QUAND C’EST DIEU QUI POSE LES QUESTIONS
On peut poser des questions sur les sujets les plus divers.
On peut questionner parce qu'on désire honnêtement être éclairé.
On peut aussi le faire avec ironie, ou avec mépris, ou avec colère.
On peut questionner également sans vouloir objectivement écouter la réponse; et certaines questions mettent ainsi un point final à la conversation.
Sur
le
plan religieux, l'homme pose souvent des questions:
Pourquoi la guerre?
Pourquoi la haine?
Comment se fait-il que le Dieu d’amour permette le mal? etc...
Ses pourquoi et ses comment sont parfois la preuve d’une recherche honnête: hélas! ils servent occasionnellement à camoufler, d’une façon élégante, sa conduite coupable. L’homme qui les pose essaie alors, par ce moyen, de se justifier lui-même, sans y parvenir toutefois. De toute évidence ses questions avouent son ignorance et son désarroi, mais...
Quand c’est Dieu qui pose les questions, tout est différent.
Et le but qu’il vise, en interpellant la créature humaine, est, sans aucun doute possible, d'amener toujours celle-ci à la réflexion et éventuellement à une décision salutaire.
Ainsi en est-il de toutes les questions que Dieu pose à l’homme dans la Bible. Nous en retiendrons seulement deux: «Où es-tu» et «Où est ton frère»? (Genèse 3: 9 et 4: 9). Il va sans dire que beaucoup d'autres questions pourraient être étudiées. À chacun de l'envisager dans sa méditation personnelle.
Questions solennelles et déclin spirituel.
Ces questions sont solennelles parce qu’elles sont posées par Dieu lui-même et impliquent des conséquences graves, d'une portée incalculable.
Le plus tragique, c’est qu’elles sont amenées par le DÉCLIN SPIRITUEL de l’homme.
Si Adam n'était pas tombé dans la désobéissance, il ne lui serait pas venu à l’idée de se cacher «loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin» et Dieu n’aurait pas eu à lui demander: «Où es-tu?».
Et si Caïn avait écouté le conseil de Dieu de veiller et de dominer sur le péché – couché à sa porte, jamais il n’aurait tué Abel, et Dieu ne lui aurait pas demandé: «Où est ton frère?».
Cependant,
au
sein même de ce déclin. Dieu ne cesse de proposer sa grâce en
vue d’un renouveau et sa miséricorde le pousse à agir en faveur
de l’homme coupable pour le sauver.
Où es-tu?
Adam aurait pu répondre effrontément: «Dans le jardin, bien sûr. Où veux-tu que je sois»? Et cela eût été vrai. Il aurait pu essayer d'étaler ainsi une certaine assurance. Mais, à quoi bon! Il doit reconnaître que «QUELQUE CHOSE A CHANGÉ» dans ses rapports avec Dieu et avec sa femme. Il n'a plus la même liberté, la même communion. La crainte a rempli son âme. Il n'a plus la même tranquille assurance.
«Où es-tu»? Cette question nous atteint nous-mêmes en plein cœur.
Chacun pourrait répondre: «Dans l'Église, Seigneur; dans la foi, bien sûr. Où veux-tu donc que je sois? Je chante des cantiques, je lis un peu ma Bible...»
Mais s'ils veulent être honnêtes, plusieurs devront reconnaître que «QUELQUE CHOSE A CHANGÉ» dans leurs rapports avec Dieu et avec leurs frères.
La communion avec Dieu dans la prière est bien pâle;
l'assurance du début n'est, en fait, qu'un souvenir;
la crainte revient progressivement.
Et ce ne sont pas «quelques feuilles de figuier» qui peuvent profondément les rassurer!
Le remède.
Le remède, c'est Dieu qui le donne.
Il faut auparavant la confession sincère et totale d'Adam qui reconnaît les faits et décrit son état d'âme. Dieu cachera alors la nudité du coupable, désormais couvert par la peau d’animaux innocents.
Ô mon frère qui te sais concerné par cette question de Dieu: «Où es-tu?» reconnais humblement «OÙ TU EN ES» et confesse ton état de cœur à ton Seigneur.
Dis-lui tes craintes, ta sécheresse, ta désobéissance.
Dis-lui tout, absolument tout. Et puis, tourne les yeux vers l’Agneau de Dieu dont le sang te purifie de tout péché.
Dès
lors,
Dieu ne te demandera plus: – «Où es-tu?», car
II
sera avec toi et ta communion avec Lui te sera de plus en plus
précieuse.
