PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XVIIIe SIÈCLE.
CLÉMENT XI
CCXLVe PONTIFE. - DE 1700 A 1721.
Image provenant de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Clément_XI
JEAN-FRANÇOIS ALBANI, né à
Pésaro, cardinal diacre du titre de
Saint-Sylvestre, fut élu pape le 23 novembre
1700, après quarante-cinq jours de conclave,
et mourut le 19 mars 1721.
Il fut élève du cardinal Esfrondati,
auteur du célèbre ouvrage
théologique : Nodus
praedestinationis dissolutus, et aussi imbu que
son maître de tous les principes
jésuitiques. Ainsi, loin de ramener la
tranquillité intérieure dans l'Europe
catholique, il souffla en tous sens le feu de la
discorde.
À l'égard du prétendu
jansénisme, il lança trois
bulles en 1700, 1718 et 1715,
dont l'effet, agréable aux jésuites,
rendit ennemis du pontife tous les savants de
l'Europe, qui le regardèrent comme un tison
de discorde. Le vrai moteur de l'expédition
de ces bulles ne fut pas le zèle pour la
pureté du dogme, mais l'intérêt
de la cour de Rome, parce que les prétendus
jansénistes soutenaient des opinions
conformes à la discipline
générale, mais contraires au
despotisme pontifical.
Clément était si imbu des maximes
erronées de la cour de Rome, qu'il publia,
le 20 février 1715, une bulle qui supprimait
en Sicile le tribunal appelé la monarchie
de Sicile. Sa juridiction était de
décider sans appel de toutes les affaires
ecclésiastiques, et son établissement
remontait au 5 juillet 1098, époque
où Urbain II avait accordé à
Roger, comte de Sicile, pour lui et ses
successeurs, les facultés de légat
pontifical. Le roi de Sicile réclama contre
la bulle de Clément XI, parce que la
concession d'Urbain n'avait pas été
faite par une faveur spéciale ;
c'était un concordat pour le bien de la
paix, qui produisit de grands avantages au
Saint-Siège.
Les souverains ne devraient jamais avoir recours
qu'à des moyens de défense
réels, essentiels et sans
réplique : un monarque ne doit laisser
aux papes qu'une autorité égale
à celle des douze premiers successeurs de
Saint-Pierre, puisque tout le reste est
évidemment usurpé par une
tolérance excessive.
Clément voulut aussi faire prévaloir
son despotisme en Espagne ; mais Philippe V
eut recours aux vrais moyens de contenir l'orgueil
des papes ; il ordonna de ne s'adresser
à Rome pour aucune dépêche, et
défendit d'y faire passer de l'argent, et
voulut que les évêques et les
ordinaires fissent usage de leurs facultés
innées. Plut à Dieu qu'il n'eût
pas révoqué si promptement ses
décrets, d'après l'instigation
injuste du cardinal Judice et des Jésuites.
INNOCENT XIII
CCXLVIe PONTIFE. DE 1721 A 1724.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_XIII
MICHEL-ANGE CONTI, né à Rome,
cardinal évêque de Viterbe, fut
élu pape le 8 mai 1721, sous le nom
d'Innocent, et mourut le 7 mai 1724.
Lorsqu'il était question de le faire pape,
il promit de remédier au mal qu'avaient
causé les bulles de Clément XI, et de
couper la source des discordes qui chaque jour
devenaient plus
déplorables entre les
molinistes et les jansénistes ; mais
ensuite il n'en fit rien, et laissa les choses en
aussi mauvais état qu'il les avait
trouvées. Il fut d'autant moins excusable,
qu'il reconnût à fond la malice des
Jésuites ; car il sut, à n'en
pouvoir douter, que les rites idolâtres de la
Chine, condamnés en 1715, par son
prédécesseur, étaient
tolérés et même
approuvés par les missionnaires
jésuites, résidant dans ce vaste
empire. Cette conduite était
autorisée par le général et
ses assistants, qui demeuraient à Rome, et
dont l'unique mobile était de ne pas perdre
les trésors immenses qui leur arrivaient par
mer de ces régions
éloignées.
Innocent fut si bien informé de tout cela,
qu'il projeta d'éteindre l'ordre des
Jésuites, et il commença par leur
interdire de recevoir des novices. Pendant qu'il se
disposait à les supprimer, il mourut, non
pas sans soupçon qu'il avait
été empoisonné par suite de
trames secrètes des
Jésuites.
BENOÎT XIII
CCXLVIIe PONTIFE. - De 1724 A 1730.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Benoît_XIII_(pape)
PIERRE-FRANÇOIS DE ORSINI, fils du duc de
Gravina, religieux dominicain, cardinal
archevêque de Bénevent, fut élu
pape le 29 mai 1724, sous le nom de Benoît,
à l'âge de 75 ans.
Il voulut publier une bulle contenant douze
articles relatifs aux disputes sur la grâce
et la prédestination, pour tâcher de
pacifier les partis des molinistes et des
jansénistes. Les Jésuites firent
tant, par leurs intrigues, qu'ils gagnèrent
la majorité des suffrages des cardinaux,
afin d'empêcher la publication de cette
bulle. Ils n'ignoraient pas le moyen de
négocier avec les cardinaux, en se servant
à propos des trésors de la Chine et
de l'Amérique. Cependant Benoît publia
de lui-même un bref adressé aux moines
dominicains, pour les exhorter à soutenir
vigoureusement la doctrine de la
prédestination et de la grâce
efficace, comme dogmes incontestables
et certains de
Saint-Augustin et de Saint-Thomas. Il assembla
ensuite un concile à Saint-Jean-de-Latran,
en l'année 1725, et, par une intrigue
jésuitique, le secrétaire mit dans un
des décrets, (sans le consentement du
concile) que la bulle uni genitus
expédiée par Clément XI,
le 8 septembre 1713, fût regardée
comme article de foi. Benoît ne pouvait
approuver une supercherie par laquelle on lui
faisait dire tout le contraire de ce que contenait
son bref du 6 novembre 1724 ; mais on
tâcha de le lui cacher pendant sa vie ;
et la cour pontificale, gagnée par les
jésuites, laissa subsister cette
doctrine.
