre les questions d'argent, souvent futiles et préoccupantes.
Nos aspirations profondes guideront toujours nos dépenses volontaires. Ceux qui aiment le Seigneur et se consacrent à son service éviteront l'avarice comme le gaspillage égoïste. Ils privilégieront la frugalité dans leurs dépenses personnelles, afin de mieux servir l'œuvre de Dieu et de subvenir aux besoins de son peuple.
Les avares, qui se contentent de la simple forme de la religion, amasseront tout ce qu'ils peuvent économiser pour assouvir leur cupidité! D'autres dépenseront tout ce qu'ils peuvent se permettre pour satisfaire leur vanité ou leurs appétits terrestres!
Il n'est pas aisé de déterminer lequel de ces maux est le plus grand. Peut-être l'avarice est-elle la plus difficile à convaincre, et par conséquent la plus ardue à ramener à la raison.
Mais le désir de luxe et de plaisir, s'il persiste, conduira peu à peu à une telle soumission à l'esprit et aux maximes du monde qu'il affaiblira, voire anéantira, la pratique d'une piété authentique.
Plus l'amour du monde prévaut, plus la santé de l'âme décline.
«Ceux qui aspirent à la richesse tombent dans la tentation et sont pris au piège de nombreux désirs insensés et pernicieux qui les plongent dans la ruine et la perdition. Car l’amour de l’argent est à la racine de tous les maux. Et quelques-uns, en y étant avides, se sont égarés loin de la foi et se sont infligé bien des tourments.» (1 Timothée 6:9-10)
On pourrait énumérer bien d'autres causes, mais la plupart se résument à celles que j'ai déjà mentionnées.
La pratique d'un seul péché, ou l'omission d'un seul devoir, si elle est tolérée malgré la conscience et si elle devient une habitude, suffit à maintenir l'âme faible, stérile et tourmentée, et à la rendre vulnérable à toutes les tentations environnantes.
Parfois, l'infidélité à la lumière déjà reçue pervertit le jugement, et alors, pour échapper aux remords de la conscience, on embrasse facilement les erreurs qui semblent justifier un péché auquel le cœur ne veut renoncer.
D'autres fois, les erreurs, admises imprudemment, affaiblissent imperceptiblement le sens du devoir et, peu à peu, étendent leur influence sur toute la conduite. L'apôtre parle souvent ensemble DE LA FOI et DE LA BONNE CONSCIENCE, car elles sont indissociables; renoncer à l'une, c'est renoncer à l'autre.
Ceux qui gardent le mystère de la foi avec une conscience pure seront préservés dans une vigueur spirituelle florissante; ils croîtront en grâce, progresseront de force en force et marcheront honorablement et sereinement.
Mais tant que les doctrines ou les règles de l’Évangile seront négligées, une maladie dévastatrice rongera les fondements mêmes de la religion;
Une maladie mortelle par nature, dont nul ne guérit – sauf ceux à qui Dieu, dans sa miséricorde, accorde la grâce du repentir qui conduit à la vie.
Les symptômes d'un tel mal spirituel sont très nombreux et variés, car ils diffèrent selon les tempéraments et les situations. Voici quelques-uns des plus courants et des signes certains d'un déclin de la foi.
– La maladie physique s'accompagne généralement de perte d'appétit, d'inactivité et d'agitation.
De même, la maladie de l’âme la prive de repos et de paix, engendre l'apathie et la paresse dans le service de Dieu, et une réticence à recourir aux moyens de la grâce, à la prière secrète et aux offices publics.
Ces pratiques, si nécessaires à la préservation de la santé spirituelle, sont soit peu à peu négligées et abandonnées, soit réduites à une simple formalité, sans plaisir ni bénéfice.
– Pour l'homme en bonne santé, la nourriture simple est savoureuse; mais le palais, altéré par la maladie, devient difficile et exigeant, et recherche la variété et les mets raffinés.
De même, lorsque la sincérité de l'Évangile, la vérité pure et simple exprimée avec simplicité, ne procure plus de plaisir, mais qu'une personne a besoin de spéculations alambiquées ou de l'éloquence pompeuse de la sagesse humaine pour capter son attention, c'est mauvais signe. Car ces choses sont propres à nourrir non pas la santé, mais la maladie.
Après avoir dénigré ou pris à la légère les moyens que Dieu a mis à notre disposition pour satisfaire notre âme, l'étape suivante consiste généralement à se soustraire à l'obéissance à l'esprit, (pour s’attacher) aux coutumes et aux divertissements du monde.
Et ces pratiques, une fois acceptées, seront bientôt défendues; et ceux qui ne peuvent ni approuver ni imiter une telle conformité seront présentés comme étant sous l'influence d'un esprit étroit, légaliste ou pharisaïque.
Le professeur malade est en proie au délire, ce qui l'empêche de ressentir sa maladie;il attribue plutôt ce changement de comportement à un accroissement de sagesse, de lumière et de liberté.
Il considère l'époque où il était plus strict et circonspect comme une période d'ignorance, sourit au souvenir de ce qu'il juge désormais être ses scrupules enfantins, et se félicite de les avoir heureusement dépassés, constatant (à tord) à présent que le service de Dieu et celui du monde ne sont pas aussi incompatibles qu'il le pensait autrefois.
Pourtant, tout en assouplissant ainsi sa propre conduite, il observe avec une sévérité impitoyable le comportement d'autrui.
Il critique sévèrement les erreurs et même les fautes des ministres et des professeurs, si l'occasion se présente, et en parle non pas en pleurant comme l'apôtre, mais avec plaisir, s'efforçant de se persuader que cette rigueur tant vantée n'est qu'un masque d'hypocrisie ou le fruit de la superstition.
Les vrais chrétiens rencontrent rarement des interprétations aussi injustes ou des reproches aussi injustifiés que de la part de ceux qui, après avoir été leurs compagnons, les abandonnent.
Lorsque le désordre atteint un tel paroxysme, la situation est véritablement dangereuse et, en vérité, toute aide humaine semble désespérée.
MAIS LA PUISSANCE APPARTIENT À DIEU.
Qu'il lui plaise de se souvenir, dans sa miséricorde, de ceux qui sont près de la mort, de leur rendre la raison et de les ramener à lui.
Autrement, «il aurait mieux valu pour eux ne pas connaître le chemin de la justice que, après l'avoir connu, de se détourner du saint commandement qui leur avait été donné!»
Lettres de John Newton
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