UNE INONDATION EST VENUE...
ET
LA
VALLÉE DE BAGNE (Suisse)
A ÉTÉ DÉSOLÉE
Prononcé à Genève, le 28 Juin 1818, par le Pasteur Moulinié , à l'occasion de l'inondation qui a désolé la vallée de Bagne et la ville de Martigny en Valais, le 16 du même mois.
Les eaux débordées inonderont cet asile: votre traité avec la mort sera rompu, et votre accord avec le sépulcre ne subsistera point: lorsque le torrent se débordera, vous serez engloutis. Il passera, et vous emportera: et au bruit de ses eaux il n'y aura qu'épouvante...
Car l’Éternel se lèvera comme il fit à la montagne de Pératsim; et il paraîtra irrité comme dans la vallée de Gabaon, pour faire son œuvre, mais son œuvre non accoutumée. Ne vous moquez donc plus de peur que vos chaînes ne se renforcent; car j’ai entendu de la part du Seigneur, de l’Éternel des armées, qu'il a résolu la ruine entière du pays. Ésaïe XXVIII. 17- 22.
Votre alliance avec la mort sera détruite, Votre pacte avec le séjour des morts ne subsistera pas; Quand le fléau débordé passera, Vous serez par lui foulés aux pieds.
Chaque fois qu’il passera, il vous saisira; Car il passera tous les matins, le jour et la nuit, Et son bruit seul donnera l’épouvante.
Le lit sera trop court pour s’y étendre, Et la couverture trop étroite pour s’en envelopper.
Car l’Éternel se lèvera comme à la montagne de Peratsim, Il s’irritera comme dans la vallée de Gabaon, Pour faire son œuvre, son œuvre étrange, Pour exécuter son travail, son travail inouï.
Maintenant, ne vous livrez point à la moquerie, De peur que vos liens ne soient resserrés; Car la destruction de tout le pays est résolue; Je l’ai appris du Seigneur, de l’Éternel des armées. (Version Segond)
EXORDE.
Comme les montagnes s'écroulent (dit le saint homme, Job), et comme les rochers sont entraînés hors de leur place, comme les eaux minent les pierres, et par leur débordement entraînent les terres et toutes leurs productions, ainsi s'évanouit l’attente de l'homme.
La montagne s’écroule et périt, Le rocher disparaît de sa place,
La pierre est broyée par les eaux, Et la terre emportée par leur courant; Ainsi tu détruis l’espérance de l’homme. (Job 14: 18-19; Version Segond)
Loin de penser aux malheurs qui nous menacent, nous vivons de projets et d'espérance.
Comme du temps de Noé , et comme dans tous les temps:
LES OBJETS DE LA TERRE NOUS PRÉOCCUPENT,
JUSQU’À CE QUE LE DÉLUGE DE L’ADVERSITÉ NOUS SURPRENNE.
Accoutumés à voir les hommes mourir en détail, leur mort nous frappe peu: quelques soupirs, quelques regrets sur les mourants, et bientôt nous ne pensons plus qu’à jouir de la vie.
Mais, que fait le Seigneur? Il vient, par des désastres affreux qui désolent toute une contrée, nous montrer la main de sa justice levée sur nos têtes coupables.
Les
fléaux,
comme un nouveau prophète, viennent nous dire:
– les eaux débordées vont aussi inonder votre demeure;
– votre traité avec la mort que vous avez cru renvoyer pour longtemps, sera rompu;
– votre accord avec le sépulcre ne subsistera point.
– Le
torrent
se débordera, et vous serez aussi engloutis.
Parce que vous vous moquez de l’Éternel en méprisant ses lois, il se lèvera comme il fit à la montagne de Pératsim; il paraîtra irrité comme dans la vallée de Gabaon, lorsqu’il châtia les Philistins et les Cananéens qui bravaient ses jugements.
Ne vous moquez donc plus, de peur que vos chaînes ne se renforcent; car le Seigneur, l'Éternel des armées a déclaré qu’il a résolu la ruine entière du pays.
Gardons-nous, mes frères, de confondre la colère de Dieu avec cette passion cruelle et orgueilleuse qui trouble si souvent le cœur des hommes.
