PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XVIe SIÈCLE. (Suite)
PAUL IV
CCXXVe PONTIFE. - DE 1555 A 1559.
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JEAN-PIERRE CARRAFE, noble de Naples,
évêque de Téati dans l'Abruzze,
cardinal romain, fondateur avec Gaetan de
l'institut des prêtres réguliers de
la Providence, fut élu pape le 23 mai
1555, à l'âge de soixante-dix-neuf
ans. Il prit le nom de Paul IV, et mourut le 18
août 1559.
Pendant son cardinalat, il avait manifesté
de la vertu, mais une vertu austère, dure,
intolérante, et d'une nature telle, que
dès lors beaucoup de gens conçurent
l'opinion que, si jamais il parvenait à la
papauté, il serait violent et insupportable,
malgré l'hypocrisie dont il cherchait
à masquer son ambition.
Les prophéties de l'abbé Jean Gouin,
sur les papes, s'exprimaient ainsi :
« Intrabit velut Draco, sed erit velut
alter Lao mitis in populo ».
« II entrera comme un dragon, et il
occupera le trône comme un lion formidable au
peuple. »
II en arriva ainsi ;
car à peine il fut pontife, qu'il
persécuta inhumainement, avec la
cruauté et la ruse d'un dragon, les Colone,
les Sforce, et d'autres nobles de Rome, sous des
prétextes imaginaires, afin de confisquer
leurs fiefs et leurs titres, et de les donner
à ses neveux Carrafes, gens indignes,
vicieux, perturbateurs de Rome, et même de
l'Italie, si méchants enfin, que leur oncle
se vit forcé de les exiler.
Il se déclara l'ennemi capital de la maison
d'Autriche, et il ne pouvait endurer patiemment de
se voir vassal de Charles-Quint, en qualité
de roi de Naples : il tenta donc de le
dépouiller de cette souveraineté, en
offrant son royaume au roi de France.
Il se refusa de confirmer l'élévation
de Ferdinand, roi de Hongrie et de Bohême et
roi des Romains, à la dignité
impériale, sous prétexte que
Charles-Quint son frère ne lui avait pas
demandé son consentement pour renoncer
à la couronne ; et il poussa l'audace
jusqu'à écrire que lui seul, et non
pas les électeurs, avait la faculté
et le droit d'admettre de semblables renonciations,
puisque lui seul nommait les empereurs. Cet
orgueilleux pontife ignorait que le temps de la
barbarie avait cessé, et que la superstition
était déjà bannie de
l'Allemagne. Le résultat fut à peu
près tel qu'il devait être. Les
électeurs et Ferdinand se moquèrent
de cet imbécile, et ils
décidèrent que l'on n'aurait jamais
recours au pape, pour donner le titre d'empereur
à celui qui serait déjà
élu roi des
Romains,
quand il deviendrait chef du corps germanique, et
l'empereur ne se ferait point couronner par le
pape, de qui on n'avait besoin pour rien. Paul IV
se vengea en excommuniant Charles V, son fils
Philippe II, roi d'Espagne, et le duc d'Albe,
vice-roi de Naples ; mais bientôt
celui-ci, avec son armée, le réduisit
à lui demander miséricorde : la
fête lui aurait coûté encore
plus cher qu'à Clément VII, si
Philippe II eût été moins
superstitieux.
C'est à son imprudence qu'il faut attribuer
le schisme de l'Angleterre. La reine
Élisabeth, quoique suivant dans son
âme la religion réformée,
envoya un ambassadeur extraordinaire à Rome,
pour annoncer au pape son élévation
au trône, et lui prêter
obéissance. Paul IV reçut mal
l'envoyé et lui dit qu'Élisabeth ne
pouvait hériter de la couronne, étant
fille d'Anne de Boulen, et comme telle,
bâtarde d'Henri VIII : que l'Angleterre
était un fief de l'Église romaine, et
qu'ainsi, à défaut de successeur
légitime, le pape avait le droit d'accorder
la couronne à qui bon lui semblerait.