CLÉMENT XII
CCLXVIIIe PONTIFE. - De 1730 A 1740.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Clément_XII
LAURENT CORSINI, né à Rome,
cardinal évêque de Frascati, fut
élu pape le 12 juillet 1730, après un
conclave de quatre mois et sept jours.
Combien n'y aura-t-il pas eu de factions et
d'intrigues ! Combien de gens aspirant au
pontificat ! Combien de discordes pour
souffrir plus de quatre mois de
réclusion !
Enfin, les cardinaux portèrent leur suffrage
sur un vieillard de 78 ans. Ce fut Clément
XII. Que pouvait faire un octogénaire ?
s'occuper de prolonger ses jours, et laisser aux
cardinaux la faculté de gouverner selon leur
fantaisie.
BENOÎT XIV
CCXLIXe PONTIFE. - DE 1740 A 1758.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Benoît_XIV
PROSPER LAMBERTINI, né à Bologne,
cardinal archevêque de sa patrie, fut
élu pape le 17 août 1740, sous le nom
de Benoît, et mourut le 3 mai 1758.
Il fut très sage et bon, mais il put et dut
être encore meilleur. S'il n'eût pas
été si sage, je le disculperais sur
certains articles ; mais il connaissait les
vérités de la théologie, les
canons, l'histoire ecclésiastique et
politique qui devaient lui servir à
réformer tous les abus de ses
prédécesseurs et ceux de la cour de
Rome.
Il savait que le temporel avait été
successivement usurpé sur l'empire
d'Occident et sur d'autres souverains ; et
l'autorité ecclésiastique, relative
aux réserves, sur les évêques
diocésains ; il savait que les
exemptions accordées aux monastères
et aux congrégations
régulières, étaient contraires
à la doctrine de Saint-Paul, selon laquelle
le Saint-Esprit recommanda
particulièrement tout le troupeau de
l'Église à l'évêque
Timothée, et successivement à tous
les autres.
Malgré cela, Benoît conserva les
réserves et les exemptions, telles qu'il les
avait trouvées. Dans son ouvrage du
synode diocésain, il exalte la
puissance pontificale et restreint le pouvoir
épiscopal, en sorte qu'il permet seulement
aux évêques, sans la concession du
pape, de conférer les ordres, de confirmer
ceux qui ont été
baptisés ; mais, quant aux chapelles
particulières, à la réduction
des fondations et à d'autres bagatelles, il
veut qu'ils recourent à Rome, et il laisse
ainsi la dignité épiscopale
réduite à un squelette
décharné.
Comment le disculperai-je ? Fût-ce par
ignorance de la discipline primitive ? Non,
car il la connaissait à fond. Ce ne fut donc
que pour complaire à la cour pontificale, et
en cela il ne peut mériter des
éloges.
Je ne puis l'approuver non plus d'avoir
lancé l'excommunication contre les
francs-maçons. Il n'est pas croyable qu'il
ignorât les constitutions et les usages des
loges. S'il les eût prohibées comme
des réunions dépourvues de tout appui
légal ; qu'il les eût
méprisées comme inutiles,
absurdes ; que même, sans faire usage de
la censure ecclésiastique, il les eût
réprouvées comme extravagantes,
ridicules, je louerais sa sagesse et son bon
sens : mais les anathématiser comme si
elles étaientcontraires
à la religion catholique, dont elles ne
s'occupent pas, ce fut une injustice et un
défaut de prévoyance. Je ne vois dans
ce procédé qu'un moyen de leur donner
plus d'importance qu'elles n'en ont
réellement, et de faire naître chez
beaucoup de gens le désir d'être
francs-maçons, par motif de
curiosité.
J'ai lu la copie d'une lettre qu'un gentilhomme de
Naples , son ancien ami, lui écrivait
après avoir vu la bulle. « Vous
m'avez donc excommunié ? lui disait-il,
vous saviez bien que j'étais
franc-maçon depuis plusieurs années.
En vérité, je ne puis revenir de mon
étonnement, en voyant vos opinions à
ce sujet. Quels sont les mérites sur
lesquels retombe l'excommunication ? Sont-ce
les actes de bienfaisance que l'on exerce du moins
par vanité ? vous excommuniez donc les
bonnes oeuvres. Est-ce le ridicule des
épreuves pour l’admission ? alors
vous rendez l'excommunication ridicule. Sont-ce les
serments éxécratoires du
secret ? vous donnez donc une grande
importance à ce qui n'est qu'une
formule.
Révoquez, révoquez votre bulle, et ne
faites pas un outrage à votre talent,
à votre sagesse et à votre bonne
réputation. Laissez-nous nous amuser avec
ces extravagances, puisque ce n'est qu'une
fantaisie qui n'offense personne, quelle que soit
son origine et son objet. »
Je n'ai pas vu la réponse de Benoît
XIV ; mais j'ai ouï dire qu'il rit
beaucoup de la lettre de son ami
et qu'il lui répliqua : que par rapport
à la place qu'il occupait, il n'avait pu
agir autrement ; mais que cette
excommunication ne devait pas lui inspirer de
crainte, car sûrement il ne
dessécherait pas pour cela, comme on
prétend qu'il en arrivait autrefois à
ceux qui étaient excommuniés. Si
cette réponse est certaine, elle laisse
à penser qu'il avait lancé la bulle
pour complaire à quelques cardinaux
imbéciles.