En Dieu la colère.
– n’est que la haine du vice qui fait le malheur de ses enfants;
– c’est la sage sévérité d’un père qui a pour but de les ramener au bien;
– c’est le noble et sublime sentiment de l’ordre qui fait venger les lois, protectrices des vertus et de la paix.
Gardons-nous aussi de croire que ceux que Dieu châtie soient plus coupables que ceux dont il diffère davantage le châtiment.
Bien plus; obéissant à l’ordre du Seigneur, que chacun de vous regarde les autres comme plus excellents, que soi, persuadons-nous que ceux que le ciel afflige valent mieux que nous, quoiqu’ils soient encore pécheurs et qu’ils aient besoin de l’épreuve, et craignons que Dieu ne nous épargne que comme le médecin épargne des malades incurables.
Loin de nous, l’orgueil spirituel; et si nous ne pouvons nous empêcher de voir dans les calamités quelque châtiment de Dieu, n’appliquons ce jugement à aucun individu en particulier.
– Ah! si le Juge Suprême de tous prend garde à nos iniquités, qui pourra subsister devant lui?
– S'il entre en compte avec nous, sur mille articles qui pourra, répondre à un seul?
Et les vertus dont nous sommes, si facilement tentés de nous glorifier, ne risquent-elles point de nous attirer cette sentence: vous avez la réputation et être vivants, mais vous êtes morts! Soyons compatissants par humilité.
Vous n’ignorez pas, M. F., quelle est la déplorable calamité qui vient de désoler une contrée du Valais, et qui la menace de plus grands ravages encore. Que nous serions coupables, si nous ne prenions pas instruction!
Hâtons-nous d’écouter la voix du Dieu qui nous permet encore de nous rassembler dans son temple, pour nous apprendre ce qu’il se propose dans les fléaux dont il afflige ses enfants...,
– soit à l’égard de ceux qui en souffrent sans en mourir,
– soit à l’égard de ceux qui y perdent la vie.
Ici, point d’illusions ni de prétextes; il y va de notre salut éternel.
Quand la tour de Siloé tomba sur des pécheurs, Jésus dit à ses Disciples, si vous ne vous convertissez y vous périrez de même.
Dispose-nous toi-même à t’entendre, ô mon Dieu! Que ta Parole qui s'est faite chair pour nous instruire et nous sauver, se montre maintenant et se fasse entendre à nous, pleine de force et de vérité; qu’elle triomphe de tous les obstacles que nos cœurs dépravés opposent si souvent aux desseins de ta miséricorde. Amen.
1ère partie.
Pécheurs, comme nous le sommes tous, tous, aussi nous méritons les châtiments du Ciel.
Que ce soit par des maux particuliers ou par des calamités qui enveloppent plusieurs personnes à la fois, c’est toujours la main de Dieu qui nous châtie, et qui fait des causes secondes les ministres de sa justice.
Et quoique nous ne voyons pas toujours le rapport qu’il y a entre nos fautes et nos peines, il n’est pas moins vrai que nous méritons de les souffrir.
Votre fortune vous est enlevée: mais est-il bien sûr qu’elle ait été toute entière acquise légitimement!
– N’aviez-vous jamais sacrifié à son acquisition ou à sa conservation les devoirs de la prière, de la sanctification du jour du Seigneur, de la justice, ou de la charité?
– N’en aviez-vous point joui avec orgueil, l’attribuant à votre industrie plutôt qu’à la bonté de Dieu I
– Ne vous avait-elle point rendus fiers et dédaigneux envers vos inférieurs ou envers les pauvres?
– Ne l'aviez-vous jamais fait servir à satisfaire vos convoitises!
Il est possible qu’il n’y ait personne qui ne soit plus ou moins coupable à l’un de ces égards: personne qui ne mérite de souffrir dans ses intérêts.
Vous êtes affligés dans votre réputation: mais n’aviez-vous jamais abusé de votre crédit, jamais nui à la réputation de vos frères,
– jamais conçu d’orgueil pour la bonne opinion qu’on avait de vous,
– jamais exigé les louanges, les prévenances, les attentions,
– jamais fait le bien en vue des hommes plutôt qu’en vue de Dieu?