Élisabeth irritée, proscrivit la
religion romaine, et se conduisit de manière
à ce que l'Angleterre n'eût jamais
recours pour rien au pape, les rois s'étant
déclarés les chefs de la religion
anglicane.
Il ne traita pas les Romains avec moins
d'imprudence et d'orgueil ; car, non content
d'avoir travaillé précédemment
auprès de Paul III, pour
l'établissement de l'inquisition
générale à Rome, il en
augmenta lui-même le pouvoir : je le
crois l'auteur de la
congrégation appelée de l'Index,
pour condamner les livres dont il
défendit la lecture, et parmi lesquels il
s'en trouve de très curieux, mais qui
dévoilaient clairement les usurpations
pontificales.
On vit au moment de sa mort, combien cette conduite
l'avait rendu odieux ; le peuple se souleva en
vomissant des exécrations contre Paul. Il
abattit et jeta dans le Tibre, la statue que
l'intrigue lui avait fait élever au
commencement de son pontificat. On brûla
l'inquisition, ses papiers, et même en partie
l'édifice, après avoir mis tous les
prisonniers en liberté. Le peuple voulut
même insulter son cadavre, et on fut
forcé de l'enterrer promptement en secret,
pour éviter les outrages ; mais enfin,
la mémoire et le nom de Paul IV ont
été livrés à
l'infamie, pour toute la durée des
siècles.
PIE IV
CCXXVIe PONTIFE. - DE 1559 A 1565.
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JEAN ANGE DE MÉDICIS, né à
Milan, cardinal du titre de Sainte-Prisce, fut
élu pape dans la nuit du 25 au 26
décembre 1559, sous le nom de Pie IV, et
mourut dans la nuit du 8 au 9 décembre
1565.
Onuphre Panvinio dit que Pie fut gourmand,
adonné au vin, enclin aux plaisirs, envieux,
impatient, ambitieux, dissimulé
jusqu'à la feinte, avare et incapable
d'amitié, autant qu'il y trouvât de
l'utilité pour ses vues. De son propre
mouvement, il offrit à Ferdinand de le
couronner empereur ; mais on méprisa
son offre. Il était déjà tard
pour faire prévaloir la vieille maxime
romaine, de montrer de l'orgueil envers ceux qui
souffrent avec soumission, et de faire des
bassesses quand l'orgueil n'a pas réussi.
Dans la suite, il tenta de donner le titre de roi
au grand duc de Toscane ; mais le temps
était aussi passé de tolérer
de semblables usurpations de la
part des papes. L'empereur s'y opposa, et fit dire
à Pie IV : Italia non habet regem
nisi Caesarem. L'Italie n'a pas d'autre roi que
l'empereur. »
Quoique contre sa volonté, il assembla de
nouveau le concile de Trente, d'après les
instances réitérées de
l'empereur d'Allemagne et du roi d'Espagne ;
mais il tâcha toujours que le parti Italien
eût le dessus dans toutes les controverses
relatives à la puissance pontificale, aux
droits épiscopaux ou aux prérogatives
des princes. Ses légats ne permettaient de
prononcer aucun décret avant de consulter
auparavant la volonté et l'opinion de
Pie ; aussi en arriva-t-il de cette
convocation, comme de celles de Paul III et de
Jules III ; l'empereur et les autres
souverains se plaignirent hautement que le concile
ne jouissait d'aucune liberté ; et
c'était une chose si certaine, qu'il n'est
pas besoin de recourir à l'histoire de Fra
Paolo Sarpi ou de Suave, car celle de Palavicino
même, défenseur pontifical contre
Suave, rapporte les faits qui fondent cette
assertion.