Dans sa conduite envers les souverains, il
manifesta du jugement, de la prudence et une
connaissance profonde de l'histoire. Plusieurs
cardinaux voulaient qu'il lançât
l'excommunication contre le roi de Portugal Jean V,
parce qu'au mépris des remontrances
réitérées qu'on lui avait
faites, il entretenait un commerce scandaleux avec
des religieuses. Benoît s'y refusa
constamment dans la crainte que, par dépit,
le roi n'imitât la conduite d'Henri VIII
d'Angleterre. « Exposerai-je, disait-il,
pour quelques femmes de mauvaise vie, tout le
royaume à tomber dans le schisme ? Non,
certes. Le roi se lassera, ou Dieu lui enverra une
maladie, pour l'amener à se
repentir. »
C'est ce qui arriva ; Jean V fut très
longtemps malade et donna des marques certaines
d'un véritable repentir.
L'Espagne doit à la sagesse et aux
lumières de Benoît XIV, le grand
avantage de faire les provisions
ecclésiastiques à Madrid, sans avoir
besoin d'envoyer de l'argent
à Rome. Avant lui, il sortait d'Espagne,
pour cet objet, plus de douze millions de
réaux pour le trésor pontifical.
Benoît connaissait si bien ces
inconvénients et ses propres dangers, que
les conférences pour le concordat de l'an
1753, avec le roi Ferdinand VI, furent
particulières entre le souverain pontife et
Don Emanuel Bonaventure de Figueroa, envoyé
espagnol, à qui sa sainteté
recommanda efficacement de garder le secret, comme
si c'était celui de la confession. Car,
disait-il, si quelque membre de la chancellerie
romaine venait à découvrir cette
affaire avant qu'elle fût conclue, ils
m'empoisonnerait pour l'empêcher.
Benoît connaissait à fond les gens de
sa cour.
Son ouvrage de Festin est un
témoignage immortel de saine critique et de
ses connaissances dans l'histoire
ecclésiastique. Il y manifeste ce qu'il y a
de vrai à l'égard de l'image de
Jésus, qu'on appelle la Véronique,
que dans la suite des siècles on a
convertie en une sainte femme, dont on raconte
divers traits de la vie.
Il en fait de même de l'histoire des Mages
qui visitèrent Jésus, que dans le
sixième siècle on nous
présenta sous les noms, auparavant inconnus,
de Gaspard, Melchior et Balthazard, desquels on a
fait des rois dans le douzième
siècle.
Il traite également de divers points de
l'histoire ecclésiastique, relativement
à la liturgie et à la vie des saints.
C'est pour cela qu'il connaissait si bien les
contes faits à plaisir contenus dans les
leçons du second nocturne des matines de
l'office des saints et saintes, que je ne lui
pardonne pas d'avoir
laissé subsister dans le bréviaire
romain tous ceux que l'on y trouve. Il en est
résulté que les moines, dans leurs
sermons panégyriques, continuent à
les prêcher au peuple chrétien, comme
des vérités constantes que la sainte
mère Église propose à noire
croyance, tandis qu'elle se borne seulement
à en permettre la lecture. Il n'a fait en
cela que fomenter le mensonge et la
superstition.
Je vois son excuse qui se réduit à la
crainte qu'il aurait du danger de détromper
le vulgaire. C'est dommage qu'il n'ait pas eu le
courage d'un Hercule.
À cette occasion, il me semble que je ne
dois point passer sous silence un exemple des
contes du bréviaire. Dans les leçons
de la bienheureuse Marianne de Jésus de
Madrid ; on raconte qu'elle fit solennellement
profession de religieuse de la merci ; et ce
mensonge est si évident, qu'il n'y avait
à Madrid aucun couvent de cet ordre, quand
la béate mourut. Ceux de don Juan de Alarcon
et de Saint-Ferdinand sont bien plus modernes.
La seule chose vraie qu'il y ait en cela, c'est que
Marianne demeurait auprès d'un couvent de
moines déchaussés de la merci, connu
sous le nom de Sainte-Barbe, et qu'elle en portait
l'habit. S'il est vrai qu'elle ait fait des voeux,
ils ne peuvent avoir été que simples
et non solennels, entre les mains d'un moine son
confesseur.
Combien de choses de cette espèce y a-t-il
dans le bréviaire ! Il existe un petit
ouvrage français en deux volumes in-12,
imprimés en 1698, sous le titre des
Moines empruntés, par M. Pierre
Joseph. On y trouve beaucoup de saints que les
moines de tous les ordres se sont
appropriés, en les désignant comme
des individus de leurs instituts respectifs, dont
ils n'ont jamais fait partie pendant leur vie.
La congrégation des rites ne permettrait pas
ces fraudes, si l'argent ne rendait pas ses fiscaux
et ses juges aussi indulgents. Ces tromperies font
grand tort à la religion, parce que les
protestants ont dans leurs églises des
hommes très savants et d'une critique
très fine, qui découvrent et
démontrent le mensonge. Ils tirent de
là des armes puissantes pour persuader qu'il
en est de même de tous les récits
historiques des miracles, d'après l'ancien
proverbe espagnol : Les miracles du jour
m'empêchent de croire à ceux de ta
veille.
Ne vaudrait-il pas mieux empêcher ces
fables, ainsi qu'on les empêchait dans les
premiers siècles, malgré le grand
nombre des martyrs ? Celui qui veut voir
rassemblés tous les éloges de
Benoît XIV en peu d'articles et tous
très véritables, les trouvera dans
l'ouvrage intitulé, l’Art de
vérifier les dates.
CLÉMENT XIII
CCLe PONTIFE. - DE 1758 A 1769.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Clément_XIII
CHARLES RÉZONICO, né à
Venise, cardinal évêque de Padoue, fut
élu pape le 6 juillet 1758, prit le nom de
Clément, et mourut le 2 février
1769.
Son pontificat a laissé la preuve du mal que
peuvent faire les préjugés joints
à l'intérêt. Clément
XIII (si nous ne faisions attention qu'à sa
conduite personnelle) était un homme
juste ; mais ses affections
particulières et son ignorance de la force
de l'opinion publique, le perdirent. Il
était partisan aveugle et passionné
des Jésuites, et, cependant, parvenu
à la papauté, il condamna
malgré lui l'ouvrage du jésuite
Berruyer, intitulé Histoire du peuple de
Dieu, en Espagnol et en Italien ; et il
renouvela et aggrava les condamnations
prononcées deux fois par Benoît
XIV.