Il est possible qu’il n’y ait personne à cet égard qui ne soit coupable: personne qui ne mérite de souffrir dans sa réputation.
Vous êtes atteints de maladie, en proie aux infirmités: mais quel usage aviez-vous fait de votre santé!
N’aviez-vous point succombé aux tentations de la gourmandise,
de l’ivrognerie,
de l’impureté,
de la cupidité dans le travail?
Aviez-vous sanctifié tous les jours par la prière, la vigilance et l’obéissance, ces forces que vous teniez de Dieu?
Il est possible qu’il n’y ait personne à cet égard qui ne soit coupable: personne qui ne mérite de souffrir dans sa santé.
Vous avez des chagrins cuisant à éprouver de la part de vos semblables; ils vous font souffrir de leurs vices et de leurs fautes. Mais pouvez-vous vous rendre le témoignage…,
– de n’avoir jamais fait souffrir personne de vos défiants,
– de vos imprudences,
– de vos écarts!
– Ne leur avez-vous jamais donné de mauvais exemples?
– Leur avez-vous fait tout le bien qui dépendait de vous?
– Les avez-vous constamment édifiés par votre bonne conduite?
– Avez-vous prié pour eux avec tout le zèle que Dieu demandait de vous?
– Ne vous est-il jamais arrivé de faire pour les créatures ce que vous refusiez de faire pour Dieu, et de les aimer plus que lui?
Il est possible qu’il n’y ait personne qui n'ait été à quelques égards injuste envers ses frères, on idolâtre des créatures et personne qui ne mérite de souffrir de leur part.
Vos champs ont été moissonnés par la grêle, ou inondés par les eaux;
votre maison a été dévorée par les flammes;
vous avez été victimes du fléau de la guerre, ou une contagion a menacé vos jours.
– Mais ces champs, en aviez-vous consacré les fruits à la gloire de Dieu?
– Aviez-vous sanctifié votre domaine par la parfaite pureté de vos vues?
– Cette maison, en aviez-vous fait le temple du Seigneur et l’école journalière de toutes les vertus?
– Cette guerre qui a désolé votre pays, aviez-vous fait auprès du Seigneur ce qui dépendait de vous pour l’écarter, et pour attirer sa bénédiction sur votre patrie?
– Ce corps qui a failli être victime de la contagion, ne l’aviez-vous jamais fait servir à répandre la contagion du vice, de l’incrédulité, de la mondanité, du désordre?
Il est possible qu’il n’y ait personne qui ne soit plus ou moins coupable sous ces divers rapports; personne qui ne mérite d’être châtié, d’être puni par les fléaux du ciel.
Et quelle est la société, la communauté, petite ou grande, où chacun remplisse tous ses devoirs envers tous ses supérieurs, tous ses inférieurs, tous ses égaux, où le bien public l’emporte sur l’intérêt particulier, et où l’esprit qui domine soit pleinement celui de la foi, de la piété, de la justice, et de la fraternité chrétienne?
Non: il n’en est aucune qui ne doive faire avec le peuple Juif la confession que Néhémie prononça au nom de tous: nous avons péché contre toi; nous t'avons offensé, moi et la famille de mon père; nous t'avons été infidèles; ni les principaux d'entre nous, ni nos sacrificateurs, ni nos pères n’ont point observé ta loi, et n’ont point écouté tes sommations.
Individus et sociétés, habitants des villes et des campagnes,
PUISQUE TOUS VIOLENT PLUS OU MOINS LES LOIS DE L’ORDRE MORAL,
– tous méritent de souffrir du désordre de la nature,
– de participer à la malédiction que le péché a introduite,
– d’être déchirés par des ronces; et couronnés d’épines!
Telle est, M. F. , la grande leçon que nous rappellent tous les maux de la vie, et que proclame avec une redoutable solennité les fléaux qui désolent une contrée. Adorons, adorons dans la poussière la justice de Dieu.
Il y a des hommes, je le sais, qui ne se doutent pas..