Tous les monuments imprimés le
démontrent évidemment ; et les
lettres de l'ambassadeur d'Espagne, don Alphonse de
Vargas, écrites de Trente, disent
positivement que l'Esprit Saint n'inspirait rien
dans le concile, jusqu'à ce qu'on lui
expédiât un courrier à Rome,
pour lui demander de venir à Trente :
ensuite de cette démarche, le Saint-Esprit
venait de Rome placé dans une
valise ; expression familière, qui
signifie que le pape envoyait
sa réponse aux légats. Il arriva de
là que les princes et les villes
protestantes ne voulurent pas reconnaître
cette assemblée comme oecuménique, et
représentant l'Église
chrétienne, mais comme un conciliabule
dirigé par un seul homme : Ils
protestèrent donc de nouveau, et en
appelèrent au futur concile
général oecuménique et
libre. Ainsi, la religion catholique n'obtint rien
avec les déclarations du concile ; car
on ne remédia à aucun des abus de la
cour de Rome ; à l'égard du
dogme, les protestants suivirent leurs croyances
évangéliques, et, quant à
l'union des membres, les deux tiers de l'Europe se
séparèrent du
chef.
PIE V
CCXXVIIe PONTIFE. - De 1565 A 1572.
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MICHEL GUISLERI, né à Boschi en
Toscane, moine dominicain, cardinal du titre de
Sainte-Marie de la Minerve, fut élu pape le
7 janvier 1565, sous le nom de Pie V. Il mourut le
1er mai 1572, et a été
canonisé comme Saint, par Clément XI,
en 1712.
Peu de temps après son élection, il
dit que, pendant qu'il était religieux, il
avait l'espoir d'être sauvé ;
que, lorsqu'on le fit cardinal, il craignit
beaucoup d'être damné ; mais que
maintenant qu'il était pape, il
désespérait de son salut.
Ses moeurs personnelles furent pures, et s'il ne
s'agissait que d'un simple religieux dominicain, on
pourrait dire qu'il était digne de la
canonisation ; mais, comme souverain pontife,
il ne pouvait être canonisé que par
ceux qui avaient intérêt à
consacrer comme saintes, les maximes
erronées qui servaient de
base à Pie V pour sa conduite politique. Il
était humble, sans doute, et
désintéressé dans ce qui le
regardait personnellement, mais il fut ambitieux
des honneurs et de la puissance du
Saint-Siège, imbu à l'excès
des opinions fiscales de la papauté, et si
austère et si rigoureux en matière de
foi, que, par un zèle mal entendu, et
offusqué par des principes erronés,
il embrassa les moyens de rigueur et même de
cruauté.
Il avait pris part à l'établissement
de l'inquisition générale à
Rome, et il fut inquisiteur sanguinaire et furieux
à Côme. Dans la suite, étant
déjà cardinal, il influa beaucoup
dans les moyens cruels qu'on employa à Rome
contre les hérétiques, en abandonnant
les voies de douceur et d'humanité, dont on
s'était servi avant Paul III.
Élevé au pontificat, il suivit le
même système, et augmenta les
cruautés de l'affreux tribunal. Tout cela
lui a été compté pour sa
canonisation, comme preuves de son zèle pour
la religion catholique : Jésus-Christ
cependant s'est conduit d'une manière bien
opposée envers les Samaritains. Il ne voulut
pas consentir à faire descendre le feu du
ciel sur ces schismatiques, même à la
demande des apôtres, hommes bien imparfaits
alors, ainsi que l'observe
Saint-Jean-Chrysostôme.
Les mesures et les bulles de Pie V sur tous les
points de discipline ecclésiastique,
relatifs aux évêques et aux moines,
furent très injustes.
Pour exalter la puissance
pontificale, il abaissa le pouvoir épiscopal
beaucoup plus que ne le permettent les livres de
l'Écriture sainte et des quatre premiers
conciles généraux. Il en arriva de
même à l'égard des
souverains : il excommunia les reines
d'Angleterre et de Navarre, ce qui empira la cause
du catholicisme, sans lui faire tirer aucun parti
de ses sottes censures. En répliquant
à la plainte que lui portait l'empereur
Maximilien, sur ce qu'il avait
délivré au duc de Toscane le titre de
grand duc, il répondit que non seulement il
avait le pouvoir pour cela, mais encore pour
accorder le titre de roi à qui il voudrait.