Les événements scandaleux de Portugal
et de, Naples déterminèrent les cours
de Paris, de Madrid, de
Lisbonne, de Naples et de Parme, à demander
la suppression de l'ordre des Jésuites. Les
motifs de ces diverses puissances étaient
appuyés sur une multitude de faits criminels
dans tous les royaumes Catholiques des
seizième, dix-septième et
dix-huitième siècles, et surtout au
Paraguay et à la Chine. Ces derniers
venaient d'être condamnés
récemment par Benoît XIV, parce que
les condamnations prononcées par ses
prédécesseurs n'avaient pas
suffi.
Pendant que cette affaire était en suspens,
Clément publia, le 30 janvier 1768, un bref,
sous le titre de Monitoire, contre Philippe de
Bourbon, duc souverain de Parme, frère des
rois d'Espagne et de Naples et cousin du roi de
France. Sa teneur était la même que
ceux de Grégoire VII, de Boniface VIII et
d'autres pontifes du même caractère,
appelant le duché de Parme son patrimoine,
comme s'il eût vécu dans les
siècles, où la conquête d'un
pays, faite par le souverain temporel au prix de
guerres dispendieuses d'argent et de sang humain,
était réputée nulle, inutile
et méprisable, jusqu'à ce que le pape
y eût donné sa
bénédiction, afin que le pays conquis
relevât en fief du Saint-Siège
à perpétuité.
Le bref défendait d'imposer des tributs sur
les terres acquises ou qui le seraient
postérieurement par des personnes ou des
corporations ecclésiastiques. Il condamnait
également les bornes que Philippe avait
mises à l'accroissement des biens de
main-morte, et d'autres mesures
relatives au gouvernement temporel. Enfin, il
excommuniait le duc et le privait de ses
états, avec toute cette artillerie de
clauses et de style de Rome, qui, dans d'autres
temps, faisaient trembler les empereurs et les
rois, mais qui, maintenant, (grâces à
Dieu) ne produisent que le ris et le mépris
qu'elles méritent dans ces sortes de
matières.
Les cinq cours réclamèrent à
la fois contre le bref, regardant cette affaire
comme d'un intérêt commun, et en
demandèrent la révocation, avec une
satisfaction publique en raison de l'offense. La
cour de Rome s'y refusa, et celle de Madrid fit
faire un écrit intitulé, jugement
impartial sur le Monitoire de Parme. Ses
auteurs furent les comtes de Florida Elanca et de
Campomanés, fiscaux du conseil royal et
suprême de Castille. Ils y
déployèrent tous les principes de
jurisprudence relatifs à la censure
ecclésiastique et à d'autres
points : mais ils omirent encore de traiter
les principes réels qui devaient
prévaloir quant à la
souveraineté temporelle des papes. Ils le
voulurent, et même commencèrent
à le faire, mais deux archevêques et
trois évêques appelés par le
roi Charles III au conseil extraordinaire,
trouvèrent mauvais que l'on approfondit
autant la matière, dont les bases touchaient
à la puissance et à la juridiction de
tous les prélats ecclésiastiques.
De conseillers du roi qu'ils étaient, ils
devinrent avocats de leur propre cause, et
décidèrent de supprimer la
première édition et d'en publier une
seconde, qui est celle qui existe à
présent, traduite dans presque toutes les
langues de l'Europe.
Les cinq souverains serrèrent vivement le
pape : Louis XV s'empara de la ville d'Avignon
et du comtat Venaissin ; Ferdinand IV, du
duché de Bénévent, et tous
menacèrent Clément XIII de le
dépouiller de Bologne, de Ferrare, et
d'autres parties des états pontificaux.
Clément se trouva serré de si
près, qu'il se détermina à
céder et à donner une pleine
satisfaction aux souverains.
Mais les membres de la chancellerie reconnurent que
ce serait le coup mortel pour leurs maximes, et,
pour tenter la fortune avec un nouveau pape, ils
empoisonnèrent Clément XIII : ce
fut la nuit même du jour où il
manifesta sa résolution, veille de celui
où il devait la signer.
L'opinion générale fut que les
jésuites aidèrent à
l'entreprise, soupçonnant qu'une partie de
la satisfaction demandée serait la
suppression de leur institut, et ce
soupçon ne fut pas dénué de
fondement.
CLÉMENT XIV
CCLIe PONTIFE. - DE 1769 A 1774.
Image provenant
de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Clément_XIV
JEAN-VINCENT-ANTOINE GANGANELLI, né
à Saint-Archangel, près de Rimini,
cloîtré de l'ordre de
Saint-François d'Assise, cardinal romain,
fut élu pape le 19 mai 1769, sous le nom de
Clément, et mourut le 22 septembre 1772,
n'ayant pas encore soixante-neuf ans accomplis.
Il est aisé de reconnaître qu'il y
avait deux partis parmi les cardinaux : celui
des jésuites et des membres de la
chancellerie, et celui des cinq souverains. Le
cardinal Ghiggi, arrière-petit-fils d'un
frère d'Alexandre VII, fut plusieurs fois
sur le point d'être élu, pendant les
trois mois de conclave ; mais le parti
jésuitique ne put jamais réunir les
deux tiers des suffrages. Ganganelli était
le seul régulier qu'il y eût parmi les
cardinaux : cette circonstance influa pour que
les moins entêtés de la faction
jésuitique cédassent, dans l'espoir
que le nouveau pape
prendrait intérêt à la
conservation des ordres réguliers. Leur
attente fut trompée : Clément
XIV était un des hommes les plus
éclairés du dix-huitième
siècle, comme le démontrent ses
lettres et sa conduite pontificale.