– que ces nuages qui se promènent sur nos têtes,
– que cette alternative de ténèbres au milieu desquelles gronde le tonnerre, et de beaux jours où l'azur colore les cieux,
– que ces neiges qui couvrent les montagnes,
– que ces glaces qui s'y accumulent,
– que ces ruisseaux qui les sillonnent,
– ces feux dont les divers degrés animent ou ralentissent la végétation,
que tout cela a pour but notre bonheur OU notre châtiment, et de nous faire tressaillir tour à tour d’espérance et de crainte, pour tourner nos regards vers Dieu et nous rendre meilleurs.
Je ne dis rien à de tels hommes, si ce n’est qu’ils sont bien à plaindre de ne pas savoir remonter des effets à leur cause, à la Cause première dont la profonde sagesse ne fait rien d'inutile.
Mais qu’il y ait des Chrétiens incapables de se connaître et de sentir toute leur misère,
des Chrétiens qui taxent d’exagération ce qu’on leur dit sur leurs péchés, qui se font des idées aussi étroites de la morale que de leur destinée future et de la sagesse, de la sainteté de Dieu,
des Chrétiens qui ne peuvent comprendre par où, eux et les leurs, méritent les châtiments du Ciel, et qui ne voient dans les calamités que des épreuves propres à perfectionner les vertus qu'ils croient avoir et dont ils s’applaudissent, c’est à ceux-là que je dois m’adresser.: et daigne le Seigneur les éclairer sur leurs fautes cachées, sur ce point de la science religieuse le plus important de tous!
Vous regardez, leur dirai-je, les calamités comme des épreuves utiles à notre salut.
Est-ce parce qu’elles servent à vous détacher de la terre?
Vous y teniez donc trop!
À fixer vos regards vers le Ciel?
Vous n’y pensiez donc pas assez!
À vous faire prier avec plus de ferveur et de persévérance?
Vous étiez donc tièdes dans le service de Dieu!
À vous exercer à la soumission?
Vous n'étiez donc pas assez soumis, assez résignés, assez obéissants!
À vous sanctifier?
Vous êtes donc pécheurs!
À vous perfectionner?
Il vous manque donc des vertus que vous devriez avoir!
Mais qu’est-ce que tout cela, sinon le péché même?
Et qu’est-ce que le péché, à quelque degré qu’on en soit coupable, si ce n’est LA VIOLATION DE LA LOI DE NOTRE MAÎTRE LÉGITIME, un attentat à la majesté suprême de Dieu, un témoignage d’ingratitude pour ses bienfaits?
A-t-il fallu beaucoup de péchés pour précipiter des Cieux l’ange rebelle, et pour chasser d’Eden nos premiers pères?
Comment donc ne voyez-vous pas que dans les maux vous êtes tout à la fois les objets de la Justice dont vous méritez d’être punis, ceux de la Sainteté qui vous purifie par le châtiment même, et ceux de la Miséricorde qui vous fait souffrir pour vous guérir, qui vous afflige dans le temps, pour vous pardonner dans l’éternité, si vous profitez du châtiment?
SI DONC LES CALAMITÉS SONT DES ÉPREUVES, ce n’est que pour ceux qui n’en souffrant pas, sont appelés à exercer la bienfaisance envers les malheureux, et à faire les plus sérieux retours sur eux-mêmes.
2e Partie.
Pendant l’espace de quelques siècles des glaces s’étaient accumulées sur une montagne justement appelée le Mont-Pleureur; et là, elles formaient une autre montagne. Naguère cette masse s’ébranle, se détache de sa base dont elle entraîne une partie, s’écroule sur le lit d'une rivière et ferme une vallée. Un lac se forme et s’accroît de jour en jour. En vain l'industrie humaine cherche-t-elle à faire écouler doucement ces eaux, à prévenir le malheur dont on est menacé: que peut le bras de l’homme, quand celui du Seigneur se lève pour frapper!
Soudain cet amas de glaces, amollies par un de ces vents dont le Tout-Puissant fait ses anges, s’affaisse, s’ouvre, et laisse un libre passage aux eaux accumulées.