Ce droit n'est pas facile à prouver, pour un
successeur de Saint-Pierre le
pêcheur.
GRÉGOIRE XIII
CCXXVIIIe PONTIFE. - DE 1572 A 1585.
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HUGUES BUONCOMPAGNI, né à Bologne,
cardinal évêque de Vesti, fut
élu pape le 13 mai 1572, sous le nom de
Grégoire XIII, et mourut à
l'âge de 83 ans, le 10 avril 1585.
Dans sa jeunesse, il avait eu un fils naturel
nommé Jacques Buoncompagni. Après
avoir été élevé au
pontificat, il le favorisa beaucoup, ainsi que ses
autres parents ; en sorte que le
népotisme prévalut, quoiqu'il ne les
élevât pas à la dignité
de princes séculiers. Quelques
écrivains disent que Grégoire
était d'un caractère pacifique et
doux ; cependant, il y a certains
événements qui contredisent beaucoup
cette opinion.
Il approuva et célébra par des
réjouissances publiques, l'assassinat de
plus de soixante-douze mille Français
égorgés par les ordres du roi Charles
IX, seulement parce qu'ils étaient
protestants.
Cette tragédie est connue sous le nom du
massacre de la Saint-Barthélémy,
et le roi n'avait pu la faire exécuter
sans violer sa promesse et la paix jurée,
dans laquelle les protestants avaient eu confiance.
Le souverain pontife d'une religion de paix et de
douceur ne devait pas approuver un fait aussi
atroce, et encore moins en faire peindre
l’histoire au Vatican, comme un des tableaux
du triomphe de la religion catholique. Bien loin
d'en être le triomphe, cette action tourna
à son préjudice et à celui de
ses maximes, car elle acharna les esprits de telle
sorte qu'il en résulta de nouvelles guerres
et des maux infinis. Le zèle mal entendu de
la religion produit le fanatisme, et le fanatisme
excite les cruautés les plus atroces.
Grégoire XIII, par ce même motif,
influa sur la conjuration qui se forma au Japon
contre le souverain légitime, à
l'instigation des jésuites missionnaires,
seulement parce que ce pays refusait d'embrasser la
religion chrétienne, qu'un prince avait
adoptée dans la persuasion qu'il serait roi,
avec le secours des missionnaires et des convertis.
Ce royaume fut rempli de trouble, on versa des
torrents de sang, le massacre fut immense et le
christianisme fut proscrit, au lieu de se
répandre.
Jésus-Christ n'enseignait pas la doctrine
des conjurations, lorsque, montrant une
pièce de monnaie à l'effigie d'un
César aussi cruel que Tibère, il dit
qu'on devait lui rendre les tributs et les
respects qui lui appartenaient.
C'était donc encore contre cette doctrine
que procédait Grégoire, en approuvant
la ligue française qu'on nommait catholique,
avec la seule restriction de ne pas massacrer le
roi Henri III, mais de se contenter de s'assurer de
sa personne. De semblables moyens d'éteindre
les hérésies ne proviennent que d'un
mauvais esprit de vengeance et de réaction,
qui remonte au temps de l'empereur Constantin, et
qui s'est fortifié dans les siècles
postérieurs, contre les sages maximes de
l'Évangile.
SIXTE V
CCXXIXe PONTIFE. - De 1585 A 1590.
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FÉLIX PERETI, né à Montalto
dans la Marche d'Ancône, moine franciscain,
cardinal du titre de Saint-Jérôme,
connu ordinairement sous le nom de cardinal de
Montalte, fut élu pape le 24 avril 1585 et
voulut s'appeler Sixte V, par rapport à
Sixte IV qui avait été aussi
religieux de son ordre. Il mourut le 27 août
1590.