Où est ton frère?
À la question que Dieu lui posait, Adam n’a pas cherché à répondre par un mensonge. Il demeure franc et loyal dans sa chute.
Caïn, lui, ment. «Je ne sais pas», répond-il.
Or, si quelqu'un sait très bien, c’est lui.
Nous sentons, ici, que l'humanité commence à s'enfoncer dans le péché.
Amertume, puis colère, suivie de dispute, de meurtre, de mensonge: telle est la triste voie de Caïn – que rappelle Jude II et que suivent quelques-uns!
Où est ton frère? Caïn cherche à se débarrasser de la question embarrassante par une autre question: «Suis-je le gardien de mon frère?»
Cela rejoint ce que nous affirmions au début de cet article. Mais remarquons que Dieu ne répond pas à Caïn.
Pourquoi ce silence de Dieu?
Tout simplement parce que la réponse est évidente: elle est en entier, contenue dans la question elle-même.
Dans les communautés chrétiennes où la tradition remplace la vie, on s'ignore mutuellement, on ne se connaît pas; parfois même, on s'ignore. Triste famille que celle où l'amour est supplanté par le mépris!
Où est ton frère?
Dieu demande: «Où est ton frère? Qu’as-tu fait (de ton frère)?»
Certains répondent catégoriquement: «Ce que fait mon frère ne me regarde pas. Suis-je le gardien de mon frère?»
Et toute la Bible répond avec force: Oui, tu es le gardien de ton frère, comme ton frère est aussi ton gardien. «Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes» (Hébreux 10.24), et non pas à la colère ou à l'envie.
ET QUI EST DONC TON FRÈRE?
Ton frère, ta sœur, c'est ce chrétien découragé qui n'ose plus se présenter à l'Assemblée parce qu’il n'est plus venu depuis longtemps. Va, tu es son gardien…
Ton frère, ta sœur, c'est ce couple accablé par les soucis et qui ne prie plus.
Ne les juge pas. Va, tu es leur gardien...
Ton frère, ta sœur, ce sont ces chrétiens éloignés qui ne pourront venir à l'Église si tu ne vas pas les chercher avec ton auto. Va avec joie, tu es leur gardien devant Dieu.
Ton frère, ta sœur, c'est ce veuf ou cette veuve qui se débat seul dans ses problèmes écrasants. «La vraie religion, dit Jacques, consiste à le visiter». Va, tu en es le gardien...
Ton frère, ta sœur, ce sont ces chrétiens absents que le pasteur n'a pas visités; c’est encore cet enfant de Dieu qui habite ta rue ou ton quartier: comment peut-il manquer sans que tu t’en aperçoives? Va les voir, tu en es le gardien...
Ton frère, ta sœur, c’est aussi ce jeune frère aux longs cheveux que tu dois aimer et entourer de tes prières: ou cette jeune fille dont la tenue ou la conduite te scandalisent; ce païen qui se moque de toi; ce parent qui te ridiculise; ce mari indifférent à ta foi; ces gens qui t’entourent… Va vers eux; prie pour eux, reprends-les s’il le faut avec douceur. Oui, tu en es le gardien... !
Si chacun avait toujours été le gardien de son frère (moi comme toi), bien des places vides aujourd'hui dans nos rangs seraient certainement occupées par de chers enfants de Dieu.
Pour certains d'entre eux, il n'est pas trop tard! Mais il est temps! Ce jour, un de tes frères a peut-être besoin de toi. Va le trouver; exhorte-le; aide-le. Demain, qui sait? C’est toi qui auras besoin de lui.
Deux questions liées.
Ne faut-il pas reconnaître que certains chrétiens ne se sentent pas concernés par cette deuxième question: «OÙ EST TON FRÈRE?» pour la simple raison qu’ils n’entendent même plus la voix de Dieu leur poser la première: «OU ES-TU?»
S'étant peu è peu éloignés de leur Père, ils n'éprouvent plus le besoin d'aider leurs frères; leur coeur est devenu insensible. Ils sont en grand danger.
«Qu’ils retournent vite, (très vite) à l'Éternel qui aura pitié d'eux, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner» (Ésaïe 55.6)
Retrouvant la communion avec Dieu, ils seront aussitôt saisis du désir de garder leurs frères. Ils seront heureux et Dieu sera glorifié.
André Pinguet
Viens et Vois 1973-02
| Table des matières |