Il se réconcilia avec les cinq souverains,
en leur donnant satisfaction à tous, mais
spécialement à ceux de Lisbonne et de
Parme qui avaient été les plus
offensés. Il supprima la publication de la
bulle in cena Domini, qui blessait si
fortement les droits des souverains temporels et de
leurs sujets.
Clément forma une assemblée de cinq
cardinaux et de plusieurs jurisconsultes, pour
traiter de l'affaire des jésuites. Tous
votèrent la suppression, et le pape la
prononça par un bref du 21 juillet 1773. Il
dit en le signant : « Je le fais
avec plaisir, parce que j'ai réfléchi
longtemps sur le pour et le contre. Si je ne
l'eusse pas déjà signé, je le
ferais encore, mais je prévois qu'il m'en
coûtera la vie. »
Il ne se trompa pas, car bientôt on lui donna
un poison lent qui lui fit perdre ses forces par
degrés. Le jour de l'Ascension, il voulut
encore assister au Vatican, pour publier la bulle
du jubilé de l'année 1775 : ses
ennemis eurent l'audace d'annoncer qu'il ne le
verrait pas, et de mettre jusque dans le palais
pontifical une pasquinade avec ces initiales :
I. S. S. S. V., dont l'entière signification
paraît être « In settembre
sara sede vacante. » Ce qui veut
dire : En septembre le siège sera
vacant. »
Cela se vérifia en effet, le 22 mai, qui
était l'époque annoncée.
Sera-ce un jugement téméraire que
d'accuser le parti
jésuitique ?
PIE VI
CCLIIe PONTIFE. - DE 1774 A 1799.
Image provenant de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_VI
JEAN-ANGE BRASCHI, né à
Césène, cardinal romain, fut
élu pape le 15 février 1775. Il prit
le nom de Pie, et mourut à Valence, sur la
Drôme, en France, dans l'année
1799.
Il serait superflu de m'arrêter à
persuader que l'esprit d'intrigue inspira cette
élection. Les souverains voulaient un pape
ennemi des jésuites, ceux-ci un de leurs
partisans. Cinq mois de conclave ne suffirent pas
pour se mettre d'accord. Le comte de Florida Elanca
était à Rome de la part de l'Espagne,
et il influa beaucoup sur l'élection, parce
qu'il suggéra l'idée d'élire
un des cardinaux qui se disaient
indifférents.
Tel était Braschi. Florida Blanca employa
les millions de l'Espagne pour gagner les dames
romaines, amies des cardinaux, afin de
conquérir leurs suffrages par le moyen de
leurs lettres. Les ambassadeurs de France, de
Portugal et de Naples l'aidèrent par les
mêmes voies, et il réussit. Ce fait,
accompagné d'une quantité d'anecdotes
particulières, résulte du
procès criminel intenté à
Madrid, contre le comte de Florida Blanca, en 1792,
après qu'il eût cessé
d'être ministre secrétaire
d'état et de la justice.
On peut maintenant voir clairement l'influence du
Saint-Esprit dans les élections.
Le pontificat de Pie VI a fait connaître
combien l'opinion publique était
changée, relativement aux droits des
souverains et de la cour de Rome.
L'empereur d'Allemagne Joseph II supprima beaucoup
de monastères, de couvents et de
communautés religieuses ; disposa de
leurs biens en faveur de l'état, et prit
divers mesures sur la discipline extérieure
de l'Église. Il usa en cela de son pouvoir
souverain, sans demander l'autorisation ni
l'approbation du pape, et sans compter sur sa
volonté.
Pie VI lui écrivit plusieurs lettres pour
tâcher de le persuader de s'abstenir des
réformes, des suppressions et des autres
mesures préjudiciables aux droits du
Saint-Siège. Joseph II lui répondit
qu'il ne les avait pas violés, en faisant
des règlements qui n'appartenaient
qu'à sa puissance temporelle. Ses
prédécesseurs, Henri
IV.
Henri VI, Frédéric I,
Frédéric II, et Louis de
Bavière, avaient été
détrônés pontificalement, ou
obligés d'aller en personne à Rome,
nus pieds comme des pénitents, et de se
prosterner comme des criminels aux pieds des
pontifes orgueilleux et inexorables, pour demander
pardon de fautes bien moins graves que celles de
Joseph.
Pie VI savait très bien que l'ère de
l'orgueil pontifical était passée,
et, au lieu de citer l'empereur devant son
tribunal, il part de Rome pour aller trouver Sa
Majesté impériale à Vienne.
Joseph va à sa rencontre, mais il ne le
conduit pas par les rênes de son
cheval ; il embrasse respectueusement le
souverain pontife, qui, de son côté,
n'exige pas non plus des humiliations honteuses
à l'exemple de ses antiques
prédécesseurs, et il accepte dans le
carrosse une place que lui offre le monarque.
Logé dans le palais impérial de
Vienne, Pie VI voit sous ses yeux s'exécuter
le système commencé, et il est
obligé de s'en retourner à Rome sans
avoir rien obtenu de l'objet de son voyage. Il
n'excommunia pourtant pas Joseph, ne le traita
point d'hérétique et de
persécuteur de l'Église, comme dans
des occasions moins importantes l'avaient fait les
papes antérieurs à la réforme
de Luther ; il vanta au contraire la religion
et les vertus de Joseph II, dans un discours
imprimé à Vienne pendant le
séjour de Sa Sainteté, et il lui
donna la communion de sa
main.
C'est pour cela que les Français disaient
assez à propos : « Le pape
est allé célébrer deux messes
à Vienne, une sans credo pour
l'empereur, l'autre sans gloria pour
lui-même. »
On publia aussi à Vienne une estampe qui
n'était pas moins piquante, faisant allusion
à la chute du pouvoir pontifical.