Aussitôt, avec le bruit du tonnerre, la largeur d’un vaste fleuve et la rapidité de la plus imposante cascade, le torrent se précipite, et entraîne les glaces, les rochers, les terres, les arbres, les forêts entières, les animaux, les maisons, et plusieurs de leurs malheureux habitants; et un village entier disparaît.
On voit flotter sur la surface des ondes bouillonnantes le vieillard avec son siège, l’enfant au berceau, la mère qui l’allaitait, et l’épouse arrachée à son époux. Les victimes se multiplient; et en moins d’une heure une contrée de plusieurs lieues est ravagée.
Les ondes en fureur, armées des débris qu’elles charrient, battent en brèche les maisons de la ville qui se trouve à l’ouverture de la vallée, y portent la désolation et la ruine; et le fleuve de la mort allant troubler le fleuve bienfaisant qui nous apporte ses eaux, le charge de déposer çà et là, sur ses bords, les témoignages du châtiment du Ciel.
Maintenant je demande: où sont-ils ces hommes que dans un clin d’œil la mort a saisis?
Où ils sont! Dans le séjour des rétributions éternelles!
Que le temps dévore les rochers, que les montagnes s’écroulent, qu’une nature insensible éprouve de continuels changements, je ne vois rien là qui m’étonne. Mais…:
– que des êtres sensibles,
– que des hommes appelés aux plus hautes destinées, capables des plus sublimes vertus,
– que des êtres intelligents,
– que les enfants d’un Dieu qui est tout amour, d’un Père qui ne peut vouloir leur malheur,
souffrent de ces bouleversements de la nature, je me demande quelle peut être la cause d’une si triste condition!
Je ne puis m’empêcher de voir qu’il y a dans l’homme quelque chose qui s’oppose aux desseins de la bonté divine.
Pourquoi sommes-nous exilés d’Éden?
Pourquoi des malédictions?
Pourquoi la mort, la cruelle mort, la mort que l'Écriture sainte appelle notre ennemi?
O profond mystère que me fait entrevoir la mort à laquelle s’est volontairement soumis notre charitable Rédempteur!
Mais je m’arrête sur le bord de cet abîme, pour ne considérer ici le trépas que comme le passage à l’éternité, AU SÉJOUR DES RÉTRIBUTIONS, au plein développement du bien et du mal que l’homme a choisi et cultivé pendant son séjour sur la terre.
M. F., si pendant notre vie mortelle l’accès aux demeures des trépassés nous est interdit, parce que nous n’en supporterions pas la vue, que de choses nous pouvons savoir à la clarté du flambeau évangélique!
Ici nous avons plus que Moïse même et les prophètes; nous avons JÉSUS QUI TIENT LES CLEFS DE L’ENFER ET DE LA MORT.
Jugeons donc des choses d’après ce qu’il nous a révélé.
Quand la mort a surpris ces infortunés dont nous déplorons aujourd’hui la perte, étaient-ils en état de grâce ou sous la condamnation?
– Que faisaient-ils à l’instant où le Juge Suprême a commandé aux éléments de trancher le fil de leurs jours, et de les transporter au pied de son Tribunal?
– Priaient-ils, ou profanaient-ils le nom de Dieu par des jurements ou des paroles impures?
– Pensaient-ils à leur salut, ou à jouir brutalement des biens de la vie?
– Méditaient-ils quelque bonne action, ou quelque injustice, quelque fraude, quelque crime?
– Leur cœur était-il plein de charité et d’humilité, ou infecté du venin de la jalousie, de la haine, de l’aigreur, de la vengeance, de l’orgueil?
– Étaient-ils en contact avec le ciel, ou avec l’enfer?
– Lequel des deux a reçu leur âme pour l’éternité?
Ce que nous savons, c’est qu’ils moissonnent les fruits de leur foi ou de leur incrédulité, de leur conversion ou de leur impénitence, de leur obéissance ou de leur révolte, de leur vigilance ou de leur témérité.
Ce que nous savons, c’est qu’ils connaissent de plus en plus la paix ou la douleur.