L'ambition de la dignité pontificale le
rendit hypocrite au suprême
degré : mais, aussitôt qu'il
l'eut obtenue, il leva le masque et
découvrit la férocité de son
caractère.
Au lieu de l'amnistie d'usage sur des
élections pontificales, il fit faire ce
jour-là justice de quatre criminels. L'effet
pouvait en être utile, mais celui qui
l'ordonnait donnait la preuve du peu
d'humanité de son caractère. Dans la
suite, il donna d'autres preuves d'une barbarie
cruelle, en prenant plaisir à assister aux
exécutions et à en
presser le moment. La terreur qu'il inspirait fit
qu'on chercha à le flatter en lui
érigeant une statue : mais le peuple
qui, à la mort des grands, a coutume de leur
rendre justice, détruisit la statue de Sixte
V, comme il avait renversé celle de Paul
IV.
Il approuva le régicide commis par
Jacques-Clément contre le roi de France
Henri III, et en fit l'éloge dans le
consistoire des cardinaux. Cela équivaut
à la canonisation de la doctrine
condamnée par le concile de Constance, et
c'est adopter une erreur
hérétique.
Il renouvela l'excommunication contre la reine
Élisabeth d'Angleterre, l'interdit de son
royaume ; et il aida Philippe II, roi
d'Espagne, avec de l'argent et des indulgences,
pour conquérir l'Île et s'emparer de
ce royaume avec le titre de feudataire de Rome.
Il lança les mêmes censures contre
Henri IV, roi de France, en déclarant tous
les Bourbons déchus du droit de
régner. Je suis bien étonné de
lire que ce pape fut affectionné à
Henri IV et à Élisabeth, et l'ennemi
de Philippe II d'Espagne, lorsque ses actions
prouvent tout le contraire.
Il reconnut le préjudice de l'existence de
l'institut des Jésuites, comme il le
manifesta à son neveu le cardinal de
Montalte, en lui disant : Il vaudrait mieux
que je confessasse les jésuites que de
prendre un jésuite pour
confesseur.
Cependant, il les laissa subsister comme
auparavant, seulement à cause de leur
quatrième voeu d'obéir
aveuglément au pape.
Quoiqu'il n'eût montré, dans le
principe, aucun attachement pour sa famille, il en
vint, comme tous les autres, à adopter le
népotisme. Il enrichit et éleva ses
parents, jusqu'à marier ses nièces
avec les familles des Ursins et des Colonne, qui
étaient les premières de Rome ;
quoiqu'il ne fut lui-même que le fils d'un
gardeur de porcs, et que la mère de ses
nièces fut lavandière.
Barthélemy Morisoto, dans la vie d'Henri IV,
a dit que Sixte V fut étouffé dans
son lit par un moine franciscain, ou bien un
assassin déguisé sous cet habit, et
payé par la faction de Philippe II et des
jésuites de Rome. Ses domestiques
publièrent le lendemain que le diable
l'avait étouffé, parce qu'il
était plus méchant qu'Alexandre
VI.
URBAIN VII
CCXXXe PONTIFE. - EN 1590.
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JEAN-BAPTISTE CASTAGNI, né à Rome,
cardinal archevêque de Rosane, fut élu
pape le 15 septembre 1590, se nomma Urbain VII, et
mourut le 27 du même mois, après
treize jours de pontificat.
GRÉGOIRE XIV
CCXXXIe PONTIFE. - DE 1590 A 1591.
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NICOLAS ESFRONDATE, né à
Crémone, cardinal évêque de sa
patrie, fut élu pape le 5 décembre
1590, sous le nom de Grégoire XIV, et mourut
le 15 octobre 1591, après dix mois et dix
jours de pontificat.