« L'aigle impériale enlève
de la tête du pape la tiare aux trois
couronnes ; les enfants jouent à la
raquette avec la sandale du pape et avec les clefs
du ciel ; le fanatisme est au fond du tableau,
grinçant les dents de rage. On voit les
moines accablés par la force de la douleur,
et le chef de l'Église reste sans autre
soutien que sa crosse pastorale. »
Huit ans après, la révolution
française occupa de nouveau Pie VI. Les
Français établirent leur constitution
nationale, dont une partie avait rapport au
clergé, et cette partie fut appelée
la constitution civile du clergé de
France. On demanda au pape son approbation, et
Sa Sainteté la refusa, en disant que cette
constitution était injuste, nulle, et
contraire aux institutions divines et aux droits du
Saint-Siège. On lui fit voir que tout
était conforme aux six premiers
siècles de l'Église, et qu'elle
s'opposait seulement aux abus et aux usurpations
qui eurent lieu dans les siècles suivants.
On insista donc pour qu'il approuvât le
serment que l'on avait ordonné que le
clergé devait prêter. Pie VI
réprouva le serment, et le déclara
illicite, injuste, nul, et défendit de le
prêter, sous peine
d'excommunication, et
menaça de jeter sur la France un interdit
général.
Quelques évêques écrivirent au
pape une exposition pleine d'une doctrine solide et
catholique, pour lui démontrer qu'il
agissait sans fondement canonique suffisant, et
qu'il devait changer de marche dans la conduite de
cette affaire, s'il voulait éviter un
schisme parmi le clergé français.
Pie VI, loin d'accéder à cette
proposition, publia de nouveaux brefs,
menaçant de déclarer
excommuniés et schismatiques ceux qui
prêteraient le serment. De là,
résulta l'émigration de beaucoup
d'évêques et de prêtres ;
mais il en resta pourtant en France un nombre
suffisant pour le culte.
La conduite de Pie VI envers la France fut
choquante, si on la compare avec celle qu'il avait
tenue en Allemagne, car il y avait beaucoup de
rapports entre les mesures de l'empereur Joseph
II et la constitution civile du
clergé de France. La différence fut
que beaucoup d'évêques
intéressés à ne pas perdre les
dîmes, les domaines temporels et les rentes
de biens fonds, voulaient persuader au pape qu'en
ne cédant pas, tout reviendrait
bientôt dans l'ancien état ;
parce que, selon leur opinion, la majeure partie de
la nation était opposée à la
constitution civile du clergé ; et
qu'alors tomberait le pouvoir de
l'assemblée constituante
qu'ils traitaient d'usurpatrice et de factieuse,
mais qui ne serait que momentanée. Ils
occasionnèrent de violents regrets au pape,
en voulant lui persuader cela ; car la
révolution française, au lieu de se
calmer, fut toujours en croissant, et la religion
perdit beaucoup alors, puisque l'Église
gallicane resta séparée de la
communion romaine. On aurait pu éviter ce
malheur, en approuvant seulement la constitution.
Cependant, on n'en vint jamais à la
déclarer schismatique, et le seul effet de
cette séparation, fut de suspendre les
rapports de communication directe.
Les événements subséquents
démontrèrent que Pie VI aurait
approuvé la constitution, sans les
suggestions des émigrés. La puissance
de la république française
s'accroissant de jour en jour et étant
parvenue à dominer sur une grande partie de
l'Italie, il s'y forma une autre république
sous le nom de Cisalpine. Celle-ci
établit aussi une constitution du
clergé à l'instar de celle de France,
sur les mêmes bases, avec toutes ses
conséquences et presque dans les mêmes
termes. Alors Pie VI, qui n'était plus
entouré d'émigrés, et qui
craignait, avec raison, la durée de la
nouvelle république, rentra en
lui-même et préféra manquer des
droits possédés pendant plusieurs
siècles, que de s'exposer au danger d'avoir,
dans le centre de l'Italie, un état
réputé schismatique. Il
approuva donc, par une bulle
spéciale, la constitution civile du
clergé Cisalpin. Ce fut, à cette
occasion, que l'on publia dans diverses gazettes de
grands éloges de sa prudence. On ne lui
épargna pas pourtant la réflexion
piquante que par cela même, il
démentait les anciens brefs qu'il avait
adressés en France.
La raison en était bien simple, car, s'il
croyait véritablement s'opposer aux
institutions divines, il ne devait pas approuver la
constitution du clergé Cisalpin ; et
si, au contraire, il ne le croyait pas, il devait
également confirmer celle du clergé
Gallican. Mais le mal était
déjà fait : il est à
croire que si alors la France le lui eût
demandé, il l'eut accordé, afin
d'agir conséquemment avec ce qu'il faisait
en Italie. Mais la république
française ne pensait plus à supplier
Pie VI, lorsqu'elle le tenait humilié et
réduit au point de voir sa vie même
dépendre de la volonté des
gouverneurs de la France, qui, enfin, se
vengèrent de l'ancien entêtement du
pape, en l'amenant sur le territoire
républicain, où il mourut.
Il faut avouer que Pie VI tint la conduite d'un
prince pacifique et prudent, dans les affaires
d'Allemagne et de la république
Cisalpine ; mais l'histoire ne pourra, non
plus, se dispenser de lui imputer de
l'opiniâtreté à vouloir
conserver les droits usurpés en France par
ses
prédécesseurs
C'est une chose terrible que les papes ne veulent
pas reconnaître la force de l'opinion
publique, et qu'ils veuillent
préférer les grandeurs de la
puissance humaine et temporelle, à la
doctrine et aux exemples du Christ et de
Saint-Pierre.
XIXe SIÈCLE.
PIE VII
CCLIIIe PONTIFE. - DE 1799 A ...
Image provenant
de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_VII
BARNABÉ CHIARAMONTI, né à
Césène, moine
bénédictin, cardinal romain,
créature de Pie VI, fut élu pape
à Venise, le 14 mars 1800. Il prit le
nom de Pie, comme son
prédécesseur, et vit encore en ce
moment (1822),
âgé de quatre-vingts ans.