Ce que nous savons, c’est qu’ils s’enfoncent toujours plus dans cette éternité, dont la lumière met à découvert toutes les vertus et tous les vices, toutes les bonnes et les mauvaises actions qui avaient d’abord été secrètes, et les causes des biens et des maux que nous aurons éprouvés ici-bas.
Là, ceux d’entre eux qui ont été surpris dans le crime, éprouvent la faim et la soif d’un bonheur qu’ils ne peuvent plus atteindre, parce qu’ils ont dégradé leurs facultés, comme l’insensé qui, en se privant de la vue, se prive de tous les avantages de la lumière, et se condamne à toutes les horreurs, à tous les dangers des ténèbres.
Là, rongés par le ver immortel du remords, dévorés par le feu inextinguible de leurs passions, roulant dans les abîmes du péché, des expiations et du désespoir, éprouvant tous les chocs du plein désordre dans l’élément duquel ils se sont précipités, et souffrant des brisures de tout leur être, ils sont associés aux déplorables victimes de l’enfer.
Mais heureux ceux qui, engloutis dans les ondes, sont morts en union avec le Seigneur, et occupés des devoirs du Chrétien!
Ils se reposent de leurs travaux, et leurs œuvres les suivent.
– Le Seigneur les a retirés du gouffre;
– son œil miséricordieux les a vus au milieu de cet épouvantable chaos;
– sa main toute puissante les a saisis;
– il les a approchés de son sein paternel;
– il les a reçus dans ses bras;
– il les a consolés.
Ils vivent loin de la région des douleurs; la nature en convulsion ne peut les toucher et leur nuire; ils ne sont plus dans la vallée des larmes; ils ne boivent plus de l’eau du torrent; ils ne voient plus sur leurs têtes des montagnes menaçantes; ils n’entendent plus le fracas des rochers qui s’écroulent et brisent, en tombant, la chaumière d’un pauvre mortel.
Ils sont sur la montagne de la paix; là, assis sur le Rocher des siècles, et au bord du fleuve qui arrose le paradis de Dieu, ils se nourrissent des fruits de l’arbre de vie, ils jouissent de l’harmonie des cieux où rien ne nuit à rien, et où tout est moyen de bonheur; ils vivent et sont pour jamais heureux.
UN MALHEUR OU UN BONHEUR ÉTERNEL, voilà donc, M. F., où aboutit le terme de la vie présente. Quel que soit le moment où l’ange destructeur nous frappe de son glaive, c’est pour nous faire paraître en jugement: et si par intervalle Dieu donne à la mort un appareil plus redoutable, s’il l’environne de toutes ses terreurs, s’il en fait le roi des épouvantements, je l’ai déjà dit, c’est afin que nous ne perdions pas de vue qu’il nous faut mourir et être jugés; c’est pour nous faire entendre les pas des ministres de la Justice qui s’avancent, et préparer nos âmes à leur rencontre.
Oh! M. F., soit pour le méchant soit pour l'homme de bien, quel réveil que le sommeil de la mort!
APPLICATION
O toi, vallée intéressante que je parcourais naguère, en méditant sur les témoignages que Dieu te donnait de sa miséricordieuse présence, et qui étais pour moi comme un temple où je le glorifiais avec tant de plaisir!
Je ne m’attendais pas que tu serais bientôt un monument de sa redoutable justice, et que le bruit affreux de ta ruine ferait entendre à ma conscience cette terrible menace: SI TU NE TE CONVERTIS, TU PÉRIRAS DE MÊME.
J'ignorais alors que le Seigneur allait t’appliquer celles qu’il avait faites par ses prophètes:
(Ésaïe 30: 28 et suivant)
Voici, l’Éternel vient de loin; sa colère est ardente; son souffle est comme un torrent débordé qui se répandra sur le pays et sur tout ce qu'il contient, sur la ville et sur ses habitons.
Les hommes jetteront des cris, et tous les habitants du pays pousseront des hurlements. Le Seigneur va faire venir les eaux impétueuses d’un grand fleuve; il sortira partout de son lit, et se débordera de tous côtés. Peuples, formez des desseins; ils seront anéantis, donnez des ordres, ils n’auront aucun effet.