Dans ce court espace de temps, il manifesta les
maximes anti-évangéliques qu'il avait
dessein de suivre. Il enrichit et éleva ses
parents au plus haut degré, en donnant des
abbayes et des bénéfices
ecclésiastiques à ceux qui
étaient prêtres, et aux autres des
biens et des titres confisqués injustement
sur divers propriétaires. Il trouva dans le
trésor pontifical cent millions
destinés par Sixte à l'achat ou
à la conquête d'un royaume pour
l'Église Romaine ; Grégoire les
destina à la ligue Franco-Espagnole contre
Henri IV, qu'il excommunia de nouveau, et il
expédia en même temps des monitoires
aux prélats et aux pairs de
France, pour qu'ils
abandonnassent ce prince sous peine
d'excommunication. Le clergé français
déclara ces bulles nulles et
méprisables, et le parlement les fit
brûler par la main du bourreau.
Il recommandait à son neveu, qu'il avait
fait duc de Mont-Marcien, d'amasser de l'argent
pendant la vie de son oncle, afin de pouvoir se
soutenir quand il ne serait plus. Le nouveau duc
suivait si ponctuellement le conseil, que, s'il
recevait cent des deniers de l'Église, il en
versait dix au trésor pontifical, et s'en
réservait quatre-vingt-dix. Si Saint-Pierre
revenait dans ce monde, pourrait-il
reconnaître le pontificat et les
pontifes ?
INNOCENT IX
CCXXXIIe PONTIFE. - EN 1591
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JEAN ANTOINE FACHINETI, né à
Bologne, cardinal évêque de Nicastro,
fut élu pape le 29 octobre 1591. Il voulut
se nommer Innocent IX, et mourut le 30
décembre de la même année,
à l'âge de 72 ans, après deux
mois seulement de pontificat. Il les passa dans son
lit où il donnait ses audiences, afin de
conserver le peu de chaleur naturelle qui lui
restait. Si les cardinaux en étaient
instruits, pourquoi l'élurent-ils ?
fut-ce par l'inspiration du
Saint-Esprit ?
CLÉMENT VIII
CCXXXIIIe PONTIFE. - DE 1591 A 1605.
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HIPPOLITE ALDOBRANDINI, né à Fano
sur les côtes de la mer Adriatique, cardinal,
fut élu pape le 30 janvier 1592. Il voulut
s'appeler Clément VIII, et mourut le 5 mars
1605 à l'âge de 69 ans.
Il adopta parfaitement les maximes du
népotisme, car il enrichit et éleva
beaucoup ses neveux et ses autres parents. Chapeaux
de cardinal, évêchés et autres
bénéfices ecclésiastiques,
duchés, marquisats, comtés, emplois
civils et militaires, légations,
commissions, rien n'était trop pour eux. Il
lança une troisième excommunication
contre Henri IV et les Français : elle
ne fit pas plus d'effet que les
précédentes. Clément consentit
ensuite à l'absoudre, parce qu'il avait
déjà été absous en
France : mais il tenta de lui faire un
affront, en exigeant qu'il fût à Rome
pieds nus pour renouveler la scène de
l'empereur d'Allemagne Henri IV. On ne
tarda pas à lui faire
apercevoir que ce temps était passé,
et il se contenta d'envoyer ses légats,
après leur avoir fait subir la honteuse
cérémonie de la flagellation. Il
usurpa, à force d'intrigues et d'argent, le
duché de Ferrare sur le frère
d'Alphonse d'Est, sous prétexte qu'il
était bâtard, et voulut le donner
à son neveu, mais les cardinaux s'y
opposèrent. Il eut connaissance des
conjurations formées contre la vie
d'Élisabeth, reine d'Angleterre, et ensuite
contre le roi Jacques et les approuva ; et ce
furent les Anglais catholiques qui les
tramèrent de concert avec les
Jésuites : on les découvrit
avant l'exécution, et elles devinrent
inutiles, mais ce ne fut pas la faute du pape.
Saint-Pierre a-t-il donc enseigné la
doctrine du régicide ?
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