La vacance du Saint-Siège dura sept mois,
prolongée de la sorte par les circonstances
où se trouvaient l'Europe, et surtout
l'Italie. Il est très certain (quoique l'on
veuille maintenant défigurer la
vérité), que la vacance aurait
duré bien plus longtemps,
sans la détermination de Napoléon
Bonaparte, alors premier consul de la
République française. Ses efforts se
dirigeaient vers les moyens d'étouffer les
anciennes divisions, et de réunir la nation
aux idées générales du bien
commun. Il pensa qu'il pourrait facilement en venir
à bout, en rétablissant le culte
catholique public, presque totalement éteint
depuis les temps malheureux de Robespierre, et en
remettant dans Rome un souverain pontife avec qui
l’on put traiter l'affaire, en sorte qu'il n'y
eût point d'obstacle au séjour des
prêtres constitutionnels avec ceux qui
avaient refusé le serment, auxquels il
permit de rentrer en France.
En conséquence, il facilita la
réunion des cardinaux à Venise, afin
qu'ils fissent, en pleine liberté,
l'élection d'un souverain pontife. Ce fut
Pie VII, et son coeur serait ingrat, s'il niait
qu'il doit à Napoléon Bonaparte la
liberté de son élection et la
paisible possession de son siège à
Rome.
Le premier consul continua à suivre le plan
qu'il s'était formé, et concerta avec
Pie VII les moyens de rétablir le culte
public, de maintenir le clergé, et de
soumettre à des lois fixes les rapports de
l'Église gallicane avec le chef de la
religion catholique.
On établit un règlement, et Pie VII
l'approuva, en comblant le premier consul de
louanges pompeuses. Dans le bref de confirmation,
Pie VII canonise Napoléon, et lui donne les
noms d'homme juste, de restaurateur de
la religion catholique en
France, et de protecteur spécial du culte
public.
Que l'on dise maintenant ce qu'on voudra,
d'après le changement des circonstances, le
fait est que Napoléon a opéré
ce que Pie VII a confessé alors, et que s'il
ne l'eût pas voulu, la France était
dans la position de rester tranquillement sans
culte public, et seulement avec le culte
particulier que chacun se procurait.
Les Français voulurent élever leur
premier consul à la dignité
d'empereur, et Pie VII se transporta, de Rome
à Paris, volontairement, pour le couronner,
ce qu'il effectua avec une pompe incomparable. Les
affaires politiques prirent, dans la suite, un
autre aspect, et l'empereur dépouilla Pie
VII de la souveraineté temporelle des
États Romains. Voilà la
véritable source des nouvelles
discordes.
Je ne suis pas surpris que Pie VII en ait
conçu du ressentiment, parce qu'il n'est pas
agréable au coeur humain de se voir
privé des honneurs temporels dont il est en
possession. Mais, ce qui doit étonner, c'est
que Pie VII entreprît de couper les relations
spirituelles, comme si nous eussions
été dans les temps voisins du mauvais
exemple de Grégoire VII.
La conduite subséquente du pape envers
Napoléon, prouva que les conseillers intimes
de sa cour étaient imbus des mêmes
idées que dans le onzième
siècle, et qu'ils voulaient, par des moyens
spirituels indirects, réduire l'empereur
à lui restituer ses
anciens domaines temporels, ou mettre la nation
française dans le cas de se soulever, sous
prétexte de la religion. De semblables
moyens ne sont pas compatibles avec les
lumières actuelles, ni avec l'exemple des
saints papes anciens, qui jamais, pour des motifs
humains, ou pour obtenir des biens
séculiers, ne se refusèrent au
ministère pastoral des âmes.
Napoléon a perdu son empire, et la cour de
Pie VII a manifesté des passions voisines de
la vengeance.
Elle a refusé d'expédier les bulles
de l'archevêché de Paris et d'autres
évêchés, à ceux qui
avaient été nommés par
Napoléon, conformément au Concordat.
Cela est d'autant plus remarquable, que Sa
Sainteté avait déjà
préconisé les mitres en faveur de
ceux qui avaient été
nommés ; et certes, en cela il ne
faisait que ce qui était juste, puisque tout
individu présenté a le droit d'y
être confirmé, à moins qu'il
n'en soit formellement indigne.
La mort naturelle du patron ne peut détruire
l'effet des présentations faites dans un
temps légitime ; tout le monde sait
qu'il en est de même dans le cas de mort
civile.
Par suite des malheurs de Napoléon,
Ferdinand VII règne en Espagne. Pendant la
révolution, il y eut des prêtres
séculiers et réguliers qui,
renonçant à la douceur sacerdotale et
à la tranquillité
ecclésiastique, abandonnèrent leurs
églises pour se faire
chefs de bandes. Ils prenaient le titre de
défenseurs de la liberté espagnole
contre l'invasion des Français, et ils
passaient leur vie à tuer et à
piller, non pas les Français, devant qui ils
fuyaient (à moins qu'ils ne les trouvassent
écartés et seuls), mais les Espagnols
eux-mêmes, sous prétexte de leur
adhésion vraie ou supposée au roi
Joseph. Il suffisait, pour cela, d'être
riche, ou présumé tel ; car ils
regardaient avec indifférence ceux qui
n'avaient pas d'argent.
Il y eut quantité de moines qui, jetant le
froc, prirent le même parti, et ces derniers,
ainsi que les prêtres, joignirent aux
crimes d'assassins et de voleurs, celui de la
luxure la plus effrénée et de la vie
la plus scandaleuse dans tous les sens. Comme ils
avaient l'air d'agir en faveur de la cause de
Ferdinand, le pape a regardé avec une
bénignité sans exemple, les crimes de
ces monstres, dont l'histoire publiera
peut-être un jour les iniquités, et,
à la demande de Ferdinand, il a
expédié une bulle de dispense pour
toutes les irrégularités et pour
toutes les censures qu'ils ont encourues.