Et vous aussi, habitants de cette malheureuse vallée, vous aviez donné des ordres pour prévenir le désastre dont vous saviez être menacés; mais ces ordres n'ont eu aucun effet.
Ce qu’il fallait pour les rendre efficaces, c’était de fléchir le Seigneur par la repentance et la conversion.
– Aviez-vous versé des torrents de larmes sur vos péchés?
– Aviez-vous ranimé le zèle?
– Vous étiez-vous humiliés dans le sentiment de votre misère, de vos infidélités nombreuses?
– Aviez-vous cherché votre salut dans votre Sauveur, et en lui jurant de ne plus vivre que pour l’imiter tous les jours de votre vie?
Il avait pardonné à Ninive pénitente!
Pourquoi ne vous aurait-il pas aussi épargnés, vous qui aviez à lui présenter le sacrifice de son Fils, ce sacrifice par les mérites duquel celui de votre repentir pouvait lui être agréable?
Frères infortunés et dignes de toute notre compassion! Permettez-nous de vous dire:
Écoutez la verge et celui qui l'a assignée.
Réparez sans doute vos brèches; mais réparez surtout celles que le péché avait peut-être faites à vos vertus.
Veillez pour préserver vos jours: mais veillez surtout pour préserver vos âmes; et qu’au moment de la tentation ce fléau vous rappelle vos devoirs.
Si Dieu vous a conservés, s’il n’a pas permis que le soleil achevât sa course, et que la nuit étendît son voile épais sur la nature, avant que le génie du mal lâchât la bonde au torrent destructeur, c’est que LA MISÉRICORDE DU CIEL VOULAIT VOUS DONNER LE TEMPS DE VOUS CONVERTIR.
Vous souffrez; mais tant que vous êtes ici-bas, tout est amour dans les rigueurs de la Divinité: ses menaces tiennent à des promesses, et ses coups sont des bienfaits.
Oh! si vous connaissiez tous les rapports de la vie présente avec la vie à venir, comme la résignation vous soutiendrait! Comme la confiance en Dieu vous consolerait! Et comme vous institueriez un jeûne anniversaire d'humiliation et d’actions de grâces, en mémoire de cette journée tout à la fois si terrible et si salutaire!
Après avoir bu de cette coupe d’amertume dont le Sauveur s’abreuva, pour vous pendant toute sa vie mortelle, et dont il épuisa SEUL la lie sur la croix, vous éprouverez les heureux effets, vous savourerez les doux fruits de ce douloureux remède.
Un jour la bénédiction distillera de vos montagnes, et le Soleil de la miséricorde fera descendre sur vos demeures ses rayons bienfaisants.
Un jour se lèvera le voile qui vous cache les desseins de votre Père; et ravis de reconnaissance, transportés d'amour, dédommagés par des biens infinis, vous bénirez la main qui vous a frappés.
SOUFFREZ EN CHRÉTIENS,
ET VOUS SEREZ CONSOLÉS EN CHRÉTIENS.
O vous qui des rives de notre lac avez vu flotter sur les eaux les tristes débris du bien de nos frères!
Vous qui de vos demeures pouvez porter vos regards vers ces montagnes d’où la mort a fondu sur eux! dites, et dites souvent: là le Seigneur s'est levé pour faire son œuvre non accoutumée; et craignez pour vous-mêmes.
Habitants de la Suisse, mes chers compatriotes, profitons tous des avertissements du Seigneur.
Depuis quelques années, hélas… :
– Que de fléaux se sont promenés sur la surface de notre commune patrie!
– Que de larmes et de douleurs!
– Que d’angoisses et de privations!
Mais serait-ce sans raison que le Ciel nous a affligés?
– Où est l’antique simplicité de nos pères?
– Où est leur foi?
– Où sont leurs vertus?
– Quelle dégénération au milieu de nous tous!
– Persévérerons-nous, les uns dans l’incrédulité, les autres dans le vice, presque tous dans la tiédeur?
– Oublierons-nous l’avertissement renfermé dans mon texte?