Ceci est contre toutes les dispositions des canons
et contre l'exemple de ses
prédécesseurs Léon X, Adrien
VI et Clément VII, qui ordonnèrent de
poursuivre criminellement l'évêque de
Zamora et tous les prêtres ou moines qui
avaient pris les armes dans la guerre civile,
appelée la guerre des communes, sous
le règne de Charles-Quint. Il
est pourtant très certain
qu'ils ne le firent que pour la défense
légitime de la liberté espagnole, et
qu'ils commirent moins de crimes que les brigands
ou guérillas de la dernière
révolution espagnole.
La conduite de Pie VII est d'autant plus
étonnante, qu'il s'est même
refusé à faire passer au roi
Ferdinand le plus léger office en faveur des
ecclésiastiques qui, pour éviter la
mort dont les menaçaient ces mêmes
bandes, se sont réfugiés en France,
sans d'autres délits que d'avoir
blâmé et détesté la
conduite et l'imposture des mauvais prêtres
et des moines guerriers.
Un autre sujet d'étonnement encore plus
fort, c'est de voir que, contre les principes
ordinaires de la cour romaine, le pape permette que
la puissance temporelle déclare vacante les
prébendes des absents, au mépris de
la nature perpétuelle de la collation
canonique.
La manière dont la cour de Pie VII s'est
conduite depuis sa réintégration dans
son ancienne souveraineté, ne lui fera pas
honneur dans l'histoire. Une des clauses du
traité de paix générale de
l'Europe, a été que personne ne
fût inquiété pour ses opinions
politiques, quand bien même il eût
été partisan du gouvernement
précédent. Pie VII, en qualité
de vicaire du dieu de paix, de miséricorde
et de bonté, était obligé
d'accomplir cet article avec encore plus
d'exactitude que les autres souverains :
malheureusement il est
arrivé tout le
contraire ; l'empereur de Russie, les rois
d'Angleterre et de Prusse et d'autres, que Pie VII
traite d'hérétiques et de
schismatiques, ont manifesté les vertus
chrétiennes de la modération et du
pardon des offenses, de la manière la plus
héroïque, et la cour du chef de
l'Église catholique a exercé ses
vengeances contre des hommes d'un mérite
éclatant envers la patrie, seulement parce
qu'ils avaient témoigné leur
satisfaction de la voir délivrée du
joug ecclésiastique.
L'histoire ne pardonnera pas non plus aux
souverains, auteurs du traité de paix,
l'injustice et la mauvaise politique d'avoir remis
les États Romains sous la domination papale.
La Russie, la Prusse, l'Angleterre, et les autres
puissances, savaient qu'elles se sont
séparées de la communion de
l'Église romaine, seulement à cause
des désordres nés de la
réunion du pouvoir temporel d'un territoire
particulier, avec le pouvoir spirituel et universel
sur tout le monde chrétien ; et,
après avoir extirpé la racine du mal,
ils la replantent de nouveau, pour qu'elle produise
les chardons et les épines des discordes,
qui subsisteront autant que le vice de l'ambition
de Rome et cette restitution
l'éterniseront.
S'ils croyaient que l'existence d'un souverain
particulier pour les États romains
était nécessaire pour leur politique,
pourquoi ne les donnaient-ils pas au roi
d'Étrurie ? N'est-ce pas une chose
honteuse, que le refus de rendre
la Toscane et le duché de Parme à
cette branche de l'auguste famille des Bourbons,
à qui ils étaient dûs de
droit ?
Pie VII vient de publier une bulle qui lui donnera
une bien mauvaise note dans l'histoire. Il a
rétabli l'ordre des Jésuites
supprimé par Clément XIV, à la
demande de tous les souverains de la famille royale
des Bourbons et de plusieurs autres, par des motifs
infiniment justes, puissants et vrais. Non content
de cela, il est devenu le panégyriste des
jésuites, dans un autre bref adressé
à Ferdinand VII, dans lequel il le comble
d'éloges, pour avoir accueilli favorablement
les jésuites, lui annonçant que leur
nouvelle admission lui attirera de grandes
félicités, et en ajoutant en
même temps que les accusations portées
contre eux avaient été
calomnieuses.
Pourquoi n'a-t-il pas parcouru auparavant ses
archives pontificales ? N'y aurait-il pas
trouvé complètement prouvés
tous les délits du Paraguay et ceux de la
Chine, en faveur des rites
idolâtres ?
Ne conserve-t-on pas, à Lisbonne, des
preuves de conjuration contre le roi de
Portugal ? Ne trouve-t-on pas, dans les
archives de Paris, leur intervention
constatée dans les régicides des
monarques Bourbons ?
N'y a-t-il pas, à Madrid, une
infinité de documents rassemblés par
le conseil extraordinaire, pour faire voir les maux
qu'ils avaient causés en Espagne ? Que
l'on lise leurs ouvrages
imprimés. où ils
ont déposé les témoignages de
leur doctrine sur le régicide, sur le
serment avec des restrictions purement
intérieures, et tant d'autres
désordres moraux, qui contribuaient à
accroître le pouvoir et la richesse de leur
corporation, sans considération pour les
moyens qui pouvaient les faire
réussir ! Que la cour de Pie VII dise,
après cela, que tout ce qu'on impute aux
jésuites est une calomnie ! Elle ne le
dirait pas, et ne fermerait pas l'oreille aux
recherches de la vérité, sans le
quatrième voeu que font les jésuites
d'obéir en tout à la volonté
du pape : d'où il résulte que ce
sont les plus forts agents du despotisme
pontifical.
Enfin Pie VII, considéré comme
individu, est personnellement très bon,
très vertueux, très honnête,
rempli de prudence et des qualités les plus
dignes d'éloge ; mais, comme pape, il
s'est laissé gouverner par des hommes qui
ont montré plus d'amour pour la politique
mondaine, que pour la doctrine de
l'Évangile.
FIN.
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