Ne vous moquez donc plus, de peur que vos chaînes ne se renforcent; car j’ai entendu de la part du Seigneur, de l’Éternel des armées, qu'il a résolu la ruine entière du pays.
Nous aurons beau douter des soins de la Providence; et de sa coopération à nos travaux, nous aurons beau nous confier dans les ressources de notre industrie:
– C’est la foi opérant par la charité,
– C’est le zèle pour les mœurs pures et simples,
– C’est la soumission à cet Ordre éternel et divin qui préside à tout,
– C’est l’amour de la patrie sanctifié, ennobli par l'amour pour la patrie céleste;
EN UN MOT:
C’est l’amour du devoir, de tous tes devoirs, qui honore une nation, qui cimente l’union de ses membres, qui écarte les fléaux vengeurs du ciel, qui attire ses bienfaits, qui met la terre en communion avec son Dieu et son Sauveur.
Mais je reviens à vous, Chrétiens rassemblés dans ce temple! c’est surtout à vous que je dois m’adresser. Que vous dirai-je?
Un fleuve limpide et calme baigne nos murs; un torrent dévastateur a renversé ceux de nos frères. Nous habitons en paix nos maisons; et eux, errent d’asile en asile, exposés nuit et jour aux injures de l’air et privés de pain.
Nos magasins, nos ateliers subsistent; toutes les ressources de leur industrie sont perdues.
Nos campagnes sont couvertes de richesses; leurs terres le sont de limon et de ruines.
Nous respirons un air pur; ils sont menacés de maladies contagieuses.
Nous pouvons savourer le plaisir; pour eux plus de plaisir; une eau fangeuse a souillé jusqu’à leurs aliments; le deuil et la pâleur du désespoir sont leur partage; ils ne connaissent plus que la douleur.
Que de pertes à réparer l et que de pertes irréparables!
Que de besoins pressants! et que de malheureux! Allons, volons à leur secours par nos offrandes.
Disciples d’un Sauveur qui s’est dépouillé, anéanti pour nous, sentons la grâce qu’il nous fait de pouvoir aider nos frères, et jouir du plaisir de donner plutôt que de celui de recevoir: pour l'amour d’eux renonçons à nous-mêmes.
Puissent dans tous les lieux où parviendra la nouvelle de leur désastre, puissent tous les cœurs être émus, et envoyer à ces infortunés quelque bénédiction efficace qui les console.
Ce n’est pas tout, M. F.; si Dieu s’est proposé par ce fléau d'éprouver notre charité, d’exciter notre compassion, il s’est aussi proposé de nous inspirer sa crainte et d’avancer notre salut.
Ne croyons pas avoir assez fait quand nous avons secouru les malheureux; il faut nous convertir:
Est-ce en vain qu’il nous avertirait?
Avec Dieu combattons contre le mal, avec Dieu tirons le bien du mal. La nature a été ravagée; que les âmes soient enrichies: des maisons ont été détruites; que l’édifice spirituel s’avance et s’élève, la mort se prépare à nous frapper comme ses victimes; préparons-nous à l’immortalité.
Et pour cet effet, ne nous faisons plus illusion sur l’étendue de nos devoirs et sur le nombre de nos fautes; ne nous croyons pas trop facilement chrétiens et mûrs pour le ciel. Si nous ne savons pas par où les fléaux peuvent nous atteindre, nous savons qu’après la mort suit le jugement.
Considérant la bonté et la sévérité de Dieu, hâtons-nous de prévenir ses châtiments, et surtout, d’acquérir ces sentiments nobles et purs qui sont l’âme du vrai chrétien.
Que notre traité avec la Miséricorde ne soit pas rompu, que notre alliance avec le Seigneur subsiste.
N’oublions jamais cette grande vérité par laquelle je termine ce discours:
Dieu se cache afin qu’on le cherche; il se retire afin qu’on l’appelle; il se tait afin qu’on l’écoute; il punit afin qu’on l’aime.
Levez-vous, M. F., et nous anéantissant de cœur devant le trône de l’Éternel, présentons-lui nos hommages et d’humbles supplications pour les malheureux.
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